‹ L'assassinat du Président CarnotChapitre 8 sur 40 · IV. — Nojvus à 4 sous aisselle gauche · texte numérisé non relu

IV. — Nojvus à 4 sous aisselle gauche

VI. — Deuxième orleil droit et gauche chevauche sur les premier et Iroisième.

l’assassinat du président CARNOT

si bien rendu ce que Caserio avait conté. « Mais, me répondit le magistrat, j'ai traduit en français ce qu’il m’a dit dans son charabia ; je n’ai ajouté ni un trait, ni une ligne ».

Il retenait facilement et saisissait assez vite les observations (}ue l’on lui faisait. Ainsi à la fin de rinslruction, sans s’exprimer plus correctement, il évitait ceidaines fautes qui lui étaient familières au début.

Mais quand on a entendu son interrogatoire, le factum dont il fit donner lecture à la cour d’assises, quand on lit ce (]u’il a dit ou écrit, on acquiert la conviction que si son intelligence était assez vive, elle était peu profonde. Il saisissait assez vite, comprenait, mais était incapable de réflexion, de comparaison, de jugement.

Il acceptait sans difficulté un paradoxe, un sophisme, une erreur. Des idées iddicules et même absurdes, mais bien |)résentées étaient toujours admises sans difficulté si elles paraissaient répondre à ses conceptions politiques, bien rudimentaires d’ailleurs et invariablement exprimées par trois ou (juatre formules, sa petite intelligence ne pouvant jamais apercevoir qu’un seul côté des choses.

Si on parle de ses pi inci[)es, il les défend avec âpreté, ne faisant aucune concession, incapable môme de reconnaître un point faible à sa doctrine. Avec son système il arrangeait tout dans une société : pas de propriété, donc plus de vol et, par conséquent, suppression des prisons. Sous le règne de l’atiarcbie, les crimes passionnels ne se montreront jilus parce que le coupable devant être puni par les reproches de sa conscience et la réprobation publique, son châtiment sera tel qu’aucun individu n’osera s’y exposer.

D’ailleurs, il n’est jamais embarrassé et il a réponse à tout avec une ou deux phrases stéréotypées, comme celles-ci : « Ça, c’est un préjugé, un préjugé », ou bien : « C’est la faute à

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la société actuelle. Ça ne pourra plus se passer ainsi sous l'auarchie. »

En somme, ses connaissances politiques étaient à peu près milles. Il s’était soumis à un gavage de lectures dont il avait retenu quelques phrases, sonnant bien à ses oreilles. Il rumine ces formules qui sont une pâture suffisante pour son esprit. Très superficiel, il s’enllamme de la doctrine anarchiste, éminemment simpliste, et qu'il comprend en entier. Les journaux et les brochures de la secte, en style vulgaire et enflammé, sont lus avec avidité. Il est presque insatiable. A Milan, il assiste aux séances des clubs, consacre tout son temps à la lecture et prélève même sur son sommeil le temps qui lui fait défaut.

A la prison, il essaye de lire Don Quichotte. Il ne dédaigne pas les ouvrages scientifiques, ceux qui s’occupent d’astronomie. Comme tout bon anarchiste, il est matérialiste, aussi critique-t-il les livres de Flammarion, parce que cet auteur fait jouer un certain rôle à l’intervention divine. Victor Hugo est un grand poète qui a bien décrit les maux dont souffi’e l’homme, mais il s’étonne que ce génie n’ait pas indiqué les remèdes que lui, Caserio, connaît si bien.

Si chez Caserio l’esprit est faible, il faut reconnaître que sa qualité prédominante est le caractère. C’est un énergique. Il y a chez lui une volonté forte, du courage pour entreprendre, de la persévérance pour exécuter un projet.

Dès qu'il est initié aux idées de l’anarchie, il se lance dans l’association, rêvant d’être un compagnon modèle et il sacrifie tout à ses convictions.

