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LA CAMARDE

gorgée, au squelette replet :

Grâce au Kaiser, sont morts tant de gars de vingt ans, d'hommes mûrs, de maris, de pères, tant et tant, et dans toute l'Europe, ohé ! que la Camarde jamais ne fut aussi tragique et goguenarde. Vois! — ma faulx, toute rouge, apeuré le Printemps.

PAN, — encore, LUI.

Le satyre éternel parle avec le souffle des ^éphyres :

Non. Il prend les soldats tombés dans la bataille,

pour les changer en fleurs, et rit sous la mitraille.

Verdoiement de bourgeons où l'avenir tressaille,

le Printemps, de pollens et de sèves fourni,

ouvre tous ses lilas, s'épanouit, enchante

l'âme humaine oublieuse, et tel coeur en deuil chante,

comme si des pinsons l'avaient élu pour nid.

8o l'assassin innombrable

Les rossignols lancent au ciel de joyeux trilles,

les papillons nouveaux s'en vont par escadrilles;

l'avril, à Paris comme à Berlin, à Java,

est plein de ce qui vient, — et le passé s'en va.

Les hommes, en pourchas, de leurs désirs fusillent

les femmes en conquête, et dont les yeux brasillent.

Avril empreint l'azur d'une douce tiédeur,

jette son manteau vert sur l'immense hideur

des carnages qui font la planète une gouge.

L'Amour préfère à vos massacres d'abattoir

le Soleil seulement d'apothéose rouge,

le Soleil dans sa splendeur, sa gloire, son espoir,

le Soleil, quand les jours sont si longs que le soir

d'été, plein de rayons, à l'aube se marie.

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