SCÈNE VI
CORA, MAZILIER, LAURISTOT.
CORA, venant s'asseoir sur le canapé de gauche.
Eh bien \ lès inconvénients promis ?
LAURISTOT, assis en face d'elle.
Un petit nambre de villes ayant été désigné pour Tinternement des libérés, ils se retrouvent bientôt, se reconnais-
sent et se nuisent mutaellement. En effet, un fainéant nécessiteux apprend- il que son camarade gagne quelque argent, il le menace de Te faire connaître pour un repris de justice, s'il ne veut point partager avec luiie produit de son travail. Le chef d'atelier, averti de lu condition de son ouvrier, quelque satisfait qu'il puisse être de sa conduite, se voit obligé de ie^ongédier, pour complaire aux autres ouvriers qu'il emploie. Bans quelque lieu qu'il porte ses pas, le Hbéré s'aperçoit bientôt qu'une sorte de réprobation paralyse toutes ses tentatives de se créer des moyens d'existence, et il ne tente même pas, pour gagner sa vie, des efforts dont il sait à l'avance l'inutilité.
MAziuER, debout^ derrière la table du milieu. En effet, voilà des inconvénients; mais, on ne peut cependant pas laisser tous les anciens pensionnaires de Toulon ou de Gayenne accourir à Paris, et s'y livrer à leurs petites affaires. Ce serait trop dangereux dans. les temps de trou* blés que votre décret a dû prévoir.
LAURISTOT.
U n'a pas prévu autre chose, et je l'approuverais, s'il avait atteint son but, mais il ne l'atteint pas. Dans les temps dont voua parle2, la police est impuissante à retenir en province cent qu'elle est chargée de surveiller, et la population de Paris s'augmente aussitôt de trente à quarante mille malfaiteurs,' qui viennent nous demander des moyens d'existence qu'ils n'ont pu trouver depuis leur sortie de prison.
MÂZILIER.
Ohlohr
LAURISTOT.
Remarquez que je ne Vous fais pas de sentiment.
MAZILIER
You& Êtes bien bon.
LADRISTOT.
Je ne viens pas vous dire que,- sous le prétexte de se protéger contre des dangers à venir et incertaine, la société n'a pas le di^oit défaire des lois, en quelque sorte, préventives,
et de dire à un malheureux qui vient d'expier son crime par une longue détention :, « Dansia craititeque tune retombes dans les mêmes égarements, je te condamne à une peine nouvelle, je te traite comme si tu étais coupable ; tu n*es plus prisonnier, soit, mais jeté fais esclave pour le reste de ta vie. » Je ne vous tiens pas ce raisonnement, que de plus autorisés que moi ont tenu cependant. Je me borne à vaus dire ceci : La h>i étant impuissante et dangereuse, il serait peut-être sage de songer à la modifier. {Us& lève,}
HAZILIER.
Évidemment! évidemment!
CORA
Mais, pour le moment, elle n'en existe pas moins. Les anciens libérés ne peuvent habiter Paris?
LAURISTOT.
Sous aucun prétexte.
coRA, se levant.
Me voici rassurée, cher monsieur. Je vous remercie cordialement. ( Tandis que Lauristot gwgne le fond^ prenant le bras dé Mazilier et Vintraînant, au milieu, au premier plan,) Vous qui avez des amis partout, n'en aveavoùs pas au ministère de Tintérieur?
MAZILIER
Si, en cherchant bien, en faisant des fouilles.
CÔRA.
Vous ne refuserez pas alors de me rendre un service?
ItAZIÈiER»
Lequel?. • ; (Ltt regardante ) J 'ai peur de tous comprendre .
CORA
' C'est cela, vous m'avez comprise. Essayez de savoir..,
HAZILIER.
Quelle ville a, été assignée comme résidence à Georges Du Hamel, pour aller lui faire une nouvelle petite visite, {A Corq^ qui s* éloigne,) Toujours votre idée fixe. Prèuea garde, chère adiie, de l'idée fixe à la folie, il n'y a qu'un paé.
GOBA, levant U$ épaules.
Je vais doaner des ordres pour le soaper, (Elle sort à droite.)