‹ L'assaut: pièce en trois actesChapitre 1 sur 25 · THÉÂTRALE ^ Y · texte numérisé non relu

THÉÂTRALE ^ Y

Journal d'Actualités Dramatiques

PUBLIANT LE TEXTE COMPLET DES PIÈCES NOUVELLES JOUéliS DANS LES PRINCIPAUX THÉÂTRES DE PARIS

Aucun numiro de ï-'lHuttraUm TbéâlraU ne doit Urt vtndu iiiu [< numtro di Wlatlratim porMnl l> ffltnw dalt. Tout •bonne à Llllmilrtl ien nt abonne di droii 1 VJlluitruUm TbéâlraU.

Trtx du JViimfri) : UN FRANC. — Mbonatnnal anautl : Frjihce, 36 franci: Etrahobi, «S franc*.

i3, rue SAINT-GEORGES, PARIS (9').

L* Assaut, au théâtre du Gymnase.

DEPUIS la Rafale, il y a envron sept ans, M. Henry Bemstein n'avait p. us donné de pièce nouvelle au Gymnase ; il y a fait .sa rentrée, grâce à V Assaut, avec un succès qui, pour être de Taveu de la plupart des critiques, d'une qualité différente, et sans doute plus rare, est non moins éclatant.

Tous les critiques ont même insisté ])artîculièrement sur la valeur nouvelle de ce succès et sur la grave et profonde évolution du génie dramatique de r auteur qui était attestée par une telle œuvre.

Ainsi M. Adolphe Brisson expose, dans le Temps, quelle étape V Assaut marque dans la carrière de M. Henry Bemstein :

« Cette pièce est d'une autre qualité, d'une autre « essence » (|ue ses ouvrages antérieurs ; une autre atmosphère l'enveloppe, une autre impression en émane ; elle témoigne d'un nouvel effort, peut-être d'une inquiétude nouvelle ; il semble en tout cas ([u'nne nouvelle orientation s'y dessine, attestée jmr un certain souci de noblesse morale et comme par une soif d'élévation ; elle exalte l'amour, mais l'amour chaste, dépouillé de toute frénésie sensuelle, réduit au seul sentiment, capable d'immolation ; elle exalte le scrupule et l'idée de sacrifice ; elle exprime des vérités réconfortantes, offre au spectateur des tableaux consolant*. L'auteur ne nie plus et s'attache à souligner les bons iastincts de l'homme ; il n'étale plus, avec une sorte d'ostentation perverse, ses défaillances, et, s'il les excuse, il veut du moins qu'elles soient j)unies et que le coupable se juge tel et qu'il se condajune, et qu'il s'inHige une expiation. Le héros du drame a un passé d'aventurier; il a une tare; mais cette faute initiale, chez lui, tant de circonstances l'atténuent que ce n'est presque plus une faute ; d'ailleurs des années de travail, de probité, d'honneur, l'ont rachetée. Finie l'apothéose (le la force brutale que le succès justifie ; tinie la vision morne et complaisante des bassesses, des turpitudes humaines. Ia^ dramaturge reste pessimiste; il l'est à la façon d'Alceste, — généreusement. Il tiétrit la trahison, la dup icité, rh>q)ocrisie. Il chérit la vertu. Qui l'cùl cru ? Qui rcùt prédit ? M, Bemstein devient « idéaliste ».

Xotez qu'il aborde dans V Assaut un sujt^t analos^aio à ses sujets piétérés, qu'il y décrit une bataille aussi âpre, ;ni.s-<i fai'uucîu^ (jue celle» de la Bn/ale^ du Voleur <iu de la Grifjf, et qu'il y montre T influence ff)nnidab'e d^^ l'ar- •;cnt. StMilcin<'nt il a si>in. cette ffM-;, de

en somme aux règles du vieux théâtre. Il ne change pas de genre, il change de « point de y\XQ *. Son œuvre est moins audacieuf ;, moins dure, moins originale, moin> personnelle que les précédentes ; eile est plus saine, plus discrètement émouvante, plus délicate, plus a/<réable. Et comme il y déploie ses rarjs qualités professionnelles — il ne les a pas perdues — son sens du mouvement, du relief scénique, de la vie, elle devait nécessairement réussir. Le public l'a saluée d'applaudissements chaleureux. »

M. A bel Hermant juge, dans le Journal, que l'art de M. Bemstein s'est épuré subitement et atteint la simplicité, la sobriété classique :

« Son métier n'a jamais été plus sûr, ni moins apparent. UAssaiU est probablement la meilleure pièce de théâtre qu'il ait écrite, et c'est la moins « théâ- » tre » au sens vil du terme. Elle n'est point artificielle. Elle n'est point frénétique, et elle est bien autrement forte que ses drames les plus brutaux de naguère. Elle est toute pénétrée de sensibilité, mais d'une sensibilité virile et discrète. Elle est humaine et proche de nous, et parfois elle s'élève très haut, touche à de graves questions de ivsponsabilité, de conscience, qu'elle résout sans faiblesse, non sans pitié, selon Tintelligence et la justice.

