SCÈNE PREMIERE
GEORGES, puis MADAME GÉRARD.
GEORGES, se promenant anec agitation^ s'arrête devant la cheminée et regarde Cheure.
Midi ; ma mère est avec eHe depuis plus de deux heures... Ah 1 c'est elle. [Courant à la rencontre de madame Gé^ rard qui entre par la droite.) Eh bien ?
MADAME GÉRARD
Rien, rien encore; je ne sais rien.
GEORGES
Elle ne s'est pas prononcée?
MADAME GÉRARD
Non... ,
GEORGES
Mais, son attitude, son air?
MADAME GÉRARD
Je ne la regardais pas... J'étais toute à ce que je disais.
GBOUGBO,
Ah t lu mt trompes. Tu as peur de me dire la vérité t.. . Elle ne pardonne pas, n'est-ce pas? Elle ne veut plus me voir, elle me méprise. Ohl parle... je ne crains pas... J'ai passé par tant d'épreuves dans ma vie, qi^e je subirai encore celle-là.
MADAME GÉRARD
Je te jure que Marcelle ne s'est prononcée d'aucune façon.
Mais, espères-tu?
MADAME GÉRARD
Certainement, j'espère... Ah 1 si je n' espaçais pas!
GEORGES
Alors, viens... Assieds-toi près de moi, là, sur ce canapé... {Ils s'asseyent à droite.) A tes côtés, ma main dans la tienne, j'aurai plus de courage pour attendre sa décision. {L'attirant à lui et l'embrassant.) Chère màrel quelle existence je t'ai faite I... Où m'a conduit ce premier et fatal amour et quelles douleurs il t'a causées?
MADAME GÉRARD
Mon Georges ! mon enfant t
GEORGES
Tu a& tout pardonné, toi, mais elle,..
MADAME GÉRARD
Elle pardonnera sans doute.
GEORGES
Ah I comme tu dis cela... Tu vois bien que tu n'espère» pas.
/ MADAME GÉRARD
, Mais si, je te le jure.
GEORGES
Voyons, répète-moi ce que tu lui as dit. Comment m'astu défendu? As-tu appuyé sur les motifs qui m'ont empêché de lui avouer la vérité avant de l'épouser ? Lui as-tu emplir
que que j'avaÎB eu peur àe Ja perdre. •« J'aurais peut-être eu assel: de confiance en son amour et sa grandeur d'âme pour lui tout avouer, maïs son père n'aurait jamais consenti à notre maria^.
MADAME GÉRARD
Oui, je lui ai dit tout cela, je lui ai parlé de ton enfance, de ta première jeunesse, de ton adoration pour moi, de ton ineffable tendresse, de ton cœur si dévoué et si bon ; je lui ai raconté ton duel, la liaison qui s'en est suivie, ton arrivée au Havre et cette scène terrible, cette scène où tu as perdu la tète»., où tu as commis une faute... un crime, si l'on veut, mais un crime que tu as terriblement expié, le lui ai dit ta fermeté d'âme dans le malheur, tes refus d'accepter le moindre adoucissement à ta peine et toutes les souffrances endurées pour que le châtiment et la réhabilitation fussent complets.
GEORGES
Elle n'a rien répondu?
MADAME GÉRARD
Rien.
GEORGES
Alors, vois-tu, tout est perdu... elle ne me pardonne pas... elle ne peut me pardonner! Le silence qu'elle garde en est une preuve ; au ppemier moment, et sous l'impression des éloquentes paroles que ton cœur te dictait, elfe aurait pu se laisser fléchir... mais le raisonnement est venu : elle a oublié toutes les circonstances qui plaident en ma faveur ; elle ne voit plus que le fait brutal : mon crime, ma condamnation, ma peine. (Après l'avoir regardée,) Tu ne réponds rien. Ah! tu partages mes craintes.^
MADAME GÉRARD, t attirant à elle.
Non... non...
Dire que mon bonheur, mon amour, ma vie, se décident en ce moment. Dire que si elle pardonne, si elle veut oublier, je puis encore avoir une existence si belle, près de
cette femme que j'adore I ... Et si elle ne pardonne pas, si... Ah I que deviendrai-je^ mon Dieu !
MADAME GÉBARD.
On vient.
GEORGES
^ Tu crois?
MADAME GÉRARD
Oui, de ce cèté... On descend cet escalier.
GEORGES
C'est Tescalier qui conduit de sa chambre ici... C'est elle... Ahl je n'ai plus de forces...
(Debout^ près de sa mère, il attend ému et sile7u:i&ux. Marcelle parait à to porté, premier plan droite; elle è* avance lentement ; madame Gérard marche à sa rencontre pour lui offrir Va)ppui de son bras;. elles traversent toutes les deux la scène, puis Marcelle s'assied à gauche, sur le fauteuil du premier plan ; mndame Gérard est debout auprès d'elle^)