NATLRE ET TRAITEMENT DES MALADIES DES E.VFANS
A dcfl"aut d'infirmerie dans l'hôpital de la Pitié, on a jusqu'ici été dans l'usage d'envoier à l'Hôtel-Dieu les enfans malades, à l'exception cependant des enfans de chœur, des enfans de la classe des convois, et on a constamment gardé toutes les maladies chirurgicales.
On a coutume de faire passer à Bicêtre les enfans dont les infirmités sont incurables, tels que les épileptiques, ou ceux qui ont d'autres vices corporels, comme les sourds et muets, ceux qui ne peuvent retenir leur urine et autres de ce genre.
Les dartreux, les scrophuleux, ceux qui sont attaqués d'humeurs froides sont aussi depuis quelque tems envoies à Bicetre, eu égard au manque de local de la Pitié, dont une partie a été retranchée par les bâtisses actuelles.
Les enfans attaqués de la galle et de la teigne continuent à être traités dans cette maison, et le traitement qui s'y pratique auroit bientôt fait disparoître les dangers de la communication de cette maladie, si l'Hôtel-Dieu ne contribuoit pas sans cesse à l'entretenir.
En effet on n'y envoie aucun enfant pour telle maladie que ce puisse être, qui n'en revienne inficié de la galle, ce qui rend sa convalescence beaucoup plus difficile.
Sans cette cause on ne verroit à la Pitié cette maladie que dans des enfans du dehors et qui y viendroient pour s'y faire traiter, mais on n'y seroit nullement exposé par le séjour de la maison.
Le scorbut règne encore dans cet hôpital, mais bien plus foiblement depuis quelques années qu'il n'avoit fait précédemment. Ce changement s'est opéré en donnant aux enfans beaucoup plus de végétaux et de farineux qu'on n'avoit encore fait, et l'on espère avec le tems parvenir à en diminuer encore les causes.
Une de celles qu'il seroit le plus facile d'anéantir, si l'hôpital avoit des moiens suffisans, seroit de diminuer le mauvais air, en réformant les étoffes huileuses et grossières avec lesquelles on est obligé d habiller les enfans et en y substituant de gros draps, des flanelles ou des toiles suivant les saisons.
Parmi les fièvres qui se font sentir dans la maison de la Pitié, il en est une apellée fièvre rouge ou scarlatine, à laquelle les enfans sont généralement sujets. Elle s'annonce avec des simtômes assez violents, mais elle est facile à traiter et se guérit promtement.
Quant aux maladies épidémiques , telles que la petite vérole , il sera toujours dangereux de la laisser dans la maison de la Pitié, en raison de la multitude d'enfans auxquels elle peut facilement se communiquer.
Moins on établit de foiers de cette affreuse maladie et mieux on fait pour la société.
On ne se livrera point à des discussions plus étendues sur le traitement des maladies de cet hôpital, parce que ces observations apartiennent aux gens de l'art, et que le chirurgien en chef des hôpitaux, qui connoit particulièrement les maladies de la Pitié, a promis de faire passer directement son travail sur cet objet à MM. du Département des hôpitaux.
OBSERVATIONS RELATIVES \ LA PARTIE DES MALADES DE LA PlTlÉ , MAISON DE LMIÔPITAL GENERAL, ADRESSEES AU DEPARTEMENT DES HOPITAUX PAR M. BRUN, CHIRURGIEN EN CHEF DE L'HOPITAL GENERAL.
16 juin 1790.
Les questions qui sont proposées sur le régime et l'administration de la Pitié embrassent deux objets : l'un concerne la partie des malades et l'autre est relative aux enfants. Le présent mémoire fait par le chirurgien en chef de l'Hôpital Général servira de réponse au premier de ces deux objets seulement; à l'égard du second, on en laisse le détail à M. l'économe ou à madame la supérieure, comme un compte qui est plus de leur compétence.
Les enfants admis à la Pitié sont des garçons valides et tous susceptibles d'éducation, ou attaqués de galle et de teigne, ceux cy sont principalement reçus pour leur traitement, on exclut ceux qui, par leurs infirmités, sont incapables de participer à l'éducation commune, ou dont la société seroit incommode ou nuisible aux autres; tels sont les imbécilles, les estropiés, les épileptiqucs, les dartreux et ceux qui sont sujets à l'incontinence d'urine; ces sortes d'enfants, d'après le rapport du chirurgien en chef, ont toujours été constamment envoies à Bicètre, dès qu'ils se sont présentés, lorsque leurs infirmités étoient connues, ou lorsque l'on s'en est apperçu après leur admission. On envoyé encore maintenant ceux qui sont attaqués d'humeurs froides et scrophules. L'exclusion de la Pitié pour ces derniers n'a lieu que depuis qu'une infirmerie de cinquante lits, qui leur étoient destinés, a été supprimée pour la construction d'un bâtiment qui s'achève et qui doit faire suitte à un nouveau qui est déjà occuppé.
Celle dernière infirmerie étoit 1res utile et il y a nécessité de la rétablir.
Les enfants de la Pitié qui sont valides et sains peuvent être distingués en grands, moiens et petits. Ils sont distribués entr'eux suivant leur âge, et occuppés uniquement de leur éducation, ou employés, en outre de l'éducation, au service de l'Église et à suivre les convoys.
Une infirmerie de dix-huit lits, principalement destinés aux enfans de chœur et des convoys, le reste des deux classes des grands et des moiens n'y participent qu'autant qu il y a des places vaccanles; quand les places mancjuent, on les envoyé à l'Hôtel-Dieu, lorsqu'il leur arrive
maladie.
Il y avoit aussi une infirmerie de neuf lits pour les petits, mais son emplacement ayant été compris dans la construction du nouveau bâtiment, elle n'existe plus, et depuis que ces enfants en sont privés, on les envoyé constamment à l'Hùtel-Dieu, dès cju'ils tombent malades.
Les galeux et les teigneux sont, en maladie, également assujetis à cet envoi subit et ne sont admis qu'à Saint-Louis, à cause de leur incommodité habituelle.
Pour mettre à profit, le plus qu'il est possible, cette infirmerie de dix-huit lits, principalement destinée aux enfans de chœur et des convois, et pour la rendre d'une plus grande utilité en faveur du reste des grands et des moiens, on renouvelle les places, quand on le peut sans préjudice, toutes les fois qu'il se présente de nouveaux malades. A cet effet, on envoyé les convalescents coucher dans leur dortoir, pendant qu'on continue de les nourrir à l'infirmerie, jusqu'à leur parfait rétablissement, en en usant ainsy, cette infirmerie de dix-huit lits seulement, bien au dessous des besoins, est de secours à un très grand
nombre.
La nourriture y consiste en vin, pain blanc, viande, œufs, riz, pruneaux; on donne aussi cjuelquefois des fruits en compotes, des confitures, du lait, et ces aliments sont distribués suivant les cas.
Les maladies c[ui se rencontrent le plus ordinairement se rapportent à l'espèce de fièvres catarrhalles, inllammatoires, nerveuses, aux fièvres bilieuses, putrides, vermineuses et malignes. On observe aussi plusieurs sortes de fièvres exemthématiques et certaines dissenteries très fâcheuses.
Chaque sorte de ces maladies ont en général leurs époques. Au prin-
temps, les plus fréquentes sont les pleurésies, les fluvions de poitrine, les affections nerveuses et inflammatoires ; dans l'été , les fièvres ardentes , éruptives, malignes; dans l'automne, des fièvres bilieuses, putrides, vermineuses, des dissenteries. En liyver, il y a beaucoup de rhumes, de catliarres et de fluxions de poitrine; pendant toute l'année, des langueurs, des fièvres éticques, suite d'ennuy ou de mauvaise constitution souvent par des besoins longtemps éprouvés.
