LE VENT D'AUTOMNE
Sur les champs de bataille, en un vol incessant, feuilles, tourbillonnez sur ces canons qui tonnent! A leurs coups sourds mêlez vos chutes monotones pour câliner le sol qui pleure sous le sang !
Feuilles de France, allez vers cette forteresse virile de poilus, faites un petit tour et, — pour ceux qui, là-bas, attendent leur retour, — sur tous les fronts du Front glissez une caresse.
Comme les feuilles d'or dans l'automne qui luit, des héros sont tombés de l'arbre humain de Franco ; ils jonchent de leurs os la terre en abondance, et le survivant songe aux feuilles de chez lui.
Blessés, déchiquetés, tels que des mourants blêmes, vers les brutes dont tous semblent avoir assez, sous les bombardements, les beaux arbres français, réduits à des moignons, lancent leurs anathèmes.
Vers chaque cimetière aux tombeaux silencieux, feuilles, vaguez, courez, comme font les chimères, sur les morts loin des leurs, des femmes et des mères, tombez, car vous serez, — vous, — les larmes des cieux.
Tombe\, ô feuilles d'or, sur l'immense hécatombe !
Tombez, lauriers ! Le glas sonne au befî'roi.
Couvrez nos morts sacrés afin qu'ils aient moins froid.
6o l'assassin innombrable