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CHAPITRE V LES JARDINS OUVRIERS

La colonie agricole, en dehors de son inconvénient fondamental de ne pouvoir porter secours à la famille ouvrière dans la misère, ne donne pas, même dans la sphère restreinte de son application, tous les heureux résultats qu’on serait en droit d’en attendre. Nous avons eu occasion de le montrer dans le chapitre précédent : cet échec tient au mauvais recrutement des colons et à une discipline insuffisante. L’utilité physique et morale du travail de la terre n’en persiste pas moins ; aussi a-t-on cherché à l’employer sous une forme différente comme - moyen d'assistance et de relèvement. Dans ce but, on a créé des jardins ouvriers destinés principalement aux familles ouvrières nombreuses et misérables.

Différents essais de @e genre avaient déjà été tentés à des époques reculées. Au xv° siècle, Anne de Beaujeu mettait à la disposition de l’église de St-Julien une certaine étendue de terre, destinée à être repartie entre des familles pauvres auxquelles on laissait la jouissance de leur lot jusqu'à ce qu’elles fussent sorties d’embarras. Depuis le xine siècle ce système d'assistance est pratiqué d’une façon constante à St-Julien-en-Garret, près St-Chamond.

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La fabrique de l’église de Graveline en fait autant depuis deux cents ans : elle attribue des jardins de 5 à 6 ares aux familles nécessiteuses de la paroisse ; elle les autorise même à bâtir sur ces terrains (4).

Moins ancien est le système employé à Fort- Mardyck, petite commune de 1.700 habitants, située dans le département du Nord, non loin de Duukerque. Peut-on même dire que ce soit un procédé d'assistance ? Il n’y a pas de pauvres parmi les Fort-Mardyckois. Ils sont tous descendants de quatre familles de Picardie implantées sur cette côte, en 1670, par Louis XIV qui leur donna une constitution économique sous laquelle ils vivent encore aujourd’hui. Ce qu'il faut en retenir c’est que toute famille mardyckoise qui se fonde reçoit une concession de terre dont elle n’a que l’usufruit, et qui est incessible et insaisissable. Les seules familles de matelots-pêcheurs descendants des quatre familles picardes de 1670 ont droit à cette concession, grâce à laquelle ces heureux habitants se voient à tout jamais, eux et leurs descendants préservés de la misère ; aussi cette population prospère et s'accroît plus qu'aucune autre (2).

Ces procédés anciens ne rappellent que d'assez loin l’assistance par le travail, telle qu’elle est pratiquée actuellement avec les jardins ouvriers (3). L’idée-mère de l’œuvre moderneremonte seulement

1. Article de M. Louis Rivière dans la Réforme sociale, 16 mars 1898, p. 463. 2. Les Jault et les Pècheurs de Fort-Mardjick par Albert

Maron. Réforme sociale 16 sept. 1896.

3. Louis Rivière. Les jardins ouvriers en France et à l'Etranger. Rondelet, 1899, broch. in-12.

à 1889 ; elle est due à une femme de cœur et de grand sens, M" Hervieu, qui possède, à Sedan, une fabrique de drap. À cette époque, les ouvriers souffraient beaucoup de la décadence de la fabrication du drap ; le chômage fut terible pendant cet hiver de 1889. M"° [ervieu, dans l'intention de fonder une société mutuelle, eut l’idée de faire, à trois de ses ouvriers, les offres suivantes qui furent acceptées. Chaque ouvrier verserait un franc par mois et Me Hervieu six francs, soit en {out pour les quatre parts neuf francs par mois; au bout d’un an la mutuelle possédait cent-huit francs. Malgré la vive opposition des ouvriers, M"° Hervieu décida de . louer, avec ces ressources, un terrain qu’elle fit défoncer à ses frais. Les ouvriers, deleur côté, durent acheter desoutils, des semences et travailler à «leurs jardins ». Au printemps suivant, voyant leurs plantations germer, avant même d’avoir recueilli leur récolte, ils avaient compris l'efficacité du bienfait etils ne tarissaient pas d’éloges sur leur nouvelle société. & La cause du travail et de l’assistance par Ja terre était gagnée ».

