CHAPITRE SEPTIEME
Supériorité de TAryen. — La supériorité de VH. Européens est une conséquence directe de son organisation psychique. Sur cette supériorité même il faut toutefois s'entendre.
Certaines gens, partant du principe mystique de l'égalité fondamentale, ne peuvent supporter qu'on leur parle de races supérieures. Je ne me donnerai même pas la peine de les contredire. Il est parfaitement inutile de raisonner avec des esprits ainsi tournés vers le surnaturel ; les fictions seules ont de la valeur à leurs yeux. Je ne m'adresse qu'à ceux pour qui les faits ont un sens, et aussi les cbiffres, qui sont encore des faits, groupés et totalisés.
D'autres demandent : à quoi reconnaissez-vous la supériorité ? Je répondrai : il n'y a pas plus de supériorité en soi que de haut et de bas dans l'univers, que de bien et de mal, mais nous sommes convenus de nous orionler dans Tcspace d'api es certains points, et en morale d'après certaines conventions.
De même nous regardons le brave comme supérieur au lâche^ l'actif à rindolent, le libre au servile, l'intelligent au faible d'esprit, l'homme de caractère à l'indécis, le loin voyant à l'homme de courte vue. La supériorité est donc chose de con- Yention, et nous la prenons ainsi en effet.
D'autres disent encore : le brachycéphale intelligent, pacifique, laborieux, économe n'est-il pas plutôt supérieur au dolicho-blond, brillant pourfendeur, exploiteur des faibles? Je répondrai : Si le brachycéphale est intelligent, il accumule les idées plutôt qu'il n*en fabrique, c'est un appareil enregistreur ; s'il est pacifique, c'est parcequ'il manque de hardiesse, mais non de convoitise du bien d'autrui ; le lucre le tente, mais le danger lui donne à réfléchir, ce qui n'empêche pas les assassins d^ètre partout plus brachycéphales que la moyenne ; s'il est laborieux, il rend moins que le dolicho-blond^ et un travail de moindre qualité; s'il est économe, c'est parce qu'il ne sait point regagner Targent, quand il l'a perdu ; son économie prouve seulement la conscience d'une impuissance relative à acquérir. Le dolicho-blond n'est pas seulement un brillant pourfendeur, exploiteur de faibles. Il ne faut pas voir que le Gaulois de Delphes ou le Cimmérien de Ninive, il faut voir aussi les grandes usines d'Angleterre et d'Amérique, les laboratoires allemands ; il faut consulter les statistiques commerciales et industrielles, il faut comparer le Binrichs, V American Catalogue, VEnglish Catalogue au Lorenz, et voir de quel côté est la puissance de production intellectuelle. Si le dolicho-blond , quand il vit dans des pays de population mixte, prend le dessus et dirige le travail plus qu'il ne travaille de ses propres mains, c'est en raison d'une plus grande puissance mentale qui le rend plus apte à la direction. Chez lui il se montre apte à tout, il est un ouvrier prodigieux et un agriculteur modèle.
Il n'est donc pas seulement un oppresseur, un tyran, an
conquérant. Il a la même supériorité mentale. Les démocrates oublient cela. Assurément les Anglais et les Américains sont raptores orbiSf les uns en acte, les autres en puissance, mais chez eux et entre eux ils sont libres. Et c'est précisément parce que l'Aryen naît avec une âme d'homme libre qu'il s'élève au-dessus de ceux qui ont des âmes d'esclaves.
La supériorité sociale de l'Aryen s'accuse de toutes façons. £n Europe il occupe les plaines, laissant les hauteurs à l'Aipinus. Il afflue dans les villes, dans les centres d'activité, partout où il faut plus de décision, d'énergie. Plus une couche sociale est élevée, plus on le rencontre en grand nombre. Il prédomine dans les arts, l'industrie, le commerce, les sciences et les lettres. Il est le grand promoteur du progrès.
Dans mes legons de février 1887, j'ai défini les quatre grands groupes intellectuels entre lesquels on peut répartir tous les hommes, et montré que de toutes les races la plus riche en hommes du premier type, initiateurs et pionniers d'idées, est la race dolichocéphale blonde. Ces leçons ont paru dans la Revue d'Anthropologie (De Pinégalité parmi les hommes^ R. d'Anthr., S. 3, m, 1888, 1-38). Ce travail conserve toute sa portée, et j*y renvoie^ me bornant ici à une esquisse sommaire des idées principales.
