‹ L'asile du Bon-Pasteur de Québec [microforme]Chapitre 36 sur 93 · AO SET EE · texte numérisé non relu

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On a remarqué la présence de M, le grand vicaire Cazeau à la cérémonie du 2 février. Il s’était toujours intéressé à l’Institut depuis sa fondation ; mais à partir

de ce jour, il en fut le plus puissant protecteur,

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Mgr Baillargeon avait jeté les yeux sur lui pour remplacer l'abbé Ferland qui partait pour l’Europe, où il allait préparer le cours d'histoire du Canada qu’il fit plus tard à l’université Laval. Devenu chapelain et directeur de l’Asile, M. Cazeau mit sa haute position et su grande influence tout entière à son service. Il devint ainsi le principal instrument de la Providence dans le développement extraordinaire que prit le Bon- Pasteur durant les vingt-cinq années qui suivirent. Ce fut l’époque des grands progrès durant laquelle le couvent prit les vastes proportions qu'il a actuellement, et où se firent dans nos campagnes la plupart des fondations qui se groupent aujourd’hui autour de la maisonmère, Une courte notice de cet insigne bienfaiteur doit donc avoir ici sa place.

M. le grand vicaire Cazeau avait coutume de rapporter en souriant une tradition conservée dans sa famille, ‘“ Quand, disait-il, on demandait à mon bisaïeul, le chirurgien Jean Cazeau, de quel pays de France il était, il répondait fièrement : ‘“ Je suis béarnais comme Henri IV ”,

Jean Cazeau était en effet originaire du village de Saint-Jean-du-Bourg-Issor, Qu'était-ce que ce village ? où était-il sitné? M. le grand vicaire Cazeau, qui a retracé avec soin sa généalogie, a tenu à le savoir, On lit dans une de ses notes : “ Issor, village de 1140 âmes, département des Basses-Pyrénées (Béarn), arron-

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dissement à six lieues d’Oloron, canton et poste d’Aramitz, autrefois évêché, Parlement de Pau, intendance d’Auch, chef-lieu d’une sénéchaussée, chapitre, couvent de Cordeliers et de religienses de sainte Claire ”, L’ancêtre de M" Cazeau venu de France était chirurgien-major dans le régiment de Béarn. On ne saurait dire à quelle époque précise il arriva au Canada. Marié à Saint-Vallier, près Québec, le 12 août 1721, à demoiselle Madeleine Voyer, il eut entre autres enfants, Jean Cazeau, grand-père du vicaire général.

Charles-Félix naquit à Québec le 24 décembre 1807. Il était fils de Jean-Baptiste Cazeau, artisan de la ville, et de Geneviève Chabot, A peine avait-il deux ans | qu’il perdait son père, mais pour le consoler de ce mal- | heur, sa mère lui restait, femme forte et chrétienne éclairée, Elle guida ses premiers pas dans le sentier de la vertu, et bientôt elle en fit cet enfant dont les qualités aimables et l’exquise politesse devaient un jour tant charmer M" Plessis, I1 ne sera peut-être pas sans intérêt de savoir que Charles-Félix Cazeau a eu pour un de ses premiers maîtres le frère Louis, dernier récollet de notre pays. En 1819, il commença ses études classiques au collège de Saint-Roch qui n’eut qu’une existence éphémère, Au | nombre de ses professeurs d'alors, se trouvait M. Bail-

largeon qui devint plus tard archevêque de Québec, À En 1822, Charles-Félix alla continuer ses études au

collège de Nicolet, Son cours classique terminé en 1825, il se décida à entrer dans l’état ecclésiastique et fut appelé auprès de M" Plessis en qualité de sous-secrétaire, tout en suivant les cours de théologie au grand séminaire de Québec. Le jeune Cazeau n'eut pas longtemps l'avantage de travailler aux ordres de MF" Plessis qui l'avait protégé dans ses études et pris en amitié. L’illustre évêque fut enlevé par une mort presque subite le 4 décembre de la même année, regretté du pays tout entier, par les protestants aussi bien que par les catholiques, qui tous l’ont proclamé le plus grand homme de sa race et le prélat le plus remarquable qui ait gouverné l'Eglise du Canada,

M“ Panet, successeur de l’évêque Plessis, garda auprès de lui l'abbé Cazeau en qualité de secrétaire, et il lui conféra les ordres sacrés le 3 janvier 1830. M. Cazeau s’acquitta si bien de ses fonctions qu’à la mort de l’évêque de Québec, M Signay qui lui succéda, ne voulut pas se priver des services d’un aussi excellent secrétaire.

