Une copie moderne de cet acte^ datée du
12 janvier 1566, est conservée dans f. fr., vol^ 6621, f. H9.
2. — Original sur parchemin, daté du 12 janvier 1566, contresigné de TAubespine; f. fr., vol. 6610, f. i:i9.
3. •— Original signé du cardinal de Lorraine et de Anne d'Est, 12 janvier 1566; f. fr., vol. 6610, f. 135.
4. — Copie du temps, 12 janvier 1566; f. fr., vol. 20461, f.49.
5. — La promesse du duc d'Aumale est datée d*Anet et du 19 janvier 1566 (Oriç., f. fr., vol. 6610. f. 146). Celle tie d'Andelot porte Ta même date, s. 1. (Orig , ibid., f. 150).
un répit pour la production des pièces '.
L'amiral se tenait sur la réserve, ne faisait •aucune recherche et gardait Tattitude d'un innocent injustement poursuivi. La cour s'attendait A des cnquôtes, contre enquêtes, citations et dépositions de témoins, interrogatoires de l'accusé, aux incidents d'instruction que la procédure du xvi" siècle, plus verbeuse encore que la nôtre, entassait dans les instances criminelles.
Tout d'un coup le roi changea de dessein.
Au lieu d'apporter à l'information la lenteur et le soin que comportait un si grave débat, il brusqua la solution 2. Le délai accordé aux (( plaignants » fut supprimé et la duchesse sommée de produire sur l'heure les pièces dont elle entendait se servir. La duchesse obéit et le roi lui répondit, le 17 janvier, que l'instruction était close ^. Quel intérêt avait la reine à abréger le délai de trois mois? Avaitelle été frappée des dangers qu'une longue instance pouvait faire courîr î\ la paix
1. — Voyez le texte de l'arrêt clans du Bouchet, Ilist. de la maison d€ Colignyy p. 542.
2. — Une lettre du roi à du Ferrier, ambassadeur à Venise, nous apprend combien il avait hâte de terminer cette affaire. (Copie du temps, 27 janvier 15G6; f. fr., vol. 10735, f. 128).
3. — Original ou copie authentiquée sur parchemin, 17 janvier 156G, signée de TAubespine; f. fr., vol. 6610, f. 141.
publique et prétendait-elle remplacer par un jugement précipité, par une mesure incomplète sans doute, mais immédiate, une solution judiciaire qu'aucune puissance humaine n'aurait la force de maintenir?
Après l'arrêt du 17 janvier, le procès pouvait être considéré comme jugé. En vain la duchesse de Guise souleva un interlocutoire pour gagner du temps. Elle demanda au roi l'autorisation de poursuivre devant le Parlement les auteurs du meurtre sans les désigner *. La compétence de la cour de Paris avait été plusieurs fois repousséc et tout récemment par l'acte d'évocation du 12 janvier. Le roi répondit le 26 janvier par un arrêt qui réservait l'affaire à son conseil ^.
Trois jours après, le 29 janvier, le roi réunit le conseil privé. Etaient présents :
Henri de Valois, duc d'Anjou, plus tard Henri III, le cardinal Charles de Bourbon, le prince de Condé, le duc de Montpensier et son fils, les ducs de Longueville et de Nevers, le connétable de Montmorency, le chancelier de l'Hospital, les maréchaux de
1. — Cette requête est imprimée dans le Cabinet historique^ t. III. p. 64, i"'' partie.
2. — La requête de la duchesse est sans date. L'arrêt du roi est du 26 janvier. (Orlg. ou expéditon authentique, signée de l'Aubespme, f. fr., vol. 6610 L 154).
Vieilleville et de Bourdillon, Jean de Morvilliers, évéque d'Orléans, et Jean de Monluc, évéque de Valence, Antoine de Crussol d'Ûzès, Artus de Cossé Gonnor, Sébastien de TAubespine, évéque de Limoges, Louis do Saint-Gelais Lansac, le s. de Chaulnes, le baron Escalin de La Garde, Christophe de Thou et Pierre Seguier, du parlement de Paris, Claude de TAubespine, secrétaire d'Etat, Jacques du Faur, abbé de la Gazcdieu, Baptiste du Mesnil, avocat général au Parlement de Paris ^ et plusieurs autres ^. Sur cette longue liste ne figure aucun magistrat indépendant. Le duc d'Anjou était un enfant . de quatorze ans; le cardinal de Bourbon, le duc de Montpensier et son fils, les ducs de Longueville et de Nevers, les maréchaux de Vieilleville et de Bourdillon, dépendaient trop directement du roi pour conserver leur liberté. Condé était protestant; le connétable et le chancelier, du tiers parti. Les autres étaient des agents de la reine mère.