Les fièvres intermittentes sont assez ordinaires au commencement du printems, à la fin de l'automne et pendant tout l'hiver; celles de cette dernière saison sont les plus opiniâtres, et celles du printems les plus courtes, ainsy qu'en instruit une expérience commune.
Toutes les maladies rapportées cy dessus ne sont point admises indistinctement à l'infirmerie, on en exclut constamment celles que l'on croit contagieuses; en conséquence les petites véroles sont transportées à l'Hotel-Dieu, on étoit aussi dans cet usage h l'égard de toutes les fièvres éruptives, mais on s'en écarte depuis que l'on est parvenu à rassurer contre l'inconvénient de la contagion de quelques-unes, et maintenant on traite avec avantage dans cette infirmerie beaucoup de ces fièvres.
Dans la cure des différentes maladies on s'en tient aux méthodes connues et on n'employé que les remèdes d'une propriété bien avérée et qui sont indiqués par les circonstances. La pratique a montré qu'en général les traitements les plus doux sont ceux qui réussissent le mieux. Cette remarque est relative à la faij^lesseet li la sensibilité qui sont naturelles aux individus dont il s'agit. C'est pourquoi on est très réservé sur les saignées, on n'use qu'avec discrétion des éméliques et des purgatifs; quand les antiseptiques paroissent convenir, on donne la préférence aux acides végétaux sur les acides minéraux, les premiers étant plus doux et moins irritants que les derm'ers; on est toujours circonspect dans l'usage du quinquinna, souvent on a observé dans les fièvres intermittentes qu'il causoit des pesanteurs d'estomach, de la chaleur, des coliques, le dévoiement, quoique donnée à petite dose, et que les amers moins forts étoient employés avec plus de succès.
C'est en s'attachant à de pareilles observations qu'il meurt très peu de malades, que, quelquefois il n'y en a pas eu de morts dans une année entière et que la plupart de ceux qui périssent ne sont que des étiqucs. Outre cette remarque, on a la satisfaction d'observer encore
(|iic l'on est parvenu à prévenir très souvent la coi[ueIuclie, accident fréquent à la suite des fièvres éruplives, telles que la fièvre scarlatine ou (lèvre roujje. La précaution consiste à insister sur les boissons légèrement diapliorétiques,coml)inées relativement aux accidents, et ne purger que trèslongtems après la disparution des taches, si même on croit ne devoir pas s'en dispenser.
Les galeux et les teigneux sont placés dans des salles particulières à chaque espèce de maladie, les uns et les autres sont très nombreux. On compte dans ce moment loo enfants galeux et i36 teigneux: des premiers, il en vient de la ville ou d'ailleurs, et surtout de l'Hôlel-Dieu qui est un foyer de gale. La maison en fournit aussi, mais moins depuis qu'au moicn du bâtiment nouveau, les enfants sont moins rapprocliés dans le coucher.
S'il vient des teigneux de l'Hôtel-Dieu, ce n'est c[ue parce qu'ils étoient déjà atteints de la teigne, lorsqu'ils s'y sont rendus, ceux que l'on reçoit d'ailleurs sont de la ville, de la campagne et des provinces, quelquefois même très éloignés. S'il arrive que des teigneux contractent la gale, on les place avec les galeux, parce que le vice de la gale est plus contagieux que celui de la teigne, dont l'activité est aflfoiblie par le traitement.
Le traitement de la gale est simple, on ne se fait jamais règle de saigner ni de purger, qu'autant qu'on y est déterminé par l'état actuel des malades, la plupart sont foibles, ou viennent tout disposés au traitement, ceuv de la maison n'ont que des gales simples et très récentes, et si, de ces derniers, il s'en rencontre qui soient attaqués de gale critique à la suitte de maladies, on dififère leur traitement, en les mettant à l'usage des amers secondés de quelques légers diaphoré tiques. Le spécifique d'usage est le souffre, on le broie avec la graisse pour en faire une pommade que l'on employé en friction. La guérison s'opère sans accidents sensibles de répercussion, parce cpie les malades sont constamment à l'abri du froid.
Le traitement de la teigne, qui est en usage dans toutes les maisons de l'Flôpital, se fait avec un onguent composé de poix résine, on i'étend sur de la toile que l'on applicjue sur la tête en forme de calotte, après avoir coupé les cheveux et avoir fait tomber les gales. Cette préparation est la seule que le traitement re([uiert. Le topique se change tous les trois jours et, chaque fois qu'on le lève, on recoupe les che-
veux et ou lave la tête .ivec une lessive légère. S'il arrive (jue la peau s'écliauiïe un peu trop, on suspend l'usage de l'onguent, on lui substitue une pommade douce pour le reprendre ensuilte jusqu'à parfaite guérison.
La cure est de quatre à cinq mois et quelques fois plus dans les cas difficiles, il est d'expérience que ce traitement est le seul sur l'efficacité duquel on puisse compter. Le chirurgien en chef de l'Hôpital Général a tâché de le faire connoître, autant qu'il seroit à désirer qu'il le fût, par un mémoire qu'il a lu, il y a quelcjues années, dans une des séances publiques de l'Académie royale de chirurgie.
Dans la cure des humeurs froides et des scrophules on n'est pas si heureux que dans celle de la gale et de la teigne. On manque icv de spécifiques et on ne peut que se conformer aux indications qui naissent des différences de la maladie et de la variété des symptômes, la guérison dépendant du travail de la nature par le changement qu'elle doit opérer dans la constitution du malade, l'art se borne à en seconder les efforts pour lui donner le temps de faire ce changement salutaire qui ne s'obtient que lentement et guère avant l'âge de puberté. Les moiens que l'on employé à cet effet sont les savonneux, les diaphorétiques, les absorbans, les toniques, les amers, les diurétiques, quelques fois les légers antiscorbutiques et, de temps en temps, les purgatifs résineux avec des préparations mercurielles.
Lorsque ces sortes d'enfants avaient encore leur infirmerie 5 la Pitié, un certain nombre y a été traité avec un opiat composé d'extrait de napelle, de rhue, de grande scrophulaire, de savon, de quinquina, de poudre d'écaillés d'huîtres calcinées, de diagrèdc et d'oethiops minéral. Avec ce remède on a obtenu des succès, mais pendant l'hiver presque tous ces malades sont retombés dans leur ancien état par le retour des mêmes simptômes. D'après le rapport fait à l'Académie royale de chirurgie, qui avoit demandé l'expérience de ce nouveau remède, communiqué par iin chirurgien de réputation, on a conclu unanimement à l'Académie que les exutoires sont d'une utilité plus sûre et plus constante.
En conséquence de cet avis on a continué, comme avant, de faire beaucoup d'usage de vessicatoires, de cautères et de setons.
Les autres moiens extérieurs sont des fomentations, des cataplasmes de toutes sortes. Dans les ulcères, les onguents doux et d'une chaleur
tempérée sonl ceux (jui conviennent le mieux, tels sont l'onguent delà mère, le bazilicon simple ou mêlé avec le précipité rouge, quand on veut le rendre détersif. On a observé que les digestifs faits avec la tliérébentine ou des beaumes, remèdes qui semblent bien plus recherchés, excitent des répercussions, en s'opposant par une sorte d'astriction à l'écoulement habituel des ulcères qui sont ici autant de cautères naturels.
Dans l'engorgement des glandes, on se sert d'emplâtres fondans et résolutifs. Si les glandes sont fistuleuscs, désorganisées, sans ressorts, rendant beaucoup de pus, on achève de les détruire par les trochisques de minium. L'avantage de cette destruction de glandes est de prévenir l'épuisement. Elle se fait avec succès et toujours sans danger en usant des précautions requises.