L'idée fit, en peu d’années, des progrès considérables. Les modes d'application varièrent beaucoup, il est vrai. Tantôt on accorda le terrain gratuitement, ainsi que les semences et les instruments de culture, tantôt on exigea un prix minime de location, tantôt les semences et instruments de culture durent être apportés par l’assisté, tantôt enfin le

4, D' Lancry. Une visite aux jardins ouvriers de Sedan. La démocratie chrétienne, oct. 1897,

prix de location comprenait une prime d’amortissement permettant au locataire de devenir, au bout de quelques années, propriétaire du terrain. On modifia la facon de procéder au gré des circonstances et de la volonté des organisateurs, de telle sorte que, tout en partant du même principe, on pouvait aboutir à l'assistance pure et simple, à l'assistance mutuelle, ou à la prévoyance par l’épar- gne. Sous toutes ces formes si diverses les jardins ouvriers donnèrent les meilleures résultats.

Au point de vue financier, ces résultats sont des plus ‘encourageants pour tous, bienfaiteurs et assistés ou locataires. Les jardins, qui sont de 4 ou 5 ares en moyenne, rapportent 100 fr. à Sedan et à Orléans, 90 fr. à Rosendael, 85 fr. à Montreuil, 50 fr. dans beaucoup d’autres villes (4), alors que le prix de location varie entre 1fr.45 et 2fr.50 les 100 mètres carrés. En dehors de la somme proprement dite que rapporte le jardin il faut tenir compte de l'avantage pour l’ouvrier d’avoir des légumes en abondance et de bonne qualité, de telle sorte que

1. Le docteur Lancry, l’un des plus ardents protaganistes de ce système, considère que l’on peut tabler surles moyennes suivantes : & Un jardin de 4 ou 5 ares de superficie coûte de 5 à 12 fr. de location et rapporte de 60 à 80 fr. de légumes (Bulletin de la lique du Coin de terre etdu Foyer, nov.1897, p.19) ASt-Etiennele secours, attribué sous forme de prêt du jardin, a été multiplié par 5 1/2 ou 6 par les récoltes obtenues dans les jardins ouvriers (L'œuvre des jardins ouvriers à St-Etienne, à Sédan, en France et à l Etranger, Paris, Victor Retaux 1899 par J. B. Piolet. S. J. p. 54). Des résultats encore meilleurs sont obtenus à Sedan, grâce sans doute aux exemples instructifs du champ d’expérience, mais grâce aussi à une meilleure qualité de la terre; l’œuvre de St-Etienne avait défriché des champs que l’on avait considérés jusque-là comme incultes;

Marcel Lecoq DRE

son alimentation s'en trouve sensiblement améliorée.

Le bienfait du jardin se fait sentir très heureusement aussi au point de vue de l'hygiène. L’exercice au grand air réagit d’une façon très heureuse, contre la claustration que comporte le travail dans la fabrique. On peut objecter sans doute, que l’entretien du jardin est un surcroît de fatigue qui peut occasionner un surmenage excessif à l’homme qui a déjà donné une dépense considérable de forces à son travail industriel. Mais il faut observer que le travail de la terre nécessite le plus souvent l'effort de muscles différents de ceux qui ont été fatigués au travail de l'usine et que cette diversion est plutôt salutaire. Puis une considération, plus importante encore, s'impose. Le chômage visite souvent le travailleur dans notre société contemporaine. Ces jours d’oisiveté forcée peuvent être utilisés avee profit aux gros travaux du jardinage que l’homme seul peut exécuter, comme la préparation de la terre pour les semailles. Les autres menus. travaux qui demandent moins de force, peuvent ètre faits en temps voulu par les autres membres de la famille, femmes, vieillards ou enfants.

4. Le travail du dimanche est formellement interdit dans toutes ces œuvres. Cette règle a été partout appliquée sans réclamations ni difficultés. Ce jour-là les familles se réunissent souvent sous de petites tonnelles construites d'une façon plus ou moins rudimentaire dans un coin du champ et chacun jouit d’un repos bien gagné en regardant pousser ses légumes Ce délassement tranquille et sain est généralement très apprécié par les ouvriers possesseurs du jardin. Parfoisles voisins se réunissent; on fume, on apporte quelques chopes et on ne pense plus à aller chez le marchand de vin.