Le premier type est celui des initiateurs, des pionniers qui ouvrent à travers l'inconnu des voies nouvelles pour l'humanité, et qui l'entraînent après eux. Inquiet et hardi, d'une intelligence au moins moyenne, l'homme de ce caractère est mal à Taise dans les sentiers battus où se platt le vulgaire, et où il se tient par nécessité. Il aime les idées et les inventions nouvelles, il en est le partisan immédiat et ardent. Il en saisit d'intuition le côté pratique, s'efforce de le réaliser et s'il le peut, passe sa vie en créations continuelles. Tout ce qui est nouveau, non de forme mais de fond, tout ce qui change une
face de la civilisation et détermine un brusque mouvement en avant, nous le devons à ces esprits investigateurs, et révolution tout entière des sociétés est leur fait. Ces hommes sont rares, les circonstances les font s'occuper en général de choses au-dessous de leur valeur, et le petit nombre qui réussit est loin de rendre la somme de services qu'il pourrait dans des conditions meilleures. Ces audacieux ne sont d'ailleurs pas tous des génies, mais les hommes d'un vrai génie présentent tous, au plus haut degré, ce type d'organisation.
Le second type est celui des hommes intelligents et ingénieux, mais sans esprit créateur, qui prennent, taillent, travaillent et perfectionnent les idées et les inventions des premiers. Les hommes de celte nature arrivent, en donnant aux choses des formes ou des combinaisons nouvelles, à des résultats qui font parfois illusion sur leur valeur, et il faut y regarder de près pour voir qu'ils ont simplement élaboré, sans créer les matériaux. Le premier et le second type d'esprits se complètent. Les premiers produisent en général leurs découvertes sous une forme trop brit?, les autres ne peuvent tra vailler que sur les découvertes d'autrui.
Le troisième type comprend les hommes peu, moyennement ou très intelligents que réunit le commun caractère appelé par Galton, esprit de troupeau. Pour eux, toute idée qui n'est pas admise d'une manière courante, toute invention nouvelle est un sujet de méfiance ou de raillerie. Quand l'idée ou l'invention ont prévalu, ils en prennent avec opiniâtreté la défense contre les promoteurs d'idées ou d'inventions plus parfaites. Les hommes de ce caractère, quand ils sont intelligents, sont ouverts à Tinstruction plus qu'aucune autre catégorie. Dépourvus d'idées propres, incapables d'en créer, ils s'assimilent d'autant plus aisément celles des autres. Tout ce qu'on leur enseigne s'imprime avec facilité dans leurs esprits.
et si profoQdéinent qu'il devient impossible d'y apporter aucun changement. Non seulement ils sont incapables de travailler les idées acquises et d'en faire des combinaisons d^apparence nouvelle, mais tout changement qu'on leur propose leur cause un trouble moral, et dans leur persuasion qu'ils possèdent la vérité ofiicielle, qu'ils représentent le dernier mot de la perfection, ils opposent à tout progrès la plus redoutable des résistances, celle de Tinertie des masses. Chez les esprits de ce type, l'inertie augmente à mesure que Tinlelligenje diminue» de façon que TindifFérence absolue remplace chez les sujets inférieurs et les plus nombreux la résistance opiniâtre mais raisonnée.
Le quatrième type d'esprits, le plus inférieur, est incapable, non seulement de grouper et de produire, de découvrir et de combiner, mais même de recevoir par éducation la plus modeste somme de culture.
Il est évident que les hommes, tels qu'ils vivent, ne peuvent être exactement groupés et comme parqués dans ces quatre divisions. Ces types sont, en quelque sorte des centres de groupement, de chacun desquels chaque homme est plus ou moins éloigné. Dans la série humaine il n'y a pas de groupes tranchés, de limites réelles. Si on la représentait par un graphique, la figure, en pointe aiguë vers l'extrémité supérieure, irait en se renflant brusquement pour s'élargir d'une façon démesurée, se rétrécir d'une manière graduelle et finir par une base assez restreinte. La pointe aiguë représenterait les hommes de génie, et la pointe très mousse les peuples les plus sauvages ou les individus les plus dégradés de nos peuples supérieurs. V. Ammon, Gesellschaftsordnung, 2* Aufl., 56.
