‹ L'ascétique chrétienneChapitre 11 sur 100 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

L'Ascétique fait partie de la théologie sacrée. — Elle se dislingue de la Mystique. — Son importance. — Division des matières.

I, — L'Ascétique* est une des branches de la Théologie.

Considérée dans son acception la plus large, la Théologie embrasse tout ce que la raison découvre de Dieu en elle-même et dans la nature : c'est la théologie naturelle; elle embrasse surtout ce que Dieu a révélé à l'homme; c'est la théologie surnaturelle ou la Théologie proprement dite.

Les révélations faites par Dieu comprennent ses affirmations sur Lui-même et sur les choses créées, ses condescendances miséricordieuses envers la créature et en parti'

1 Les mots ascétique et mystique sont originairement des adjectifs qui n« prennent une forme grammaticale que joints à des noms. Dans ces derniers temps , ridée précise exprimée par ces qualificatifs a tendu à les ériger en substantifs pouvant se suffire à eux-mêmes : on a dit Y Ascétique, la Mystique, comme on disait déjà la Dogmatique. Si néologisme il y a, il n'est pas de nous.

culier à l'égard de l'homme; enfin ce que l'homme doit faire pour s'élever à Dieu et. réaliser la perfepl.JQji Hont il est susceptible . (^^ ^^^^^JJ^ci^i^^^u^^^Â^

Toute la théologie chrétienne est dans /"es trois sortes de confidences divines.

Les deux premières forment la matière de la théologie dogmatique; à la troisième répond la théologie appelée ascétique.

Ce mot, dérivé du grec^ exprime l'^tion, l'effort de la lutte. L'ascète tend vaillamment à sa fin, qui est Dieu, itravaille à dégager son àme de tout ce qui retarde sa Hn arche et son élan vers Dieu.

La théologie ascétique ou simplement l'Ascétique est donci cette partie de la science sacrée qui expose les principes! de la perfection chrétienne et trace les règles pratiques/ ' pour opérer cette ascension de l'àme vers Dieu,

II. — On confond trop souvent l'Ascétique avec la Mystique. Dans le langage des maîtres, ces deux dénominations expriment deux réalités bien distinctes, dont la seconde est à la première ce que la partie est au tout. Nous décrirons bientôt les trois étapes par lesquelles l'âme s'élève à la perfection : présentement, c'est assez de les^ indiquer pour établir la distinction entre l'Ascétique et la Mystique.

La vie spirituelle présente ordinaire"ment trois phases successives et ascendantes. Dans la première, appelée ja voie purgative ou des commençants, l'àme se dégage des amorces dïï~pecÏÏe et s'épure par la résistance aux tentations violentes qui menacent en elle la vie de la grâce. Dans la seconde, l'âme, plus libre du côté des sens, regarde au terme du voyage, qui est le ciel, et s'exercj3 aux vertus dans r^espoir de la récompense : c'est la voie illuminative ou des progressants. A la troisième, qualifiée de voie

* De àffxeîv, s'exercer, comtaltre.

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wiitive, ce qui domine dans l'àme, c'est moins la crainte de" l'enfer et le désir du ciel que l'aspiration de plaire à Dieu et de s'unir à ce souverain Bien.

Or, en cette dernière étape de la perfection, l'action divine peut revêtir deux formes qui constituent deux états bien diflerents. Dans la première, commune et ordinaire, la grâce divine se mêle silencieusement à l'action humaine, de telle sorte que l'àme se sent encore, comme dans les deux états précédents, plutôt active que passive. Mais parfois Dieu envahit l'âme avec une telle impétuosité, que l'âme se sent dominée et réduite à une passi\ité plus ou moins ^'^^ tt absolue. Ç'p'^^ ^p'^p ^prnttde forme de la-mk jmitive qui-^ WiiitaC^ constitiie la Mystique^ ■ ,

Les auteurs qui ont écrit de la vie ascétique en général T"*-***^*/' sont appelés les Maîtres delà vie spirituelle, et ceux qui ont'T\.«'*'*^****f traité spécialement de la vie unitive et plus particulière- //iy»f*îj***^ ment de la seconde phase de cette vie portent le nom de <>^ .

x>Iys tiques.. Mais il faut reconnaître qu'on ne s'exprime pas toujours avec cette sévérité, et que souvent on qualifie de mystiques les théologiens et les docteurs qui tracent les règles de la perfection commune.

III. — Conduire les âmes à la perfection, c'est-à-dire à leur destinée et à l'éternelle vie, en leur en révélant la vraie notion, la nécessité et la beauté, en leur signalant les obstacles et les moyens, c'est évidemment le dernier mot et la suprême ambition de la vie humaine. Le but sublime auquel elle tend assigne donc à l'Ascétique la première place dans la théologie et lui subordonne toutes les autres parties de la science sacrée. Qui connaît et pratique cette science sait tout, et qui l'ignore ne sait rien*. J'appelle rien ce qui s'évanouit comme un songe, et tout, ce qui donne l'unique nécessaire. Du moins, à côté de celle-ci,

1 // Petr. 1,9: Cui enim non praeslo sunt àaec, cœcus est, et manu tentm?.

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toutes les autres sciences sont vaines, et, si elles ont leur utilité et leur dignité, elles les empruntent à cette science première et finale qui révèle à l'homme le sens de la vie et décide de sa destinée éternelle.

Comment comprendre et justifier que la science à laquelle les autres doivent servir de préparation, et la seule indispensable, soit de fait la plus négligée, et que dans les séminaires mêmes, où Ton forme les prêtres à la conduite des âmes, elle n'ait pas sa place dans le programme des études?

IV. — Le champ que nous avons à parcourir est vaste et sillonné de nombreux détours. Pour éclairer notre marche, il importe de le délimiter avec précision et de le diviser en autant de parcelles que le comporte la matière. Il n'v aura plus qu'à explorer successivement chacune des parties.

Il s'agit de la Perfection chrétienne : il convient tout d'abord de faire entendre en quoi elle consiste.

La perfection emporte la lutte : il faut donc signaler les ennemis à vaincre et les obstacles à surmonter.

Pour élever l'àme jusqu'aux hauteurs de la perfection, nieu a multiplié les moyens : nous devons faire connaître ces moyens.

Yoici donc la série et l'ordre des questions qui énoncent les différents aspects de l'Ascétique :

•^ De la perfection chrétienne; •^Obstacles qu'elle rencontre; /Moyens propres à la réaliser.

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