Vanlaer, Chômage de l’ouvrier, Correspondant
2. Ce sont particulièrement les aumônes distribuées inconsidérément par l’Assistance publique qui aboutissent à ce déplorable résultat. On retrouve sur les registres de cette administration la généalogie de certaines familles secourues par elle depuis le commentement du siècle. En Amérique, on a fait le calcul de ce qu'avait coûté au budget les secours attribués à la seule famille des Jukes ; voici à quels résultats a abouti cette enquête. Une certaine Oda Jukes fut inscrite sur les listes de l'assistance municipale de New-York au commencement de ce siècle: « Cette malheureuse a été la mère d’une dynastie de Jukes qui a coûté à la municipalité de New-York la bagatelle de 1.250.000 dollars, soit 6 millions de francs. À la troisième génération, les petits enfants d’Ada, au nombre de cinquante, comptaient 10 assistés, tant à l’hôpital qu’à domicile ; à la quatrième génération, ils étaient 176 dont 77 assistés ; à la cinquième génération, 368 dont 99 assistés. Les Jukes se sont d’ailleurs acquittés généreusement envers la ville : à eux tous, ils ont commis un total de 408 crimes ou délits.
En présence de toutes ces dangereuses conséquences qu'entraine l’aumône, quelques personnes ont déclaré que ce mode de secours était dégradant,. Il ne faut certes pas aller si loin; l’aumône en ellemême n'a rien d’avilissant : elles est une des formes les plus touchantes et Les plus spontanées de la charité, Or la charité, qui est la plus sublime des vertus, ne peut être dégradante quand elle est inspirée et guidée par son principe essentiel qui est l'amour. Mais, comme le disait très bien M. d'Haussonville, il n’y à «rien qui supporte d'être mal fait, pas même le bien, je serais presque tenté de dire surtout pas le bien ; car le mal, mal fait, ne fait du tort qu’au mal, tandis que le bien,mal fait, fait du tort au bien » (1). L’aumône, souvent si mal faite, a fait du tort à l’aumône et même à la charité, mais elle n’en garde pas moins des vertus très efficaces quand elle est donnée à bon escient. [Il y a même bien des circonstances dans lesquelles elle ne peut être utilement remplacée par aucun autre mode de secours : par exemple, dans les cas d'extrême urgence, lorsque la misère a atteint son plus haut degré d’acuité.
Il ne faut donc pas proscrire l’aumône de, notre système d’assistance, mais ne la donner que dans les cas où elle peut produire de bons résultats. Ilest nécessaire de n’y avoir recours qu'avec beaucoup de réserve, dans la crainte de faire du mal à ceux-là même que nous voudrions soulager.Si l’on ne prend la sage précaution de restreindre ainsi l'emploi de l’aumône, surtout en ce qui concerne les ouvriers vali-