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Livi a publié récemment un travail consacré à l'étude des rapports de la taille et du périmètre ihoracique avec les professions {Dello sviluppo del çorpo, in rapporta colla profemone e colla condizione sociale^ Roma, Voghera, 1897). Ce travail contient des données très détaillées.
Loi dos intellectuels. — Le crâne des intellectuels est plus développé dans toutes ses dimensions, et surtout en largeur.
Les dimensions absolues du crâne sont toujours supérieures dans les catégories sélectionnées, mais chez les éléments les mieux doués au point de vue de l'intelligence il y a fréquemment une exagération de largeur.
Broca distinguait parmi les sujets à indice élevé les eurycéphales, à crâne exceptionnellement élargi, et les brachycéphales, à crâne normalement large. Le premier caractère est individuel ou familial, le second est caractéristique de race. On reconnaît aisément l'eurycéphale à la longueur absolue, qui est au moins égale à celle des dolichocéphales de sa race.
On comprend que le développement du cerveau antérieur, surtout chez les dolichocéphales à suture métopique persistante, aboutisse à un élargissement de la partie antérieure de la boite crânienne et à une augmentation de Pindice. En général cette hypertrophie se produit pendant la période utérine ou pendant la première enfance, mais quelquefois elle se continue toute la vie. Gladstone et de Candolle sont des exemples bien connus de ce phénomène, que j'ai pu observer sur moimême et suivre d'année en année. Quand le même phénomène se produit chez un brachycéphale, il exagère sa brachycéphalie, mais la longueur maxima reste toujours courte.
Cette modification nous explique pourquoi les plus laborieux travailleurs intellectuels ont souvent un indice plus élevé qu*0Q ne serait porWS à le supposer. En Angleterre, la classe
intellectuelle a un indice légèrement plus élevé que la moyenne. De même les instituteurs qui chez nous se recru» tent surtout dans la classe la plus brachycéphale exagèrent la brachycéphalie de leur race, et les fils d'institutears qui constituent en tous pays une forte proportion des boursiers présentent la même anomalie. Ce ne sont d'ailleurs pas toujours ces gros cerveaux, aptes à emmagasiner un amas de coDnaissaoces, et à fournir une somme anormale de travail, qui brillent par les qualités les plus remarquables. Leurs possesseurs sont d'excellents élèves, parfois de bons professeurs, mais ils manquent presque toujours des qualités maltresses qui font un homme, et ils sont peu portés aux idées nouvelles. On peut les ranger hardiment parmi les esprits de la seconde catégorie.
Je n'insisterai pas, ayant dans les statistiques précédentes souligné avec soin les cas d'exagération du volume cérébral ou d'excès de largeur chez les catégories sélectionnées.
Loi de raccroissement de l'indice. — Depuis les temps préhistoriques^ rindice céphalique tend constamment et partout à s'éleuer.
J'ai signalé de nombreux exemples de cette loi» une des mieux constatées de l'anthroposociologie. Le phénomène parait dû à l'accroissement constant de la proportion des brachycéphalesy plus dociles et présentant par suite plus de chances d*ôtre bien vus et protégés par le pouvoir, dans une civilisation où la subordination de l'individu va sans cesse croissant. Il peut y avoir cependant autre chose dans ce phénomène si général. J'ai montré dans ma Phylogénie des Ca* rabus que dans toutes les branches delà généalogie l'évolution se fait d'après une même pente, vers des formes à élytres lisses et à pores sétigères oblitérés. Une force interne, parfiii* tement indépendante de toute sélection /détermine ainsi une
évolution parallèle et plus ou moins convergente. Il est possible que chez l'homme il existe quelque chose d'analogue, et que des raisons mécaniques ou chimiques tendent à donner au crâne une forme plus large.
