‹ L'assassinatChapitre 31 sur 40 · UNE VOIX DU FOND · texte numérisé non relu

UNE VOIX DU FOND

Ah çàl Brune est décampé depuis ce matin; allez lui courir après; nous étions à Castellane quand sa voiture a passé , nous l'avons criblée de balles , mais il n'y avait personne dedans.

LE SERGENT

Il est fin le camarade Brune ! ah ! si celuilà n'est pas poltron ! Bonaparte le connaissait bien; un jour il lui dit: Brune, tu es un lâche, et

ANGLES, se levant.

Eh! mon bon ami, où avez-vous lu ce conte?

LE SERGENT

Moi, je ne l'ai pas lu , je ne sais pas lire ; mais tout le monde l'a lu dans la vie de Brune ; demandez-le à M. Duteuil quand il viendra.

ANGLES , se rasseyant.

Ça fait pitié.

ANTOINE

Eh! laissez-les dire, brave homme ; ah! si vous allez vous disputer avec eux, ils vous feront devenir fou. (Au sergent) j'ai envie d'aller voir si l'Étranger et M. Duteuil ne seraient pas là-bas au corps de garde, on n'u pas besoin de moi ici.

LE SERGENT , d'un ton d'autorité.

Personne ne peut sortir... C'est ma consigne, j'en réponds sur ma tête.

Ah bas! c'est l'Étranger qui vous a donné cette consigne, c'est un farceur quia voulu rirr.

LE SERGENT

C'est un farceur qui me brûlerait la cervelle

si je n'obéissais pas; je le connais...

( On entend des (yis dans !a rue , le sergent se replace à la fenêtre. ) ANGLES.

Ah ! mon Dieu ! les voici... Antoine, ne me quittez pas au nom de Dieu.

ANTOINE

Soyez tranquille, brave homme Mon

Dieu! mon Dieu! ne vous allumez pas votre pauvre sang; je vous dis encore que vous ne risquez rien , non rien; comment voulez-vous que je vous le dise, en chantant ?

ANGLES

rse vous fâchez pas , ne vous fâchez pas, mon ami... Ce n'est pas la mort que je crains, croyez-le bien ; à mon âge deux jours de plu8

ou de moins, ça n'en vaut pas la peine

mais mourir assassiné!!! ah! assassiné

dans mon pays!... que lui ai-je donc fait à ee misérable?

Vous ne risquez rien.

(Entre un volontaire d'nn air triomphant,) LE VOLONTAIRE.

Encore un ! Bessière a descendu la garde, il fait écluse dans le ruisseau du cours. Vive le roi! (5)

LE SERGENT

C'était un gros républicain je crois celui-là ?

LE VOLONTAIRE

Républicain et bonapartiste ; on lui a donné deux coups de sabre sur la tête , et trois dans le ventre. Ah! la mauvaise mine qu'il avait ce coquin !

ANGLES . bas à Antoine. '

Ne leur parlez pas , contenez-vous au nom de Dieu , contenez-vous.

ANTOINE, bas.

Soyez tranquille.

LE SERGE2ST, au volontaire.

Y étiez-vous aux frères Verse? (4)

LE VOLONTAIRE

Si j'y étais ! tenez regardez ce sang sur mon pantalon, c'est le cadet qui m'a froissé en tombant. Ah! en ne les a pas manques ceuxlà. Oiiî je suis sûr qu'ils ont reçu plus de mille coups de bâton sur la tête,- ils avaient la vie dure comme d^^s chats : on les a assommés comme des bœufs; il y a des petits polissons qui ont ramassé plus de quaranti sols , rien qu'en montrant les bâtons rouges qui ont assommé ces deux buveurs de sang.

LE SERGENT

C'étaient des brigands finis ces frères Verse?

LE VOLONTAIRE

Ohl ça fait trembler ce qu'ils ont fait

ils ont fait les cent coups dans la révolution.

tout le monde le ditj ils ne feront plus rieu à présent ces rompus.

( Entre un deuxième volontaire. )

DEUXIÈME VOLONTAIRE, d'un air de triomphe monlraut son fusil.

Voilà une bayonnette qui en a tué dixsept!

ANTOINE, se levant.

Tu en as menti.

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