Pour faire mieux comprendre ce procédé de cote, je vais en faire quelques applications à des peuples bien connus. Prenoas d'abord la population de l'Angleterre. La première ca-* l'aryen. 26
tégorîe sera représentée par quelques centaines d'individus, dont quelques-uns d'un génie reconnu, beaucoup d'un incontestable talent, et beaucoup aussi dont la valeur réelle n'a pas trouvé d'occasion de se manifester pleinement. La seconde catégorie comprendra sans doute plusieurs centaines de mille sujets, la grosse masse des millions appartiendra à la troisième, et la quatrième comptera un ou plusieurs millions peutêtre. Nous dirons que la population anglaise est une population très supérieure. Cela ne veut pas dire, évidemment, que tout Anglais soit un homme supérieur. En réalité, les hommes de valeur sont une minorité infime, une toute petite poignée noyée dans les masses populaires, mais ces hommes sont encore relativement plus nombreux que chez la moyenne des peuples, mais ils sont reliés aux masses profondes par un groupe déjà imposant et compact d'autres hommes qui les comprennent et les imitent, mais les masses elles-mAmes, enlevées par l'exemple, sont lancées dans les voies ouvertes. Dans un train il n'y a que la locomotive dont le mouvement soit propre. Derrière elle une longue file de wagons, tous inertes, qui par leur poids, leur frottement, usent en partie la force de la locomotive et ralentissent sa marche. Ces wagons inertes n'en roulent pas moins aussi vite que la locomotive. Si nous prenons maintenant le Mexique, la première catégorie sera absente, la seconde beaucoup moins représentée qu*en Angleterre, et la quatrième égalera le tiers ou le quart de la population totale. Le mouvement viendra du dehors et sera très faible. Chez un peuple nègre, mais dont la culture a été tentée, les Haïtiens par exemple, la seconde catégorie est représentée à peine, et la quatrième tend à l'emporter sur la troisième. Enfin si nous nous adressons à un groupe totalennent inférieur de Fuégiens, d'Australiens ou de Boschimans, la presque totalité des sujets appartiendra au quatrième type.
et les hommes marquants de la race pourroat tout au plus prétendre à une place modeste dans la troisième catégorie.
Si l'on étudie par le procédé graphique des cartes la répartition des hommes de talent en Europe depuis quelques siècles, la carte de la répartition des hommes de génie ou d'un talent voisin du génie est ponctuée d'une manière pexi dense, mais la ponctuation a pour axe visible la ligne idéale partant d* Edimbourg et aboutissant en Suisse^ déjà découverte par M. de CandoUe. On distingue confusément un autre axe de répartition qui commence au-dessous de l'embouchure de la Seine et va rejoindre obh'quement la Baltique en coupant l'autre vers Paris. En dehors de cette grande tache diffuse vaguement losangique, des points isolés et de plus en plus espacés sont éparpillés sur toute l'Europe, sauf l'Empire russe, très déshérité jusqu'ici, et la péninsule Balkanique, entièrement vierge. La haute et la moyenne Italie, la vallée du Rhône, l'Allemagne du Sud et l'Autriche présentent des traces de centres secondaires, mais sur cinq à six cents points la tache principale comprend les quatre cinquièmes à elle seule. Nous saisissons une corrélation entre la densité de la population aryenne, dans les deux derniers siècles, et la répartition du génie.
Contingence de reugénisme aryen. — Le haut eugénisme d'Européens ne constitue pas une supériorité nécessaire. Elle n'existe pas chez tous les individus, elle n'a pas toujours existé, elle n'existera pas toujours peut-être.