Nécessité d'un recensement anthropologique. — Je terminerai par quelques considérations générales. Si merveilleuses que soient ces lois, nous ne sommes qu'au début des découvertes. Il en reste beaucoup qui ne sont même pas soupçonnées. La nécessité d'un cadastre anthropologique complet de chaque état s'impose, et s'il est bien fait, il donnera des résultats politiques dont l'importance peut à peine être prévue. En Italie, où l'on rédige à l'arrivée de la recrue à son corps un bulletin spécial qui est envoyé au Ministère de la guerre, on pourrait dès à présent faire de bon travail^ si l'Italie n*était pas, en raison de la composition de sa population, un pays d'exception. Les recherches faites au conseil de révision dans le Grand Duché de Bade sont condensées dans V Anthropologie der Badener d'Àmmon, qui est le chef-d'œuvre du genre. On procède dans d'autres états à des statistiques de même nature, mais je constate avec regret qu'en France, à part GoUignon et moi, personne ne parait désireux d'imiter cet exemple. Les personnages officiels se soucient peu de recherches qui n'ont point d'intérêt électoral, et je doute que de longtemps ministres et préfets se donnent la peine de comprendre la nécessité et la portée de ces recherches.
Je dois même le dire, et cela pour établir certaines responsabilités^ si les recherches d'initiative individuelle ont donné jusqu'ici des résultats imparfaits et incomplets, c'est parce que les opérateurs ont rencontré rarement la bienveillance nécessaire. Il faut rendre aux Français cette justice qu'ils mettent la plus grande bonne volonté & se laisser mesurer*
J'ai mesuré plus de dix mille conscrits, et je n'ai pas rencontré plus de cinquante cas de mauvaise volonté. J'ai mesuré des ouvriers dans les mines, des paysans dans les champs et des passants sur les routes. Partout j'ai rencontré la même condescendance narquoise, et souvent un concours très empressé, très actif, quand j'avais le temps de montrer l'intérêt des mesures. Ce sont des conditions très favorables, que l'on ne rencontre pas dans tous les pays. Chaque fois, au contraire, qu'il m'a fallu une autorisation quelconque d'un personnage officiel, chef d'institution ou préfet, cette bonne volonté s'est montrée chancelante ou timorée, quand je ne me heurtais pas à un refus formel. De nombreuses recherches ont été empêchées, soit par caprice, par besoin d'affirmer son pouvoir en refusant quelque chose, soit par crainte de déplaire à des personnages plus influents. D'autres ont été arrêtées après avoir été poussées presque jusqu'au bout, et un travail énorme est devenu stérile, il était d'ailleurs évident que tous ces personnages se trouvaient désorientés par le seul énoncé de recherches dont ils n'avaient point entendu parler, et dont les résultats possibles leur semblaient hérétiques.
Dans le monde intellectuel et surtout chez ceux qui se croient avancés parce qu'ils ne retardent guère de plus d'un siècle, Tanthroposociologie rencontre une infinité d'adversaires, d'une bonne foi souvent suspecte. Il serait difficile d'exiger que des gens imbus de préjugés surannés, mais reçus d'une manière officielle, prêtent la main à la destruction des erreurs qui leur sont chères. Il serait peut-être honnête de leur part de ne pas mettre des entraves aux recherches de leurs adversaires, pour leur objecter en même temps la valeur seulement locale ou partielle des résultats obtenus. Cette manœuvre est équivalente à celle qui consiste à favoriser sous maia l'œuvre des phosphatiers pour arriver à diminuer le nombre
