II
i ] 9 {jrains ....
lô ^
Go ^
5o ko
\ I 0 {rr-aius. . . .
GG 6i>
/18 kl
) G {jruiuïs. . . .
» k j;raius. . . .
Il est l)on (le faire connaîlre les circonstances qui ont détermine la formation du tarir qu'on vient de lire.
En 1790, lors de l'ëlablissenient des ateliers de filature, la célérité', pour ne pas dire la précipitation, avec laquelle on opérait ne permit pas de mettre dans les jjromièrcs mesures une précision exacte. On adopta, pour base provisoire do resliniatioii des fils, le tarif en usa<|e dans rétablissement de filature qu'avait formé le maire de Paris au ci-devant enclos de Sainte-Oeneviève.
Ce tarif, emprunté d'un établissement oii le coton se filait à la mécanique, ne [)oiivail {fuères convenir l\ un atelier de filature manuelle. Sa rédaction d'ailleurs
ATELIERS DE ElEVTlllE. (i'i3
présentait dos vices iioinhreiix : i" les inlorviilles de |)ro{|rcssioiJ du poids cl du prix des lilalures étaient trop laihles pour rendiv sensilile la diiïérence des numéros voisins l'un de l'autre, ce qui doiuiail une };i'aiide latitude à l'arliitraire des estimateurs; 9° ces inicrvalles entre eux étaient ini'jjaux, ce qui renieiniait une injustice manifeste, en rendant plus ou moitïs avaula<jeuse eu elle-même la lilalun; de tel ou tel numéro; 3° dans riné{;alité des estimations l'avantage «-tait tout entier en faveur des fdatures comnmnes et grossières, qui, dans un meilleur système, auraient dû être défavorisées.
L'effet de ces vices devait être de laisser pour unique base de restimalion le caprice des chefs, de donner lieu h une inlinité de plaintes et d'éloig-ner les ateliers de la perfection où ils auraient dû tendre; c'est ce (pii est arrivé.
La progression, lente d'abord et ensuite si rapide, du prix de toutes les denrées rendit nécessaire un changement quelconque dans les proportions de ce tarif, si pourtant elles ont jamais servi de règle. On s'en écarta dans les deux ateliers d'une manière différente. Celui du Nord, abandonnant presque en totalité les anciens errements, n'eut plus d'autre guide que l'habitude et une sorte d'instinct assez sûr en pareil cas. Celui du Midi, au lieu de changer les bases mêmes du tarif, préféra d'en altérer l'usage, en appliquant aux colons d'un numéro le prix déterminé pour un numéro supérieiu*. Ainsi, par exemple, pour élever à son prix la filature du numéro 17, estimée 2^ 11', on porta par l'estimation ce fil au numéro 3o, dont le prix est de 4^ 10'. C'est ainsi que, sans changer de tarif, on parvint à doubler les prix; on fût parvenu de la sorte à les quadrupler, car hors de la règle plus de règle, et, lorsqu'un numéro ne correspond plus au poids qui le désigne, il est aussi facile de l'écarter du but de no degrés que de 10.
Dans cette déviation, qui livrait tout au plus vague arbitraire, on craignit pourtant la dépense qu'aurait entraînée le doublement des prLx sur les numéros supérieurs, dont la filature se payait jusqu'à 5^ io% Ce furent les premiers numéros, ceux qui comprennent les filatures grossières et communes , ceux dont le prix était entre 18 et Âo sols, sur lesquels on fit porter cette augmentation. Il en résulta que tout le travail des ateliers, toutes les mains des ouvrières se dirigèrent vers ces numéros, qui, à quelques exceptions près, furent bientôt les seuls en usage. De là une consommation énorme de matière, le découragement des meilleures lileuses et une dégénération sensible dans les produits des ateliers. On a essayé de remédier à ces abus par l'établissement d'un nouveau tarif. Mais alors, la paresse, accoutumée à des gains faciles, s'est vue à regret rappeler au travail. Un mécontentement général a accueilh des conditions dictées par la plus exacte justice , et trois mois de lutte et d'efforts ont à peine rétabh le calme détruit par cette circonstance.
