SCÈNE PREMIÈRE
GEORGES, CORA, DE MÊZIN, plusieurs autres joueur s.
Cota est assise seule au milieu du théâtre. A moitié couchée sur un canapé^ les yeux languissamment fermés, elle contemple Georges assis en face d'elle à la table de jeu. Georges tient ce qu* on appelle une banque^ cest'à-dire quHl ^distribue lui-même les cartes aux autres hueurs, qui se divisent en deux camps à sa droite et à sa gauche. Il a de Vor et des bïlUts épars devant lui. Il parait tout entier à son jeu^ et ne jttte jamais fin regard du cété de Cora .
im JOUEUR, à fa table de jeu, mettant sur la table deux cartes qiûil tenait à la main.
Cette fois, nous devons avoir gagné. Nous avons six.
GEORGES, jetant aussi ses cartes sur la table ^ Moi, fai sept, [ùeste d^impalience chez les Jfjueurê tandis que Georges ramasse les différentes sommes étaiées sur la tabUj et les joint au tas qu'il a devant lui.
m L'ARTICLE 47 * *
LE JOUEUB.
C'est incroyable; je n'ai famais vu de veine aussi pevsistante.
C*est vous qui m'avez prié de tenjr b banque, tnessieursi je ne la tiens pas pour mon plaisir, soyez-en persuadés, et si quelqu'un veut la prendre...
MAZILIER
KoD, continuons; la chance finira bien par tourner.
GEORGES
Je Inespéré.
f>G MÉziN, ne levanU tandis que Georges recommence à
donner des cartes.
Quant à moi, je m'arrête. .. {S' approchant de C^ira.) Il va bien, le gendre de monsieur de Rives.
COjRA.
Il gagne toujours ?
DE MÉZIN
Toujours, et cependant, il faut lui rendre cette justice, ii joue en véritable écolier; il commet des fautes humiliantes pour nous, et il est de toute évidence qu'il veut nous faire gagner, mais la veine est si bizarre, que ses fautes mômes - ui réussissent.
GORA
%t que dit mojiçieur de Rives des nouvelles habitudes de son gendre?
DE MÉziN, appuyé sur le dossier du canapé où
est assise Cora .
Vous le voyez, il ne vient plus pour n'avoir rien à dire. Entre nous, il a été fort étojiné d'abord, fort contrarié ensuite de voir le mari de sa fille s'installer tous les soirs à cette table. Il lui a fait des observations assez sérieuses, maïs quelle autorité, en pareillQ matière, de RivjBs pe.utîl avoir? De guerre lasse il a dit à monsieur Gérard: Je vous cède la place^ et je reste à la maison pour essayer de palHer
vos torts envers ma fille, et de lui donner le change sur votre conduite.
OORA.
C'est le fait d'un excellent beau-père. Mais, quelles raisons peut il donner à ma()amo Gérard des fréquentes absences de son mari, des' soirées et des nuits passées loin du domicile conjugal?
DE MÉZIN
Aucune de bonne, j'imagine. En tout cas, s'il en avait trouvé, elles ne pourraient satisfaire une femme jeune, vive, évidemment passionnée et jalouse. Il faut s'attendre à quelque éclat.
COR A
Un éclat, vraiment! {Ils continuent à parler bas. Mazilier et Potain entrent par le fond à gauche, $t descendent la scène.