‹ L'art russeChapitre 13 sur 24 · PL. XII · texte numérisé non relu

PL. XII

Viollet-le-Duc del . F . Penel se.

EGLISE DE LA NATIVITE DE LA SAINTE VIERGE, A POUTINK! f MOSCOU ) Tourelle cylindrique sur base rectangulaire . LiEPKOBb POH^ECTBA n PECBiTTblH EOrOPCWLIbI . BTd nYTMHKAX'L. (MOCKBA )

Ve A. MOREL et C'.e Editeurs

Imp, Lemercier et C'.e Paris

Sur cette base a été disposée la coupole octogone h, i, j, k, l, m, etc.

Accusée à l'extérieur par des arcs de pénétration, cette seconde structure supporte le lanternon élevé.

La planche XIII donne l'élévation géométralede ce couronnement. L'extrados des arcs est couvert de feuilles de métal, ainsi que les pyramides tronquées dans lesquelles pénètrent ces arcs.

L'effet perspectif de cette composition est saisissant et le regard est conduit avec beaucoup d'adresse de cette base carrée à ce campanile cylindrique coiffé d'une haute pyramide à base octogone.

Généralement ces constructions, suivant la méthode byzantine et persane, sont faites de briques ou de petits matériaux enduits. Le système de structure concrète adopté dans une bonne partie de l'Orient et dont les premiers exemples se trouvent en Assyrie, sur les bords du Tigre et de l'Euphrate, persiste en Russie, malgré la rigueur d'un climat qui altère promptement ces enduits s'ils ne sont soigneusement abrités. A vrai dire aussi, les pierres propres à bâtir ne sont pas communes sur le vaste territoire russe, et force est bien, dans la plupart des cas, d'employer la brique, — les terres argileuses étant abondantes.

L'emploi des enduits amène nécessairement la coloration; aussi ces édifices religieux, à l'apogée de l'art russe, sont-ils le plus souvent colorés à l'extérieur, soit au moyen de couleurs appliquées, soit par l'apposition de faïences émaillées.

Les couleurs dominantes sont le rouge, le blanc et le vert; cette dernière couleur étant spécialement réservé'e aux combles de métal.

Si, à cette époque, les édifices religieux ont un caractère tranché, les constructions militaires ne sont pas moins remar-

L'ART RUSSE A SON APOGÉE. m

avec leurs courtines couronnées de nierions étroits et dentelés, ne ressemblent nullement aux bâtisses défensives qu'on élevait au xvi° siècle en Allemagne et en Italie. Ces tours, qui datent de la fin du xv° siècle, ont été terminées un peu plus tard, par de hautes guettes surmontant une salle couverte au niveau du crénelage élevé sur des mâchicoulis (fig. 48). Ces tours de la vieille Russie sont habituellement bâties sur plan carré, tradition orientale, et les nierions étroits et hauts appartiennent également à l'architecture militaire de l'Asie. Parfois, ces nierions (fig. 49), comme ceux de certaines

Fig. 49.

forteresses hindoues datant d'une époque postérieure à l'emploi de la poudre, forment un couronnement continu avec créneaux étroits et meurtrières circulaires pour les armes à feu (']). Mais l'abondance des bois, sur presque tout le territoire russe, permettait de construire des enceintes toutes composées de troncs d'arbres empilés, formant deux parements maintenus entre eux par des entre-toises assemblées. L'intervalle était rempli de terre et donnait un chemin de ronde. Des tours carrées, également construites de bois empilé, flanquaient ces courtines.

Ce système de structure militaire, conforme à celui em-

(i) Enceinte du couvent de Saint-Serge, à Troïtza, près Moscou.

m L'ART RUSSE.

ployé pour la plupart des habitations privées, paraît avoir persisté très-tard.

On a vu qu'au xin° siècle les Khans avaient près d'eux des ouvriers ou artisans russes. Ces ouvriers, instruits à l'école de Byzance, passaient pour très-habiles dans l'art de façonner les métaux. Mais après leur affranchissement du joug tatar, les Moscovites donnèrent un grand essor à la fabrication des armes, des objets d'orfèvrerie ciselés et niellés, des broderies, à l'industrie des cuirs ouvrés. L'exportation moscovite s'étendit bientôt jusqu'en Perse, en Scandinavie, en Hongrie, en Pologne. Les armes d'acier trempé (à couper le fer) étaient demandées aux Russes par les populations du Caucase, ainsi que les heaumes et les cottes de maille, pendant la fin du x\c siècle et le commencement du xvie. Et, en effet, les armes moscovites qui datent de cette époque sont faites d'un excellent métal et damasquinées avec beaucoup d'art; attribuées souvent à tort à l'industrie persane ou caucasienne, elles sont sorties des ateliers de Moscou.

L'ornementation russe, peinte, niellée, gravée adoptait alors (dès le xve siècle) un caractère fort remarquable et qui indique une école d'art puissante, possédant ses méthodes, ses principes et des exécutants d'une grande habileté.

