‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 3)Chapitre 19 sur 206 · DES DÉTENUS · texte numérisé non relu

DES DÉTENUS

27 vendémiaire an m.

Auœ citoyens chargés de la Commission des administrations civiles, police et tribunaux , place des Piques.

Ce 27 vendémiaire an 3°, République française, une et indivisible.

Citoyens ,

L'hospice des Vénériens ne renferme point des détenus qui éprouvent le besoin de se procurer les vêtements et le linge dont l'apposition des scellés dans leur domicile leur interdit la jouissance. Il n'y a de détenus audit hospice que douze femmes, lesquelles y ont été conduites comme filles publiques, étant arrêtées soit par le Département de police ou par les commissaires de police des sections, et se trouvant attaquées du mal vénérien, sont envoyées audit hospice pour y être traitées et après leur guérison être réintégrées dans une maison de détention, ou mises en liberté, suivant que portent les ordres.

J'ai, citoyens, il y a cinq à six jours, présenté un mémoire à la Commission des administrations civiles, police et tribunaux, par lequel je lui expose que rhos[)ice des Vénériens n'est point une maison d'arrêt ni de sûreté, mais bien un hospice pour y traiter des citoyens et citoyennes libres, comme il y en a dans ce moment-ci environ 970. J'invitai même par ce mémoire la Commission à vouloir bien se donner la peine de venir sur les lieux à l'effet de voir par elle-même l'impossibilité de détenir quelqu'un dans cet hospice et de pouvoir en répondre.

Je suis invité aussi, citoyens, de mettre sur les feuilles de mouvements que j'envoie journellement le nombre des places et lits vacants existants chaque jour dans l'hospice; je ne le puis, attendu, comme je vous l'ai dit ci-dessus, que cet hospice n'est point une maison de détention , mais bien un hospice pour y recevoir tous citoyens et citoyennes libres. Je vous prie, citoyens, de vouloir bien ne pas mettre au nombre des maisons de détention l'hospice des Vénériens, vu que cet hospice n'est nullement fait ni distribué pour y mettre des détenus.

L'économe de l'hospice des Vénénens, (Signé) : Boieldied.

Oriffinal sifjnp, Arrliives nationales, F' 8299'^.

LETTRE DE LA COMMISSION DES ADMINISTRATIONS CIVILES, POLICE ET TRI- BUNAUX À L'ADMINISTRATION DE POLICE RÉGÉnÉrÉE, FAISANT PASSER UNE LETTRE DE L'ECONOME DE L'HOSPICE DES VENERIENS, QUI REPRE- SENTE TRÈS JUSTEMENT QU'IL NE PEUT REPONDRE DES FEMMES ENVOYe'eS POUR ETRE DÉTENUES, ET Rf'pONSE , PORTANT QU'À L'AVENIR CES FEMMES SERONT EXPEDIEES À LA SALPÈTRIÈRE.

97 vendcnjiaire , 6 l)rumaire an m.

fji Commission, etc., à l' Administration de police régénérée.

Paris, le 97 vendémiairo, l'an 3°.

[1] Citoyens, la Commission vous fait passer copie d'une lettre qui lui a ét(' adressée par le citoyen Boieldieu, économe de l'hospice des

HOSPICE DES VP'NÉRIENS. 59

Vi'nc^riens, avec l'état ci-joint des fcnimos déteniios dans ladite maison tant par ordre de l'Administration de police que par celui des commissaires de police. Nous avons trouvé justes les observations du citoyen Boieldieu sur l'établissement à la tête duquel il est placé, sur les inconvénients qu'il y aurait à en dénaturer l'institution et sur l'impossibilité où il est de répondre des femmes qui lui sont envoyées pour être détenues, puisque sa maison, qui n'est et ne doit pas être une maison de détention, n'oppose aucuns obstacles à celles qui tenteraient de s'en évader. Toutes ces considérations nous déterminent à vous inviter, citoyens, à faire droit aux réclamations réitérées du citoyen Boieldieu, en prononçant sans délai sur le sort des femmes que vous avez confiées à sa garde et qu'il ne peut conserver plus longtemps sans s'éloigner du but de son utile établissement. Salut et fraternité.

Le Chargé provisoire.