des gisements pléistocènes utilisables en préhistoire, mais tandis que la seconde est familière surtout aux catholiques, et part d'une idée élevée en soi, qu'il faut empêcher le développement des notions contraires à l'enseignement de TEglise, et par suite nécessairement erronées, ce sont au contraire les rationalistes de toute catégorie qui se mettent en travers des applications du darwinisme à la science sociale. J'en suis même arrivé à constater que le darwinisme social trouve moins d'hostilité chez les cléricaux eux-mêmes que chez les prétendus libres-penseurs. Ces derniers sont bien mal appelés, car ils n'admettent point que les darwiniens et les monistes en général aient le droit de penser autrement qu'eux, et de faire la preuve de ce qu'ils affirment. On a trouvé que j'avais été, dans la préface du Monisme, un peu dur pour celte catégorie de sectaires. 11 serait impossible de Tôlre plus qu'ils ne le méritent. Cette mesquine résistance est bidu inutile. Les efforts des églises chrétiennes n'ont pis empêché le darwinisme de triompher dans les sciences naturelles, tous ceux de l'église de la Révolution ne remp*;cheront pas d'envahir les sciences sociales, et probablement de dicter les lois d'une conduite rationnelle des peuples. Ces efforts d'ailleurs, ne peuvent avoir de résultats efficaces que dans notre pays, car l'influence des doctrines de l'autre siècle est bien médiocre au dehors. Dès lors, leur inutilité est évidente et complète. La science est universelle, et la découverte que l'on aura pu empocher sur un point se fera sur un autre. Si les tentatives faites pour arrêter mes premiers débats avaient réussi, et si je n'avais pas écrit une ligne, l'anthroposociologie aurait été fondée à Karlsruhe en 1890 par Ammon, au lieu de l'être en 1886 à Montpellier, mais cette science n'en serait pas moins exactement au même point au moment où s'impriment ces lignes. £t
quand, à l'heure actuelle où les sélectionnistes sont à l'œuvre l'abten. 29
sur le globe entier, où le sélectioanisme est introduit dans la législation américaine sous ses formes les plus difficiles à accepter, j'assiste à ces vaines tentatives, j'ai plutôt pitié des pauvres arriérés qui dans leur ignorance essaient d'arrêter la mer montante avec de petits pâtés de sable !
Lia Oenèse des grands hommes d'Odin. — Parmi les livres publiés depuis les Sélections sociales, et qui se rapportent à Tanthroposociologie, il en est un qui me parait mériter les honneurs d'une étude spéciale, 'c'est la Genèse des grands hommes d'Odin (Paris, Weller, 1897). L'auteur, professeur à rUniversité de Sofia, est mort aussitôt après l'impression de son travail, qui malgré sa valeur, est passé presque inaperçu.
Il faut louer Odin d'avoir compris que les événements historiques sont soumis à des lois d'une complexité extrême mais n'échappent pas à la nécessité d'un déterminisme absolu, ou qui paraît absolu, thèse nécessaire si l'on rejette l'intervention du surnaturel dans les actes de l'homme. 11 n'y a pas d'exception, mais seulement des cas qui ne sont point identiques. Dans ces conditions, et dans ces conditions seulement l'histoire peut faire l'objet d'une science véritable. Marxiste» Odin fut trop dominé par la conception économique de l'histoire, chère à Marx et à Engels. Il tomba par suite dans les excès de simplisme de ses devanciers de l'école historique matérialiste, que je préférerais appeler moniste s'il ne convenait de respecter Tusage adopté, et de réserver ce dernier nom à une école déterministe plus large, reconnaissant en dehors des causes économiques d'autres causes en nombre infini, parmi lesquelles celles qui résultent de la nature même de rhomme, de la race et de l'hérédité, jouent un rôle plus considérable encore. Pour que le gland devienne un cbène, il faut un sol favorable, l'intervention de la chaleur et celle de l'eau» mais il faut d'abord qu'il porte en lui la force de l'hérédité.
Dans sa Genèse, Odia recherche les causes qui ont déterminé la production des hommes de lettres, et surtout des écrivains de génie. Il étudie les différentes conditions d'hérédité et de milieu. Il attribue au milieu éducateur la plusgrandje inQuence, et une influence secon Jaire aux milieux sociaux et économiques. Pour lui, l'énorme inégalité des classes au point de vue de la production des hommes de lettres, déjà constatée pour les savants par de Candolle, provient surtout de ce que certaines classes sont plus à portée, par leurs habitudes urbaines, leur aisance, leur éducation habituelle, de donner à leurs enfants la culture sans laquelle le plus grand génie.ne peut devenir ni un savant ni un lettré. Certaines choses l'embarrassent, par exemple le peu de fécondité de la classe bourgeoise en hommes de lettres, et il s'en tire par des explications sans valeur.
