I. — Le prêtre
Le prêtre d’Asclépios est appelé , dans les inscriptions , Upsùç tou ’A<rxXï]Tuoo , quelquefois îepeùç xat 'Yyieiocç (1). A
l’époque où ce sacerdoce est mentionné pour la première fois par les textes lapidaires , c’est-à-dire au quatrième siècle , il est électif ; nous ignorons si plus anciennement il avait un autre caractère. Le prêtre d’Asclépios était désigné par le sort (2). Parmi les prêtres dont les noms nous sont parvenus , il n’y en a qu’un dont la nomination paraisse avoir fait exception à la règle : c’est un certain Démon , parent de Démosthène , qui devint prêtre en vertu d’un ordre de l’oracle de Delphes. L’inscription qui rap-
(1) C. 1. A., Il, 1, Addenda et corrigenda, 489 .
(2) C. I. A., Il, 1 , Addenda nova, 567b : ... èitsiSx] «I’uXevç Xa^wv tep eùç toü 3AaxXïi7uoO È7ti ’Icraio[vi àjp^orco;... — Ibid., Addenda et corrigenda , 489b : ... ô slXrjxw; îepsù; ’AirxXrrruoü xaî 'ryieiaç... AioxXrj; AioxX.éouç Ky]çutieùç vswxEpo;.
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pelle cet événement se trouve au Louvre (1). En échange du sacerdoce d’Asclépios conféré par le peuple suivant la volonté de l’oracle , Démon devait céder au dieu une maison et un jardin qui lui appartenaient.
La durée du sacerdoce d’Asclépios et d’Hygieia était d’un an. On voit par l’inscription de Dioclès que le prêtre était désigné quelque temps avant de prendre possession de sa charge (2). C’est sous l’archonte Lysiadès que Dioclès est prêtre d’Asclépios , mais c’est pendant l’éponymat précédent, sous l’archonte Lysandros, qu’il a soumis au Conseil le projet de réparations dont l’inscription fait mention : à ce moment, le sort l’a déjà choisi pour être prêtre d’Asclépios et d’Hygieia , et c’est pour fêter son avènement qu’il offre de faire exécuter dans l’Asclépieion les travaux énumérés par les [considérants du décret et par le décret lui-même. A une certaine époque , il est question , dans les inscriptions , de prêtres à vie (3) ; mais c’est de l’empire que datent les textes où de pareils prêtres sont signalés. Le sacerdoce de l’époque grecque , de l’époque des orateurs et même des temps postérieurs est annuel. Aussi le nom du prêtre sert-il souvent à dater les offrandes : « Aristarchos , du dème des Cothôkidai , étant prêtre, Polydôros , fils de Corônos , du dème de Képhissia , à Asclépios (4). » Les dédicaces de ce genre sont nombreuses (5).
Le prêtre d’Asclépios avait des fonctions variées. Bien que les renseignements fournis à ce sujet par les inscriptions soient assez vagues , on peut , en rapprochant différents textes , se faire une idée des devoirs qui lui incombaient. C’est lui qui avait l’autorité suprême dans le sanctuaire : chargé par les lois de veiller au bon accomplissement des cérémonies religieuses et de tous les rites particuliers au culte d’Asclépios et d’Hygieia (6) , il avait pouvoir surtout, étant responsable de tout devant le Conseil et devant le peuple. Dans les sacrifices publics , il devait prendre
(1) Frœhner, Musée national du Louvre, inscriptions grecques, n. 48.
(2) Voir plus haut, p. 6, note 3.
(3) ’A 0vj v a i o v, V, p. 198, n. 3, p. 319, n. 44; C. I. A., III, 1, 132.
(4) ’Aôïjvatov, V, p. 154, n. 2.
(5) Ibid., V, p. 153, n. 1, p. 161, n. 21, p. 162, n. 26 et 27, p. 326, n. 5, p. 327,
n. 8, etc. — Cf. les catalogues d'offrandes auxquels nous renvoyons plus loin, chapitre IV.
