‹ L'article 47: drame en cinq actes et six tableauxChapitre 11 sur 56 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Précédents, MÂI^AMl OU HAMfiL.

LE pRË&iDENT) à madame DuHamel quis*a^Mnce émue les yeux fixés sur son fiîs.

Approchez^ madame, vous n'avez pas de serment à pré-^ ter; la loi ne vous reconnaît pas la quaUié de témoin. Lorsque vous serez un peu remise, vous voudrez ïà^ pren* dre la parole.

Gfu>MBB», bas é maître BêUHe^ Pourquoi a-4reti6 vdalu venir... Q«t^ tuj^iee atroce t

26 L'AHTÏCLK 47

UAÎTER DK LILLE.

Elle peat vous sauver.

GEORGES

Ah I Je ne veux pas l'être au prix d'une teUe souffrance I

MADAME DU HAMEL, pTmafit lu pavole d'utifi toix b€tsge et troublée d'abord, puis ee remeilant peu à peu.

Je remercie la Cour de vouloir bieu m'entendre ; j'essayerai de ne pas abuser de ses instants et de dominer mon émotion. Je sais bien que ma place n'est pas ici, jnais je souffrais tellement là-bas au dehors que j'ai voulu... (Se tournantversle Jury.) Messieurs, ne faites pas attention à la façon dont je m^ exprime; dites- vous seulement que vous avez devant vous une mère, une veuve qui vient défendre son unique enfant. . . Ah ! si vous saviez comme je Taime et quelle affection il a pour moi, de quels soi ns il m'entourait... Ne me séparez pas plus longtemps de lui. Son- §;ez que je l'ai à peine vu : il était éloigné de moi depuis cinq ans. Messieurs, mettez-vous à ma place, vous avez, vous aussi des enfants. Si pareil malheur vous arrivait!... Mais ce n'est pas cela que. je voulais dire. On pourrait croire que je suis venue ici pour vous émouvoir, non... non... Je parle à des hommeô, à des juges. Je. ne veux pas les attendrir, je veux les convaincre. J'avais préparé un raisonnement qui vous aurait persuadés et voilà qu'il m'échappe en ce moment.

LE PRÉSIDENT

Remettez-vous, madame.

MADAME DU HAMEL

« Non... non... je sais... je sais... On accuse mon fils de vol, lui!... Pourquoi donc aurait-il volé? Nevenaitril pas d'4iériter de son père de trois cent mille francs et n'avait-il pas envoyé cette fortune en France, en m'écrivant qu'il me cédait tous ses droits. J'ai remis cette lettre autrefois au juge d'instruction. Ainsi, il abandonne trois cent mille francs et il en vole soixante mille. Est-ce possible? est-ce croyable?..» Etqui vole-t-il?... Celle qu'il aime à la fo-

lie... GeHe à laquelle il a tout sacrifié... Celle pour laquelle il se serait ruiné avec joie! Messieurs, j'en appelle à votre raison, est-ce possible? [Se tournant ter$ Cora,) Madanoe^ vous vous portez partie civile, vous réclamez à mon fils une somme d'argent pour le tort qui vous a été causé physiquement. Nous le comprenons. Mon fils a commis une grande faute envers vous et il veut la réparer autant qu'il est en lai. Nous vous offrons notre fortune, notre fortune UHit entière, la sienne, la mienne, peu nous importe, nous acceptons k misère; mais renoncez à votre terrible accusa*tion, ne dénaturez pas ce procès, n'indisposez pas plus longtemps la justice contre nous, ne nous déshonorez p$s. C'est une mère qui vous parle, madame, je ne vous ai rien fait, moi ; si vous n'avez pas pitié de mon fils, ayez pitié de moi... [Elle retombe épuisée sur son fauteuil. Rumeurs sympathiques dans Fauditoire*)

LE paÉsiDBNT DU JURY, ss levant.

Je vous demanderai, monsieur le président, de vouloir bien interroger de nouveau la demoiselle Cora et de lui de-> mander si elle persiste dans ses déclarations*

GHATELARD, à SOU tOtSin.

C'est ce qu'on appelle un incident d'audience.

LE PRÉSIDENT, à COTQ.

Vous avez entendu... Répondez I

CORA, se levant et avec énergie.

Je maintiens mon accusation ! . . . [S« tournant vers f Accusé.) Ce n'est pas seulement un assassin, c'est un voleur I {Rumeurs dans l'auditoire.)

