OBSERVATION IL
Fracture de la cuisse gauche chez un adulle.
Coupé (Auguste-Basile), âgé de 44 ans, marchand de vins, entre le 92 mars 18170 dans le service de M. le professeur Gosselin.
Les antécédents n’indiquent rien de particulier. Il n’est pas syphilitique. Dans sa jeunesse il était d’un tempérament plutôt lymphatique. Depuis il a été sujet à quelques douleurs rhumatismales.
Le jour même il se penchait pour ramasser un objet sur le bord d’un trottoir, quand il fut renversé par un omnibus. Il tomba sans connaissance et fut transporté dans une pharmacie où il ne repritses sens qu’une heure après. On l’amena alors à l'hôpital: il était 9 heures et demie du soir.
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Le 23, à la visite, on le trouva couché au n° 44, salle Sainte-Vierge. On constata de suite une fracture de la cuisse gauche caractérisée par un déplacement :
4° Suivant la direction, le fragment inférieur faisant saillie sur le côté interne de la cuisse, et constituant avec le fragment supérieur un angle ouvert en dehors;
2e Suivant l'épaisseur, celui-ci est très-considérable;
3° Suivant la longueur , se traduisant par un raccourcissement réel des plus marqués;
4° Suivant la circonférence, déterminé par la rotation du pied en dehors.
Le genou présente un épanchement qui n’est pas encore fort abondant, mais qui soulève déjà la rotule. La contusion du membre est considérable; il est tuméfié et très-douloureux, mais nulle part encore on ne voit d’ecchymose. AE
La mobilité anormale et la crépitation sont des plus manifestes et achèvent de démontrer une fracture du fémur gauche siégeant au tiers moyen.
Nous notons de plus une petite plaie de la région sourcilière du côté droit et une plaie contuse du pavillon de l'oreille. L’une et l’autre sont sans aucune gravité.
Vu la contusion et le gonflement, on commence par mettre le membre dans une gouttière en l’immobilisant aussi bien que possible.
Les jours suivants l’état du malade laisse beaucoup à désirer. L’accroissement de l’épanchement articulaire est rapide ; le gonflement de la euisse augmente en même temps. Ce dernier phénomène est à son maximum le quatrième jour; à partir de ce moment il diminue, en même temps que l’on voit apparaître une ecchymose considérable sur le côté externe de la cuisse ainsi que sur son côté interne; elle s’étend rapidement du trochanter jusqu’au creux poplité.
Nous notons seulement pour mémoire l'amélioration et la cicatrisation des plaies de la tête. L’état fébrile, qui était très-prononcé les premiers jours, disparaît peu à peu.
Le 1° avril, le membre malade est placé dans l’appareil de M. Hennequin; on le soumet d’abord à une traction très-modérée, mais exercée principalement sur le mollet; cette traction néanmoins ne peut être supportée.
On établit alors la traction principalement sur la cuisse, mais celle-ci, à son tour, devient trop douloureuse, et on doit avoir recours aux deux en même temps. La traction exercée dans ce cas ne dépasse jamais trois kilogrammes de chaque côté.
Le sommeil, qui était difficile et interrompu par de fréquentes douleurs
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depuis quatre jours , devient dès lors facile grâce à l'emploi des opiacés. Néanmoins la sensibilité persiste, et le malade qui, les premiers temps, se plaignait surtout de son ischion (point où porte principalement l’effort contre-extenseur dans l’appareil employé) éprouve, à partir du 7, de vives douleurs dans le genou, douleurs qu’il attribue à la pression exercée par les lacs extenseurs.
En conséquence, on est encore forcé de diminuer et de modifier la traction à plusieurs reprises ; le genou persiste à être très-douloureux.
Le 10 avril, la traction se fait presque exclusivement par le mollet, et est seulement de 3 kilogrammes de chaque côté.
Le 17, nous visitons l’appareil avec M. Hennequin. Le cal est déjà fort solide : il est situé principalement à la partie postéro-externe de la cuisse, Antérieurement on constate encore un écartement des fragments suivant l'épaisseur. Le supérieur, presque sous-cutané, se dirige en dehors et en baut, l’inférieur en arrière et en dedans; entre les deux existe une dépression assez profonde.
