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' INTRODUCTION;’
On ne possédait jusqu’ici que de rares documents sur l’Asclépieion d’Athènes. Une scène d’Aristophane, spirituelle parodie des guérisons opérées par le dieu médecin (1) , un mot de Xénophon sur la source sacrée d’Asclépios (2), une phrase de Théophraste relative aux offrandes consacrées dans l’Asclépieion (3) , une allusion d’Eschine à la fête des Asclépieia (4) , une courte description de Pausanias (5) , un passage de Marinus aidant à fixer la date de la destruction du temple par les chrétiens (6), tels étaient les principaux textes qui pouvaient nous éclairer sur l’histoire de ce sanctuaire. Si l’on ajoute à ces témoignages quelques inscriptions, quelques bas-reliefs découverts en 1862, lors des fouilles entreprises pour dégager la scène et les gradins du théâtre de Dionysos, on aura réuni à peu près tous les renseignements connus jusqu’à ces dernières années sur l’édifice élevé par les Athéniens au dieu guérisseur et sur le culte qui s’y pratiquait.
On est mieux instruit aujourd’hui, grâce au zèle de la Société archéologique d’Athènes , qui vient de déblayer le versant méridional de l’Acropole et de mettre à découvert les restes de l’Asclépieion dans l’espace compris entre le théâtre
(1) Plutus, v. 649-748.
(2) Mémorables, III, 13, 3.
(3) Caractères, XXI.
(41 Contre Ctésiphon, 67.
(5) Ed. Schubart, coll. Teubner, I, 21, 4. Cf. II, 26, 8.
(6) Proclus, XXIX.
INTRODUCTION
de Dionysos et l’odéon d’Hérode Atticus. On connaît les résultats de ces fouilles. Commencées le 19 avril 1876, elles ont duré plus d’un an, amenant chaque jour de nouvelles trouvailles, substructions de temples et de portiques, inscriptions, bas-reliefs , fragments de statues, monnaies, terres cuites, etc. Ces monuments, la plupart relatifs à Asclépios et à son temple, nous révèlent maint détail de la vie religieuse d’Athènes que nous ignorions ; en nous permettant de reconstituer la physionomie d’un culte jusqu’ici mal connu, ils nous font pénétrer plus avant que nous ne pouvions le faire dans l’intelligence générale des croyances du peuple athénien.
Ce sont ces documents nouveaux que j’ai essayé de mettre en œuvre. L’étude que j’ai entreprise comprend deux parties : la première contient tout ce qui regarde la topographie de l’Asclé • pieion, les prêtres, les sacriflces publics et les fêtes, l’administration du temple; la seconde est consacrée à la peinture du culte que les particuliers rendaient au dieu médecin. Tout ce qui concerne le mythe d’Asclépios et les diverses légendes relatives à ce mythe a été négligé ; j’ai cru devoir également m’abstenir, en parlant de l’incubation et des cérémonies accomplies dans le sanctuaire par les dévots qui venaient dem mder au dieu la santé, de toute considération scientifique qui n’eût pas été de ma compétence. On ne trouvera donc dans les chapitres qui suivent, sauf de rares exceptions, rien qui touche à la mythologie ni à la médecine. Ce que je me suis proposé d’écrire , c’est un chapitre de l’histoire religieuse d’Athènes. Réduit à ces limites, le travail que je présente pourra ne pas sembler dénué d’intérêt, si l’on songe que tout ce qui a rapport à l’activité morale des Athéniens, à leur religion comme à leurs lois, porte en soi un charme puissant et un éternel attrait.
Quant à la période de temps dans laquelle je me suis renfermé, ce sont les documenls mêmes dont je me suis servi qui m’ont aidé à en fixer l’étendue. Parmi les monuments relatifs à Asclépios et à son temple qui proviennent des fouilles nouvelles ou qui ont été découverts antérieurement, il n’en est guère qui remonte au delà du : quatrième siècle
INTRODUCTION
avant J. -G. ; il n’en est guère non plus qui soit plus récent que le second siècle de notre ère. Je n’ai pas dépassé ces deux dates extrêmes. Durant cet intervalle de six siècles , quelques modifications extérieures furent sans doute introduites dans lé culte du dieu guérisseur ; le temple fut agrandi ; l’importance des ministres subalternes s’accrut ; le cérémonial des fêtes varia ; la dévotion populaire dont le dieu était l’objet prit un caractère plus exalté : ce sont là des changements qu’il nous est difficile de saisir, mais dont quelques-uns au moins nous sont révélés par les monuments ou par les textes. On peut supposer cependant, sans trop de témérité, que, dans sa forme essentielle, le culte resta le même. Les grands changements sont rares dans la religion athénienne. On voit les Athéniens sans cesse préoccupés de se conformer aux anciens usages qu’ils ont reçus de leurs ancêtres et faire des lois pour remettre en vigueur ces antiques coutumes, quand, par l’effet du temps, elles sont tombées en désuétude. Les expressions Tcaxptov r|v , xaxà xà Tràxpia reviennent à chaque instant dans les inscriptions relatives aux sacrifices offerts par les prêtres au nom du peuple. Un décret du commencement du premier siècle de notre ère autorise le prêtre d’Asclépios à rendre au sanctuaire sa disposition primitive (1). Plus tard, au temps de Marc-Aurèle , une loi réorganise conformément aux anciens rites les fêtes d’Eleusis (2). De semblables faits étaient fréquents. La religion d’Athènes, composée presque uniquement de pratiques extérieures, demeure immobile, parce que le respect public s’attache à conserver ces pratiques intactes. Quand une religion est fondée sur des dogmes , elle se transforme et marche avec le temps ; lorsqu’elle se réduit à un culte , elle ne change guère d’aspect, parce que changer ce serait périr.
Il serait à désirer que la Société archéologique fît pour les principaux sanctuaires de l’ancienne Grèce ce qu’elle a fait pour le sanctuaire d’Asclépios : il sortirait de ces recherches des renseignements d’une inappréciable valeur sur les cultes
(1) C. 1. A., II, 1, Addenda et corrigenda , 489b.
(2) C. r. A., III, 1, 5.
INTRODUCTION
et les croyances antiques. La terre classique des Hellènes nous cache encore bien des secrets ; chaque jour en donne la preuve. On sait tout ce qu'ont produit dans ces dernières années les fouilles de Dodone , de Mycènes , de Délos , d'Olympie ; grâce à de récents efforts , Delphes , exploré déjà , nous sera bientôt tout à fait rendu ; un jour aussi , nous l’espérons , on verra ce qu’Eleusis et Athènes même renferment encore de monuments inconnus : ce sera le devoir de l’archéologie d’enregistrer ces découvertes et de faire profiter l’histoire des précieuses nouveautés qu’elles apporteront à la lumière.