LE PRÉSIDENT

Assez I Vous ne devez pas insulter l'accusé.

CORA

^e VOUS demande pardon, monsieur le président, mais je De suis pas toujours maltresse de moi lorsque je me trouve en face de l'homme dont la brutalité m'a mise dans l'état où je me trouve. 11 est triste, monsieur, à mon âge, de se dire qu'on est défigurée pour le reste de sa vie et qu'on est

condamnée à l'ombre et à l'îdolooioDi, lor9qii*o« rêvait le monde el le soleil 1 {Elle i'aêsied, Mou^^êment dans l'mydiMir^.)

HAiicELiNBy à SCS toUins.

Je vous affirme qa'il n'y a pas un mot de vrai dans foûl ce qu'elle a dit... Ahl vous vous laissez prendre à ses grands gestes, à ses belles paroles! Yoaa ne savez <foiic pas ce dont une femme est capable t

Je m*étonne, 6AademoiaeUe« qu'ao lieu de défendre le seze honorable dont vous faites partie*^, vous...

MAKCELINB*

Laissez-moi tranquille, vous! [Bile i^ éloigne.)

cHATELARo, à ses voi^ns. ^ Cette fetnme manque d'éducation.

l'huissier.

Silence I

LB PRESIDENT

La parole est à monsieur l'avocat général.

LAfrnisTOT, se levant.

Messieurs de la Cour, messieurs les jurés, l'accusation que la partie civile porte contre Georges Du Hamet est si précise, les paroles que vient de prononcer la demoiselle Cora, ont produit sur vous une si vive impression et ces . longs débats ont jeté sur cette afifkire tant de clarté que ma tàcbe devient deaplus simples. Insister davantage sur des faits qui parlent si éioquemment d'eux-mêmes en affaibli* rait la portée. Je me borne donc à vous dire que je maintiens l'accusation telle qu'elle est formulée dans l'acte qu'on vous a lu au commencement de cette audience, et que je vous demande le juste châtiment de Georges Du Hamel, au nom de la société dont je suis le mandataire, au nom de la société outragée par un crime. {Il se rwsied')

GHATELARD.

Comment) c'est fini ! 1| avait une si belle occasion de parler pendant deux heures et il la laisse échapper.

«ARCBLINB.

Ce n'est pas vous qui auriez cette discrétioinlà.

La parole est au défenseur de raocusé.

VARG8UNE.

A la bonne heure.

Messieurs de la Cour, messieurs les jurés, dans ma carrière déjà longue, je le dÎBt la main sur la conscience, je Bt'ai jamais eu à défendre un accusé phis sympathique et à plaider une meilleure cause. Il y a quelques jours, je ne connaissais pas Georges Du Hamei, et aujourd'hui je Testinae et je l'aime. Ce n'est pas un client auquel je viens prêter l'appui de ma parole , c'est un ami, c'est un fils que je viens réhabiliter devant vous.

MARGBLiNB^ à ses Toiêins.

Il me plaît, cet homme- là, il peut parler tant qu'il vou-* dra je ne m'endormirai pas.

MAtTRE DRLiiLE.

Pour ce qui concerne les antécédents de l'accusé, sur lesquels on s'est beaucoup appesanti durant ces débats, je n'en connais pas de meilleurs. C'est l'ami le plus dévoué, le fils le plus tendre qui ait jamais eiisté. On lui reproche d'avoir pris part autrefois à des manifestations, au quartier Latin, Est-ce un crime d'être ardent, de s'enthousiasmer pour les grandes idées? Que deviennent plus tard, ces étudiants qu'il vous plaJt de faire si terri b les? Des négociants, d^s artistes, des agriculteurs comme vous, messieurs les jurés. Ahl vous lui reprochez son duel; voici, messieurs, ce qu'en pensent en Amérique Les personnes les plus recommandables. (7/ lit.) « L'opinion est unanime ici, pour » donner, dans cette affaire, tous les torts à l'adversaire de iBt GeiM^gea Du Hamel. Celui-ci s'est conduit avec le plus )> grand courage et la plus grande générosité, et si notre » compatriote a trouvé la mort dans ç» doel, e'eat qu'il l'a* » vaii pour aidsi dire cherchée. »

MARCKLINB.

Alors, c'est bien fait*

l'huissier.

Silence!

LE PRESIDENT

Des interruptions parlent fréquemsient de ce coté de la salle. (/I firontre la place où se tient Marcelitie,) ie rappelle une dernière fois aa public, que toute marque d'approbation ou d'improbation lui est interdite.

