‹ L'Arthrite Chronique Déformante de la HancheChapitre 7 sur 44 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ce n’est guère que depuis un siècle que se trouve connue et isolée, en tant qu’entité pathologique, l’arthrite chronique de la hanche.

Les premières descriptions de l'affection furent purement anatomiques et cliniques. Les symptômes observés chez les malades, joints aux lésions constatées sur le cadavre, faisaient facilement ranger cette maladie dans la grande classe des rhumatismes. Elle semblait, en outre, ne frapper que des sujets âgés, d’où le nom qu’on lui donnait volontiers de : morbus coxeæ senilis.

Ce nom même semblait devoir consacrer un intérêt thérapeutique minime. De chirurgie, il était à peine question et, par ailleurs, la médecine, elle aussi, se révélait le plus souvent impuissante à soulager ceux qu’affligeait cette maladie.

Alors, en effet, toute affection de la hanche évoluant chez l'adulte était considérée comme coxalgie et traitée comme telle.

Mais, peu à peu, on dut reconnaître que l’ostéo-arthrite tuberculeuse ne constituait qu’une partie de la pathologie de la hanche chez l'adulte et qu’il fallait savoir

Et en

reconnaître, entre autres, une affection fréquente, l’arthrite chronique déformante, encore appelée coxarthrie ou morbus cosæ juvenilis, pour rappeler ses points de ressemblance avec l’arthrite du vieillard.

Ces faits rendaient tout leur intérêt aux questions thérapeutiques.

Le traitement médical fut particulièrement étudié, soit qu’il fut de forme purement médicamenteuse, soit qu’il eut recours aux agents physiques et, parmi ces derniers, nous devons, dès maintenant, signaler la grande importance rapidement acquise par la radiothérapie.

Par contre, le traitement chirurgical fut longtemps délaissé, en France surtout. Cependant les progrès réalisés dans la technique de la chirurgie de la hanche ont amené de nombreux auteurs à envisager le traitement opératoire de celte arthrite chronique, traitement purement symptomatique d’ailleurs, étant donnée l’igno-. rance où l’on est demeuré des causes mêmes de cette affection. |

Il est encore. malaisé de formuler les indications respectives de ces divers traitements. Elles se préciseront sans doute au fur et à mesure que des cas nouveaux viendront enrichir nos connaissances à ce sujet.

Dans notre travail, nous donnerons une large place à Pétude de la thérapeutique chirurgicale.

Ce n’est pas que nous pensions qu’il s’agisse là du remède souverain à proposer à tous les malades ; il semble bien au contraire que ce traitement ne puisse s’appliquer qu’à un nombre assez restreint de cas. Mais

les essais de nombreux chirurgiens sont demeurés isolés et n’ont souvent pas été rapportés ; c’est ce qui a conduit notre Maître M. P. Mathieu à nous engager à entreprendre cette étude.

En abordant un problème qui présente encore bien des points obscurs, nous ne prétendons certes pas apporter une réponse définitive, mais nous chercherons à définir le rôle exact de la chirurgie dans le traitement de l’arthrite déformante de la hanche. Ce rôle sera forcément limité, mais il apparaîtra, en diverses rencontres, très justifié, étant donnés les échecs si fréquents du traitement médical, étant donnés, d’autre part, les résultats encourageants déjà obtenus.

Vue l’absence de traitement étiologique actuellement possible, les indications devront être fondées sur l’étude physiopathologique des troubles cliniques et sur l’anatomie pathologique des lésions.

Plan général

Après avoir rappelé les principaux travaux relatifs à cette question et montré ainsi l’évolution générale des idées à son sujet, nous décrirons l’anatomie des lésions puis leur traduction clinique et radiologique. Ces chapitres ont été étudiés très complètement par de nombreux auteurs. Il nous est indispensable cependant de les reprendre ici, car c’est seulement à l’aide de ces données que nous pourrons nous efforcer de faire l’étude critique des nombreuses théories étiologiques el pathologiques qui ont été soutenues.

Le

Ensuite, nous envisagerons les diverses méthodes thérapeutiques qui ont été proposées et nous en discuierons les indications respectives.

I nous restera à montrer alors les résultats que nous avons pu, soit constater nous-même, soit relever dans la littérature (1).

(1) Les clichés des figures 19 à 97 ont élé obligea | mis à * : 16 ar Ë disposition par MM. Masson ét Cie, éditeurs. É us

ES

RISTORIQUE

Ce sont des anatomo-pathologistes et des chirurgiens qui, les premiers, étudièrent l’arthrite chronique déformante de la hanche.

Elle ne fut tout d’abord considérée que comme une simple localisation d’une affection que Cruveilhier décrivit en 1821 dans les Archives générales de Médecine sous le nom de « Usure des cartilages articulaires ». Il en figura les lésions dans les planches de son traité d’Anatomie pathologique en 1832.

Adams, en 1839, en donne la première description complète.

Tous les cas cités concernent des vieillards et Smith, en 1845, vient confirmer celte notion en créant le nom de Morbus coxcæ senilis.