Le 9 3 vendéruiaire an 3' de la République française, une et indivisible. L'économe de l'hospice des Vénériens, établi à la maison des ci-devant Capucins, faubourg Jacques, section de l'Observatoire, représente à la Commission des administrations civiles, police et tribunaux que les femmes publiques, qui sont arrêtées et envoyées audit hospice tant par ordre de l'Administration de police que par ordonnance des commissaires de police des sections, pour y être traitées du mal vénérien seulement, et qui, après guérison, doivent être, ou mises en liberté, ou envoyées dans des maisons de détention , suivant ce que portent les ordres , ne sont point dans une maison de sûreté, l'établissement d'ailleurs n'ayant jamais été fait pour y détenir personne, mais bien pour y recevoir et traiter des citoyens et citoyennes libres, comme il y en a beaucoup; les locaux ont alors été disposés pour ces mêmes individus libres et non pour ceux à détenir. J'invite, en conséquence, la Commission des administrations civiles, police et tribunaux à vouloir bien se donner la peine de venir sur les lieux pour y voir et reconnaître par ellemême l'impossibilité quil y a de retenir comme prisonnières des citoyennes, et de pouvoir en répondre. Je demande donc à la Commission qu'il me soit donné une décharge après visite préalablement faite sur les lieux , par laquelle on reconnaîtra que je ne puis avoir aucune responsabilité a cet égard.

(Signé) : Boieldieu.

A la Commission des administrations civiles, police et tribunaux.

Le 6 brumaire de l'an 3 de la République françaiso, une et indivisible.

[ 9 ] Nous avons reçu , citoyens , l'état des femmes détenues à l'hospice

(les V^3n('ricns, (jno vous nous avez fait passor avec votre Icltrc datée du fîy vendémiaire dernier, nous nous empressons de vous le renvoyer; vous y trouverez différentes apostilles en marge de quelques-unes d'elles, (lue vous pourrez faire transférer, soit à la Salpêtrière, soit à la Petite Force, selon que vous le jugerez convenable; quant aux réclamations que fait l'économe de ladite maison, nous les trouvons très justes; au surplus nous allons écrire une lettre circulaire à tous les commissaires de police pour qu'à l'avenir ils n'envoient plus aucunes femmes dans cotte maison, qui n'est spécialement établie que pour les personnes attaquées delà maladie vénérienne qui s'y rendent volontairement, et qu'ils les envoient directement à la Salpêtrière, où on traite également de ces sortes de maladies. Nous croyons cependant devoir vous observer que l'ancienne Administration de police avait fait pour le bien public un règlement qui ])orte que toutes personnes qui se rendront à l'hospice des Vénériens ne pourront en sortir qu'après parfaite guéridon.

La Commission administrative de police.

Minnlo.^ (3 p.). Archives nnlionales, F' 3399"*.

LKTTRE DE L'AGENT NATIONAL PRES LE TRIBUNAL DE POLICE CORRECTION- NELLE À L\ COMMISSION DES ADMINISTRATIONS CIVILES, POLICE ET TRIBLNALX, DECLARANT QUE L'HOSPICE DES VENERIENS CONSTITUE UNE MAISON D'ARRIÎT POUR LES FEMMES SE LIVRANT À LA PROSTITUTION.

7 brumaire an m.

Aux citoyens composant la Commission des administrations civiles, police et tribunaux,

Lo 7 hruniaire, l'an 3° de la République française, une et indivisible.

Les femmes qui se trouvent détenues à l'hospice des Vénériens, rue Jacques, citoyens, y sont envoyées pour ôtrc traitées du mal vénérien. Toutes les femmes arrêtées par les commissaires de police, ou toute aulre autorité, comme prévenues de prostitution, sont visitées par le chirurgien de la section, et si elles se trouvent atteintes de la maladie

HOSPICK DES VÉNÉRIENS.

vénérienne, elles sont sur-le-champ conduites audit hospice à l'ellet d'y ^trc traitées, et, aussitôt leur jjiiérison, Iraiisfrn'es dans une maison d'arrêt, pour de suite cire jujjées [)ar \c Tribunal do police correctionnelle. L'hospice des Vénériens n'est à la vérité (pi'une maison de santé , mais cependant , comme elles sont prévenues d'avoir porté atteinte aux mœurs en raccrochant publiquement, et cpi'elles ne peuvent être rendues à la société ([u'après leur ^mérison, elles doivent être gardées en arrestation jusqu'à leur jugement. Voilà, citoyens, comment à l'égard de ces femmes l'hospice devient une maison d'arrêt; quant à celles qui ne sont prévenues d'aucun délit, elles y sont libres. Salut, fraternité.

L'agent national près le Tribunal de police correctionnelle,

(Signé) : Jaqijotot.

Original signé, Arcliives nalionales, F" 3299'''.

ETAT DU NOMBllE DhS M\LADES DE L'HOSI'ICE DES VENERIENS ET DES PER- SONNES Qll Y SOM EMPLOYÉES, PENDANT LA JOURNEE DU 19 FRIMAIRE

AN m.

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