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L'assistance par le travail a pris, surtout depuis un siècle, une importance considérable tant dans la sphère des principes que dans celle des faits. Elle a soulevé les plus gros problèmes de l’économie politique : le droit au travail, le droit à l’existence, l'organisation du travail, la question de la mendicité professionnelle et du vagabondage, et bien d’autres que j’omets et non des moins importants. :
Elle a suscité de très grandes espérances sous les formes si diverses qu’elle a revêtues. On a cru que les ateliers de secours du xvi° et du xvine siècle
allaient faire disparaître le vagabondage et la men-
dicité, si intenses dansces périodes troublées. On a pensé qu'on pourrait assurer une occupation à tous les chômeurs et remanier toute notre organisation du travail, avec les ateliers nationaux de 1848. On a été persuadé que personne ne mourrait plus de faim en Angleterre, du jour où les Workhouses fonctionneraient. On a espéré voir disparaître la mendicité des chemineaux sur les routes allemandes, dès que le système des Reliefstationen et des
Herbergen zur Heimath aurait été propagé. On a supposé enfin qu’on porterait un coup mortel à la
mendicité professionnelle qui infeste nos grandes
Marcel Lecoq 1
villes, en multipliant les œuvres d’assistance par le travail que nous voyons s’accroître d’une façon si extraordinaire depuis une trentaine d’années. Et nous ne faisons que rappeler ici les jardins ouvriers dont on attend de si heureux résultats pour l’accroissement du bien-être de la famille ouvrière. Partout on a pensé que le travail était le meilleur des soulagements que l’on peut apporter à la misère des pauvres valides.
Que sont devenues ces belles et souvent fécondes espérances, quand elles ont été soumises à l’épreuve de l’expérience des faits? Les résultats ont-ils été heureux ou funestes? S'ils ont été mauvais, la faute en est-elle aux illusions des initrateurs qui ont entrepris le mouvement, ou aux difficultés du moment, ou encore aux défauts de l’organisation matérielle ? Telles sont les questions qu'il est intéressant de se poser pour chacune des tentatives que nous allons avoir à examiner.
Nous pourrons porter ensuite un jugement éclairé, sur la valeur du principe de l’assistance par le travail en, lui-même, et sur les mérites respectifs des divers procédés dont on a tenté l’application.
L'expérience acquise ne restera pas ainsi inutilisée.
Pourquoi faire des essais que l’on saurait infructueux si l’on connaissait l’œuvre de nos devanciers En matière de philantropie,il faut éviter de pareilles déperditions de forces ; car comme on l’a dit fort justement « le bien mal fait, fait du tort au bien ». Et ce tortest tout à la fois matériel et moral — matériel, en ce qu'il entraîne une dépense inutile des
ressources toujours insuffisantes de l’assistance — moral, parce que de l’échec d’une tentative on conclut trop souvent à la défectuosité d’un principe. Et tout cela provient de l'ignorance dans laquelleon se trouve de l'expérience du passé, et aussi du manque d'esprit pratique des personnes, pourtant si dévouées, qui se mettent à la tête de ces œuvres.
Que de fautes, que de coûteuses et décevantes écoles on s’éviterait, que de misères on épargnerait aux pauvres que nous avons tous à cœur de soulager, Si On connaissait mieux ce qui a été fait autrefois et ce qui se fait ailleurs.
Nous avons cru qu’un ouvrage, où l’ou tenterait d'exposer d’une façon coordonnée et rationnelle les diverses tentatives qui ont été faites, serait d’une certaine utilité pour les personnes qui s'intéressent au bienfaisant principe de l’assistance par le travail. C’est pourquoi nous avons entrepris la lourdetäâche d'exposer le mal auquel l’assistance par le travail prétend porter remède, et ‘les diverses applications qui ont été faites de ce système d’assistance.
En toutes circonstances nous nous sommes efforcés de nous placer en dehors de toute espèce d'esprit de parti ou de préférence personnelle. Nous avons étudié d’une façon purement objective, montrant les mérites et les défauts de chacune des organisations, ainsi que les résultats qui en ont été les conséquences.
Puissent toutes ces expériences vécues être utiles pour montrer d’une part, les heureux effets du travail dans la lutte contre les conséquences désastreuses du chômage et de la mendicité professionnelle, et d’au-
tre part les graves dangers auxquels s’exposent ‘inconsidérément les esprits, même les plus éclairés et les plus dévoués, quand ils ne sont pas instruits par l'étude pratique des faits.
Notre œuvre aura atteint son but, si elle contribue à propager les meilleurs moyens de faire un bien véritable aux malheureux et à diminuer le nombre des erreurs dont les vrais pauvres sont les pre-
miers à souffrir.
Le Chômage
Avant d'entrer dans l’étude des diverses applications pratiques de l'assistance par le travail, nous croyons devoir nous arrêter à examiner les maux auxquels elle prétend porter remède. Son importance, en effet, résultera à la fois de la grandeur des dangers auxquels elle se propose de parer et de l'efficacité réelle des moyens qu’elle emploiera.
En outre, pour apprécier à leur juste valeur les procédés qu’elle recommande, nous devons connaitre dans tous ses détails la situation à laquelle ils s'appliquent : pour savoir quelle est l'efficacité d’un remède et dans quelles circonstances il peut faire du bien ou du mal, il est nécessaire de se rendre compte de la maladie et du tempérament du malade.
C’est par cette tâche que nous devons tout d’abord commencer. Nous nous efforcerons de montrer, au point de vuefqui nous occupe, la nature et l’importance du chômage, ainsi que son influence tant au point de vue matériel qu’au point de vue moral sur l’ouvrier qui le subit. Nous étudierons alors succinctement les divers remèdes dont on a essayé l’application. Nous verrons que la prévoyance ne peut guère être généralisée et que l’aumône n’aboutit
bien souvent qu’à encourager la mendicité professionnelle, la grande ennemie du vrai pauvre. Nous serons alors amenés à étudier l'assistance par le travail, qui voudrait remédier à tous ces dangers, et, après avoir | examiné longuement ses applications pratiques, nous pourrons apprécier la valeur du principe et de ses divers modes d'exécution.