Les exfoliations des caries sont moins excitées qu'elles ne sont attendues; lorsqu'elles se bornent à de petits espaces, elles s'ojjtiennent presque spontanément; si, au contraire, elles sont d'une grande étendue, qu'elles occupent les articulations, elles nécessitent les amputations. On n'a recours à ces grandes opérations que quand on a lieu de présumer favorablement de l'état du malade et de ses forces. Ces sortes de retranchemens, qui seroient impossibles à la nature, ont souvent été, après un long concours de moiens pharmaceutiques aidés du réi^ime, une ressource nécessaire au praticien pour assurer l'existence de son malade et lui procurer, le reste de la vie, une santé vigoureuse.
Entr'autres exemples du triomphe de la chirurgie on permettra de citer celui d'un Enfant trouvé de la Pitié, à qui il a été fait un legs considérable et dont l'éducation est surveillée par M. Cochin et M. Tillet, ses tuteurs zèles; cet enfant a eu le poignet amputé pour cas dont il s'agit. Depuis son amputation il jouit de sa fortune avec l'avantage d'une
bonne santé.
Outre les maladies dont il a été mention, on compte aussi le scorbut, les maux de bouche, les angelures et des jaunisses. Les trois premières maladies sont plus fréquentes dans l'hiver et au commencement du printems, les jaunisses dans les grandes chaleurs de l'été. On envoyé les scorbutiques et les maux de bouche à Saint-Louis, lorsque leurs maladies s'aggravent.
On remarque en général que le nombre des malades est toujours en proportion de l'intempérie des saisons, qu'il y en a moins à la fin du
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printems et au commencement de l'automne, plus dans les chaleurs de l'été et surtout dans l'hiver pendant les grands froids et l'humicHté. Dans l'hiver de 1789 à 1790, qui a été très doux, il y a eu peu de malades, d'où s'en suit la démonstration de la nécessité de se pourvoir contre la rigueur des saisons.
Une autre prevoïance qui seroit bien avantageuse tombe sur le régime : quoiqu'il soit meilleur depuis quelque temps, cependant il conviendroit d'y ajouter, plus que l'on ne fait, des racines, des herbes, des choux préparés à la manière des Allemands , pour en avoir en tout tems. Ces sortes de provisions seroient des moiens propres à contribuer à diminuer beaucoup le scorbut et prévenir d'autres dépravations.
Si cette addition au régime paroissoit le rendre plus onéreux, il semble qu'on trouveroit une compensation dans la certitude de fortifier des sujets d'espérance, dont l'aptitude doit être en raison delà bonne santé.
Outre l'infirmerie des enfans il y en a trois autres, une pour les sous officières et les fdles de service, de dix-huit lits; pour les commis et certains employés de la Pitié et Scipibn, de quatorze lits; et pour les gens de service une de cinq lits. Dans chaque de ces infirmeries il y a deux lits pour les infirmiers et les infirmières.
Un médecin et un chirurgien seul résidant à la Pitié concourent ensemble au service des malades; le médecin, M. Philip a deux visites par semaine, le chirurgien journellement, l'un en quahté de médecin de l'Hôpital général, excepté de l'infirmerie nouvelle de la Salpétrière, qui a son médecin particulier, l'autre, en qualité de chirurgien en chef de toutes les maisons, ainsy que de la nouvelle infirmerie; ils font en outre à la Pitié, à la Salpétrière, à Bicêtre et à l'hospice des Capucins de Saint-Jacques deux visites par semaine, et quelquefois plus, suivant que les circonstances l'exigent.
L'hospire Saint-Jacques est un démembrement nouveau de la Salpétrière, d'où l'on a distrait trois cents femmes ou filles toutes incurables et qui ne sont susceptibles que de cures paillatives; elles sont épileptiques, dartreuses, cancéreuses ou attaquées de pertes habituelles. Lorsqu'elles sont prises de maladies aiguës, on les transporte à l'infirmerie générale de la Salpétrière ou à l'Hôtel-Dieu.
Les officiers de santé , partout où s'étendent leurs fonctions , s'empressent, de concert en toutes occasions, au soulagement des malades
et à se procurer des succès, ils en obtiennent par leur bonne intelligence fondée sur une estime réciproque. Ils sont secondés à la Pitié par un aide cliirurgien et un apothicaire résidents, à l'hospice Saint-Jacques par un aide chirurgien seulement, qui est aussi à demeure. Les uns et les autres sont recommandables par leur zèle et leur exactitude.
Icy se terminent les observations relatives au genre d'enfants admis à la Pitié, à leurs maladies, aux méthodes qui sont employées et au résultat de leurs traitements. C'est un des objets proposés et sur lequel on a taché de donner les éclaircissements que l'on désire.
Minute, Archives nalionales, F'^iSôi.
ARRÊT DU CONSEIL D'ÉTAT ORDONNANT L'ACHEVEMENT DU NOUVEAU PUISARD CONSTRUIT PAR LES ADMINISTRATEURS DE L'HOPITAL GENERAL DANS LA PLAINE DE GENTILLY, POUR L'ECOULEMENT DES EAUX ET IMMONDICES DU CHÂTEAU DE RICETRE, ET DEFENDANT D'OUVRIR AUCUNE CARRIERE DANS CETTE PLAINE.
97 juin 1789.
Le Roi s'étant fait rendre compte en son Conseil de l'état des travaux du nouveau puisard de Bicétre, auxquels Sa Majesté avoit ordonné de procéder avec la plus grande célérité, attendu le besoin urgent qu'en avoit cet hôpital et les inconvéniens qui étoient résultés de l'insufisance de son ancien puisard pour l'écoulement de ses eaux et immondices, Sa Majesté a reconnu qu'en conséquence de sa décision du mois de juin 1786, les directeurs et administrateurs de l'Hôpital Général y avoient fait travailler sans relâche et qu'après beaucoup de travaux, de dépenses et dificultés, ils étoient sur le point de voir terminer cet ouvrage, lorsqu'un carrier avoit ouvert une fouille à huit toises de leurs travaux, que cette entreprise en menaçant les constructions du nouveau puisard étoit d'autant plus allarmante pour la réussite de ce projet, que ces fouilles pouvoient par la suitte se renouveller dans toute la circonférence des excavations qui forment ce puisard, attendu que le fonds de la plaine où il est construit est presque généralement composé de masses de pierres, qu'ainsi il y avoit tout lieu de craindre que cette dépense ne fût perdue et que ce puisard ne fût susceptible des mêmes inconvéniens que le précédent, au moyen des ébranlemens et des chocs que les constructions ne manqueroient pas de recevoir intérieurement des démolitions voisines : que le seul moyen
d'y pourvoir seroit d'empêcher qu'il fût à l'avenir ouvert aucune fouille de carrière autour de ces excavations, et que le bien public sembloit prescrire de ne pas diférer plus longtems à recourir à cette défense; qu'en effet il s'agissoit du point le plus important pour un hôpital aussi peuplé cpie celui de Bicétre, qui ne pouvoit conserver ses eaux dans son intérieur, sans courir les risques d'infecter entièrement un lieu d'où le mauvais air ne pouvoit être trop soigneusement écarté; qu'il étoit également nécessah'e d'empêcher que ces eaux n'allassent nuire, comme elles avoient précédemment fait, aux habitans de Gentilly, et qu'elles ne continuassent à se répandre dans la rivière de Bièvre, d'où elles pouroient encore causer de nouveaux désordres aux manufactures situées sur cette rivière, et même à la manufacture royale des Gobelins, à laquelle elles seroient également nuisibles. Sa Majesté a encore reconnu que le terrein sur lequel il étoit nécessaire d'interdire toute fouille de carrière, étoit borné à l'orient par la grande route de Fontainebleau, à l'occident par le village de Gentilly, au midi par un chemin qui va de la route de Fontainebleau au village d'Arceuil en traversant devant le château de Bicêtre, et du côté du nord par une portion du village et par le chemin neuf de Gentilly; que relativement à la partie de l'orient, il resteroit d'autant moins de terrein susceptible d'être mis en carrière, que les articles /i et 6 de la déclaration du 17 mars 1-780 défendent d'ouvrir et mettre en exploitation aucune carrière, sinon à trente toises de distance du bord des routes et grands chemins, et également à trente toises de distance de toute espèce d'édifice; qu'à l'égard de celle de l'occident, les fouilles très avancées qui avoient été faites de ce côté, et la pente naturelle du lieu, rendoient indispensable l'interdiction d'y ouvrir de nouvelles carrières, pour la sûreté même du village de Gentilly et pour le bien de ses habitants, qui n'avoient déjà que trop éprouvé l'insalubrité des eaux de l'ancien puisard de Bicêtre; que quant à la partie du midi, l'espace demandé étoit très peu considérable et qu'il seroit cependant sufisant, pourvu que les fouilles, qui seroient ouvertes de l'autre côté du chemin d'Arcueil, ne passassent point par dessous la chaussée, en gagnant vers le nouveau puisard, ce qui est également prévu par ladite déclaration du 17 mars 1 780; qu'enfin, relativement à la partie du nord, la conservation du village de Gentilly, celle d'un chemin neuf que ses habitants venoient de faire établir, ainsi que la sûreté des constructions du nou-
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veau puisard de Bicètre exigeoient qu'il n'y fût point pratiqué de nouvelles fouilles. A quoi voulant pourvoir, tout vu et considéré, ouï le raport.