A Milan, quoique fort ignorant et presque illettré, il participe activement à la propagande par le journal, par les brochures. Et ce prosélytisme, ce ministère d’apôtre battent sa vanité et

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chauffent son zèle. Il se fait arrêter plusieurs fois, toujours au premier rang. Comme il ne veut pas être soldat et servir son pays, il quitte l’Italie. Il traverse, presque sans argent, grâce aux compagnons, la Suisse et le sud-est de la France, s’arrête à Lyon et à Vienne, puis va se fixer à Cette. Malade, il entre à l’hôpital (1) où il s’excite par une propagande effre'née, et on dit que, dans des conciliabules de convalescents, les plus sombres complots sont préparés. Caserio a d’ailleurs déclaré que ses idées criminelles avaient été la conséquence de son séjour à l’hôpital de Celte.

Les exécutions de Vaillant et d’Henry lui mettent la rage au cœur et font germer dans son cerveau des idées de haine et de vengeance. La littérature pessimiste du parti lui dépeint et lui montre l’existence de l’ouvrier avec des couleurs si noires qu’il est bientôt las de la vie et pense à y mettre fin. Mais comment en finir? il ne veut pas mourir bêtement, se noyer ou se pendre comme un désespéré, terminer ses jours comme un imbécile. Son incommensurable vanité ne saurait se contenter de cette fin. Il va se sacrifier pour sa cause, vendre chèrement sa tête et montrer aux compagnons qu’il était bien l’homme fort et résolu qu’ils ont connu. Son crime est un suicide indirect.

Il est énergique, il est plein de foi, mais le bonheur rêvé que l’on lui a fait entrevoir ne vient jamais, et c’est maintenant un désillusionné.

Dès sa sortie de l’hôpital son parti était pris. Il attend l’occasion. Pendant plusieurs mois il la guette Enfin, elle se présente. Le voyage présidentiel à Lyon si souvent annoncé est enfin fixé. Il n’hésite plus, l’occasion est trop favorable. Il part et accomplit avec une énergie sauvage la résolution prise depuis longtemps. Voilà la genèse du crime I

(I) Il avait une « éruption de boutons » aux jambes, probablement d'origine syphilitique.

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1.C coté afi’ectif de sa nature n'était [)as fait pour apporler un olislarle (piolcoiiquc à celte résolution tlésespérée. Il avaiteiicore moins de cœur que d’intelligence, (lertes, Gaserio n’était pas un sentimenlal. Il ne rêvait pas la paix des âmes, la tendresse et la bonté universelles.

Dans la doctrine qu'il avait adoptée, il n'avait été frappé que par le côté matériel. Il désirait le nivellement général des classes, l’égale répartition des richesses, la même dose à chacun de jouissances et de plaisirs.

Cependant, ses prétentions personnelles à une existence heureuse et telle qu'il la comprenait n’avaient lâen d'excessif. L’idéal du bonheur pour lui aurait été de voyagei’, voir beaucoup de pays, être assuré, tous les jours, de se mettre sous la dent deux livres de pain et de fumer quinze centimes de tabac. L'existence du vagabond, dans ces conditions, lui semblait pleine de charmes. Impulsif, il avait comme un prurit musculaire et sentait le besoin des déplacements constants. C'était un^/mÉ'rant, n’aimant à se fixer nulle part, évitant ainsi toute obligation sociale.

Les journaux nous ont appris qu’en prison il s’est préoccupé de bien manger, de dormir longuement et de fumer tout à son aise. C’était d’ailleurs ce qu’il avait fait lorsqu’il était en liberté et on peut dire que la vie n’avait jamais été bien rude pour lui. Sans travail, plusieurs fois il avait fait appel à sa Jamille qui l’avait nourri, logé ou lui avait envoyé quelque argent.

Il n’a été ni reconnaissant de ces sacrifices, ni plus affectueux. Il ne donne pas la plus petite marque d’atfection filiale. Sa mère, ainsi que le fait remarquer M. le président Dreuillac, à en juger par sa correspondance, est une femme de beaucoup de cœur. « C'est une femme du peuple qui a des sentiments élevés. » La douleur et les angoisses de cette mère le

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laisscnl froid. Les lettres aiïeclueiises de ses frères et de ses sœurs le louchent à peine, et jamais il n'a paru ému ou n’a versé une larme en les lisant. Il a cependant une fois pleuré. C’est à l’audience lorsque M' Dubreuil évoque la douleur de sa mère qui passe ses journées assise, la tète dans ses mains, murmurant en sanglotant : O mon fils! Mon jiauvre fils!

