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ExPéRiENCEs XVI er XVII
Sur deux forts lapins, le # octobre, à six heures du soir, nous injections au-dessous du triceps 10 à 20 grammes de solution ammoniacale de carmin.
Cette opération est répétée le 5 octobre 1871 à huit heures
du matin.
On tue les deux lapins à onze heures. ;
Chez les deux la première injection ne se révèle que par une coloration foncée des fibres du triceps; la deuxième, au contraire, est encore en partie renfermée dans une vaste cavité qui vient aboutir au voisinage des culs-de-sac synoviaux.
La synoviale tout entière est colorée en rouge carmin intense ; il en est de même des cartilages des condyles et surtout de Ja partie qui correspond au cul-de-sac supérieur de la synoviale. Les vaisseaux qui en partent sont fortement teints en rouge.
La synovie est épanchée en grande quantité, mais n’est que fort peu colorée en rouge.
Ces dernières expériences concordent parfaitement avec les précédentes pour démontrer qu'un épanchement arrivant au niveau du cul-de-sac supérieur de la synoviale du genou déter-
mine dans cette articulation un épanchement de voisinage ; il est même probable qu'une partie des matériaux que renferme l'épanchement péri-articulaire pénètre par dialyse dans l’épanchement intra-articulaire.
Il ne faudrait pourtant pas croire que celui-ci soit uniquement formé par la transsudation du liquide à travers la synoviale, si mince qu’elle puisse être. Il est plus conforme aux faits généralement observés d'admettre que l’épanchement péri-articulaire détermine par sa présence une congestion, peut-être même une inflammation modérée de la synoviale: ce processus lui-même aurait dès lors sa part dans la production de l’épanchement.
En combattant l’idée de l’inflammation primitive de la synoviale, en substituant même le plus souvent le mot d’épanchement à celui d’arthrite, nous avons voulu surtout insister sur ce fait qu'il n'y a point là d’arthrite de voisinage analogue à celle qui accompagne les fractures articulaires; quelle que soit la cause de l’épanchement, il reste le fait capital qui caractérise l’arthropathie des fractures de cuisse; les autres phénomènes symptomatiques peuvent faire défaut, l’épanchement est constant et l’arthrite qu'il accompagne ne se révèle guère que par les phénomènes ultérieurs, les lésions persistantes telles que la raideur et la gêne permanente des fonctions.
Ce sont ces accidents consécutifs surtout qui démontrent l’existence d’une inflammation subaiguë ou plutôt chronique qui, sans eux, aurait passé inconnue. En revenant, en effet, aux notions de symptomatologie que nous avons tirées de nos observations, nous voyons que, non-seulement les phénomènes généraux, mais les phénomènes locaux de l’inflammation, chaleur, rougeur, souvent la douleur elle-même, manquent à l’arthropathie du genou.
Mais de même que la présence d’adhérences pleurales révèle toujours un état phlegmasique antérieur de la plèvre, la raideur du genou prouve qu'il a été le siége d’une arthrite. Ainsi l’arthrite du genou, dont nous venons d'étudier l'histoire, est le
.phénomène prédominant d’une affection qui persiste même après la résorption du liquide et peut, comme notre dernière observation le prouve, devenir le point de départ de lésions permanentes.
Nous n’en insistons pas moins sur la connexion qui unit la production de cet épanchement à l’existence d’une suffusion sanguine dans le tissu sous-tricipilal.
Et en terminant nous voulons faire observer à l'appui de notre hypothèse que cette théorie pathogénique explique à merveille :
4° L'apparition d’autant plus hâtive de la tuméfaction du genou, que la fracture en est plus rapprochée;
2° L’abondance de cet épanchement qui, nos observations nous l’apprennent, est liée au degré de la contusion des parties molles et du déplacement des fragments.
Nous achevons ce travail en posant les conclusions suivantes que nous croyons avoir justifiées par nos observations et notre critique :
I. Toute fracture de la diaphyse du fémur, du trochanter ou du col hors de la capsule s'accompagne, si elle est complète, d'un épanchement dans l'articulation du genou.
LA
IL. Get épanchement apparaît d'autant plus tôt et en plus grande abondance que la fracture est située plus près du genou, que les lésions traumatiques sont plus étendues et plus intenses et surtout que le sujet est plus jeune.
IL. L'épanchement disparaît en général plus tôt chez les adolescents que chez les adultes ou les vieillards: Chez les premiers il laisse une trop grande laxité de l’articulation ; chez les seconds et les troisièmes il contribue à produire la raideur articulaire consécutive, en laissant à sa suite des lésions analogues à celles qu’entraînent les arthrites subaïguës et chroniques.
IV. Au point de vue de l’épanchement et des altérations dont il peut s'accompagner, il faut préférer les appareils à demiflexion et tractions continues (Hennequin), le double plan incliné et la gouttière au bandage de Scultet et aux appareils inamovibles.
V. Cet épanchement résulte, indépendamment peut-être d'un certain degré de gêne de la circulation en retour dans la synoviale, gêne causée par la rupture des vaisseaux du périoste de
l'os et de la moelle; indépendamment aussi d'une arthrite dont l'existence est démontrée par les suites qu’elle laisse, «cet épan- «chement résulte avant tout de la transsudation à travers le «cul-de-sac de la synoviale d'une partie du sérum provenant du sang à moitié coagulé qui constitue l'infiltration sanguine géla- <uniforme autour de la fracture.» (Gosselin.)