(6) ’AS^vaiov, VI, p. 134, n. 9 : ... èut^êXetrai to[ù ts tspoü xaî Tdiv] àl.Xtov uv aÙTüii oi vâ|ioi 7tp[o<TTâTTO\icriv xaX]wç irai eucrsêiiS;... — Cf. plus bas : ... itepi xrçv l7t[ip.eXôtav xoù îspoü...]. Cf. encore C. 1. A., II, 1 , Addenda et corrigenda, 453b, 1. 22 : [... t]r|v xa0ï)y.ovr7av^[ÈTCi(Jis]Xeiav £7ioiïj['7<XTO...].
l’asclépieion d’athènes.
garde qu’aucune formalité ne fût omise et faire en sorte que tout se passât conformément aux traditions et aux lois (1). Lors des fêtes du dieu , c’est lui qui prenait soin que le temple fût richement décoré (2) , que le lit où l’on couchait les statues d’Asclépios et d’Hygieia fût garni de molles couvertures et de somptueux coussins (3) , que la table sur laquelle on servait aux deux divinités le repas sacré fût ornée avec luxe (4), que la veillée sainte eût lieu avec toute la pompe et tout l’appareil convenables (5). Après ces solennités , il rendait compte au Conseil de la manière dont les sacrifices avaient été accomplis ; il annonçait que les cérémonies s’étaient passées dans les règles, pour le salut du peuple athénien ; le Conseil prenait acte de cette déclaration et décernait au prêtre un de ces éloges publics dont les inscriptions trouvées sur la pente méridionale de l’Acropole nous offrent de si intéressants spécimens (6).
Tels étaient les principaux devoirs du prêtre. Pour ce qui est de son intervention directe dans chacun des actes religieux que nous venons d’énumérer , de la [part qu’il prenait aux sacrifices , à la décoration du sanctuaire, etc., nous sommes réduits à des conjectures ; le détail des formalités sacrées nous échappe ; les inscriptions ne nous disent pas quels étaient les actes exécutés par la main même du prêtre , quels étaient ceux dont le prêtre était simplement le témoin. Sans doute , les principaux rites étaient accomplis par lui ; mais nous le voyons aussi descendre à des occupations tout à fait infimes. Dans le Plutus d’Aristophane, c’est lui qui , le soir venu , fait l’inspection des autels et recueille soigneusement les gâteaux qu’y ont laissés les suppliants (7).
Enfin le prêtre , en même temps que ministre du culte , était administrateur. C’est lui qui présidait , semble-t-il , les commis-
(1) C. I. A., II, 1, Addenda nova, 477b : ... xai xà; 0valaç àuaaai; xéOuxev xaxà [toc] «t'vyfia'jj'.a’ta... — Cf. ibid., 567b : ... xàç xs 0vata; ocrât; irp[o<jîj]xEV aùxôv Outrât rtàtraç xaXüiç xa[l] cf>tXoxtp.ü>; xéôuxev...
(2) C. 1. A., II, 1 , Addenda nova, 477b : ... êutp.ep.éXY]xai 8è xal x5jç [xoü vajoü £Ûxo!T[uaç... — Cf. ’AOvjvaiov, VI, p. 134, n. 9: ... (sTUfreXeïxat ?) xrjç eùxocrptlaç XÎjç 7t£p[t to Espàv...].
(3) C. I. A., II, 1, Addenda et corrigenda , 453b : ... eaTpwaev Sè xai xàç xX[tva;...], — Cf. ibid., 453°, même expression.
(4) C. I. A., II , l , Addenda nova, 373 : ... x^v xpâTteÇav êx6[<jp,7)a-ev xaXtùç xai <ptXoxi]p.wç.
(5) C. I. A., II, 1, Addenda nova, 373b : ... xv^v ixavvuxESa ÈTrot^a-axo...]. — Cf. ibid., Addenda et corrigenda, 453b : ... xal ixavvyx‘8a(d <mvexéX£<rev.