Un des premiers actes de MS Turgeon en montant sur le trône épiscopal de Québec en 1850, fut de nommer M. Cazeau vicaire général du diocèse, Il continua d’occuper cette charge sous les administrations de MS Baillargeon et du cardinal Taschereau,

Les services qu’il rendit durant un demi-siècle non seulement au diocèse de Québec, mais à l'Eglise du

Canada en général, lui acquirent une grande influence et une estime universelle. L’archevêque, plus tard cardinal Taschereau, se fit l'interprète du sentiment public auprès de Sa Sainteté le pape Pie IX, qui répondit en conférant au grand vicaire Cazeau la dignité de prélat domestique de sa maison.

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M“ Cazeau fut un des plus infatigables travailleurs de son temps. Il n’y à que ceux qui l'ont connu et qui l'ont vu à l’œuvre qui peuvent se rendre compte de la somme de travail qu’il faisait chaque jour, Outre les occupations du secrétariat dont les affaires du diocèss ne formaient que la moindre partie, il fut toujours chargé de quelque ministère dans la ville, soit comme directeur de la congrégation des hommes, soit comme aumônier de la garnison, soit comme chapelain du Bon- Pasteur, En outre, un bon nombre de personnes pieuses s'étaient mises sous sa direction spirituelle, et elles étaient toujours sûres de le trouver à son confessionnal, dans une des chapelles de la cathédrale, la veille des dimanches et des fêtes,

De 1830 à 1849, c’est-à-dire durant l’espace de dixneuf ans qu’il desservit la Congrégation des hommes, il

eut à diriger la plus grande partie de ses membres, Il

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faut joindre à cette variété d’occupations des relations sociales très étendues et une correspondance qui alla toujours en augmentant. (C’est que M" Cazeau était, comme on l’a répété bien souvent, le bras droit des évêques. Cela le mettait en rapports constants avec tout ce qu’il y avait de plus éminent parmi les hommes publics, soit dans le monde des affaires ou de la politique, soit dans le clergé. Tous étaient séduits par l'habileté et par la délicatesse avec lesquelles il traitait les questions souvent très ardues qui lui étaient présentées, de l’art infini avec lequel il en dénouait les difficultés, Sous sa main, les plus épineuses perdaient leurs aspérités, Aussi voyait-on affluer chez lui toutes les classes de la société, depuis les gouverneurs et les hommes d'Etat jusqu'aux plus humbles missionnaires ou vicaires de campagne, depuis le savant légiste ou le professeur d'université jusqu’à l’humble veuve et l'orphelin délaissé. Il a vait pour tous la même affabilité, la même courtoisie, la même bonne grâce, aidant les uns de ses lumières, appuyant les autres de son expérience, consolant les malheureux par d’exquises marques

de sympathie, assistant les pauvres par ‘las générosités

plus exquises encore.