Les jardins ouvriers ont encore un autre avantage d'une valeur morale considérable. Ils ont le don d’exciter le plus vif intérêt chez ceux qui les cultivent. Les personnes qui s'occupent d'assistance par le travail ont pu remarquer combien il était difficile de trouver un travail qui fût à la portée des assistés et les intéressât ; pour mon compte je n'ai guère vu d'ateliers où cet écueil fût tout à fait évité (1). Les jardins ouvriers dès leur origine n'ont jamais éprouvé pareille difficulté. L’ouvrier, et avec lui toute sa famille, prend un intérêt passionné à la culture du jardin, aux progrès de la végétation, aux espérances de la récolte. C'est là un excellent stimulant de l’activité et de l'énergie si promptement atrophiées chez l’ouvrier malheureux. |

Les possesseurs de ces jardins ouvriers ont des tendances profondément individualistes analogues à celles que nous avions déjà remarquées chez les colons envoyés en Algérie après les événements de 1848. Les uns et les autres ont montré leur égale répugnance pour la propriété collective, même quand ils avaient été jusque-là socialistes. L'anecdote suivante est des plus instructives Un ouvrier socialiste de Saint-Etienne sollicite du R. P. Volpette, qui a fondé les jardins ouvriers de cette ville, un carré de jardin. Après lui avoir énuméré les quatre articles de son règlement, le Père lui dit : « Acceptez-vous cela ? — Parfaitement;

1. Une exception pourrait être faite pour l'hospitalité du Travail de l’avenue de Versailles.

mais vous savez, je ne veux pas aller à la messe, moi... —Je ne vous demande pas d’aller à la mésse. Acceptez-vous mes quatre articles ? — Oui. — Eh bien ! vous pouvez vous rendre à tel champ et prendre possession du lot numéro tant ». Notre homme prit goût à son jardin, et travailla avec ardeur. Au printemps il avait les plus beaux légumes de tout l’enclos. Le Père, passant un jour par là, le voit suer., la tête penchée sur ses sillons, et l’interpelle. « Eh bien ? Père un tel, vous avez de belles pommes de terre. C’est cela qui va arranger la moyenne ! — Quoi | quelle moyenne ? reprend l’ouvrier en se redressant interloqué. — Mais vous savez bien quand Ja St-Jean va venir, on arrachera toutes les pommes de terre, on en fera un gros lot dans ce carré vide, et chacun viendra recevoir sa provision, un baquet par tête composant chaque famille... — Ah ! ça, mon Père, vous moquez-vous de moi ? Vous croyez que J'ai trimé depuis six mois pour donner mes pommes de terre à ceux qui ont cinq ou six enfants et n’ont rien fait ? Elles sont à moi, mes pommes de terre ! je veux les manger ou les vendre; gare à qui y touchera !... » Depuis cette époque l'ouvrier n’est plus socialiste (1).

Les débuts des jardins ouvriers à St-Etienne furent modestes. Aujourd’hui ils font un bien énorme. On les à attribués à 375 familles comptant en tout 2.200 personnes. La première année on fournit, avec le terrain, les graines néces-

1. Communication faite à la Société d'Economie sociale de Lyon, par M. Louis Rivière,

saires pour l’ensemencer et on prête les instruments de culture. L'œuvre débourse dans ce but 2.000 fr. par an, et le produit que les travailleurs en retirent représente une valeur marchande de 10.000 fr. Un des résultats les plus intéressants de l’œuvre c’est que la charge du secours attribué à chacun devient moins onéreuse. tandis que la production du sol et par conséquent le bénéfice du cultivateur augmente constamment. Ainsi les dépenses de 1895 se montaient, en moyenne, à 35 fr. par personne ; en 1896 à 15 fr. 50, en 1897 à! 16 fr. 90, en 1898 à 15 fr. 80; et les produits de la culture étaient évalués à 60 fr. par famille en 1895, 100 fr. en 1896, de 72 à 82 fr. en 1897, à la même somme environ pour 1898. Par conséquent, à part 1896 qui fut une année exceptionnelle, la progression a été constante, croissante pour le produit, décroissante pour la dépense (1).