Qu' est-il donc arrivé à M. Bemstein ?

Rien sans doute que de fort naturel :

il a quelques mois de plus ; comme Sieyès pendant la Terreur, il a vécu. »

M. Gabriel ïrarieux remarque, dans la Revue, qu'il y a, dans cette pièce, deux drames de caractères bien distincts : un drame d'intrigue et de politi(iue, un drame de psychologie morale. Au total, une œu\'Te émouvante, humaine :

« Elle révèle, tout le monde l'a remarqué, une sensibilité plus sincère et plus vive que les précédentes du même auteur. Alors que ces dernières nous montraient uniquement 1m combats féroces de l'instinct, les tares de la bute humaine, celle-ci prétend nous offrir une donnée morale d'une incontestable grandeur... (Test donc un succès très grand, très vif, qui a été fait à r Assaut, et, ma foi, il est mérité. »

M. Camille Le Senne, dans le SiicU, observe, à propos de cette pièce, que M. Henry Bernstein garde une mar- (pie caractéristique dans la production dramati(jue contemporaine et la réédite rcgulièrcm(^nt avec une éclatante supériorité :

« Il est le maître du théâtre d'action presque entièrement (icpouillé de

n<' ])as subordonner les affj'i s de ] ce (jui n'est pas le mouvement, la vie,

C(eur aux affaires d'intérêt, de ne pas les méiaiîcrer ; et c'c^st une première innovaîi >:i. jji^uite, nspnt dune U)''tliodi' rjue hon éeole, jidis, n'-pn.M v.iit, il ne suj)prime pas dr parti pn.> les tiLniies svnipatlii(jues ; il ()p]K)'^e r la ni'Mite des (MXjuins le c^roupe uni et

la proï^ression ascendante ou plutôt l'ardent procofsvs vers un dénouement que tous le^ pcrsonnafjfcs et le pub.ic lui-même finissent j)ar invo- (juer comme une fin de hantisiî, comme une délivrance... Mais son triomphe iriiomnu» de métier — le plus com-

compuct des braver ^m^. Il s<* rallie j)lct qu'il ait remporté depuis L joui ;

déjà lointain du Marché — a trouvé cette fois un complément idéaliste d'une réelle grandeur. ♦

M. Nozière estime aussi, dans V Intransigeant, que cette nouvelle pièce de M. Henry Bemstein se distingue de tout son théâtre par son équilibre et sa sérénité :

« Le héros n'est plus un forcené que la passion conduit aux actions les plus violentes. C'est un individu qui se défend contre des attaques injustes avec calme, avec méthcxle. Il ne cherche pas à briser ses ennemis, mais seulement à se mettre à l'abri de leur iniquité. Il n'est pas ivi-e de vengean(!e.

Il veut seulement assurer sa tranquillité. Au dénouement, il renonce -à la lutte ; il dépose les armes ; il préfère au combat l'amour ; il connaîtra les douceurs de la retraite auprès de la bien-aimée ; il cultivera son jardin, amour candide. Ce n'est point seulement par lassitude, mais par un scrupule de conscience qu'il s'impose l'oisiveté. Il ne se sent pas assez pur pour gouverner ses concitoyens. Il a une erise morale qui n'est pas indigne de personnages norvégiens. On voit qu'il y a quelque chose de changé dans l'esprit et le talent de M. Bemstein.

Il s'est apaisé, il aperçoit des lumières nouvelles et, par une naturelle évolution, il a écrit une pièct que les jeunes filles peuvent applaudir, p

M. Guy Laimay (Léon Blum) trouve que c'est mieux encore que la Rafale et que le Voleur, et il dit, dans le Matin :

« C'est, dans l'ensemble, une belle pièce de théâtre. M. Bernstein a retrouvé, dès qu'il y a fait appel, cet ascendant dramatique qui s'im}>ose aux s|x'ctateurs avec une irrésistible vigueur. Une fois de plus, il a tenu la salle anxieuse et haletante sous sa main. ]Mais en même temps, daits sa manière, on distingue queUjue chose de plus grave, de plus substantiel, de plus réellement fort. Il touche des vérités plus profondes ou plus délicates. Sa pensée a plus de poids ; ses formules ont plus de fermeté et plus de noblesse. L'accent rend un son plus persor.nel, plus lourdement humain.

C'est en ce sens seulement que M. Bernstein pouvait et devait gagner sur lui-même. Et voilà une raison de plus d'applaudir au grand suc ces cjui lui était dû. »

M. Robert de Fiers dêelare également, dans le Figaro, que le succès rem{K)rté ])ar VAi>saut est tel que l'auteur du Détour et de la (iriffv n'en avait pas encor** conini d«' pareil :

« .Jamais il ne n(tus a pani en ausv-^i pleine posâcs>ion des admirables dons scéniques auxquels nous devons quel ques-unes de? auvrcs les plus notoires du théâtre contemporain. Le drame a toute la puissanee et toute la vi- ^nieur de st\s prêcé<lent3 ouvraj/es.

Mais il s'embellit et s attendrit d'une émotion plus intime et plus profonde. V

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