Le Roi, étant en son Conseil, a ordonné et ordonne que le nouveau puisard construit par les directeurs et administrateurs de l'Hôpital Général dans la plaine de Gentiily pour l'écoulement des eaux et immondices du château de Bicêtre, sera fait et parachevé, suivant et conformément au plan précédemment approuvé par Sa Majesté, en conséquence, pour en assurer l'usage et le service, Sa Mnjesté a fait et fait deffense et très expresse inhihition à tout particulier, de quelque qualité et condition qu'il puisse être, sans aucune exception, d'ouvrir ou faire ouvrir aucune fouille de carrière ou autre fosse pouvant servir à extraire de la pierre, moelon ou terre glaise dans la partie de la plaine de Gentiily où est situé le nouveau puisard de Bicêtre, de même que d'y conduire souterainement aucune fouille de carrière, entendant Sa Majesté, dans le cas où il auroit été commencé quelque fouille dans ladite plaine de Gentiily, qu'il n'y soit donné aucune suite; laquelle portion de terrein où lesdites fouilles seront et demeureront interdites à compter de ce jour. Sa Majesté a bornée et fixée d'un côté, à l'orient par la grande route de Fontainebleau, de l'autre, à l'occident, par le village de Gentiily, d'un bout du côté du midi par le chemin (jui conduit de la route de Fontainebleau au village d'Arceuil, en traversant devant le château de Bicêtre, d'autre bout enfin, par une partie du village de Gentiily et par le chemin neuf qui conduit de ce village à ladite route de Fontainebleau, le tout à peine contre les contrevenans de i,5oo livres d'amende aplicables à l'Hôpital Général, et de rendre lesdits contrevenans personnellement garans et responsables des dégâts qu'ils pouroient occasionner ou commettre, ainsi que de tous dommages et intérêts. Ordonne en outre Sa Majesté qu'il sera par lesdits directeurs et administrateurs de l'Hôpital Général et aux frais dudit Hôpital placé des poteaux ou bornes aux diférentes extrémités du terrein dans lequel est situé ledit puisard. Mande et ordonne Sa Majesté au sieur Lieutenant général de police de la Prévôté et vicomte de Paris de tenir la main à l'exécution du présent arrêt, lequel sera imprimé, publié et affiché partout où besoin sera, et exécuté nonobstant toutes oppositions ou empêchomens quelconques, pour lesquels ne sera déféré, et dont, SI aucuns interviennent, Sa Majesté se réserve la connoissance à soi et
à son Conseil, icelle interdisant à toutes ses cours et autres juges, ordonne au surplus que sur ledit arrêt toutes lettres, si besoin est, soient
expédiées.
(Signé) : Barentin.
Orijjinal signé, Areliivcs nationales, E-2653, loi. 178.
ÉTAT GÉINERAL DES PRISONNIERS DE BICETRE.
90 el 21 septembre 1789.
r Élat des prisonniers renfermés dans les cabanons de Bicestre par ordres du Roy, à l'époque du 1" septembre 1789, dressé et certifié par M. Hagnon, économe de Bicétre, le 20 septembre 1789;
a° État des prisonniers renfermés à Bicestre par ordre du Roi dans le quartier appelle Saint-Martin ou la Correction , dressé et certifié par M. Hagnon, le 90 septembre 1789;
3° Etat des prisonniers renfermés dans le quartier appelle la Force, dressé et certifié par M. Hagnon, le 21 septembre 1789;
[1° État des prisonniers détenus à Bicestre, y jouissant de la liberté des coms, dressé et certifié par le même, le 90 septembre 1789;
5" État des foux renfermés à Bicestre par ordres du Roi, dressé le 9 0 septembre 1 789.
Minute formant un très fort cahier in-foiio, Archives nationales, DV 5, n" 66.
LETTRE DE 31. BAILLY AU PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLE'E NATIONALE, REPRESEN- TANT LE DANGER DE RENDRE À LA LIBERTE LES PRISONNIERS DES CABA- NONS DE BICÊTRE , À L'ENTREE DE L'HIVER , ET DEMANDANT À NE LAISSER SORTIR AUCUN De'tENU , SANS S'ETRE FAIT RENDRE COMPTE DES MOTIFS DE SA DÉTENTION.
96 octobre 1789.
M. le Prmdcnl de l'Assemblée nationaUe.
Paris, ce 26 octobre 1789.
Monsieur le Président,
Un objet qui me paroit mériter la pius grande considération me détermine à vous prier de vouloir bien m'bonnorer de vos conseils et présenter à l'auguste Assemblée que vous présidez mes réflexions, afin que je ne fasse rien que d'après ses ordres.
L'heureuse Révolution qui rend la Nation libre nous affranchit pour jamais de ces actes du despotisme ministériel, qui, sans forme, sans instruction, privoient les citoiens de leur liberté; il n'existera plus de lettres de cachet, et par une conséquence nécessaire, on doit voir tomber les fers des infortunés qui ne les portent que par un abus du pouvoir.
Mais le moment présent, oii ces malheureux pourroient bénir la main qui les délivre , est encore malheureusement un instant de trouble , peut-être de sédition, l'hiver approche, les nuits deviennent longues et fournissent aux malfaiteurs des occasions de nuire à la société.
Ne seroit-il pas dangereux dans ce moment de rendre sans réflexion à la cité des hommes qui en ont été arrachés sans légalité, il est vrai, mais presque toujours avec de justes motifs?
Par exemple les cabanons du château de Bicétre sont remplis de gens, dont la majem'e partie mérite les fers qu'ils portent peut-être irrégulièrement; s'ils sont brisés sans réflexion et par cela seul qu'ils sont illégaux, que de maux ne seront pas la suitte de leur liberté, n'aurons-nous pas à nous reprocher qu'elle aura occasionné la perte de la vie ou de la fortune de plusieurs citoiens honnêtes?