J'insiste sur le premier point, à Tintention des esprits philosophiques, pour lesquels une porte doit être ouverte ou fermée. Dans le monde des réalités, la porte n'est presque jamais ouverte ni fermée tout à fait. Il y a des fils de dolichocéphales très grands et très blonds qui ne sont en rien supérieurs à la
moyenne des nègres, il y en a de parfailenaent idiots, d'autres atteints d'aboulie. Les cliniques mentales d'Angleterre, de Hollande et d'Amérique ne manquent pas de sujets réduits à la vie animale II ne faut donc pas faire le raisonnement que j'ai entendu faire à des gens très doctes, voire bons professeurs : le dolicho-blond est supérieur, donc tout dolicho-blond doit être supérieur, tel crétin est dolicbo-blond, donc le dolichoblond n'est pas supérieur.
J'ai déjà montré que la masse des populations de race Europœus n'était pas, dans les premiers temps historiques, parvenue au degré de maturité cérébrale acquis dans ces derniers siècles par les peuples de la Mer du Nord et de la Baltique. Si la grande civilisation néolithique de l'Europe parait avoir été l'œuvre du dolicho-blond, celles de l'Egypte et de la Chaldée, qui en. dérivent ou en sont des branches collatérales, ne paraissent pas dues à VEuropxus, Il ne faut pas toutefois se presser de conclure, car le grand développement de la civilisation dans ces deux régions peut s'être produit sous l'influence d'éléments dolicho-blonds, superposés à des populations d'autre race qui ont continué le mouvement après l'extinction des premiers initiateurs. J*ai montré qu'un élément blond a existé en Egypte dans les temps les plus reculés. De même en Asie les grandes civilisations du Mitani, et ensuite de l'Assyrie, paraissent dues à un noyau de race aryenne. Pour la Chaldée seulement les données font jusqu'à présent défaut.
Si d'ailleurs le développement a été plus précoce dans les vallées bénies du Nil et de TEuphrate, la raison en est surtout au milieu. Ces régions étaient propres à un grand développement de la population, par suite de la facilité de la culture, et des moindres besoins de la vie. Le progrès n'est possible que dans une population d'une certaine densité, offrant aux chances de destruction une résistance due à sa propre
masse. Avec les modes de culture des temps primilifs, et sous un climat dont la basse température exige une consommation individuelle plus forte, il est facile de comprendre qu'un développement pareil n'était guère possible dans les basses vallées du Rhin et de TElbe/Ce sont des pays propices & l'avancement, mais non aux débuts de la civilisation.
L'aptitude au progrès, à la production sans cesse croissante d'eugéniques, paraît propre à la race dolicho-blonde. Les diverses races qui se trouvaient en contact intime avec le monde égypto-chaldéen n'ont pas participé à cette évolution. Si les éléments aryens de la Perse, de l'Inde, de la Grèce, ont évolué rapidement, et jusqu'à épuisement complet, les populations noires de Tlnde et de l'Afrique sont restées immobiles. L'£* gypte a pris contact avec les nègres il y a six ou sept mille ans^ elle a dominé toute la région du Soudan égyptien, sans qu'il s'y développât par imitation une civilisation indigène.
Il en est d'ailleurs de même aujourd'hui. Les diverses races qui ont reçu notre civilisation moderne ne paraissent pas en avoir beaucoup profité. Le Mexique, le Pérou, l'Inde, pour ne parler que de populations anariennes d'un niveau élevé, ne paraissent pas en voie de progrès. Il faut distinguer avec soin la valeur des individus et celle de l'acquis social dont ils sont participants. L'homme de notre temps superpose à sa valeur personnelle tout l'acquis dont a bénéficié sa génération par ^accumulation des richesses, des découvertes scientifiques, des idées-forces. L'acquis social peut passer à des races inférieures d'un coup, mais non la supériorité mentale. Les populations des pays dont je parle n'ont rien ajouté à l'actif reçu de nous^ il est donc permis de dire qu'elles ne sont pas en progrès réel.
Avec des nègres, des Chinois, des Indiens du Mexique on peut faire des soldats, des marins, des ouvriers habiles, des
laboureurs patients, voire des notaires, des médecins, des commerçanls, mais point de directeurs sociaux, de ces hommes qui apportent un facteur nouveau à l'évolution. C'est par la faculté de produire beaucoup d'hommes très supérieurs i\\x* Europaeus se place en tête de toute Thumanité.