Et après sa condamnaliou, à la prison, il n’a qu’un regret : c’est d’avoir laissé échapper ses larmes. Il est mécontent de cet attendrissement : « Les compagnons, dit-il, vont se moquer de ma faiblesse. »

Des faiblesses affectives ou autres, même celles qui sont si naturelles à son âge, il n’en a jamais eu. Pendant les séjours prolongés dans dilféreiites villes, au cours de ses voyages, il n'a jamais été retenu ou guidé par l’intluence de l’amitié ou de l’amour. Caserio est un frigide. Il a été insensible à l’amour platonique ou grossier. Et cependant, il le répète souvent, il s’est dévoué pour le bonheur de ceux qui souffrent, des luwcVcu.r.

Ce jeune homme se dépensait en activité laborieuse, à son travail, à ses lectures. Voilà les causes seules de ses fatigues, de ses sommeils profonds. Les rapports de police disent encore qu’il parlait peu et était taciturne. C’est un solitaire, et seul certainement, il a médité et préparé son crime.

Peu instruit, d’intelligence médiocre, incapable d’observation cl de rétlexion, dépourvu complètementdes sentiments affectueux même les plus élémentaires, Caserio, fils d'épileptique, n'avait que de l’activité, du caractère. Un vrai type de pariétal, un impulsif par conséquent.

Ces individus-là aux muscles d’acier et par conséquent n’ayant pas peur des obstacles, insubordonnés, agités, dont le sang est comme de la dynamite coulante, sont aussi dangereux (pie les bombes dans les mains des chefs anarchistes. La machine chauffée à blanc est lancée à toute va|)enr sur la voie ; elle éclate au moment voulu.

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Il a toujours pensé que le crime qu'il avait commis serait utile à la cause de l’auarchie et il ne l’a jamais renié. On peut cependant se demander si cet assassinat ne lui a pas laissé, non des remords, mais quelque chose comme un regret. Ainsi, un jour qu'il parlait d’assassinat, il déclara tout à coup que pour lui il se serait senti incapable de frapper une personne qu’il aurait eu déjà vue. Pendant son séjour à Milan, presque tous les matins, il voyait passer et saluait Humbert, roi d’Italie, allant ou revenant de Monza. Il n’aurait pas pu lui porter un coup de poignard, mais, il ne se serait pas refusé à lui lancer une bombe. Si avant de frapper le Président, il avait, dit-il, rencontré ce regard fixe, mêlé de douceur et d’efl'roi, que M. Carnot a jeté sur lui lorsqu’il s’est senti blessé, il n’aurait jamais enfoncé le poignard dans le corps de sa victime.

Après tous les renseignements qui précèdent, il est possible de traiter la question de responsabilité. Elle a préoccupé le magistrat instructeur et au début de l’interrogatoire de l’accusé, le président des assises indique qu’elle ne saurait entrer en ligne de compte. C’est l’avis de l’intéressé lui-même, qui répond avec conviction : les Caserio ne sont pas fous.

Il n’a d’ailleurs jamais été question de soumettre Caserio à l’examen de spécialistes, à l’effet de rechercher l’état mental de cet homme et de préciser sa responsabilité.

Comme médecin expert et criminologiste, il nous a paru intéressant d’étudier ce problème.

Nous nous sommes demandé si Caserio était un fou, un dégénéré, ou simplement un fanatique assassin.

Mais de quel genre de folie pourrait-il être atteint? Est-ce un maniaque, un persécuté-persécuteur, pour parler des formes les plus caractéristiques ? Non, assurément. Mais serait-il en proie à une des formes de l’épilepsie? Il est fils d’épileptique ; cette

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liéi’é(iité-là est établie, et nul n’ignore que c’est la plus oppreesive.

Itocliercbons donc si Caserio en présente les symptômes ou les stigmates.