La création des jardins de St-Etienne remonte à 1893. Depuis lors, il s’en est fondé dans tous les coins de la France, notamment à Arras, à Besancon, à Mende, à Montreuil-sur-Mer, à Nancy, à Nantes, à Reims, à Dijon, à Poitiers, à Rosendael, etc. Sans vouloir entrer dans l’examen de leur mode de fonctionnement, ce qui nous entraînerait trop loin, 1l y a toutefois un point sur lequel nous croyons utile d'attirer l'attention. Il s’agit du concours que peuvent apporter les municipalités à ces œuvres éminem-

4. V. l'intéressante brochure du P. Piolet. sur l’OŒEuvre des jardins ouvriers à St-Etienne. Paris, Retaux, édit. 1899. br, in-42.

ment philanthropiques. Jusqu'ici à peine quelquesunes d’entre elles ‘Sedan et Besançon), ont consenti à intervenir. Il est permis d'espérer que ce bon exemple serà suivi ailleurs. Sur linitiative de M. Charles Savage, le conseil municipal de Besançon donna en location, le 12 mars 1896, au bureau de bienfaisance de cette ville 13 hectares de terrain eultivable pour la somme de 1 fr. Celui de Sedan, encouragé d’ailleurs par la réussite extraordinaire de l’œuvre de Mme Hervieu en fit autant. Si les bureaux: de bienfaisance entraient dans cette voie, ils pourraient faire le plus grand bien physique et moral à la population malheureuse. Une somme de 10 franes, versée à une famille dans la misère, est un secours bien rapidement épuisé; cette même sommeemployée à la location d’un jardin, produit de 50 à 100 francs de légumes, plus qu’il n’est nécessaire pour nourrir toute une famille.

La difficulté de trouver des espaces convenables dans les grands centres urbains n’est pas insurmontable: l'expérience le prouve. On a pu créer des jardins ouvriers à Berlin, à New-York, à Bruxelles. Pourquoi ne pourrait-on pas en fonder à Paris. Cette ville aussi bien, mieux peut-être que toute autre, peut trouver des terrains convenables à proximité des quartiers ouvriers. Le déclassement prochain des fortifications, qui est déjà commencé, est une occasion merveilleuse et unique de procurer aux populations des faubourgs une occupation très saine, un secours efficace et réconfortant. Nous espérons que la municipalité toujours si généreuse réservera une large part aux Jardins ouvriers dans les ter-

rains qui vont devenir disponibles. Destinées jusqu'ici à défendre la ville contre les ennemis du dehors, les fortifications seraient dorénavant consacrées à cetemploi plus noble encore, puisqu'il serait pacifique et humanitaire, de préserver la population contre l’invasion meurtrière de la misère el de la faim. |

Si les jardins ouvriers ont donné jusqu'ici, au point de vue financier, de très bons résultats, on peut espérer qu'ils pourront encore en donner de meilleurs dans l’avenir. C’est encore de Sedan que vient linitiative d’une mesure appelée à donner une impulsion plus vive à la production des jardins, une direction plus éclairée dans le choix des cultures à y introduire el des procédés à y employer. Il s’agit de la création d'un champ d'expériences . Spécialement surveillé par la direction. Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est qu'il est confié à une femme : ce choix a été fait « pour démontrer expérimentalement qu'une mère de famille peut, par la culture d’un jardin, S’occuper de tous ses devoirs de ménage, et gagner plus encore que par le travail de l’atelier » (1). Aussi à Sedan arrive-t-on à avoir des récoltes magnifiques en qualité et quantité. Aux concours agricoles les produits des jardins ouvriers sont souvent médaillés. Quant à la quantité elle arrivera à donner des résultats comme celui que nous allons citer et qui a été obtenu par Mme Douffet. Sur un terrain de 11 ares 20 centiares, d’un prix de location de 11 fr, elle aurait, d'après

4. Dr Lancry. Une visite aux jardins ouvriers de Sédan. La démocratie chrétienne, octobre 1897. p. 349.

sa déclaration, récolté pour 239 francs de légumes, soit un rapport de 2.000 pour cent.