(6) Voir 1 2 3 4 5 6 7A 0 rj v a i o v , VI, p. 134, n. 9 ; C. 1. A., II, 1, Addenda nova, 373b.
(7) Plutus, v. 679.
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sions nommées par le peuple pour dresser les inventaires d’offrandes , ou , s’il ne les présidait pas , il en était un des^membres les plus importants (1). Gardien des richesses que renfermait le sanctuaire , des ex-voto en or et en argent , de tous -les objets précieux qui constituaient le trésor de l’Asclépieion , son devoir était de veiller à la conservation de ces biens. Les inventaires nous donnent sur ces fonctions du prêtre de curieux renseignements : on y voit avec quel soin les moindres accidents arrivés aux objets confiés à sa garde, les moindres particularités relatives à ces objets étaient notés par lui. Ici , il signale telles offrandes comme vieilles (2) ; là, il fait remarquer que sur dix drachmes (?) consacrées par la même personne, il en manque trois (3). Partout , d’ailleurs , dans les inventaires, on sent l’action du prêtre ; à chaque instant elle . nous est révélée par des phrases comme celles-ci, dont le sens est encore pour nous bien obscur : « Objets d’argent qui se trouvent chez le prêtre... (4). » — « Voici ce qu’a ajouté le prêtre d’Asclépios (5) , » etc.
Jusqu’ici , il n’y a rien , dans ces devoirs sacerdotaux , qui soit propre au prêtre d’Asclépios. Telles étaient , à peu de chose près , les obligations des autres prêtres athéniens. S’occuper des sacrifices, veiller, les jours de fête, à la décoration du temple, offrir le repas sacré, garder les richesses du sanctuaire , étaient des charges imposées par les lois à tous les prêtres et à toutes les prêtresses (6). N’y avait-il aucune fonction spéciale qui distinguât le sacerdoce d’Asclépios des autres sacerdoces ? Un passage d’une inscription d’Asie Mineure , dont la provenance exacte est inconnue , fait allusion à certains devoirs particuliers , semble-t-il , au prêtre d’Asclépios et d’Hygieia : il y est dit que le prêtre doit veiller à ce que le portique bâti dans le sanctuaire et destiné à
(1) Voir ’ASvjvaiov, Y, p. 103, n. 13 : Tà8e xaâstp e0r), TtapôvToç tov) lepétoç mû ’AtnO.riuioù Eùorpdaov Oîvcaov... — Sur ces commissions, voir plus loin, chapitre IV.
(2) ’AOrjvaiov, VII, p. 87, n. 2, 1. 7: Muvviov P • xaOva ; ï <pr\ ô lepe(ùç) Eijvi- 3u8tqç 'AXat(eùç) iraXatàç elvai.
(3) Ibid., VII , p. 87, n. 2, 1. 2 : Mvï]<japéxr) A • êXXei7tei HH" • Taûraç 8eïv ïcpr\ GoroSoüvai AtoxXéa Muppt(voécnov).
(4) Bull, de corr. hellén. , II , p. 425, 1. 62 : TaS’ éaxiv àpyupa rcapà xût tegsï...
(5) Ibid., II, p. 426, 1. 74 : [T]a8e TipocnrapÉStoxev Eepsùç ’A[<rxXïi7t]iovi. — Cf. 1. 78, etc.
(6) Sur ces questions et sur les prêtres d’Athènes en général , voir J. Martha, Les sacerdoces athéniens. Paris, Thorin, 1881.
l’asclépieion d’athènes.