Dans le doute où m'ont jette ces réflexions, il m'a semble qu'il y avoit divers partis auxquels on pourroit se référer.
Parmi les gens, dont j'ai l'honneur de vous parler, quelques-uns sont renfermés par des décisions des tribunaux qui ont indiqué le temps que devoit durer leur détention, ordinairement occasionnée ou par un banissement à temps ou par une flétrissure quelconque. Il faut, je pense, laisser ces personnes dans les liens jusqu'à l'expiration du délai fixé.
D'autres sont renfermés en vertu d'ordres illégaux, mais donnés pour arrêter, prévenir ou punir des crimes, dont réellement ils se sont rendus ou étoient prêts à se rendre coupables. Que doit-on faire par rapport à eux? Les retenir irrévocablement seroit une injustice, les faire sortir à l'instant seroit peut-être une imprudence.
J'avois pensé que je pourrois prendre un tempéramment, qui seroit de ne laisser sortir personne de cette prison, sans m'être fait rendre compte des causes de sa détention, juger si la prudence permet de la mettre actuellement en liberté, et ne faire cesser cette détention que lorsqu'une saison plus favorable fera cesser les inconvénients qui pourroient avoir lieu pendant l'hiver, mais j'ai craint de prendre trop sur moi, et ne voulant rien faire qui puisse m'être reproché, je n'ai point trouvé de moien plus sûr que celui de m'adresser à vous, Monsieur, pour vous prier de me donner vos conseils et de me faire prescrire par l'Assemblée ce que sa sagesse m'ordonnera ^^^
Je suis avec respect, Monsieur le Président, votre très bund^le et très obéissant serviteur.
(Signé) : Bailly.
Original signé, Ardiives nationales, DV3, n" 85.
'"' Une note en marge fournit cette indication : «Renvoyé au Comité des lettres de cachet à Paris, le 16 novembre 1789. Renard, rapporteur. r?
202 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PAUIS.
LETTRE DU GARDE DES SCEAUX À L'ÉVEQUE DE SAINT-FLOUR , AiNNONÇAM QU'IL FERA VERIFIER LES GRIEFS EXPOSES DANS LA PLAINTE DES PRISON- NIERS DE RICÊTRE CONTRE LE SIEUR LE GUET, SOLDAT DE LA GARDE DE CETTE MAISON.
30 novembre 17^9.
M. l'évêque de Saint-Flour.
A Paris, le 3 0 novembre 1789.
Monsieur, j'ai reçu avec votre lettre, du iG de ce mois, un mémoire par lequel les prisonniers de Bicètre se plaignent du nommé Le Guet, soldat de la (jarde de cette maison.
Je vais faire vérifier les faits qui y sont exposés et faire punir le garde, s'il est reconnu coupable. Je suis, Monsieur, votre Lien humble et affectionné serviteur.
(Signé) : l'archevêque de Bordeaux.
Minute, Archives nationales, DXXIX''3i, n" 3io.
LETTRE DE M. DAILLY AU PRESIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE, CONCER- NANT LA MISE EN LIBERTÉ DES PRISONNIERS DE BICETRE, ORDONNEE PAR M. DE SAINT-PRIEST, MONTRANT TOUT LE DANGER DE RENDRE LA LIBERTE À DES GENS SANS AVEU , AUXQUELS L'ON IMPUTE LA PLUPART DES VOLS ET DES DÉSORDRES QUI SE COMMETTENT À PARIS.
29 novembre 1789.
M. l'archevêque d'Aix , président de l'AssemhUe nationale.
Paris, le 29 novembre 1789.
Monsieur le Président,
J'ai l'honneur de vous prévenir que M. le comte de Saint-Pricst m'a addressé des ordres du Roi pour faire sortir de Bicêtrc un certain
nombre de prisonniers qui y sont détenus. Je vous supplie de me procurer une décision prompte sur la lettre que j'ai eu l'honneur de vous addresser à ce sujet; je ne veux rien prendre sur moi dans cette matière délicate, c'est à l'Assemblée nationale à juger et à compenser les inconvéniens de la liberté rendue à des gens sans aveu, dont le retour dans la- société peut en troubler l'harmonie, avec le droit naturel qui établit la nécessité de la leur faire recouvrer.
Je ne dois cependant pas négliger de vous observer que les différons rapports que j'ai sous les yeux; annoncent que ce sont des gens sortis de Bicêtre qui commettent la plus grande partie des désordres et des vols dont on se- plaint actuellement à Paris.
Je suis avec respect, Monsieur le Président, votre très humble et
très obéissant serviteur.
(Signé) : Bailly.
Original signé, Archives nationales, DV8, n" 79.
LETTRE DU GARDE DES SCEAUX A L'EVEQUE DE SAINT-FLOUR , MEMBRE DU comité' DES RAPPORTS, TRANSMETTANT LES OBSERVATIONS DE L'ECO- NOME DE BICÊTRE, EN Re'pONSE AU MEMOIRE DES PRISONNIERS QUI S'ÉTAIENT PLAINTS DES MAUVAIS TRAITEMENTS EXERCES SUR EUX.
1 1 décembre 1 789.
M. ïêvcque de Saint— Flour.
A Paris, le 1 i décembre 1789.
onsieur.
Les prisonniers détenus à Bicétre ont adressé à l'Assemblée nationale un mémoire dans lequel ils se plaignent des mauvais traitemens qu'on exerce contr'eux.
J'ai communiqué ce mémoire à M. le Procureur général du Parlement, qui vient de me le faire repasser avec les observations de l'économe de Bicétre. Je vous en envove une copie, elle vous fera connoître
le caractère de ceux qui ont adressé des piainios à l'Assemblée nationale et la mettra à portée de juger du mérite de ces mêmes plaintes "^ Je suis, Monsieur, votre bien humble et affectionné serviteur.
(Signé) : L'archevêque de Bordeaux.
Minutes (2 p.), Arcliives nationales, DXXIX i8, n° lia.
OBSERVATIONS DE L'ECONOME DE BICETRE, EN REPONSE A UN MEMOIRE DES PRI- SONNIERS DE LADITE MAISON, PRESENTE À L'ASSEMBLEE NATIONALE, SCR LA FIN DD MOIS D'OCTOBRE ^"/^(J-, ET DONT LEDIT ECONOME A EU CONNOISSANCE PAR M. LE PROCUREUR GENERAL, LE 28 NOVEMBRE SUIVANT.
Il n'appartient point à l'économe de Bicèlre d'examiner si les prisonniers qu'il est chargé de garder, sont iniiocens ou non; il sait cependant que la j)Uisj)art d'entre eux sont fouettés et marqués, et que plusieurs ont mérité de plus gi-aiides peines encore. Il ne se dissimule point que la détention prolongée, même des plus coupables, est un supplice bien capable d'expier des fautes graves, mais n'étant pas le maître de l'abréger, il se contente d'adoucir leur sort par tous les moyens qui sont en son pouvoir, bien loin de les vexer, de les oppnmer et de les assassiner, comme ils osent le dire, s'en rapportant pour sa justilication au témoignage que peuvent rendre en sa faveur MM. de la commune de Paris, commissaires députés pour les prisons, qui sont venus l'été dernier visiter et interroger les prisonniers de la maison de Bicètre.
