‹ L'article 960, ou La donation, comédie-vaudeville en un acteChapitre 2 sur 19 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ÏD, Mme CHAUBERT, VERDIER, CHAUBERT.

Us sont Ri scent.au lever du rideau : Chaubert, assis à la table à gauc^ de l'acteur , examine des comptes ; Verdier , assis, ,ient un journal; Edmond, penebé sur le dossier du Luteuil de Mme Cbaubert , cause bas avec elle.

CHAUBERT

Tout cela est parfaitement en règle : mes loca-

. A gauebe de l'acteur, une table avec des livres et tout c»table avec un livre, des albums, etc.

taires, mes débiteurs sont d'une exactitude!... et ils ont raison!... qui paie ses dettes s'enrichit.

VERDIER

Bah!... ce sont les créanciers qui ont fait courir ce bruit-là.

Toujours courbé sur des chiffres, monsieur Chaubert!... toujours faire ou vérifier des comités!..- Est-ce que vous trouvez cela amusant?

VILLE DE BRUXELLES - STAD BRUSSEL Archives - Ajchief

MAGASIN THEATRAti

CHAUBERT

lia foi, je l'avoue, api <•> l'aspect d'un bon dîner, ce qui nie réjouit le plus la vue, c'est un compte bien fait, et, je ne le cache pas. quand je songe à nies quarante mille livres de rentes, ça me fait plaisir.

VKItDIER.

Ça ferait plaisir à bien d'autres.

Cfl Al'BERT.

Oui, j'ai de la reconnaissance pourune fortuneà laquelle je dois mon bonheur! i A Mm0 C haubert.) Sam elle, serais-je jamais devenu ton époux? Lorsqu'il y a douze ans, tu consentis à me donner ta main, tu avait dix sept ans; moi, j'en avais quarante-huit; et si je n'eusse eu quelque chose à mettre dans l'autre plateau de la balance...

M"'e CHAUBERT.

Ah ! monsieur, je n'ai vu que votre amour et vos bonnes qualités.

CHAUBERT

Toi... c'est possible!... mais tes excellens païens?... Je t'assure qu'ils ont compté avec moi, et parfaitement compté! Et pourtant, pendant douze années de ménage, à quoi t'a servi cette fortune? Il nous a fallu rester en province, près de ta pauvre mère toujours malade. Elle n'est plus depuis un an, et je veux que nous commencions à jouir de ,:os richesses. Nous passerons l'été dans cette jolie maison de campagne, où j'ai déjà réuni mon ami Verdier et ton jeune cousin Edmond : leur conversation te donnera un avant-goût des plaisirs que tu trouveras à Paris, où nous habiterons tous les hivers.

Mme CHAI BEAT.

Ah ! je me fais une grande joie, je l'avoue, de vivre dans cette capitale, centre de tous les arts, asile de tous les talens et de toutes les gloires.

VERDIER

Où l'on est asphyxié par le gaz, empoisonné par l'asphalte et les pastilles du sérail.

EDMOND

Ah! monsieur Verdier, pouvez-vous bien essayer ainsi de détruire les brillantes illusions de ma cousine?

VERDIER

Mon Dieu, monsieur Edmond, j'ai eu dix-huit ans comme vous et des illusions tout autant que vous!... Mais aujourd'hui, j'ai vingt-sept ans de plus et les illusions de moins !... Ce n'est pas ma faute.

(HAUBERT

Je suis charmé, ma chère Augustine, de voir près do toi deux personnes de natures si différentes. Les idées raisonnables et calmes de Verdier corrigeront l'enthousiasme d'Edmond, et, dans ton esprit, comme dans tout compte bien fait, il y .".ura balance.

Vmc CnAlBERT.

Les discours de M. Verdier ne sont guère cïicourageans.

\ FRIMER.

Il est vrai que je ne vois pas tout en beau : que voulez-vous! je ne suis pas payé pour cela.

CHAUBERT

En effet, mm pauvre Verdier, tu n'es pas riche.