Par contre, Deville, en 1846, dans son rapport annuel à la Société Anatomique, relate une observation de Degrusse concernant un jeune sujet et s'élève contre ce terme de morbus coxæ senilis. Il lui préfère la dénomination d’ «usure des cartilages » créée par. Cruveilhier. Paul Broca et Deville lui-même reprennent la question devant la même Société. Broca relate un cas de

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luxation pathologique au cours d’une arthrite chronique et décrit d’une manière complète la genèse des corps étrangers articulaires.

Charcot, en 1853, consacre sa thèse aux rhumatismes chroniques et signale déjà la localisation monoarticulaire si particulière à l'articulation coxo-fémorale. Dans des travaux ultérieurs, il précise cette notion et oppose le rhumatisme chronique primitif, fixe ou partiel, et le rhumatisme chronique primitif généralisé.

Ces études marquent la fin d’une époque à laquelle succède une période pendant laquelle les auteurs français cessent presque complètement de s'intéresser à la question.

En Allemagne, au contraire, l’on assiste à la naissance du traitement chirurgical de l’arthrite déformante.

Fock,.de Magdebourg, relate en 1861 le premier cas de résection de la hanche pour arthrite déformante, intervention qu’il avait pratiquée quelques années auparavant.

Des travaux, avant tout d'ordre chirurgical, se succèdent alors, tous en Allemagne. :

Maydi, en 1897, Zesas, en 1888, Klein, en 1897, Zander, en 1889, rapportent des cas de résection et étudient l'anatomie pathologique etles symptômes de l'affection.

En 1905, le P' Lejars, à propos d’un cas personnel, résume les travaux étrangers. La statistique, — la résection étant la seule intervention pratiquée, — est des moins satisfaisante et n’incitera guère les chirurgiens d'alors à étudier le traitement chirurgical de l’ostéoarthrite déformante.

Cest, par contre, vers la même époque, dans Îles années précédant la guerre, que l’on commença à connaître, de façon précise, l’aspect radiographique des lésions. Celui-ci conduisit aussitôt à comparer l’arthrite déformante à d’autres affections nouvellement décrites :

— D'une part, les subluxations de la hanche, avec les travaux de Gourdon, Calot, Nové-Josserand.

— Et d'autre part, les ostéochondrites, avec les travaux de Legg, Calvé, Perthes.

Depuis 1914, les travaux se multiplient et nous pe pouvons songer à les rappeler tous ici.

En premier lieu, des études cliniques et radiologiques parmi lesquelles il nous faut citer :

Les articles de Léri et Longjumeau, de Léri et Merklen, la thèse de ce dernier, s’attachent à montrer la fréquence des arthrites chroniques chez l’adulte et leurs aspects radiologiques. Ils s’efforcent en outre de préciser le traitement médical de l'affection.

MM. Beaujard, Roussy, Caillods et Cornil étudient en détail les différents types radiographiques et cherchent à établir parmi-eux une classification.

M. C. Rœderer, en partant aussi des données acquises par la radiologie, approfondit le problème étiologique et réfute les conceptions un peu simplistes de certains auteurs.

MM. Dausset et Lucy ont montré tout récemment les heureux résultats de la radiothérapie qui semble se placer désormais au premier rang de nos moyens thérapeutiques.

Enfin, c’est en 1930 le livre de Éérnas qui, rassèm-

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blant tous les travaux antérieurs expose en détail les chapitres ayant trait à l’étude anatomo-clinique au traitement médical, de l’affection. Les pages consacrées à la thérapeutique chirurgicale sont par contre peu nombreuses. On sent que les données en sont hésitantes et que l’auteur ne saurait en préciser les indications.

Pourtant, à l’étranger, les travaux étaient déjà considérables et apportaient des statistiques importantes :

Albee publiait des cas d’arthrodèse intra-articulaire, intervention que pratiquait aussi Waldenstrôm.

R. Wbiitman, reprenant une ancienne intervention de Lexer, décrivait en 1921 son opération reconstrucirice,

Putti, Baer et de très nombreux autres auteurs s'étaient attachés à préciser cette thérapeutique.

Et cependant, en France, la plupart des chirurgiens reculaient devant les risques que leur semblait comporter la chirurgie de la hanche ; les quelques cas publiés étaient un peu considérés comme relevant d’une chirurgie exceptionnelle et les imitateurs étaient rares.

Les premières tentatives chirurgicales furent : des arthrodèses effectuées à Lyon par MM. Tavernier, Durand et Bérard, à Paris par M. Lance et quelques résections que M. Alglave fut pendant longtemps le seul à pratiquer.

Il faut arriver à 1928 pour trouver la première résection arthroplastique publiée par M. Dujarier.

Puis c'est au Congrès international dé Varsovie en 1929, que se développe la discussion sur la chirurgie réparatrice de la hanche, qui souligna l'intérêt que l’on

commençait à attacher à cette question. C’est le rapport de notre maître M. P. Mathieu, ce sont ses travaux sur l’arthrodèse extra-articulaire et enfin ses récentes publications sur la résection arthroplastique qui ont surtout contribué à faire connaître en France les possibilités de cette thérapeutique chirurgicale des arthrites chroniques de la hanche.

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