Celte supériorité ne se maintiendra pas d'une manière nécessaire. Je ne veux pas dire qu'elle cessera, mais elle pourrait cesser. Les sélections sociales peuvent arriver^ en un temps assez court, à éliminer les éléments les plus eugéniques. C'est ainsi qu'ont péri tous les grands peuples de l'antiquité. Les désastres militaires n*ont fait que renverser des états croulants de vétusté, vivant par habitude, et chez lesquels la multitude répandue dans les rues et les campagnes ne suppléait pas à l'absence d'hommes dans le sens complet du mot. Cette possibilité est tout simplement celle de l'arrêt et du recul de la civilisation. Rien ne permet, en effet, de compter sur des races qui depuis des siècles et des siècles n'ont pas tiré de leurs rapports avec la civilisation les moyens d'évoluer. Les nègres, par exemple, paraissent des barbares définitifs. Par une sélection systématique, on pourrait en faire sortir une population très supérieure aux Aryens les plus eugéniques, mais il ne faut pas faire cette hypothèse, car si l'on fait de la sélection systématique ce ne sera point à leur bénéfice. Les sélections sociales relèveront certainement les nègres, elles feront périr de misère les éléments qui ne pourront s'adapter au travail plus intense imposé aux peuples africains par la civilisation, mais elles ne feront que le nécessaire, c'est-à-dire ce qu'il faudra pour fabriquer de bons producteurs économiques.
L'anthroposcciologie comme moyen d'investigation. — L'anthroposociologie est la branche de l'anthropologie qui étudie
l'homme comme membre de la société. Je n'aime pas beaucoup ce terme, mais il est tellement répandu que je suis obligé de remployer quelquefois pour me faire comprendre.
Les recherches de cet ordre, quand on les pratique dans les régions où existe B. Europœusy soit pur soit à l'état de combinaison ethnique, ont pour résultat immédiat de montrer la proportion de cette race dans les diverses catégories sociales. L'étude de la supériorité A'Europœns se ferait donc d'une manière toute naturelle par l'analyse ethnique des diverses catégories sociales en Europe et dans quelques régions hors d'Europe.
Je ne veux pas me livrer de nouveau à ces recherches, qui ont fait l'objet du cours de l'année précédente. Les Sélections sociales sont le développement tout naturel du présent chapitre, qui prendrait, si je voulais le traiter d'une manière étendue^ des proportions supérieures à tout le reste du présent volume. Je me bornerai donc à compléter sur quelques points la documentation des Sélections sociales, mais avant de le faire, j'insisterai'sur deux idées qui paraissent avoir besoin d'être présentées d'une manière très nette, car elles ont fait l'objet de raisonnements inexacts de la part de beaucoup de bons écrivains.
Gobineau pensait que la stratiQcation sociale avait pour origine des faits militaires, invasion, conquête, assujettissement des vaincus. Cette idée se retrouve dans les écrits de Broca, nous avons vu tout à l'heure, dans le cas particulier des Germains établis en Gaule, que Livi ne l'avait pas abandonnée, et je sais que beaucoup de bons esprits lui accordent encore un certain crédit. En réalité la stratification actuelle n'a rien à voir avec la conquête barbare. Les phénomènes de dissociation, de capillarité, nous expliquent d'une manière suffisante l'état actuel des choses. Nous voyons sous nos yeux se
produire Pafflux des dolichoïdes sur certains points, leur élé- Tation dans l'échelle sociale. Toutes les recherches d'analyse ethnique sont d'une clarté parfaite à cet égard. 11 y a longtemps que l'état de choses créé parles invasions a disparu, et l'état actuel se fait et se défait d'une manière continue. Je renverrai pour plus de développements aux mémoires spéciaux de Closson : Dissociation by displacement y La dissociation par déplacement j Ethnie stratification, etc.