Un des grands reproches que l'on a faits au nouveau tarif était de Iroj) défavoriser les filatures grossières comprises dans les premiers numrTOs, mais si l'intérêt public, lié à celui du commerce, exige tpie les atehers tendent au point de perfection dont ils sont susceptibles , comment y parvenir sans accorder à l'industrie quelques encouragements, et l'habileté, les talents en tout genre ne doivent-ils pas être récompensés ? Nous observerons d'ailleurs que la filature des premiers numé-
ros, avec quelque df'faveur qu'on la traite, présentera toujours assez d'avantag-es. Telle ouvrière, en effet, qui, filant au n° 16, ne fabriquera par décade qu'environ 1 livre de fd, en produira aisëment k livres en filant au n" h et ga<|uera dans ce dernier cas 10** au lieu de 9 quelle aurait f[a,<[uëes dans le pi'emier.
Une observation additionnelle et qui n'est pas la moins importante, c'est qu'il serait difficile de fournir, en matières premières, à l'entretien des ateliers, si l'on encourageait la consommation énorme qu'en font les premiers numéros, et que la perte, qui a lieu sur les produits de ces établissements, vient surtout des mauvaises filatures comprises sous les mêmes numéros.
On désirera sans doute connaître la mesure du produit qu'une ouvrière liabile et active peut tirer de son travail. En parcourant le^; feuilles de paye du trimestre expiré au 3o prairial, nous trouvons pour maximum du produit obtenu par les meilleures fdeuses k^'^ par mois, ou \h^ par décade. Le produit moyen de la plupart des ouvrières est entre 5^ et 9^ aussi par décade.
Indépendamment de ce produit, celles qui travaillent à l'atelier (car il en est un certain nondîre qui préfèrent de s'occuper dans leur domicile) reçoivent par décade 6 livres de pain. Oj-iginaireraent il avait été établi dans chaque atelier une marmite pour distribuer aux ouvrières de la soupe, et cette distribution a eu lieu depuis l'établissement des ateliers en 1790 jusqu'au mois de mars 1791. A cette époque les plaintes multipliées qui s'élevaient contre ce régime en déterminèrent la suppression , et la soupe fut remplacée par une distribution de pain. La quantité fut d'abord de 6 livres par semaine, réduites depuis à k livres. On a porté la distribution à 6 livres par décade, en introduisant dans les ateliers l'usage du calendrier l'épublicaiu.
Les ouvrières à la tâche, les apprenties, les enfants à la journée participent à cette distribution , «[ui n'a réellement de prétexte qu'à l'égard de ces derniers , dont la journée est suffisante pour les faire subsister. Les ouvrières du dehors en sont exclues, ce qui paraîtra d'autant plus étrange, que celles-ci n'entrant pour rieu dans les dépenses de bâtiment, d'illumination, de chauffage, qu'entraîne la réunion des ouvrières eu atelier comnmn, il semble que les avantages particuliers, les préférences, s'il pouvait en exister, devraient être en leur faveur.
Nous avons parlé des ouvrières du dehors. Cette classe, la plus intéressante des ateliers, puisqu'elle est composée de mères de famille respectables, que les occupations domestiques retiennent au sein de leur ménage, et qui consacrent au travail le peu de moments (pie leur laisse le soin d'élever des enfants à la patrie, cette classe ne laisse pas d'être nombi'euse. Elle conqu-end dans l'atelier du Nord près de 200 individus, et 3oo au moins dans l'atelier du Midi. Ce nombre est celui des ouvrières habituellement occupées. Il en est un plus grand nombre d'inscrites, et qui, livrées à d'autres occupations, reviennent de l<Mnps eu tenq)S y chercher un supplément dans le ti'avail de la lilalure.
Peut-être serait-il avantageux sous le rapport moral et politique, du moins le serait-il sous celui de l'économie, de réduire à ce travail extern»' toutes les opérations des ateliers. Ou préviendrait par ce moyeu les dangers que peut avoir pour la tiaijcpiillilé publique et pour les mœurs particuhères un rassemblement Iroji
ATELIERS DE FILATURE. O'.f)
noinlironx. On t^parj^norail ;ui Trrsor iialioriiil dos frais considf^raMos d'administralioii o[ do survoUlanco. LVconomic qui rosullerait de co. rliangeiuciil j)ciit étro apprdciéo, lorsqu'on saura que trcnle-qualre mois de gestion dos aleliors ont couk" à la Rt'puljlique :
En n'paralions ot onlrolion ih^ bàtiineiils 83,Q/i!),"
En Irais de chaullaije et illuniiiialion S/i/igC)" k)'
En appointements d'employés i i6,()oo" 1 1 " ■-),'
Total t!;5/i.r):U)"io' 9.'