Il n’y a, du reste, plus d’ecchymose autour du genou, mais une simple rougeur due à la compression permanente exercée par l'appareil; au niveau de la tête du péroné existe une légère excoriation; quant au genou lui-même, il est œdématié et gonflé; la tuméfaction au niveau du cul-desac supérieur de la synoviale fait deviner l’épanchement, mais la position demi-fléchie du membre et le gonflement général empêchent de le constater d’une manière positive.
On rétablit alors la traction en la fixant à 2 ‘|, kilogrammes pour chaque côté de la jambe, et à 1 ou 2 kilogrammes pour chaque côté de la cuisse; le malade paraît d’abord mieux la supporter, mais bientôt les douleurs reparaissent.
Le même état de choses persiste jusqu’au 21 mai, époque à laquelle on enlève l'appareil. Pendant tout ce temps, la traction a varié entre 1 :, et 3 kilogrammes de chaque côté. Le malade a fini par s’y accoutumer assez bien.
On note alors un raccourcissement qui n’atteint pas 7 millimètres; ce résultat est obtenu par MM. Reverdin et Hennequin au moyen du procédé de mensuration de M. Giraud Teulon. Le cal est peu volumineux, bien qu’il y ait un peu de déplacement angulaire des fragments. Le sujet ne peut encore enlever le membre malade du lit.
Le genou est fort raide, présente, dans l’extension, des mouvements de latéralité. L’épanchement se traduit par la fluctuation et le choc rotulien. La circonférence du genou, du côté sain, est de 335 millimètres, et du côté malade, de 350.
Le 5 juin, le malade peut se lever sur une chaise.
Le 40, la mensuration des genoux donne pour leur circonférence 335 millimètres à droite et 345 à gauche. Il y a de l’engorgement et de l’induration des tissus péri-articulaires, un peu de fluctuation , mais presque pas de choc rotulien. Le genou ne peut dépasser la demi-flexion; il n’y a plus que fort peu de mouvements de latéralité.
Le 13, le malade commence à marcher avec des béquilles, en posant Je pied par terre. Le 17, il sort pour aller voir sa famille en ville. Le 20 juin 4870, il part pour l’asile de Vincennes.
OBsERVATION II.
Fracture de la cuisse gauche chez un adulte.
Chabrol (Pierre), âgé de 48 ans, fumiste, est entré, le 19 novembre 1869, à la Charité, salle Sainte-Vierge, n° 22.
Il était tombé d’une échelle, de 11 mètres de hauteur, sur le côté gauche et portait avec plusieurs contusions du bras, du visage, de la paroi thoracique, une fracture au tiers moyen de la cuisse gauche. On nota, dès l’abord, un épanchement du genou.
On lui mit un appareil de Scultet; il resta quelque temps fort malade et même six jours en délire. |
Quinze jours après, peu de temps avant mon arrivée dans le service, on lui mit l'appareil Hennequin. Celui-ci fut d’abord très-mal supporté; pendant des jours et des nuits le malade ne cessait de pousser des gémissements et ce ne fut qu'à la fin qu’il put le tolérer sans trop de souffrances. Pourtant quand nous le revimes, il nous affirma avoir peu souffert si ce n’était du genou. Au cinquantième jour on retira l'appareil; on mit le membre dans une gouttière, et le 15 février 1870, le malade pouvait partir pour Vincennes. Il avait alors un gonflement notable du genou.
Le 6 avril 1870, il se représenta à la consultation et fut admis salle Sainte- Vierge, n° 49.
Il se plaignait de quelques douleurs dans le membre, surtout dans la cheville et le genou, de fourmillements, d’œdème du pied dans la marche. Il avait un peu de raideur du genou, mais se plaignait surtout d’une faiblesse considérable de la hanche et de chanceler sur le genou. Voici ce que nous avons pu constater :
Le tiers inférieur de la jambe et du pied sont le siége d’un œdème peu prononcé. Le malade porte la trace d’un ulcère variqueux près du cou-depied gauche; de plus il a au mollet des cicatrices provenant de la rupture de dilatations veineuses.