Les trois membres du parlement auraient pu éclairer leurs collègues, mais ils manquaient de cette fermeté qui porte un juge à
1. — Cette liste figure à là suite de Tarrét. Voyez l'arrêt dans du Bouchet, p. 542.
2. — Une lettre do l'ambassadeur d'Espagne, que nous analysons plus loin, cite plusieurs magistrats dont la signature ne figure pas au procès-verbal.
rendre des arrêts plutôt que des services.
Le chancelier donna lecture des actes de la procédure depuis la requête présentée par la duchesse de Guise le 26 septembre 1563, et Coligny fut introduit. Interrogé par le roi, il ce affirma et déclara devant Sa Majesté « comme devant Dieu qu'il n'avoit faict ni a faict faire ni approuvé ledit homicide. y>
Les parties furent admises à exercer leur droit de récusation. Le représentant de la duchesse de Guise S probablement l'avocat Versoris, récusa le connétable, le chancelier, plusieurs autres conseillers, et enfin le prince de Condé, qui, malgré une maladie grave, 3'était fait porter dans la chambre du conseil. Coligny, plus fier et plus habile, ne récusa personne. L'avocat général, Baptiste du Mesiiil, prit la parole et requit Tacquittement de l'amiral. Puis commença le défilé des votçs individuels. Le premier président du Parlement de Paris, Christophe de Thou, engagé par ses déclarations précédentes, exposa timidement a qu'il ne trouce vait rien dans le procès de l'amiral qui « permit de le proclamer innocent » et conseilla d'instruire l'accusation. Dix-neuf conseillers, princes, seigneurs ou magis-
1. — Alava, le seul narrateur de cette séance, ne le nqmme pas.
trats, inféodés à la politique de la reine, se prononcèrent pour l'acquittement. .Le maréchal de Bourdillon dit que les questions de droit lui étaient étrangères et supplia le roi de le dispenser de rendre un arrêt, prétexte mal fondé mais ingénieux dans la bouche d'un vieux capitaine. Le duc de Nemours allégua « l'amitié qu'il professait (( pour M. de Guise et toute sa maison h afin de ne point opiner. Le cardinal de Bourbon et le duc de Monlpensier représentèrent « qu'ils chargeraient leurs cons- « ciences en adoptant les conclusions des « autres juges et demandèrent au roi a l'autorisation de s'excuser. » En résumé, dit l'ambassadeur d'Espagne, le seul narrateur de cette audience mémorable, sur 24 conseillers présents, 19 s'étaient prononcés pour l'acquittement, un pour l'instruction judiciaire, quatre s'étaient récusés^. Le chancelier compta les voix et le roi déclara Tamiral « purgé et deschargé et
i. — Le duc de Nemours courtisait ouvertement la duchesse de Guise et Tépousa quelques semaines après.
2. — Lettre d'Alava à Philippe II, Moulins, 3 février 1566 (Arch. nat., K. 1505, n» 71). — Suriano, ordinairement très bien informé, ne paraît pas avoir connu le détail de l'assemblée de Moulins aussi complètement que son collègue d'Espagne. Il est vrai qu'il était à Bourbon rArchambault. (Lettre de Suriano du 30 janvier 1566, f. ital., vol. 1724, f. 316).
ce innocent du fait dud. homicide y> et commanda aux parties « de vivre en amitié (n sous son obéissance, :!> sous peine de crime de lèse-majesté *.
Restait à imposer une obéissance au moins apparente aux parties. Le roi et la reine firent venir la duchesse de Guise, et, dans le cours d'une longue conférence, mêlée de caresses et de menaces, ils s'efforcèrent d'obtenir son assentiment sans réserves à l'arrêt du 29 janvier. Mais en vain ils la pressèrent; la duchesse, sous les dehors d'une femme faible, cachait une force de résistance invincible. Le roi et la reine, dit Alava, ne « parvinrent qu'à la faire pleurer. » Elle supplia le roi de se contenter de sa soumission sans lui imposer, pour l'avenir, d'engagements au sujet ce de la vengeance ce que réclamait un si grand crime. » Le cardinal de Lorraine se montra aussi ferme.