Ce n'est pas qu'Odin méconnaisse l'influence de la race anthropologique. II n'est pas loin d'admettre que cette influence est très grande dans la formation des classes, et agit ainsi d'une manière indirecte sur la production des hommes de lettres, mais il n'a aucune notion des travaux postérieurs à ceux de Galton et de Gandolle, sauf peut-être quelques généralités rencontrées dans des mémoires récents de Fouillée. Cette indépendance absolue des recherches d'Odin donne un bien plus grand prix aux résultats de ses statistiques, exposées avec une belle netteté dans tout un second volume de tableaux, de diagrammes et de cartes, qui constituent un modèle à ce genre de recherches.
Odin arrive à constater que l'immense majorité des hommes de lettres est née dans les centres urbains, ou dans les châteaux, que les villes universitaires sont d'une fécondité remarquable, et que les classes les plus fécondes sont la noblesse et la robe, puis les professions libérales, la bourgeoisie ne
produisant guère plus de lettrés que la maÎQ d'œuvre. En somme, les hommes de lettres sortent surtout, pour ne pas dire d'une manière presque exclusive, des milieux où nous avons vu l'indice plus faible et le crâne plus volumineux.
Je vais analyser les principaux documents contenus dans le second volume de la Genèse^ celui qui survivra, je ne dis pas seulement au premier, dont la doctrine est parfois faible, mais à tous les travaux de même nature exécutés jusqu'ici.
La carte de la fécondité des départements en gens de lettre? (pi. VIII), nous montre la région féconde limitée au sud par une ligne allant de Coutances à Genève. C'est la partie la plus aryenne de la France. II n'y a que deux exceptions corre"5pondint l'une au massif vosgien, l'autre à ce que Ton a nommé la Suisse normande, deux contrées où l'indice varie entre 85 et 88. Au sud de la ligne, nous ne trouvons de contrées fécondes que sur le littoral de la Méditerranée, de Narbonne à Marseille, autour de Toulouse, de Lyon et de Bordeaux, centres urbains de grande importance qui ont toujours concentré une proportion anormale d'éléments sélectionni's. Genève forme un centre artificiel très important^ dû à la pr'ésence des réfugiés protestants. La carte correspond, d'une manière g'hrîrale, à la carte anthropologique de la France, telle qu'elle a été dans les siècbs passés, plutôt qu'à celle de nos jours. Les données actuelles de Tanthropogéographie permettent au^si de^ résoudro certaines difficultés insolubles pour l'autour. OJin se demande ainsi pourquoi la partie féconde des CUes-dii-Nord est la parlie française, et pourquoi dans le Morbi lan c'est l'inverse. C'est que dans le premier département, c'est la partie française de langue qui est dolicho-blonde (Dinan), et inversement dans l'autre. Odin a donc tort d'en conclure, t. I, p. 469, que la race n'y est pour rien : encore une fois la langue ne fait pas la race.
Le tableau XX et le diagramme XIV nous montrent que les gens de lettres de talent protestants font, à l'origine, un tiers de Tensemble, et encore 8 ou 9 0/0 à la fia du xviii® siècle^ à un moment où il ne restait presque plus de protestants en France. L'auteur a d'ailleurs su remarquer que cette supériorité était due en partie à ce que les protestauls étaient en proportion infiniment plus forte dans les classes élevées, comme ils le sont encore, et aussi les Juifs.
Le tableau XXVI, le diagramme XVII et la carte XVIII illustrent d'une manière remarquable le fait que Timmense majorité des hommes de lettres sont nés dans les chefs-lieux. Les tableaux XXX à XXXIII, et les graphiques XXH à XXIV sont consacrés à l'exposition de la fécondité relative des classes sociales en hommes de lettres. Ils méritent une élude détaillée.