Le secret de l'influence exercée par M“ Cazeau était sans doute dans l’ensemble des dons naturels et acquis que l’on remarquait en lui; mais il se trouvait surtout dans une qualité maîtresse qui primait toutes les autres,

je veux dire la bonté du cœur qui se traduisait par une charité inépuisable, Il ne se passait guère de jours qu'il n’en donnât des preuves que la reconnaissance faisait éclater au dehors, encore qu’il eût grand soin que sa main gauche ignorât le bien que faisait sa main droite,

Il eut une occasion exceptionnelle d'exercer cette charité : ce Mnt lors de l’épidémie qui fit tant de victimes parmi les émigrés irlandais jetés sur nos rivages en 1847. Son âme tendre, comme celle de saint Vincent de Paul, fut navrée de douleur à la vue de tant d’orphelins laissés, du jour au lendemain, sans parents, sans protecteurs, sur une terre étrangère, 11 se mit à la tête de ce mouvement admirable qui est resté comme une des gloires du clergé et du peuple canadien, Sous sa direction, plus de quatre cent cinquante petits orphelins furent distribués par les curés dans les campagnes et adoptés par de braves et honnêtes familles. On retrouve aujourd’hui leurs descendants dans les différentes parties de notre province, n'ayant gardé d’irlandais que le nom ou le type primitif,

L'adoption de ces orphelins fut parfois accompagnée de circonstances vraiment touchantes, M Cazeau ne

pouvait raconter sans avoir des larmes dans la voix le

fait d’une bonne mère de famille venue à Québec pour en choisir un, Entrée à l’Hospice de la Charité, où ils avaient été placés temporairement, elle fut introduite dans une grande salle où ils étaient réunis sous la garde

des sœurs. Plusieurs dames canadiennes s’y trouvaient déjà pour y faire leur choix, et naturellement ce choix tombait sur ceux qui paraissaient les plus attrayants, La bonne mère, après avoir examiné les orphelins les uns après les autres, s'arrêta devant un pauvre petit misérable, certainement le plus laid et le plus disgracié de la bande.

“ Tiens, lui dit-elle en l’assuyant de son tablier et le prenant dans ses bras en l’embrassant. Pauvre petit, tu seras bien le dernier à trouver une mère ; moi, je te prends et je serai la tienne ”.

Si ce n’est pas là le sublime de la charité, où pourrait-on le trouver? De tels actes vous plongent dans le silence du ravissement, La parole est impuissante à exprimer l'admiration qu’ils soulèvent.

MF Cazeau ne se contenta pas de placer cette foule de petits orphelins, il continua à s’en occuper, à s’intéresser à leur sort, à aider à leur établissement. Plusieurs lui durent leur éducation et leur position, soit dans le monde, soit dans la religion. Sa correspondance renferme des liasses de lettres où ses protégés lui rappellent les bienfaits qu’ils lui doivent et se confondent en témoignages d'affection et de reconnaissance.

Tel était l’homme excellent, le prêtre selon le cœur de Dieu qui prenait la direction du Bon-Pasteur au printemps de 1856. Il était vraiment le messager de la

Providence comme l'avait été le P. Saché,

L'Institut prit bientôt un développement extraordinaire sous sa vigoureuse impulsion, Il attira sur le Bon-Pasteur la popularité dont il jouissait lui-même

dans le monde et dans le clergé. L'effet s’en fit prompte-

ment sentir: les classes qu'il s’appliqua à visiter et à encourager s’emplirent plus que jamais d'élèves, parmi lesquelles il y en eut davantage en état de payer leur instruction, ce qui fut un appoint considérable pour le soutien de l’œuvre. Les ateliers de couture, de broderie et autres reçurent des commandes plus nombreuses ct plus rémunératives ; les quêtes dans la ville et dans les campagnes qui, depuis l’origine, avaient été une des grandes ressources de la maison, furent plus faciles et plus abondantes, grâce surtout aux chaleureuses recommandations faites en chaire et ailleurs par les curés qui tous, on peut le dire, étaient amis de MF Cazeau ou lui avaient des obligations.