On se souvient de ce que nous avons dit précédemment au sujet de vignettes de manuscrits du xive siècle (1) dans la composition desquelles l'influence hindoue était sensible. Entre cette ornementation et celle qui se développa pendant le XVe siècle, l'écart est considérable. D'une part, les tracés à combinaisons géométriques dominent, puis la coloration se complique d'assemblages de tons souvent très-harmonieux. On peut se rendre compte de ce que nous disons ici en con-

(l) Planche IX.

L'ART RUSSE A SON APOGÉE. 123 sultan t Y Histoire de V ornement russe du xe au xvic siècle (1), et les planches qui y sont jointes (l à lxxvi). On se rendra compte ainsi de la transformation opérée dans l'école d'art russe depuis la fin de la domination tatare jusqu'au commencement des influences occidentales. Cette école, tout en utilisant les éléments asiatiques qui lui ont été abondamment fournis, tend à revenir peu à peu au style byzantin. Ainsi, clans l'ouvage cité, les exemples donnés (planches l à fcvn) sont profondément pénétrés encore du caractère asiatique et, dans les planches lviii, lix, lxix, les réminiscences du style byzantin se font jour.

Évidemment, pendant la seconde moitié du xve siècle et la première moitié du xvi°, il se fit en Russie un travail intéressant à suivre, tendant à constituer un art en se servant de tous les éléments amassés par les siècles, sur ce territoire exposé sans cesse aux invasions venues de l'Orient. Sans abandonner l'art byzantin, qui était l'initiateur, mais qui alors n'existait plus qu'à l'état de tradition, les artistes russes tentèrent, non sans succès, d'y associer les ressources nombreuses que leur fournissait cet Orient si brillant pendant les xiv° et xvc siècles.

Nous donnons pour appuyer ce qui vient d'être dit (pl. XIV) une vignette du xv° siècle (2) et (pl. XV) une autre vignette du xvie siècle (3) appartenant à des manuscrits russes, et qui montrent, dans deux exemples extrêmes, les modifications apportées pendant cette période dans le style de l'ornemen-

(1) Histoire de l'ornement russe, du Xe au XVIe siècle, d'après les manuscrits; texte historique et descriptif par S. Exc. M. V. de Boutovsky, directeur du Musée d'Art et d'Industrie de Moscou.— 100 planches en couleur, reproduisant en fac-similé 1332 ornements divers du Xe au x\T siècle, et 100 planches à doux teintes représentant des motifs isolés et agrandis. Paris, Librairie Ve A. Morcl et Clc. (Voy. la Préface de M. de Boutovsky.)

(2j Psautier, Bibliothèque du couvent de Saint-Serge, gouvernement de Moscou. (3) Missel, XVIe siècle, Bibliothèque de la Laure de Saint-Serge.

m L'ART RUSSE.

talion. Le retour à l'art byzantin est marqué dans ce dernier ornement avec une harmonie de tons plus brillante et certains détails qui rappellent les dessins hindous et persans.

C'est plus tard seulement que le goût allemand vient se mêler de la manière la plus fâcheuse à cette ornementation remarquable par son unité d'allure et ses harmonies. On peut constater combien fut inopportune cette introduction d'un art étranger aux éléments constitutifs de l'art russe, en examinant les planches lxx, lxxi, lxxvii, lxxxiii, xci, xciv, xcvii,xcvni,de l'ouvrage déjà cité (1), et notre planche XVI (2).

C'est qu'en effet les arts orientaux ou directement issus et inspirés de l'Orient ne peuvent supporter l'introduction d'un élément étranger. Les tentatives faites par les artistes les plus distingués pour obtenir ces mélanges ont échoué. Et le principal défaut reproché à l'art byzantin sera toujours d'avoir essayé cette alliance entre l'art occidental adopté par Rome et les arts de l'Asie. Il lui fallut bientôt abandonner la tradition romaine pour incliner de plus en plus vers les écoles persique et de l'Asie-Mineure.

L'art russe, presque entièrement byzantin jusqu'au xme siècle, mais possédant en outre des origines orientales qui s'alliaient au mieux avec l'école grecque d'Orient, fut mis, à cette époque, en contact plus direct avec l'Asie centrale. Ce qu'il pouvait prendre là appartenait aux origines mêmes qui lui avaient fourni des premières notions. Il en fut de même lorsque les rapports de la Russie avec la Perse devinrent trèsfréquents. Tout ce que l'art moscovite recueillait alors ne faisait que lui donner de nouvelles forces, qu'à affermir sa constitution, conformément à son génie primitif. Au contraire, l'introduction d'éléments latins ou germaniques ne

(1) L'Histoire de l'ornement russe.

(2) Les cantiques de louanges, XVIIe siècle, Bibliothèque de la laurc de Saint-Serge.

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