Le graphique XXIV nous montre la proportion de gens de lettres de talent relativement à la population totale de chaque classe, pour la France, la Suisse romande et la Belgique. §i la qualité d'homme de lettres en général peut être due à l'action du milieu, à l'imitation, il n'en est pas de même du talent. On l'apporte en naissant. La noblesse a fourni en chiffres absolus 159 noms, la magistrature 187, les professions libérales 143, la bourgeoisie 72, la main d'œuvre 61^ en tout 623. Ces chiffres ne prennent leur valeur qu'en les rapportant au nombre absolu des individus composant chaque classe sociale. C'est là le côté délicat du calcul. Odin arrive ainsi aux chiffres suivants : noblesse 1S9, magistrature 62, professions libérales 24, bourgeoisie 7, main d'œuvre 0.8. Ces coefficients représentent d'une manière assez légitime la valeur littéraire des trois premières, et môme de la quatrième classe, qui n'était non plus ni illettrée ni besoigneuse. Il est évident que pour la dernière il y a à tenir compte d'une forte proportion inconnue
d'hommes de talent qui ont péri dans l'ignorance et la misère. C'est à peu près ainsi que de CandoUe est arrivé à trouver (v. Sélections,^. 38-39), que la valeur scientifique de la classe supérieure est 20 fois celle de la moyenne, et celle-ci 10 fois celle de la classe inférieure. Il est très suggestif de voir la courbe tomber presque à pic de la noblesse à la magistrature, qui comprend cependant elle-même la noblesse de robe, et s'abaisser ensuite de plus en plus doucement jusqu'à la main d'œuvre. Ces résultats nous déroutent un peu. Exacts pour les temps passés, jusqu'aux hommes nés vers 1825, ils le seraient moins aujourd'hui. La magistrature et les professions assimilées (notariat, barreau) sont loin de briller aujourd'hui par leur valeur intellectuelle. C'est un axiome très reçu que si un bachelier n'est ni intelligent ni travailleur^ sa place est i l'école de droit, et quand il est licencié, ce qui n*use ni ne meuble beaucoup son cerveau, s'il n'est pas assez disert pour faire un avocat, pas ass&z madré pour faire un avoué, pas assez flexible pour faire un sous-préfet, mais trop honnête pour faire un politicien, la magistrature est ce qui lui con« vient. Les magistrats d'autrefois ne valaient pas^ sur certains points, beaucoup mieux que les niUres. Ils étaient aussi rogues, amis de la table comme eux^ et comme eux décemment paillards, ils n'étaient pas plus incorruptibles, et les épiées pouvaient être fortement relevées, mais ils avaient l'avantage incontestable de constituer une classe plus intelligente. Les hommes bien doués n'avaient pas comme aujourd'hui le choix entre une infinité de professions intellectuelles. Les fonctions de robe étaient à peu près la seule issue possible. La fécondité très faible de la bourgeoisie en hommes de valeur s'est relevée peu à peu. II ne faut pas oublier qu'autrefois toute famille bourgeoise un peu dégrossie ne tardait pas à être anoblie. De notre temps il n'en est plus ainsi, et la bourgeoisie
comprend des élémeDts qui seraient depuis longtemps passés dans la noblesse si le recrutement de celle-ci n'était pas arrêté. Quant à la noblesse, sa valeur intrinsèque parait bien avoir baissé d'une manière constante, depuis la Renaissance jusqu'à nos jours.
Le graphique XXIII nous renseigne d'ailleurs sur ce mouvement de transformation. Pour la noblesse la courbe baisse lentement de 1300 à 1575. A partir de ce moment les naissances d'hommes de talent £ont plus rares jusqu'après 1700, il y a un creux très marque correspondant à la perte des familles qui ont fait l'illustration de Genève et des autres lieux de refuge. La baisse reprend et continue jusque vers 1740^ Elle s'accuse fortement, et la courbe ne se relève un peu que pendant la Restauration. Ce second minimum correspond aux talents fauchés par la Révolution avant d*avoir acquis leur complète maturité, et à la diminution absolue des naissances. La magistrature, robins nobles ou roturiers, présente au contraire un maximum triomphant pendant les règnes de Louis XIII et de Louis XIY ; elle s'est substituée à la partie rebelle et fugitive de la noblesse antérieure. A partir de la Révolution la courbe plonge rapidement, c'est le commencement de la période de l'abandon de la profession par les hommes intelligents. Les professions libérales, dont les commencements sont modestes, montent d'une manière presque régulière jusqu'à la Révolution. Elles prennent alors le dessus par un mouvement rapide. La bourgeoisie, dont le mouvement ascensionnel est très faible, ne monte avec un peu de vigueur que depuis 1740 jusqu'à 1800, et redescend ensuite. La main-d'œuvre a une courbe presque horizontale ; malgré le changement des conditions elle ne donne pas plus de naissances d'hommes de valeur en 1825 qu'en 1700.