Il faut d'ailleurs remarquer que la conquête peut revêtir deux formes, militaire et interstitielle. La conquête interstitielle se produit quand dans un pays s'infiltrent d'une manière graduelle et pacifique des éléments étrangers, qui finissent par s'emparer du pouvoir par le fonctionnement normal des institutions politiques. L'infiltration d'innombrables bandes de barbares dans l'Empire romain est un exemple d'invasion interstitielle précédant une conquête militaire. Encore peut-on ' aller jusqu'à dire que les nouveaux-venus avaient en partie conquis le pouvoir, car beaucoup d'entre eux avaient trouvé moyen d'accéder aux plus hautes charges. Nous assistons à un spectacle analogue en France, où l'oligandrie a provoqué un appel considérable d'étrangers, dont un grand nombre occupent les situations les plus en vue. La conquête interstitielle, pour s'opérer sans fracas, peut n'être ni moins complète ni moins définitive que la conquête par les armes.
L'autre idée fausse est peut-être encore plus généralement répandue. Elle est partagée par des anthropologistes très en vue, que les conséquences de Tanthroposociologie déroutent dans leurs idées préconçues, et aussi dans leurs préjugés politiques. Livi, Manouvrier, d'autres encore, soutiennent que les résultats de l'anthroposociologie sont mal interprétés, que les faits sont exacts, mais qu'ils ne supposent nullement une iné* galité des races, entraînant superposition d'une manière néces-
saire, comme dans un tube contenant du mercure, de Teau et de Thuile. Il s'agirait simplement d'un phénomène de péréquation de l'indice. Le mélange des races étant plus; grand dans les villes, dans les classes supérieures, dans les éléments en mouvement, il serait tout naturel que l'indice fût plus faible en France dans toutes les catégories correspondantes • Livi croit voir une preuve à l'appui do cette idée dans le fait que les éléments sélectionnés sont, dans l'Italie du Sud, moins dolichocéphales au lieu de l'être davantage.
Ammon et Closson ont répondu avec raison à Livi que son argument prouvait seulement l'infériorité du type dolichohran (meridionalis)pBiT rapport au type brachyci^phale d'Italie, (le plus souvent Dinaricus), mais qu'il n'y avait aucune conséquence à en tirer pour le cas où la comparaison s'établit entre Européens et Alpinus. La psychologie de l'Anglais n'est pas celle du Sicilien, et celle du Yankee n'est pas davantage celle du Napolitain. Gs n'est pas l'indice qui fait la supériorité, tant s'en faut, puisqu'en Amérique le nègre est plus dolichocéphale que le Gallo-Saxon, et cependant lui est socialement inférieur. Mert dionalis dolichocéphale est inférieur au brachycéphale, i4//?mw5 ou Dinaricus, et celui-ci à Europaeus, encore dolichocéphale.
En ce qui concerne la France, la péréquation de l'indice ne saurait expliquer les résultats de l'analyse ethnique. C'est évidemment à la péréquation que tout le monde a songé d'abord quand on s'est trouvé en présence d'une moindre brachycéphalie des catégories sélectionnées, mais il a bientôt fallu reconnaître que la péréquation n'était pas le seul facteur en jeu. C'est ce qu'Ammon et moi nous avons fait de bonne heure, et ce que feront tous les anthropolog'stes de bonne foi après avoir étudié les chiffres.
Collignon a trouvé pour moyenne des indices départementaux le chiffre 83.57. Ce chiffre n'exprime pas l'indice proba-
ble d'un lot considérable, de mille Français par exemple, pris au hasard. Les départements très brachycéphales sont, en effet, très peu peuplés en comparaison des moins brachycéphales. J'ai donc repris le calcul, en multipliant chaque indice départemental par la population du département, exprimée en milliers d'habitants. J'ai divisé la somme des produits par la somme des milliers d'habitants, et obtenu le chiffre. 83.01, qui peut être, jusqu'à nouvel ordre, regardé comme Texpression de l'indice des Français mâles adultes. C'est celui que l'on devrait obtenir en mesurant la population masculine entière, vers l'âge de 21 ans.
Si la péréquation était le seul facteur en cause, nous devrions trouver 1** dans toutes les régions dont l'indice est supérieur à la moyenne, une moindre brachycéphalîe des catégories sélectionnées; 2° inversement, dans les régions dont l'indice est inférieur h la moyenne, une plus grande brachycéphalie des catégories sélectionnées. Or il n*en est pas ainsi, dans les régions les moins brachycéphales l'indice continue à s'abaisser davantage à mesure que les éléments sont plus sélectionnés. Il tend donc vers la moyenne 77 ou 78 &Europ3Busei non vers celle 83.01 de la nation française.