Il n'a pas les caractères d’asymétrie épileplogène décrite par Lasègue. On a toutefois relevé un menton effacé et à fossette. Le visage ne présente pas d'autres particularités, sauf ce rire continu, contracté, comme satanique, et qui m'a produit une impression pénible. Ce rire était-il affecté pour la circonstance, ou lui était-il habituel ? Un rire semblable et continu est une sorte de tic. Il faut se méfier de ceux qui ne savent pas rire : ce sont des méchants et des fourbes.

Itappelons que son envergure dépasse de beaucoup la taille (Toiinini, Civadolli et Amati), qu’il a des orteils chevauchant (Lombroso), que dans la station debout il a une attitude rappelant celle des quadrumanes, les pieds étant écartés pour élargir la base de sustentation (Féré).

Voilà, en les cherchant bien, des particularités insignifiantes et de peu de valeur à côté des autres constatations qui ont été faites. La mémoire est remarquable et presque impeccable; dans le trajet de Cette à Lyon il n’y a pas le moindre automatisme. On ne constate jamais d’inconscience, d’absences ; il n’y a pas traces d’hallucinations, de visions, de cauchemars, de crises quelconques. J’ajoute que les épileptiques sont le plus souvent des génitaux ; or, pour Caserio, nous nous sommes expliqué sur ce point.

J’ignore si on a recherché l’incontinence d’urine. A-t-il été syphilitique, comme on l’a prétendu? Dans ce cas, on aurait pu penser aux conséquences de l'infection, que Fournier à décrites sous le nom d’affections parasyphilitiques.

En somme, d'après les renseignements (jue nous avons, nous pouvons dire que Caserio n’était pas un épilejjticiue.

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Les psychiatres allemaiKls diront peut-être que Caserio était \m paranoïqtie partie/. D’autres prononceront le nom de neurasthénie. On se demandera enfin si Caserio a eu des obsessions et si ses obsessions, pour parler le langage de l’Ecole, étaient les syndromes épisodiques de la folie des dégénérés héréditaii’es (Maudsley, Magnan, Ladame, Garnier).

Caserio était-il un déséquilibré, un dégénéré? Faut-il le l'anger dans la catégorie des tels qu’ils ont été groupés par Régis?

Sous le nom de régicide, notre distingué collègue désigne les fanatiques qui, en dehors de toute secte et de toute conspiration, ont assassiné ou tenté d’assassiner un monarque ou un puissant du jour.

Caserio rentre- t-il dans cette catégorie? Il n’y a pas eu complot ou conspiration, mais il est difficile d’admettre qu’il n’était pas affilié à un parti, à une secte.

Les définitions ayant peu d’importance, examinons successivement les caractères généraux et particuliers des régicides.

Ils ne sont ni absolument sains d’esprit ni absolument aliénés. On peut les considérer comme des déséquilibrés. Ils ont des tares héréditaires et chez leurs parents on rencontre des excentriques, des épileptiques. On relève des stigmates, tels que : malformations dn crâne, anomalies de l’oreille, strabisme, etc. Ils ne sont dénués ni d’intelligence ni de sens moral, mais ils offrent en même temps des lacunes profondes, « En sorte qu’ils peuvent passer pour des esprits distingués ou des esprits faibles, selon la façon dont on les envisage ou ceux de leurs actes qu’on essaye d’interpréter. » La caractéristique est une sorte d'instabilité maladive qui, les rendant toujours mécontents, ne leur permet pas de se plier aux exigences d’une profession régulière et suivie, et les livre au hasard de l’inconnu. En somme, ce ne sont pas des fous, mais des demi-fous, des mattoïdes, comme disent les Italiens, chez lesquels il y a un tel mélange de raison

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et de folie, qu’il est difficile de faire la part de l’une ou de l’autre.

Exaltés et enthousiastes, ils s’enflamment pour les choses de la religion et de la politique, et leur mysticisme est agressif. Quand leurs théories sont en jeu, ils s’emportent et ne supportent pas la plus légère contradiction. Lorsque leurs idées deviennent délirantes, suivant leur caractère et le milieu ambiant, le délire est religieux ou religieux et politique, plus rarement politique. Il y a parfois des hallucinations qui ont ce caractère d’être de véritables visions, intermittentes, se produisant la nuit et parfois se confondant avec le rêve.