L'ordre des classes est à l'origine, au Moyen-Age : noblesse.
robins, professions libérales, bourgeoisie, main-d'œuvre, avec les cotes 50, 31, 10, 6, 4. II est en 1825 : professions libérales, noblesse et magistrature, bourgeoisie, main-d'œuvre^ avec les cotes 35, 18, 18, 15, 13. Celte génération née vers 1825 est celle qui s'est éteinte de nos jours, et qui a été assez peu remplacée, car ce crépuscule de siècle est aussi un crépuscule du talent.
Importance croissante des nations aryennes. — A mesure que la civilisation devient plus intensive, l'aptitude remarquable des Aryens à l'effort continu et calculé leur assure une supériorité plus écrasante sur les autres races. Si l'on pouvait dresser, époque par époque et nature par nature, des statistiques de toutes sortes depuis le xiv^ siècle, on verrait que le rang des nations aryennes tend sans cesse à s*élever, tandis que celui des autres s'abaisse. Il est très curieux de constater ce mouvement même sur des catégories de faits d'une importance secondaire. Il est malheureux que ce mouvement ne puisse être étudié d'une manière continue, même pour les catégories de faits très simples, en raison de la variation incessante du domaine européen des diverses nations. La France n'a guère modifié ses limites depuis Louis XIV, sauf un instant sous Napoléon, les Iles-Britanniques n'ont pas varié, la Russie ne s'est guère agrandie en ce siècle que du côté de l'Asie, mais l'Allemagne a subi des vicissitudes extrêmes. L'ancien Empire comprenait l'Autriche et seulement une partie de la Prusse, l'Empire actuel comprend toute la Prusse et ne comprend plus TAutriche. Quand en 1866 l'hégémonie est passée des Habsbourg aux Hollenzollern, l'Autriche s*est rejointe à la Hongrie et à la Bohême, et depuis la Bosnie s'est incorporée à l'Austro-Hongrie. Une grande partie de l'Italie, d'ailleurs variable, a fait p::rtie jusqu'à nos jours de l'Autriche.
Sous le bénéfice de ces observations, je donne le tableau suivant de raccroissement de la population depuis 1700 dans les divers états, en ajoutant les prévisions pour 1900 et 1950. Je crois inutile de faire des prévisions à plus longue portée, le rythme de raccroissement de population étant variable, et l'état de l'Europe trop instable pour que les frontières actuelles puissent durer au delà d'un demi-siècle. Avant ce terme, il est probable que la tendance à l'annexion des états faibles aux plus forts aura fait disparaître une partie des états actuels. Les chiffres sont empruntés surtout à M. Levasseur.
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Allemagne
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Ce tableau nous montre, à l'origine, la France au premier rang; l'Allemagne, plus grande qu'aujourd'hui et comprenant l'Autriche propre, l'égale à quelques centaines de mille âmes près. La Russie ne compte encore que 10 millions d*habitants, et TAngleterre 9. Sur 100 habitants des grands états, la France
en compte 40. Ces chiffres font comprendre la situation prépondérante de notre pays sous le règne de Louis XIV.