En ce, non comj)ris le loyer dos emplacements occupés j)ar la nialurc et la valeur dos meubles et ustensiles qui les garnissent. On sera loin de Texagoralion en assurant que les doux tiers au moins do cotte dépense pourraient être économisés par la réforme dont il s'agit.
Les produits des ateliers sont, comme nous l'avons dit, versés, mois par mois, au Magasin général de filature, qui en fait convertir une partie en toiles et rend l'autre en nature aux besoins du commerce. Le résultat de ces fabrications donne, chaque mois, un total de 2,000 à 3, 000 aunes de toiles, tant en lin, que chanvre et colon. Les toiles sont, comme les fils, rendues au commerce par les ventes qui s'en font de gré à gré. Une grande partie des uns et des autres a été depuis un an consommée par divers établissements , tels que l'Opéra national , l'hospice de Bicêtre et les manufactures de toiles à voiles pour le service de la marine.
On prendra, d'après le résidtat suivant, une idée générale du travail des ateliers. Ce résultat est tiré du compte qu'ils ont rendu de leurs opérations depuis l'étabUssement en juillet 1790 jusqu'au 3o avril lygS (v. st.).
Filature du coton 97'i65 hvres.
Lin et chanvre 691 ,838 livres.
Fabrication de toiles hli^^lio aunes \/-2.
Après avoir jeté un coup d'œil sur le travail des ateliers, nous allons faire connaître l'organisation et la police intérieure de ces établissements.
ORGANISATION ET POLICE INTE'rIEURE DES ATELIERS.
La manutention et la surveillance de chacun d'eux est confiée à un directeur, comptable et responsable , dont les principales fonctions consistent :
A faire exécuter les règlements et arrêtés de l'Administration; A veiller sur l'ordre, la propreté, la salubrité des ateliers; A recevoir et mettre en fabrication les matières brutes qui leur sont envoyées; A diriger le travail et à compter de ses produits ;
A faire payer à chaque ouvrière le prix de ce travail conformément aux bases déterminées.
6i6 LASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
Le directeur du NLngasin général est en outre chargé de mettre en vente les divers produits do la filature et d'en verser le prk au Trésor public.
Les bureaux poui- l'administration intérieure sont composés dans chaque établissement, d'un garde-magasin, d'un commis teneur de livres, d'un vérificateur, d'un payeur et d'un garçon de caisse. Celte composition générale reçoit quelques (lifTérenccs relativement à la nature des établissements,
11 y a pour l'admission des ouvrières un bureau particulier, attaché à la seconde division des Etablissements publics et commun aux deux ateliers. C'est à ce bureau que s'adressent les fdeuses qui désirent obtenir de l'ouvrage. On n'exige, pour leur en procurer, d'autre justihcation que celle du domicile et de l'indigence. Les enfants de l'un et de l'autre sexe sont reçus depuis l'âge de 8 ans jusqu'à 16.
A mesure de leur admission dans les ateliers, les indigents y sont répartis convenablement à leur âge, à leurs talents, à leur sexe. Ces divisions, plus ou moins nombreuses, mais qui ne peuvent comprendre moins de i5o individus, ont chacune à leur tête un chef et un sous-chef, chargés concurremment de la surveillance du travail et du maintien de l'ordre. Précédemment ils réunissaient à cette surveillance l'estimation du prix des fils, mais on a jugé préférable de confier cette estimation à un bureau particulier, chargé en même temps de la survedlance du travail extérieur. Ce nouvel établissement n'a eu lieu encore que dans l'atelier du Midi , l'ancien ordre continuant de subsister dans l'atelier du Nord.
On n'a pas besoin d'observer que la sm'veillance d'un sexe est toujours conûée h des individus du même sexe.
Le travail des ateliers commence en hiver à 7 heures et en été à 6 heures du matin. Il se termine à 7 heures du soir.
Voici le tableau des divisions de chaque atelier, à l'époque du 1 0 messidor.