VERDIER

Mille écus d» rentes, et pas le moindre parent dont je doive lériter!... Voilà mon présent et mon avenir.

CHAUBERT

Et pourtant, ton père a été jadis un de nos plus opulens banquiers! c'est lui qui m'a mis dans les affairée, qui m'a lancé, aidé de ses conseils et de sa bourse, car il m'a donné les premiers fonds avec lesquels j'ai travaillé : je peux dire qu'il a fait ma fortune.

VERDIER

Et, plus tard, il a défait la sienne. '

CH\UBERT

Oh ! j'ai toujours c>nservé pour ses bienfaits une profonde reconnaisslnce#

VERDIER , •>, levantm

C'est très-beau! ( A pan.)^ ça n'est pas ruineux.

CHAUBERT, se levant au<tsi.

Te rappelles-tu sa maison de la» rue de pi vence ?

VER DIEU

Celle où je suis né.

CHAUBERT

C'est là que je t'ai vu pour la première fois, il y a quarante ans, qutj^d jkpw>rtai à ton père la lettre qui me recomm8b;V a >ui : tu étais alors un bambin de cinq an& i \ * ^

VERDIER

J'ai fait comme la fortune de mon père, j'ai un peu changé depuis ce temps-là.

CHAUBERT

Il faut que je t'apprenne, au sujet de cette maison, une chose que tu ignores, sans doute.

Quoi donc? p»

CHAUBERT

Il y a deux mois elle était à vendre.

VERDIER

Cela ne m'étonne pas : elle a déjà passé dans tant de mains !

CHAUBERT

Aujourd'hui elle est dans les miennis : je l'ai achetée.

VERDIER

Bah !... Eh bien! tant mieux! ça me donnera le plaisir d'y retourner quelquefois.

CHAUBERT, avec intention.

Certainement, tu y retourneras!... Certainement!...

EDMOND, qui causait bas avec Mmt Chrubert.

Que vous êtes belle, ma cousire ! que cette robe vous va bien !

Mme CHAUBERT.

Vous trouvez, Edmond?

EDMON*-

A Paris vous serez la reine de toutes les fêtes.

Mme chaubert, se levant. < C'est très-gentil à vous, mon cousin, de m'adresser des coraplimens en prose; mais n'oubliez pas que vous m'avez promis de me faire des vers pour mon album.

EDMOND

Vous les aurez aujourd'hui même.

BIm( CHAUBERT.

J'y compte.

verdier , àpart.

Il me semble que le futur élève ftn droit prend déjà sej> licences.

\chaubert, passant entre Verdier et Mme Chaubert.

Veux-tu venir avec moi, ma chère Àugustine?... Ti sais qu'il est possible que je parte tantôt pour u-i voyage de deux ou trois jours, et il faut que jf te donne quelques instructions.

Mme chaubert.

Relatives à vos fourrages, à vos fermiers, à vos bestiâui>/ 'est-ce pas? /

Air de Céline.

A tous ces intérêts vulgaires l\ tant donc appliquer mes soins ?

' "Vos mojt.ons ne m'amusent guères, • Et ] a'peu Je goût pour vos foins : Toft ce prosaïsme m'ennuie.

CHAUBERT

chemin

Aif cher >yi

rosaïsme taqt qu'on voudra!

I e n'ai pas lu de poésie Qui vaille cette prose-là.

ht Mme CHAUBERT.

^Allons, je suis à vos ordres.

CHAUBERT

v| Merci!... Vous, mes amis, profitez de ce moment pour faire connaissance : depuis deux jours (Jje tu es ici, Verdier, tu n'as pas encore pu apprécier le jeune cousin de ma femme! c'est un chtrmant garçon, qui vient de terminer ses études de la manière la plus brillante. Oh! il fera son chemin.

VERDIER

îs oui!... Il m'a l'air même d'aimer à marite.

CHAUBERT

Ah! si mon vieux grognon de Laurent, que j'ai envoyé en commission à la ville, rentrait d'ici à quelques instans, tu lui dirais que je suis dans ma chan\bre^|est-ce pas?

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