A rbeure présente, la France est passée au sixième rang, serrée de près par l'Italie. La Russie est devenue colossale, près de 140 millions. Les Etats-Unis, qui n'existaient pas il y a deux siècles, viennent ensuite avec 75 millions environ. Dans cinquante ans, la France ne fera plus que 3 0/0 de la population des grandes puissances, aura été dépassée par Tltalie; elle sera serrée de près par l'Espagne, qui est passée de 10 millions en 1800 à près de 20, et plusieurs états secondaires d'Amérique, le Brésil, le Mexique, marcheront à peu près de pair avec elle. Il est même possible que, malgré l'appel causé par le vide, la population de la France diminue réellement d'ici peu. Nous ne faisons figure que par la réduction de la mortalité, et, si vieux que deviennent nos vieillards, ils ne pourront indéfiniment compenser nos économies d'alcôve.
L'expansion territoriale a été immense. L'Angleterre a dans ce siècle acquis et colonisé l'Australie et d'autres parties de rOcéanie, elle a fait de l'Afrique de nouvelles Indes^ et son domaine couvre 31 millions de kilomètres carrés, habités par un quart de l'humanité, environ 410 raillions d'habitants. Les Etats-Unis sont arrivés à posséder plus de 9 millions de kilomètres carrés. La Russie en possède 23 millions, mais dont la moitié ne sont pas utilisables. Ce sont les trois états qui peuvent viser à Tholocratie, et entre lesquels se décidera le sort de l'humanité* Les vastes possessions coloniales de l'Allemagne et de la France sont en grande partie stériles, et à la discrétion de l'Angleterre, maîtresse des mers. On ne peut guère faire état que de l'Algérie. Encore faut-il considérer gue la population européenne de ce pays est une très faible minorité, où les éléments non français ou de sang mélangé prédominent, et que tôt ou tard il s'y produira un mouvement
séparatiste bî l'on contiaue à vouloir admiaistrer comme un département français ce pays en Ioue points si diiTérent de la France.
La richesse immobilière est dans une certaine mesure en rapport avec i'étenduo du territoire. Dans les régions étendues il s'établit une certaine compensation entre les terrains fertiles et incultes, riches et pauvres. Les Etals-Unis ont certainement droit au premier rang. La surface emblavée atteint près do 40 militons d'acres, et tout le sud de l'Union est un
Fig. 29. — Type Europxu*.
centre de production de coton et d'autres denrées sans analogues en Europe. Le sol est en outre d'une prodigieuse richesse en pétrole, en charbon, en fer, es argent. La Bussie vient ensuite, avec ses immenses territoires cultivables de Sibérie. La France est plus riche, & surface égale, en raison de l'accumulation des capitaux employés à l'aménagement des terres par les générations précédentes, mais sa superficie utilisable est infiniment moindre. L'Angleterre et l'Allemagne se pla-
cent sur le même rang, la première avec une richesse minière incomparablement plus grande, mais avec un sol déprécié pour longtemps par la crise du blé. Dans ces trois pays, la moyenne de la valeur de Thectare est plus grande, mais la différence d'étendue crée au bénéfice des Etats-Unis et de la Russie un écart qui ira en s'augmentant à mesure que la terre deviendra plus chère dans ces pays encore neufs.
M. Neymarck a donné au Congrès international de statistique de Pétersbourg l'évaluation des valeurs mobilières dans les principaux pays d'Europe. L'Angleterre tient la tète avec 182 milliards, TAllemagne n'atteint que 92 milliards, la France, à peu près immobile tandis que TAllemagne a doublé ses capitaux en trente ans, reste à 80 milliards. La Russie n'arrive qu'à 25 milliards, l'Autriche est à peu près au même niveau à 2i,5; ritalie atteint 17 milliards, et la petite Hollande régale presque avec 13,6 milliards. Les Etats-Unis, dont la fortune mobilière est évaluée à 120 milliards, s'intercalent entre l'Angleterre et l'Allemagne et progressent avec une rapidité qui les placera bientôt au premier rang.
Le tableau ci-dessous donne les principaux éléments de la situation financière des grands états en 1897^ évalués en millions de francs.
Bodsot
Dette
Importations
Ezportatioiu
France