C’est ici l’occasion de faire ressortir le câté méritoire de ces quêtes, auxquelles se sont condamnées depuis quarante ans, et se condamnent encore aujourd’hui, les religieuses du Bon-Pasteur, à l'exemple des Petites Sœurs des Pauvres dont on a tant vanté les humbles vertus et l’héroïsme, On a peine à se figurer les

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fatigues, les privations, les ennuis, les inconvénients de tout genre qui en sont le cortège inséparable, surtout quand il faut faire des tournées au loin dans la campagne. Il faut aller de paroisse en paroisse, et dans chaque paroisse, d’une maison à l’autre, à pied ou en voiture, en toute saison, la plupart du temps par de mauvais chemins, par la pluie, le vent, la chaleur excessive durant l'été, le froid plus excessif encore durant l'hiver, par des temps de neige ou de poudrerie où l’on

ne voit rien devant soi, où l’on est transi ou trempé

d’eau toute la journée, Le soir venu, les pauvres sœurs accablées de lassitude sont obligées de prendre gîte où elles peuvent; et le lendemain, après une nuit plus ou moins reposante, il faut recommencer les mêmes pérégrinations, et cela, pendant des jours qui se succèdent sans interruption.

Toutefois ces courses sont encore supportables, mais ce qui, dans les commencements, était le plus pénible, ce qui ruinait la santé des sœurs, c’étaient les voyages qu'elles avaient à faire par eau de chaque côté du fleuve, Il leur fallait alors prendre passage sur des goélettes ou autres embarcations semblables employées au cabotage presque toujours d’une malpropreté révoltante, où elles avaient parfois à séjourner plusieurs jours de suite, suivant le caprice des vents et de la marée, L’infection qui s’exhalait des petits réduits ser-

vant de chambres, où l’on ne savait ce qui écœurait »

davantage, ou de l'odeur de cordage, de poisson, d'huile, ou de la puanteur de l’eau gâtée, en défendait l'accès. aux pauvres sœurs qui étaient forcées de rester jour et nuit sur le pont, exposées à toutes les intempéries, et tourmentées presque continuellement par l’affreux mal de mer,

Quand elles descendaient à terre au terme de ces. voyages, elles naraïissaient plutôt mortes que vives, pâles, tremblantes, à peine reconraissables, La quête. terminée dans ces endroits écartés, où d'ordinaire les. mœurs étaient plus primitives, l’aisance plus rare, et où par suite il y avait plus d'occasions d'exercer la mortification, le même supplice recommencait pour revenir à Québec. Heureusement que de nos jours les communications sont devenues plus faciles et que ces rudes corvées ne peuvent guère se renouveler; mais il est bon d’en rappeler le souvenir pour montrer au prix de quels sacrifices l’Institut a été fondé, et pour l’enseignement des jeunes sœurs qui occupent aujourd’hui la place des anciennes, afin qu’elles se pénètrent bien de l'esprit de leur état, esprit d’humilité, de pauvreté, de mortification, et qu’elles acceptent avec courage, à l'exemple de leurs devancières, les peines, les épreuves, les travaux, les misères qu’elles auront à rencontrer dans la vie religieuse, Le divin Pasteur dont elles sont

les filles, n’a épargné ni les fatigues, ni les longues

courses à travers les montagnes, les âpres chemins, les.

épines, pour ramener au bercail la brebis égarée, Ce modèle doit tou, surs être sous leurs yeux, ce n’est qu’à cette condition qu’elles se maintiendront à la hauteur de leur vocation.

Le relief que la présence de M“ Cazeau donnait au Bon-Pasteur, le zèle qu’il apportait à son développement, ne tardèrent pas à augmenter le nombre des postulantes au noviciat. En directeur expérimenté dans la conduite des âmes, il avait une attention et une

sollicitude extrêmes à leur formation: entretiens avec la maîtresse des novices, instructions, conseils, dire-’ion au confessionnal, il n’épargnait rien pour cela, où repose, comme il le répétait souvent, tout l'avenir d’une communauté.

Il aimait à appuyer ses instructions des lettres si pleines de sages avis, que le P. Saché adressait de temps en temps à la supérieure, comme celle-ci par exemple :

“ Vous avez bien raison de considérer le noviciat de votre maison comme une des choses les plus importantes, puisque c’est là que celles que Dieu appelle à votre genre de vie doivent se former, La maîtresse des novices doit avoir parfaitement l'esprit de l’Institut, et doit être un modèle, la règle vivante. J'espère de la

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