loger les suppliants soit toujours propre : [...im(j.é]Xs<r0«i 8k «ôxov
xoô xaç <7TOia[ç xa; sv] xàn ’AaxXame ion ontaç xaQapja ] (1). Il est
certain que* cqs malades qui venaient chercher la guérison dans l’Asclépieion créaient au prêtre des obligations multiples et toutes différentes de celles qu’avaient à remplir les autres prêtres. Il y avait là probablement une surveillance continuelle à exercer , peut-être une police intérieure à faire dans le sanctuaire, des soins matériels à donner. Quel était le rôle précis du prêtre dans ces diverses fonctions ? Nous l’ignorons ; toujours est-il que le va-et-vient des suppliants ne pouvait lui être indifférent. Les cures qui s’opéraient autour du temple s’opéraient peut-être en sa présence; s’il n’y était pour rien, il y assistait ou tout au moins il en était informé. Investi du droit de contrôle sur tout ce que pouvaient faire ou subir les malades dans l’enceinte du péribole sacré , maître absolu dans l’espèce d’hôpital
(1) ’AOfjvatov, VII, p. 207, n. 2, 1. 24. — Dans un fragment de décret découvert sur la pente méridionale de l’Acropole , on lit : [... xàç xa]0’ éxcbxriv ^ipépav yivopivaç 0E[paireiaç...]. Voir C. 1. A., II, 1, Addenda et corrigenda, 453b, 1. 18-19. Le mot GepaTCEfaç, dont la restitution ne paraît pas douteuse, semble au premier abord ne pouvoir être traduit que par cures ou soins donnés à des malades, et la place de ce mot dans le décret honorifique où il se trouve porterait à croire que ces soins sont une des causes pour lesquelles le prêtre dont il est question, et dont le nom a disparu, a été récompensé. Ce serait, croyonsnous, faire un contre-sens que d’expliquer ainsi xàç Oepaitefa ç. 0£pa7teéto a, dans la langue religieuse des Grecs, un sens tout particulier et très précis. Il désigne l'ensemble des soins matériels donnés par le prêtre au sanctuaire qu'il est chargé d’entretenir, repas offerts au dieu les jours de fête, toilette de la statue du dieu, nettoyage de la table sacrée et des ustensiles employés dans les cérémonies du culte, etc. Tout cela constitue le service de la divinité, Oepairefa. Voir Le Bas et Foucart, Mégaride et Péloponnèse, 352h, commentaire de M. Foucart, p. 213, col. 1 (comment, des lignes 2-7). Un décret orgéonique d’Athènes donne une idée très exacte du sens de QepaTCÛta : une prêtresse y est récompensée pour s’être bien et pieusement occupée toute l’année des déesses au service desquelles elle était, xôv èviauxèv xa^àiç xaî sùtjeëwç SiexéXsaev Qepanevovaa xàç 0sàç. Voir Foucart, Associations religieuses, p. 196, n. 8, 1. 11 et suiv. Si l’on consulte les textes, on trouve, par exemple, dans Euripide, Ion., v. 111, l’expression 6epaits.uetv va ouç. Platon, République, V, 469a, se sert de 0epa7 teOw pour désigner les soins dont on doit entourer les tombeaux des soldats morts à la guerre, u>ç 8aip.6vwv, o\ixu> 0epa7tsu<jop.év xs xat 7rpot7xuvrjcro|j.EV aùxàiv xàç Ovjxaç. Dans ces différents passages, OepaTreuto s’applique, comme on le voit, à des actes religieux parfaitement déterminés et d’un ordre tout matériel. C’est, suivant nous, dans ce sens qu’il faut prendre le mot 6spa7tEi'aç de l’inscription 453b du Corp. inscr. attic. Ce mot fait allusion au zèle quotidien avec lequel le prêtre s’est acquitté de toutes ses fonctions durant son sacerdoce, et ce serait se tromper que d’y voir un souvenir des soins donnés par lui aux suppliants qui venaient invoquer Asciépios dans son sanctuaire.
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religieux dont la direction lui était confiée pour un an , il devait tenir à ce que cet hôpital fonctionnât le mieux qu’il était possible, et si de ses mains il ne prenait aucune part aux cures, il tâchait sans doute d’en faciliter le succès en veillant à ce qu’elles se fissent dans les meilleures conditions. C’était son intérêt : plus les guérisons étaient nombreuses , plus il lui en revenait de gloire, et la multitude des miracles accomplis durant son sacerdoce lui conquérait l’estime et l’admiration de la foule (1).