Paris a un indice de 80.7, la Seine 80.9. L'indice est donc de plus de deux unités au dessous de la moyenne de la France, et même des départements de la région parisienne, qui varient entre 81.4 et 83.1. De même l'indice de Bordeaux 79.6, est inférieur à celui du département de la Gironde .80.8, à celui de tous les départements voisins, compris entre 80.4 (Charente) et 83.6 (Landes;, inférieur de trois unités et demie à celui de la France. 11 n'y a pas un seul département, sauf les Pyrénées-Orientales, dont l'indice soit aussi bas que celui de Bordeaux. La Corse, les Pyrénées-Orientales, la Creuse, la Dordogne, la Gironde, le Nord, le Pas-de-Calais, la Haute-
Vienne sont les seuls déparlements dont l'indice soit inférieur à celui de la Seine, les deux premiers de deux unités, les autres de quelques dixièmes d^unité. Ces deux exemples suffisent à prouver Thisuffisance de Thypothèse de la péréquation pour la France. 11 en est de même pour le grand-duché de Bade, où l'indice des villes est inférieur à celui de toutes les circonscriptions rurales qui les alimentent et très inférieur à la moyenne générale. L'exemple le plus saisissant que Ton puisse donner est cependant TAutriche. La ville de Vienne est moins brachycéphale que la circonscription dont elle est le centre, et celle-ci est précisément la moins brachycéphale de l'Empire Austro-Hongrois. Il en est à peu près de même en Suisse : tout le pays est brachycéphale, les villes seules tendent à la dolichocéphalie : Genève, Bàle, Zurich, Berne,
On trouve en France quelques villes en très petit nombre, au centre de pays très brachycéphales, qui ont un indice supérieur à 83. Lyon parait être du nombre, près de 85, autant qu'on en peut juger sur des chiffres insuffisants : cette ville a bien une Société d'Anthropologie, mais celle-ci ne parait pas d'un zèle très actif pour les recherches locales. La région dont Lyon est le centre atteint des indices très élevés : l'Ain, le Doubs, le Jura, le Rhône dépassent 86, la Haute-Loire, la Haute-Saône, Saône-et-Loire sont au-dessus de 87.
L'explication de l'inégalité des indices par la péréquation n'est donc pas possible. Cette explication était la première qui dut venir à l'esprit, et de fait elle a retardé longtemps le rattachement du phénomène à la sélection sociale, mais c'est bien dans cette dernière qu'il faut chercher la cause principale. C'est ce qui résultera d'ailleurs, avec la dernière évidence, des paragraphes suivants, si l'on a soin d'avoir toujours présent à la mémoire le terme de comparaison fondamental, l'indice 83 de la nation française.
Les paragraphes suivants sont la reproduction partielle, et mise à jour quant aux chiffres, d'un travail très important que j'ai publié depuis les Sélections sociales. Il a paru en Amérique dans le Journal of Political Economy de rOniversilé de Chicago (Fundamental laivs of AnthropO'SOciology, 1897, VI, S4-92, et tirage à part), en Italie dans la Rivista italiana di sociologia (Le leggi fondamentali de tantropo-sociologia, 1897,
19 304-331, et tirage à part). La Revue scientifique en a publié le texte, allégé de la plupart des tableaux, le public français n'aimaut guère les chiffres, pour éloquents qu'ils puissent être (Lois fondamentales de t Anthroposociologie, R. scient., 1897, II, 545-552).
Loi de répartition des richesses. — Dans les pays à mélange Europœus-AlpimtSs la richesse croît en raison inverse de Cindice céphalique.
Pour la France, le tableau suivant montre la différence de rendement des impdts les plus significatifs: i^'par comparaison entre les départements les plus dolichoïdes et les plus brachycéphales, groupés jusqu'à concurrence de dix millions d'habitants pour chaque groupe; 2^ par comparaison entre les
20 départements les plus et les moins brachycéphales. L'évaluation est faite en millions de francs. Les pourcentages sont de Beddoe {Sélection in Man, 8).