Gomment accomplissent-ils leur attentat? Ce n’est pas d’une façon subite et à l’aveugle, comme les fous hallucinés et impulsifs. Le crime est logiquement conçu, prémédité et préparé. Quand le régicide est décidé, il va droit au but avec l’audace et l'énergie d’un convaincu... Les régicides frappent leur coup avec une audace et une violence extraordinaires. Ravaillac « avait donné dans la poitrine de Henri IV comme dans une botte de foin », si bien que le couteau disparut tout entier dans la blessure et que son pouce alla jusqu’à loucher le pourpoint du roy.» Si cette citation de Régis rappelle l’événement qui nous occupe, il n’en est plus ainsi de la suivante ; « Le crime accompli, ces fanatiques ne cherchent pas à s’enfuir. »

Régis croit que chez les régicides le suicide après l’attentat est un fait exceptionnel, môme pour le suicide indirect; le régicide ne recherche pas le suicide, il aspire au martyre.

C’est pour cela, d’ailleurs, qu’ils montrent en face de leurs supplices un courage tout à fait extraordinaire. On sait les tortures qu’a endurées Damiens, à tel point que Michelet a pu dire que c’était le plus remarquable exemple, pour la physiologie, de ce qu’un homme peut souffrir avant de mourir.

Enfin, Régis ajoute qu’un certain nombre d’anarchistes exaltés

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lui paraissent ôlre des régicides ; « Autrefois, ils eussent été religieux, aujourd’hui ils sont aiiarcliistes., voilà toute la difTérence. et il ne faut voir en eux que la transformalion apparente d'un type an fond ionjours le même. »

Telle est la théorie des régicides, formulée par un aliéniste de mérite.

Malgré des rapprocliements faciles à faire avec Caserio, nous n’oserions, d'une façon certaine, ranger celui-ci dans la catégorie indiquée sous le nom de vrais régicides. Nous avons expliqué autrement la genèse dn crime.

Caserio n’est pas un fou; peut-être dira-t-on qu’il avait quelques caractères des dégénérés. C'était un fanatique assassin.

Cette hôte humaine, défectueuse déjà par ses origines, a surtout été viciée par les théories du parti anarchiste, qui en ont fait un être antisocial. Pour Caserio, cet assassinat est un moyeu de terrorisation, la revanche d’un parti, l’assouvissement de la haine et en même temps la consécration d’une réputation d’énergie et de vaillance vantées par les compagnons, la gloire bruyante et — très probablement — la fin d’une existence devenue insupportable.

Caserio était responsable. Il était juste et nécessaire qu'il fût frappé de la peine que nos lois actuelles réservent aux auteurs des plus gi’ands crimes.

Et cependant nous ne pouvons nous défendi-e d’un sentiment de pitié pour ce tout jeune homme, fils d’épileptique, d’une nature audacieuse et indomptable, que les doctrines malfaisantes ont excité et perdu, et qui après avoir, dans sa petite tête, conçu un abominable crime. Ta exécuté avec une sauvage énergie, grâce à un concours de circonstances vraiment extraordinaire et déliant toute prévision. Comment s’expliquer que ce garçon boulanger, aux vêlements sordides, sans argent, s’exprimant mal en français, fasse un long trajet en chemin

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(le fer ou à pied, et, connaissant à peine la ville, clans le lu'ouhaha d'une f(!‘te, à travers une naultitiide, parvienne précisciment, à l’heure propice et à la bonne place, où il (^tait le plus facile d’approcher la voiture présidenlielle! Que d’obstacles auraient pu se trouver sur sa route et écarter du but celte machine infernale lancée de Cette à Lyon !

Caserio n’est pas mort avec courage. Il a eu à lutter, au moment suprême, contre les angoisses de son être. Quand sa tête est tombée, il y a eu des « bravos » et des applaudissements. La grande voix du peuple est injuste souvent, mais elle peut être aussi le cri sponlané de la justice, de la vérité. Jamais, peut-être, la peine de mort n’a trouvé plus d’approbateurs.

A. L.VCASSAGNE

RÉGIT DE GASERIO

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