Un jour, la reine le rencontra dans un jardin, ce Sur votre vie, lui dit-elle, prenez (( en bonne part ce qui s'est fait en voyant (( que cela nous convient ainsi, et avec le « temps vous verrez des choses qui vous a satisferont beaucoup. » Le cardinal répli-
i. — Arrêt du 29 janvier 1566 dans du Bouchet, p. 542. L'original de cet acte, sur parchemin; signé de Gilles Bourdin, est conservé dans le f. fr., vol. 6610, f. 158.
qua sèchement qu'il n'avait pas à s'expliquer sur Tarrêt, mais qu'il devait à la mémoire de son frère, d'informer les souverains catholiques de la partialité des juges, et des dangers qu'elle faisait courir à la foi orthodoxe en Franco. Celte allusion ù l'intervention de Philippe II en France, troubla la reine. « Vous ne devez point faire une telle démarche », dit-elle. Le cardinal insista et présenta des excuses qui laissèrent la reine sans réponse *.
Coligny se montra de plus facile composition; il n'avait pas grand mérite puisque le roi était son défenseur. Le roi l'appela dans son cabinet avec la duchesse de Guise et le cardinal ; il leur commanda de sacrifier leurs ressentiments à sa volonté et de vivre ensemble pacifiquement, en serviteurs fidèles, sinon en amis, à la suite de la cour. Le cardinal de Lorraine répondit qu'il obéirait toujours aux ordres de son maître. Coligny remercia Dieu et le roi d'avoir fait éclater son innocence, et ajouta « qu'il avait toujours ouy « dire que la cause pour laquelle le cardinal ce de Lorraine et les siens luy vouloient mal, « c'estoit qu'ils avoient opinion qu'il fut (( cause de la mort de M. de Guise; que
\. — Lettre d'Alava à Philippe II, 3 février 1566 (Arc. nat., K, 1505, no71).
a maintenant le contraire leur apparaissoit ; a et que, s'il pouvoit prendre seureté qu'ils a eussent perdu leur mauvaise volonté et a qu'ils ne luy voulussent plus de mal, il ce leur voudroit faire service * » .
Goligny avait été accusé et acquitté; il n'avait pas été jugé. C'est le sort des crimes politiques d'être réprimés, amnistiés ou glorifiés au nom de la politique. Quelquefois même, suivant les passions dominantes, ils passent par ces trois phases et sont glorifiés après avoir été justement punis. Qui de nous n'a vu les plus odieux forfaits qualifiés d'actes héroïques? Cependant l'assassinat du duc de Guise ne trouva d'apologistes que chez les plus fanatiques chansonniers du temps ^. Parmi les historiens, les mémorialistes, les pamphlétaires même du parti réformé (et les bibliophiles seuls en connaissent le nombre) pas un écrivain n'a tenté la justification de Poltrot de Méré.
L'innocence ou la culpabilité de l'amiral Coligny est une de ces questions obscures qui rallument périodiquement d'ardentes
i. — Pièce ajoutée & Tarrêt dans du Boucheti Histoire de la maison de Coligny, p. 545. Plusieurs historiens ajoutent que le cardinal et la duchesse, sur la demande du roi> s'embrassèrent. Du Bouchet n'en dit rien.
2. — Tarbé, Recueil de poésies calvinistes, in-8<», 1866, d'après le recueil de Hasse des Nœuds.
querelles historiques. Beaucoup de démonstrations ont été tentées; beaucoup d'autres le seront encore sans éclaircir lé mystère ^ Il est certain que l'innocence n'est pas évidente, mais la culpabilité n'est pas prouvée. Coligny est accusé par certaines circonstances; il n'est convaincu par aucune. Dans le doute, aux termes du droit criminel, s'impose l'acquittement de l'inculpé.
Le grand de Thou ne se prononça pas ^.
Estienne Pasquier, témoin intègre et sérieux, Brantôme, courtisan sagace et pénétrant, tous deux catholiques modérés, hommes d'esprit et très bien informés, ont rendu peut-être un arrêt sans appel. — Pasquier :
« Il (l'amiral) n'advoue pas franchement « avoir conscnty à ceste mort, mais aussy « s'en défend-il si froidement que ceux qui « luy veulent du bien souhaiteroient ou que (( du tout il se fust teu ou qu'il se fust cf mieux défendu ^. » — Brantôme : « Un (( mot luy (à l'amiral) nuisit fort, quand il a disoit souvent : Je n'en suis l'autheur
i. — Nous avons mentionné cy-dessus (p. 86) un mémoire de M. Erich Marckz qui attribuait à Catherine de Médicis l'initiative du crime. Le mémo érudit a publié dans Hisloriche Zeitschrift, neue folge^ t. XVI, p. 42, une habile apologie de Coligny.