Voici, d'après les éclaircissemens les plus précis, le fait au vrai qui a donné lieu au mémoire des plaintes des prisonniers de Bicètre; car il est incontestable en morale que le témoignage d'un brave et honnête soldat, soutenu de celui d'un témoin étranger à latTaire, est plus digne de foy que celui d'un tas de mauvais sujets, connus, aigris par la rigueur de leur sort, quoique mérité, et tous intéressés à s' entresoutenir et à faire cause commune contre l'autorité légitime qui doit les contenir.
Le nommé Pierre Le Guet, garçon, âgé de 3o ans, natif de Bessine en Limosin, sorti en 1787 du régiment des gardes françoises, au bout de huit ans de service, avec une cartouche honorable, entré dans la compagnie du château de Bicètre, le 1" avril dernier, et s'y étant toujours bien comporté, fut posé en faction, le 22 octobre dernier, depuis huit heures jusqu'à onze du matin, au poste dit du
^'' Une note en tète de la lettre nous fait les observations de l'économe de Bicètre,
connaître la décision que prit le Comité des il a pensé qu'il n'y avait lieu de s'arrêter
rapports au sujet des plaintes des prisonniers aux plaintes portées par les prisonniers
de Bicètre : tttl sera répondu à M. le garde contre cet économe. 1 des sceaux que le Comité ayant examiné
d'and cul de sac, dont la sentinelle garde les prisonniers de la salle dite le Poli des Moulins, et le derrière des cabanons.
Les prisonniers du Poli des Moulins lui ayant demandé l'heure qu'il étoit, il leur re'pondit qu'il ne pouvoit pas le leur dire, parce cju'il n'en savoit rien. La chose en resta là pour l'instant. Un réverhériste de la maison, nomme' Jean Charles Agnès Duval, garçon, âge' de 5o ans, étant venu quelques minuties après arranger et préparer le réverbère qui est h côté de la gueritte dudit factionnaire, ils lui demandèrent l'heure qu'il étoit et il le leur dit. Au moins celui-là, dirent-ils, est plus honnête que le garde; celui-ci leur répondit: MM., je vous ai dit que je ne savois pas l'heure , et c'est pour cela que je n'ai pu vous la dire, d'ailleurs je n'y suis pas obligé, et voyant qu'ils vouloient l'enlreprendi-e de sottises, il ajouta : Faites votre métier, MM., et laissés moy faire le mien. Ma consigne me deffend de faire la conversation avec vous.
Aussitôt différentes voix partirent des fenêtres dudit Poli dos Moulins, apostrophant ledit garde et lui disant : Tu es un coyon, un gredin, un parement de gueux. . ., si notre grille n'étoit pas fermée, nous t'étranglerions sur le champ; si nous te rencontrons hors d'ici, nous te couperons le cou, coquin. . . , si jamais lu entres ici pour faire la visite, nous t'assommerons. . . membre de potence et mille autres atrocités pareilles, dont ledit factionnaire excédé, les coucha enjoué, mais sans armer son fusil et seulement pour leur imposer silence et les faire retirer de leurs fenêtres, ce qui eut heu à l'instant, ainsy que ledit Duval l'a vu et nous l'a
Mais comme si le mot eût été donné, à peine les prisonniers du Poh des Moulins eurent-ils cessé leurs invectives que ceux des cabanons voisins en assaillirent le même factionnaire et ajoutèrent aux injures mie grêle de cids de bouteilles, carreaux, tessons de cruches lancés sur lui de quatre étages différens, et dont il eut beaucoup de peine à se garantir. Celui qui l'invectivoit le plus, qui le déficit de tirer sur lui et qui lui avoit jette le premier carreau étoit le nommé Charles Dupuis, l'un des plus mauvais sujets de la maison et dont il est à propos de prendre connoissance dans la note cjui se trouve à la lin de ces observations. A tant d'indignités et d'insultes, le factionnaire arme son fusil, feint de coucher en joue ledit Charles Dupuis et fait partir la détente, mais le coup ne part pas. Les injures redoublent, il recommence, le coup part et la balle va frapper à six pouces au-dessous de la fenêtre dudit prisonnier qu'il pouvoit aisément tuer, s'il l'eût voulu, le tirant presqu'à bout portant, mais il étoit bien éloigné de le faire. Les invectives et la grêle de tessons continuent, la sentinelle se retire auprès de sa gueritte et recharge son arme. Le lieutenant de la garde vient au coup, est témoin des insultes, impose silence aux prisonniers et les prévient que voilà à quoy ils s'exposent, en insultant les factionnaires, comme ils font tous les jours. Il se retire, les prisonniers dn Moulin recommencent leurs injures, la sentinelle les couche encore une fois en joue, sans armer son fusil. Alors ils se taisent et forment différens projets de vengeance, comme de s'en plaindre par un mémoire et d'assommer la garde avec des culs de bouteilles, lorsqu'elle passera sous leurs fenêtres. Deux prisonniers, connus pour avoir formé et voulu faire passer ce projet, sont mis au cachot en punition,
206 L'ASSISTAÎSCE PUBLIQUE A PARIS.
pour quelques jours. Aussitôt les létes de deux ou trois scéidrals, pleins d'cspiit, fermentent et mettent apparemment au jour le mémoire en question. Ils ne font autre chose.
Quant à l'autre affaire du même garde, la voici également conforme à la vérité :
Pierre Leguet, garde de Bicêtre , étant en faction au même poste de huit à onze heures du soir, sur la fin de juillet dernier, voulut faire retirer après huit heures deux garçons de service qui ramassoient les dés de plusieurs prisonniers des cabanons de la face Meudon, qui jouoient ensemble, en jettant les dés de leurs fenêtres dans la cour, observant ouxdits garçons de service que, d'après la consigne donnée par ses officiers, il ne pouvoit les laisser dans la cour, causant et jouant avec les prisonniers, après sept heures du soir, ce que lesdits prisonniers trouvèrent fort mauvais et assaillirent ledit garde d'injures et de tessons, criant sur lui au chat (épithète qu'ils donnent aux espions de la police). Le prisonnier qui Tinsultoit le plus vivement étoit le nommé Lavallée, logé au cabanon du rez-de-chaussée n" 9, à travers la croisée duquel le garde insulté lança deux coups de bayonnette sans armer son fusil et seulement pour faire peur à ce prisonnier et le faire retirer; ensuite de quoy il donna les coups de sifflet d'allarmes. L'économe s'étant rendu aussitôt sur les lieux avec le capitaine de la garde et ayant vu et reconnu la vérité de ce rapport, notifia aux prisonniers que l'ordre étoit donné à tous les gardes en exercice de leurs fonctions, et notamment aux factionnaires, de faire main basse sur tous les prisonniers qui chercheroient à les frapper, ou qui les invcctiveroient d'une manière aussi révoltante , comme sur ceux qui tenteroient de s'évader par bris de prison; permettant aux prisonniers de se plaindre à lui des gardes qui leur auroient manqué, avec promesse de leur rendre justice, lorsque les gardes seroient dans leur tort et que les prisonniers n'en seroient pas venus aux voies de fait contre eux.
L'économe n'a pas manqué , aussitôt après cette notification , d'en faire une autre aux gardes en particulier, qui est d'éviter par tous les moyens possibles d'user de rigueur envers les prisonniers, chose qu'ils observent en général avec une exactitude et une patience dont les prisonniers abusent tous les jours et dont ils abuseroient encore bien davantage, s'ils n'étoient pas persuadés que les fusils des gardes sont chargés et qu'ils ont droit et ordre de faire feu sur eux, en cas d'évasion ou de rébellion.
En effet, comment soixante-dix-huit hommes pourroient-ils contenir six à sept cents prisonniers déterminés, si ces derniers, qui ne coimoissent d'autre loy que celle de la force, n'étoient pas retenus par la crainte?
