‹ L'article 47: drame en cinq actes et six tableauxChapitre 6 sur 56 · LE PR£SU>BNT · texte numérisé non relu

LE PR£SU>BNT

Vous n'ôtes ni parente, ni alliée de Taccusé , ni attachée à son service ?

ItAlIGBLlNE.

Non, monsieur le président, et je te regrette.

. L'ARTICLE 47 là

XE PHÉSlÛÈNt.

Épargnez-nous vos réflexions. Vous jurez de parler sans • haine et sans crainte, de dire la vérité, toute la véritf^...

Je le jure î

Vous vous êtes trouvée, à plusieurs réprises, en rapports avec Georges Du Hamel, dans la journée du \% juin dernier. Qu*avez-vûus vuf qu'avez-vous remarqué ?

1IARGEUNE.

J'ai remarqué que le pauvre garçon était bien malheureux, il se désolait de ce que sa dame était sortie depuis le matin sans dire où elle allait ; tantôt il s'asseyait et se cachait la tète dans les mains, tantôt il se promenait dans le salon, et moi je me disais. . .

tE PRESIDENT.

. Il ne s'agit pas de ce que vous vous disiez, mais de ce quMl se disait, lui;..

MARCELINE

Il disait.. . il disait bien des choses et entre autres, eelle-ci que j*ai retenue : c'est une misérable!... Il voulait partir sans la irevoir... mais moi j'étais bien tranquille; je sais qu'on ne part pas dans ces cas-là. Les hommes sont si lâches !... Ah I s'ils nous connaissaient mieux I

LE pRÉ^rDErrr.

Je vous ai déjà dit de nous épargner vos réflexions. 4 )a ' ûx\ de la journée, la personne qu'attendait Faccusé est reu* trée, vous étiez auprès de lui en ce moment?

MARCELINE

Oui, monsieur le président. Je n'étais pas fâchée de savoir ce qui se passerait et je rangeais des msQles pour qu'on ne me reifvoyât pas trop vite.

%iE PRÉSIDENT.

Qu0l air avait la demoiselle Gora?

MARCBLmE.

L'air fort guilleret.

LK PRÉSIDENT

Rendit-elle compte devant vous de sa coodaîte pendant cette journée?

MARCELINE

Elle dit d'un ton léger, qu'elle était allée se promener avec le fils d'un armateur du Havre, monsieur Victor Mazilier, qu'on lui avait présenté. L'accusé se récria, elle le pria de ne pas lui faire de scène et de la laisser tranquille. En ce moment on m'aperçut et je fus obligée de sortir.

LB PRÉSIDENT

Dans l'instruction cependant, vous avez été plus explicite, vous avez donné d'autres détails.

MARCELINE

C'est que... au lieu de m'en aller tout à fait, je suis passée dans la pièce d'à côté et j'ai entendu différentes choses, lorsqu'on élevait la voix... Je ne suis pas curieuse..,

LE PRÉSIDENT

On le voit bien, Qu'avez-vous entendu?

MARCELINE

Mademoiselle Cora disait qu'elle n'était pas laite pour l*éxistence tranquille, bourgeoise et retirée que son amant lui offrait à Paris. Elle aimait le bruit , le mouvement, leé fêtes, le luxe ; elle voulait avoir des voitures, des bijoux, et mener une brillante existence, et, comme monsieur Du Hamel ne pouvait lui donner tout cela, elle assurait qu*if ferait mieux de la quitter. **

Que répondait-il?

MARCELINE

Il paraissait exaspéré... Tantôt il la menaçait, tantôt aussi il la suppliait de ne pas le quitter. Il lui disait qu'il l'adorait, qu'il mourrait loin d'elle. Le pauvre garçon me

fendait le cœur, et il m* arrivait, derrière la porte, de montret le poing à celle qui Ie*fâisait souffrir ainsi. Un si beau garçon I

LK PRÉSIDENT, à Vatocat de tapeuse,

. Le défenseur ,a-t-il quelques question» à poser à ce témoin ?

• MAÎTRE DELILLE, SC letOnt.

Oui, monsieur le président ; je lui demanderai de rappe-^ 1er ses souvenirs et de nous dire si, durant cette scène dont elle a surpris une partie, elle n'a pas entendu. parler dé ces fameuses valeurs qu'on accuse notre client d'avoir voulu soustraire.

IfARGELmE,

' Oui, j'ai entendu ces mots prononcés par mademoiselle Cora : Je veux mes traites, rendez'-moi mes traites!

MAITRE DELiLLE, SB rasseyaut.

C'esf tout ce que je voulais savoir.

(Marceline i sur un signe du président^ vient s'asseoir

au banc des témoins),

LAURisTOT^ avocat général, de sa place.

Je m'étonne que le défenseur paraisse satisfait de ces paroles qui fortifient l'accusation^

maItre dëlille.

Permettez, monsieur l'avocat général, je trouve au con-traire qu'elles servent à la défense. Ëiles établissent clairement une chose que nous n'avons jamais contestée, c'est' que la demoiselle Cora, en quittant la Nouvelle-Orléans, où elle avait vendu sa maison de la rue Saiot-PhîHppe, avait confié à son amant, Georges Du Hamel, qui voyageait avec elle, soixante mille francs de valeurs sur des banquiers de Paris. Dans la scène qui eut lieu à Tbôtel des Indes, Cora, décidée à quitter mon client, réclama ses valeurs, et celui-ci exaspéré refusa de les lui rendre. Mais il n'y avait là que Taction d'un homme fou de désespoir, essayant, par tous les moyens possibles, de retenir sa maîtresse auprès de lui. « Si je ne lui rends pas son argent^ se disait-il, elle ne

partira pas anjoard'hui, el demain je Taurai p6ui-6tm dé- | cidée à rester. » Rien n'est plus simple^ rien n'est plus ^ , facile à expliquer.

LAURISTOT,

C'est votre apprécia^on, nous en avons une autre*

LE PRÉSIDENT DU JURY; Se Uvtmt.

Monsieur le président, en mon nom et au nom de plusieurs de mes coliègues, je vous demanderai de vouloir bien rappeler à cette audience la partie civile et de l'interroger sur la façon dont elle explique les paroles au sujet desquelles le défendeur et l'avocat généra! discutent en ce moment.

Je n'ai rien à refusera messieurs les jurés. (4 V Huissier^) Faites rentrer la demoiselle Cora.

MARCELINE, à elle-même, pendant qiie l^huiisier

exécute cet ordre.

Ah ! tant mieux 1 Je ne suis pas fâchée de vpircette bonne petite créature-là, et de la voir défigurée, je n'aime pas les jolies femmes^ moi.

{Cora entre par la porte des témoins. Mouvement de 'curiosité dans Vauditoire.)

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