Les jardins ouvriers n’ont pas seulement pour but, au dire de leurs protagonistes, de fournir aux familles miséreuses un surcroît passager de ressources par la culture maraîchère ; ils auraient encore une portée plus haute. « L'œuvre n’est qu’un commencement, une assise solide sur laquelle on édifiera plus tard une création plus importante. Pour M. l’abbé Lemire, ce sera ce coin de terre de 24 ares incessible, insaisissable et affranchi d'impôt, dans lequel on voit la forme française du homestead américain, et dont il a fait l’objet d’une proposition à la Chambre des députés, il y a déjà quatre ans. M. l'abbé Gruel veut assurer, à la longue, la propriété de la terre au preneur qui édifierait une maison dans les conditions de la loi sur les habitations ouvrières. M. le D' Lanery cherche à arriver à la liberté testamentaire par l'usage des baux emphythéotiques que le père de famille pourrait transmettre à l’un de ses enfants, évitant ainsi la licitation de l’immeuble construit sur le terrain loué. Quant à M° Hervieu, son but est la constitution d’une dot pour tous les enfants, grâce à une vaste société mutuelle terrienne, englobant les enfants riches comme membres honoraires et les pauvres comme bénéficiaires » (1).

Quelques-uns de ces desiderata sont déjà entrés en voie de réalisation, Le P. Volpette à St-Etienne

1. Communication de M. Louis Rivière à la Société d’Economie sociale, cité dans le Bulletin de la ligue du Coin de terre et du Foyer, avril-mai 1898, p. 152.

a autorisé la création de maisons dans les jardins concédés : si le jardin est retiré au tenancier celui-ci a droit à une indemnité, lorsqu'il n'y a pas cinq ans qu'il a construit sa maison. Ce sont, d’ailleurs, pour la plupart, de simples cabanes très rudimentaires, construites par quelques vieux mineurs retraités, qui veulent vivre au milieu de leur champ et ne pas avoir de loyer à débourser. Les uns achètent des matériaux de rebut qu’ils assemblent tant bien que mal; d’autres érigent des constructions plus solides en pisé, en briques, voire même en pierres de taille. Le plus souvent on a aidé d’une manière ou d'une autre ces malheureux à édifier leur maison. Le P. Volpette voudrait donner une plus grande extension à ces habitations ouvrières, en facilitant leur construction et en diminuant leur prix de revient. Il n’est pas douteux qu'il n'arrive ainsi à un résultat très appréciable. Dix maisons existent déjà; quelques-unes ont, comme annexe, une écurie, où tout au moins un petit appentis pour mettre des volailles ou une chèvre ; quelques autres sont encore en construclion.

Pour édifier une maison au prix le plus économique, et cependant dans des conditions suffisantes dé solidité et d'hygiène, on a calculé qu’il fallait une somme d'environ 1.270 francs. Il serait impossible à la plupart des familles tenancières des jardins ouvriers de réunir un capital aussi important. Aussi on a songé à fonder une caisse rurale du système Raffaisen-Durand. Plusieurs personnes riches et charitables ont consenti à prêter leurs noms pour la constitution de la caisse, et l’on à pu,

dans ces conditions, trouver de l'argent au taux de 9 0/0. La somme nécessaire à la construction peut être avancée à l’ouvrier qui remboursera sa dette en y consacrant l'argent qui passait auparavant dans son loyer (1).

Mais les prêts les plus fréquents sont destinés à l'achat de semences, engrais ou instruments de culture, et, dans ce cas, ils sont limités en prineipe à 100 fr. Ils ne peuvent jamais être consentis que pour une dépense reproductive et d’une utilité évidente.

Ce n’est pas encore tout. Le P. Volpette projette de créer des retraites pour la vieillesse. Dans ce but, il voudrait faire verser 0 fr. 10 par jour à chaque travailleur, à partir du moment où il commence à gagner. Cette somme régulièrement prélevée à partir de 13 ou 14 ans arriverait à fournir une rente de 331 fr., plus un capital de 1.584 fr. à l’âge de 60 ans. Comme beaucoup de ces ouvriers sont mineurs et ont déjà droit, de ce chef, à une modeste pension, la vieillesse serait ainsi préservée de la cruelle misère qui l'accompagne si souvent.

D'ailleurs l’ingéniosité féconde et charitable du fondateur de l’œuvre a trouvé encore un autre moyen d'augmenter les versements à la caisse des retraites, et, par là mème, la rente pour les vieux Jours. Tous les adhérents de la caisse des retraites qui s'engageraient à payer comptant leurs achats, recevraient un escompte chez des fournisseurs recommandés. A la fin de l’année, le produit de l’escompte serait versé à la caisse des retraites. Le

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