Autrefois la permission de tirer sur les prisonniers, en cas de rébellion et d'évasion , étoit accordée sans difficulté à l'économe et au capitaine de la garde ; aussi la compagnie, quoique moins nombreuse, contenoit les prisonniers sans tant de peine, et ces derniers manquoient bien plus rarement aux supérieurs de la maison et aux gardes; au lieu qu'aujourdhuy on pourroit dire qu'ils font la loy aux uns et aux autres par la connoissance qu'ils ont de leur bonté et par l'abus qu'ils en font au point qu'ils ont l'insolence de dire tout haut entre eux, quil ne faut pas
souffrir que les fi iipé rieurs soyent les maîtres , ot (|a'ils ont dernièrement osé lever la main sur le capitaine, homme aussi brave qu'honnête et humain. Toutes choses bien desagréables pour les supérieurs de la maison, (pii vivent dans des transes perpétuelles, et auxquelles l'économe désire bien sincèrement qu'il soit bientôt apporté remède.
NOTE CONCEnNANT CHARLES DUPUIS.
Charles Dupuis, fils de feu Vincent Dagoret Dupuis, tonnellier, paroisse Saint- Jacques de la Boucherie à Paris, metteur en œuvre , soldat au bataillon de milice de Paris, est entré pour la i" fois à Bicêtre, ie i5 décembre 1768, par police, comme voleur, se disant alors âgé de 1 9 ans.
Sorti de ladite maison le 26 juin 1770, il y est revenu pour la deuxième fois par ordre du Roy, le 97 juillet suivant, avec la même qualification, mis au cachot pour violence envers ses camarades.
Rentré le 6 may 1771 par police, mis au cachot, le 99 juillet 1 772 , pour avoir été reconnu l'un des auteurs d'une révolte générale de la salle de force, qui ne put être appaisée qu'en faisant feu sur les prisonniers, dont un fut tué et un autre blessé. Sa notte de police portait alors : voleur en bande et avec fausses clefs.
Rentré pour la fi" fois le 3 octobre 1776, il s'évada avec 9 autres le 6 juillet 1 777 par un trou qu'ils firent sous le mur de la salle, du côté du jardin appelle le Marais. II étoit alors soupçonné et accusé de complicité de plusieurs vols et crimes pour lesquels plusieurs particuliers ont été mis à mort par arrêts du Parlement.
Rentré pour la '0' fois le 7 avril 1 786, d'ordre du Roy, (sous le nom de Charles Dupuis de Nancy, paroisse S'-Jacques, compagnon orphèvre, âgé de 26 ans et) sans dire qu'il sortit du régiment d'Auvergne, quoique reconnu pour le même Charles Dupuis de Paris, âgé d'environ dix ans de plus qu'il ne s'est donné, l'un des plus mauvais sujets de la maison, mis aux cabanons pour l'empêcher de cabaler dans les salles et travaux. Et voilà un échantillon des innocens de Bicêtre.
Je, économe de la maison de Bicêtre, certifie que les faits articulés au présent cahier d'observations sont conformes à la véiité. Fait audit Bicêtre, ce k décembre 1789.
Signé : IIagnon.
LETTRE DE BAILLY À M. DE CASTELLANE, DEPUTE À L'ASSEMBLEE NATIO- NALE, LUI ENVOYANT UN e'tAT DES PRISONNIERS DETENUS À BICETRE PAR ORDRE DU ROI, AVEC LES MOTIFS DE LEUR DETENTION, ET SIGNALANT LE DANGER D'ACCEDER À LEUR DEMANDE DE MISE EN LIBERTE.
3 1 décembre 1789.
M. (le Castellane, dépulé à V Assemblée nationale.
Paris, le ai décembre 178g.
J'ai l'honneur de vous adresser, Monsieur, un état des châteaux forts, maisons religieuses ou maisons particulières à Paris, où il est reçu des pensionnaires d'ordre du Roi, et un autre état contenant les noms de plusieurs particuliers détenus à Bicétre, aussi en vertu d'ordre du Roi, relevés sur les registres des bureaux de la Police, qui demandent leur liberté, et dont les mémoires et pièces sont joints à cet état, les notes qui sont en marge contiennent des renseignemens sur les causes de la détention de ces différons particuliers. Dans les circonstances présentes, j'ai pensé. Monsieur, qu'il seroit peut-être dangereux de rendre à la société des gens qui pourroient la troubler, c'est pourquoi je n'ai rien voulu faire à ce sujet sans en avoir référé à l'Assemblée nationale et avoir pris ses ordres. Je vous serai donc très obligé, Monsieur, de vouloir bien mettre sous ses yeux toutes les pièces jointes ici et l'engager à peser dans sa sagesse le parti qu'elle croira devoir prendre sur cet objet important et me faire passer sa décision pour la faire exécuter.
J'aurai l'honneur de vous adresser successivement tous les mémoires qui me seront remis pour demandes de libertés.
J'ai l'honneur d'être avec un sincère attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
(Signé) : Bailly.
Oi'ij^inal signé, Archives nationales, DV 5, n" Gi.
ÉTAT DE PLUSIEURS PARTICULIERS DÉTE\CS À BICÊTRE, D'ORDRE DU ROV, QUI DEMANDENT LEUR LIBERTE ET DONT LES MEMOIRES SONT CY JOINTS.
Jean Baptiste Bonnot, ordre du lo octobre 1788.
Il est connu pour un voleur cy devant enfermé h Bicêlre, d'où il est sorti lors de la visite de l'anne'e dernière, avec un exil à 3o lieues. Il n'a pas obéi et ne pouvoit que se rendre suspect à Paris.
Louis Croquet, ordre du 1" avril 1789.
11 est prévenu d'avoir volé différents effets avec effractions. Il a subi procès, mais sa femme ayant obtenu le désistement de celui qui avoit été volé, a demandé que son mary fût transféré à Bicêtre, où elle paye i5o*^ pour sa pension.
Jean François Ddclerc , oi-dredu 9 juillet 1786.
Il est pour la seconde fois à Bicêtre pour libertinage et violences envers sa femme , à lacjuelle il a porté plusieurs coups de couteau et qu'il a menacée de noyer. Les ordi-es ont été expédiés sur la demande de sa femme et de sa belle mère au mois de may 1789. Le Ministre étoit disposé à le rendi-e libre, mais, sur les représentations de sa femme et de sa belle mère, il a décidé de le laisser encore quelque tems à Bicêtre pour modérer son caractère fougueux.
Louis Hector Doprat, ordre du aS septembre 1788.
Il a été transféré des prisons de Boulogne sur mer à Bicêtre en vertu d'un ordre contresigné de M. le comte de Brienne, émané directement des bureaux de la Guerre. Ou en ignore les causes, mais une apostille porte qu'il y est pour deux ans et qu'on paye i5o^ pour sa pension.
Louis Henry Doperray, ordre du 26 juin 1789.
Il a subi deux procès pour vols à la suite desrpiels il a d'abord été banni et ensuite flétri de la lettre V. 11 étoit resté à Paris où il ne pouvoit que se rendre fort suspect.
Louis Maillard, ordre du i5 janvier 1786.
11 a subi pour vol un procès à la suite duquel il a été flétri de la lettre V et banni 3 ans. Il est resté à Paris où il ne pouvoit (pie se rendre fort suspect.
Etienne Mocgin, ordre du 18 novembre 1788.
A été conduit à Bicêtre pour cause d'imbécillité en vertu d'une lettre de M. de Crosne, lieutenant général de police, poiu- être placé au nombre des insensés.
lUpnniEnir. xation.*lc.
Pierre Maurice Neau , ordre du 12 février 178g.