CHATELARD. "-^

En effet, on trouble d'une façon indécente la majesté de ces débats.

MARCELINE

Silence 1

maItrb dblille.

J'aborde, maintenant» messieurs, le fond de l'affaire. Georges Du Hamel arrive d'Amérique avec sa maîtresse Gora ; il l'adore. A peine débarquée sur celte terre de France si longtemps rêvée, Gora se croit émancipée, se croit libre et dégagée de tous les liensqui l'attachent à son amant. Un séducteur émérite, le jeune Victor Mazilier, la fortifie dans ces idées, Tarxable de promesses, fait briller à ses yeux un superbe avenir, enflamme une imagination facile à s'exalter et la décide à une rupture immédiate. Elle vient la signiQer à Georges Du Hamel, qui reste d'abord interdit et ne peut croire à tant d'effronterie , de cynisme, de cruauté... Mais Gora est inflexible, brutale, inexorable. Il ne peut plus se faire d'illusion, elle va le quitter, passer dans les bras d'un autre; il perd la tète et lui défend de sortir. Elle le brave, l'insulte. Alors il saisit une arme qui se trouvait sur la cheminée, une de ces armes <|ue malheureusement, en Amérique, on a toujours sous .a' main, et il fait feu. Tirait-il sur elle? mon Dieu 1 je ne le sais pas et lui-même ne pourrait répondre à ce sujet. Il tire au irâsard, devant lui, et la fatalité veut qu'elle soit atteinte. Voilà ce qui s'est passé, messieurs, rien de plus Gette scène, je ia vois et je vous la dépeins comme je . vois, Unit simple--

ment, san» étoquence , en hoQimc convaincu, en honnête

MAROGUNE.

Oui, en honnête homme ! oui, en honnête homme.

l'huissier.

Silence I

MAItRR DELILLE.

Quant au vd, je ne comprends [>as comment des esprits sérieux peuvent en soupçonner mon client. Quoi ! messieurs, ne, comprenez-vous, pas que ce portefeuille , on le Ittî avait confié, qu'il en était le dépositaire, le gardien... et qu'en l'accusant de l'avoir soustrait, on se venge I... oui,' on se venge I Ah ! un homme ne concevrait pas une semblable vengeance, mais elle devait venir à l'esprit d'une femme comme celle-là, d'une femme qui mettait sa beauté au-dessus de tout au monde et à qui on a ravi cette beauté; d'une femme enfin qui n'a peut-être pas les idées bien saines, e cerveau bien lucide... Ah I plaise à Dieu que l'avenir ne mê donne pas raisoni ... Je m'arrête, messieurs, je sais bien, je sens bien que vous venez d'absoudre mon client. Je ne vous en remercie pas; c'est un devoir que vous avez accompli. Mais dans un instant, cette mère, cette femme sublime qui est là, près de vous, qui pleure et vous tend les bras, vous demandant de lui rendre son fils bien-aimé, cette femme, dis-je, s'inclinera devant ceux qui, dans cette enceinte/ représentent la justice et vous criera : Messieurs, vous avez été grands, vous avez été nobles, vous avez éto justes, gloire à vous et merci!.. {Il 8*as8ied,)

[Rimteurs sympathiques dans rati4itoiTe,)

MARCBUNB.

Bravo! Bravo!

LE PRÉSIDENT

Qu'on fasse sortir la personne qui trouble l'audience depuis si longtemps.

MARCELINE, à VHutssier qui s'atlance^ montrant

Chatelard.

C'est ce gros, monsieur !

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Toufl^ ses tmâinê.

Oui, oui! c'est lui!

l'huissier, réveillant Chaùlard gui dormait*

Monsieur^ vous troublez l'audience I

GHATBLARD,

Moi, mot.,, mais... je dormais.

L'HUISSIfiR.

Vous u'ôtes pas ici pour dormir, sortez.

CHATELARD.

Monsieui^l'huiasier, au nom de la justice que je respecte, au nom de l'égalité que je vénère, je proteste.

l'huissier.

Il ne s'agit pas de tout cela, voulez-vous sortir?

ifARCELiNE, quand Chatelard passe auprès d'tUe. De quoi vous plaignez-^vous, c'est un incident d'audieoèe et vous les aimez.

GRATELARD, s^éMgnant. * Mon Dieu! non-seulement je n'ai pas déposé, mais on me met è la porte!.. Et ma fille me comtemplef {Il sort à gauche troisième plan.)

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