C'est un officier maria qui a été transféré des prisons d'Orléans à Bicètre, en vertu d'un ordre du Roi , contresigné de M. Laurent de Villedouil , qui n'a point passé par la Police. Il est émané directement des bureaux de M. de S' Priest, on en ignore les causes, mais une apostille porte qu'il devoit y rester deux ans et que son père paye 3oo*^ pour sa pension.
François Oliva, dit Tapage, ordre du 19 may 1787.
Il a été violemment soupçonné d'être du nombre de ceux qui ont volé le sieur Cheruelle, borloger, et qui lui ont tiré un coup de pistolet. Faute de preuves, la procédure faite contre lui n'ayant ])u rien produire, il a obtenu sa liberté de M. le lieutenant criminel , mais comme il est connu pour un fdoux dangereux faisant bande avec plusieurs autres, il paru nécessaire de le séquestrer de la société.
Charles François Petit, commis des finances, ordre du . . . juillet 1788.
Il a été transféré de la Bastille à Bicêtre en verlu d'un ordre du Roi, contresigné de M. le baron de Breteuil, émané directement des bureaux de M. le c" de Sainl- Priest et dont on ignore les causes.
Julien Taphinot, ordre du 17 octobre 1788.
Il est prévenu d'avoir été arrêté en novembre 1777 pour vol d'une montre avec attaque, d'avoir été enfermé à Bicêtre en 1779, d'où il est sorti au mois de juin 1783, avec exil à 3o lieues. 11 n'a pas obéi, et cet homme étant flétri ne pouvoit rester à Paris.
Jean Antoine Pertdisier, ordre du 7 janvier 1788.
A été transféré de la prison militaire de Bezançon h Bicêtre, en vertu d'un ordre du Roi, contresigné de M. le comte de Brienne, au moyen d'une pension de 3oo^ payable par sa famille. Les causes de sa détention ne sont pas connues.
Pierre Cogent, dit La Fledr et La Violette, ordre du 2/i aoust 1781.
A été cy devant enfermé à Bicêtre deux fois par ordres du Roi, la seconde, le 12 avril 1779, d'oii il est sorti le 18 avril 1780, enfin il y a été conduit la dernière fois par un huissier au Parlement en vertu d'un ordre de M. le Procureur général. Les causes de sa détention sont inconnues.
Marc Antoine Gérard, dit Lalime.
Il est entré à Bicêtre le 29 novembre 1788 en vertu d'un ordre du Conseil royal des Invahdes, en est sorti le 11 décembre 1789 en verlu d'un pareil ordre. Les motifs de sa détention ne sont pas connus.
Jean Baptiste Thévenon, ordre du 3i octobre 1779.
A été transféré de la prison de la Tour de Crest en Dauphiné h Charenton par
la mai'échaussée de brigade en brigade et par celle de Charenton à Bicêti'e, en vertu d'un ordre du Roi, contresigné de M. le prince de Montbarrey. Il est condamné à une détention perpéluelle par lettres de commutation de peine. Le 1 5 octobre 1789, ce prisonnier a eu la liberté des cours en exécution d'un ordre, du 9 duditmois, de l'Assemblée des représentans de la Gonnnune de Paris, qui a reccmmandé néanlmoins de ne pas lui accorder la permission de sortir de la maison.
Jean Baptiste Bernard, ordre du i5 avril ijfili.
Il a été flétri deux fois des lettres V et G. a. 1. à la suite de deux diflerens procès. Il s'est évadé des galères et est revenu à Paris , où il ne pouvoit que se rendre fort suspect. 11 est à Bicêtre pour la troisième fois.
Philippes Duhamel, ordre du 29 avril 1788.
11 a subi nombre de procès pour vols sous différens noms, a été flétri deux fois, a été déjà enfermé à Bicêtre en octobre 1 788 et en est sorti, avec exil à 3o lieues. Il est resté à Paris où il ne pouvoit que se rendre fort suspect.
Jean François Sacier, ordre du qo octobre 1788.
Est connu pour l'un des fameux voleurs qui se retiroient chez la veuve Favre, où ils fabriqaoient de fausses clefs.
Louis Petit Didier, ordre du 26 octobre 1788.
Il est connu pour fréquenter les voleurs , pour voler avec eux et faire bande avec ceux qui ont été arrêtés chez la femme La Verdure, où ils fabriquoient de fausses clefs. C'est un cordonnier sans ouvrage, qui n'a voulu indiquer sa demeure ni répondre à aucune des questions qui lui ont été faites par le commissaire. Il a été en outre reconnu pour avoir été cy devant emprisonné au Cbâtelet sans qu'on ait pu se rappeiler sous (jnel nom.
Louis François Renat, ordre du 7 octobre 1787.
Il a été conduit à Bicêtre , sur la demande de sa famille , parce qu'il étoit livré au libertinage et au vol, qu'il avoit volé une grande partie des bardes de sa mère et de sa vaisselle d'argent, un billet de 3oo*^ de la Caisse d'Escompte chez un maître de billard, que sa mère a été obligée de rembourser, qu'il a en outre volé un mouchoù- dans la poche d'un particulier et que l'affaire n'a été assoupie qu'en obtenant le désistement du particulier volé, qu'enfin étant entré en apprentissage chez un apothicaire, il a tenté de s'empoisonner avec de l'émétique, après avoir perdu dans une académie de jeu son argent, ses habits et son hnge, laissant un testament par lequel il prioit son oncle de payer les diff'érens vols qu'il avoit faits, ce qui l'a engagé à faire arrêter ce jeune homme.
LETTRE DU SIEUR LOUIS-HECTOR DUPRAT, PRISOXMER DE RICÊTRE , AU PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE, ACCOMPAGNANT L'ENVOI D'UNE PIÈCE DE VERS EN L'HONNEUR DES REPRESENTANTS DE LA NATION.
3i décembre 1789.
Monsieur le président,
Tout vrai patriote en ces instans fait des efforts pour apporter son tribut à la nation assemblée . . . , je ne puis rien . . . , je n'ai que des vœux et un cœur sur lequel le patriotisme a des droits sacrés, je ne fus jamais poète, aussi j'ose implorer toute votre indulgence, car pour vous faire mon hommage et au corps respectable que vous présidez si dignement, j'ai fait tout ce que j'ai pu.
Présenté par vous. Monsieur le président, on daignera me faire grâce en faveur de la pureté et de la sincérité de mes sentimens. . .
Quoique malheureux, l'éducation soignée qui les a fait germer dans mon âme, me les a sans cesse rapellés. Jamais, non jamais, ils n'y furent étouffés par cette fougue impétueuse dont je suis aujourd'hui la victime. . ., mes torts sont ceux de l'étourderie, de l'inconséquence et de l'irréflexion. . .
Daignez, monsieur le président, accueillir avec les vœux que j'ose former pour vous en particulier, ce faible ouvrage que je dépose bien humblement, par vos mains, aux pieds de ma patrie, comme la plus forte preuve de cette vénération vraie, avec laquelle je me dis on ne peut plus respectueusement,
Monsieur le président, de vos serviteurs, le plus humble et le plus soumis.
Louis-Hector Duprat,
détenu à Bicétre depuis le 19 novembre 1788, après 7 mois et demi de prison à Boulogne-sur-Mer, à la réquisition de sa mère, sa détentrice, et taxé pour deux ans, par ordre émané du bureau de la guerre, aiant le département de sa province, à ia même sollicitation.
Minutes (2 p.), Archives nationales, DV 2, n" 28.
HOSPICE ET MAISON DE FORGE UE BIGÉTRE. 2ia LE CRI DU COEUR