CONCIERGERIE, PAR BAVARD, OFFICIER DE SANTE DE L'HOSPICE DE
L'ÉVÊCIIÉ.
2 ventôse aa 11.
De rilospice national, ce 3 ventôse, l'an a* de la Hc-publique française, une et indivisible.
Collft fièvro poiil ^Iro appelée la (ièvro peslilenlielie d'Europe, parce que la plupart (le ses syniplAuios lui donnent la ])lus g-ranile ressemblance avec cette maladie Icrrihie. (.es personnes (jui y sont les plus sujettes sont celles d'une consti-
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tution relâchëe et d'un tempérament mélancolique, celles dont les forces ont été épuisées par de. longs jeûnes, par des veilles, par des travaux rudes et fatigants, par les excès des plaisirs de l'amour, par les contentions d'esprit et le chagrin, par un air malsain , tel (jue celui cpie respirent ceux qui habitent des lieux bas et qu'on ne peut ou n'a point soin de renouveler. Tel est encore celui que corrompent les émanations putrides des animaux et des végétaux en putréfaction ; aussi cette fièvre est-elle très commune dans les prisons, dans les hôpitaux, dans les infirmeries , surtout , lorsqu'il y a trop de monde , que ces lieux ne sont pas assez aérés , ou que la propreté y est négligée.
Aussi cette maladie, qui a été apportée à la Conciergerie par les prisonniers nantais et qui eux-mêmes l'avaient prise dans les prisons d'Angers, où la contagion avait été apportée par les brigands de la Vendée, où là, entassés les uns sur les autres, accablés de fatigue, de chagrins et de crainte, dans une prison hunnde et malsaine, malpropre et recelant déjà le poison contagieiLX, aussi les plus faibles , et qui par conséquent avaient bien moins soutenu la fatigue, furent bientôt frappés de ce fléau destructeur, il en mourut là plusieurs, quelques-uns en route. Les autres , plus forts et plus robustes , arrivèrent à la Conciergerie avec ce vice contagieux en eux; arrivés ici, si on les eût isolés et mis dans des lieux bien aérés, il n'aurait pu n'en périr cpie quelques-uns , des plus faibles , l'on eût , par ce moyen , arrêté cette terrible maladie, mais malheureusement l'on fît tout le contraire, on les mit dans une prison encore malsaine, humide, malpropre et sans air, qui augmenta encore le nombre de ces individus dont la maison regorgeait. L'air de ce heu déjà mauvais devint bientôt malfaisant.
Cet air agit et nuit mécaniquement et physiquement : mécaniquement , par son poids trop considérable et trop faible et par son impétuosité; physiquement, par son trop de chaleur, de sécheresse et d'humidité; mais si ce fluide délié, pénétrant , se trouve chargé d'exhalaisons vicieuses , il les transmet aux corps qu'il pénètre; de là est venue la cause de ces fièvres malignes, putrides et contagieuses, qui font le sujet de ce rapport.
La contagion n'est donc autre chose qu'un progrès de la pouiTitm*e, qu'une propagation des causes d'une maladie qui a lieu par le contact ou par attouchement immédiat , de proche en proche par la communication des personnes et des choses infectées à une certaine distance par le moyen de l'air. C'est ainsi que la petite et la grosse vérole s'inoculent, que la peste se transmet par le commerce, qu'une personne pourrie infecte d'abord ses voisines, celles-ci à leur tour gâtent leurs collatérales, ainsi de suite, par une série immense de conditions, jusqu'à ce qu'enfin lamas entier soit corrompu.
Les émanations, les vapeurs, les miasmes qui s'échappent des substances corrompues nous ofl"rent d'étranges phénomènes, quelque incompréhensibles qu'ils paraissent, on peut cependant juger de leur nature par les effets qu'ils produisent. Le |)Ouvoir destructeur de ces causes cachées ne consiste-t-d pas dans une matière de feu devenue principe des corps, toujours unie et combinée avec les parties salines du sang et des autres humeurs animales. Tout dans la nature absorbe, et tout est absorbé à son tour. La terre qui produit tout est un gouffre qui engloutit tout,
l'air, qui nous communique son principe do vitalité, se charge de nos principes de destruction, et c'est par lui que les corps exposés et disposés à la fois à la contagion reçoivent les particules acres, alkalescentes , putrides, que les autres corps exhalent ou transpirent continuellement.
Daprès l'évidence de ces jjrincipes, il est clair que l'air impm- ou contagieux n'est autre chose qu'un fluide délié et chargé de substances nuisibles. Dans la nature, il n'y a que trois espèces d'exhalaisons, celle qui se fcUt par les émanations qui sortent d'une substance, colle par laquelle une substance émanée entre dans une autre et la pénètre, c'est l'inhalation; la troisième est i'efllorescence ou la décomposition que certaines substances minérales éprouvent eu perdant leurs formes.. ., l'air peut li'ansmettre ses qualités par toutes les parties des corps poreux à l'infini, mais il les transmet principalement par la bouche et par les narines par l'inspiration et la déglutition. . . Aussi le venin transmis par contagion affecte toujours la tête, le poumon ou le ventricule, et souvent les trois à la fois. Les vertiges, la douleur de tête, l'abattement des forces, la difficulté de respirer, le dégoût, les nausées, le vomissement en sont les suites ordinaires.
Voilà, citoyens magistrats, au vrai les accidents ([u'ont éprouvé les malades envoyés à l'hospice si sagement établi, et encore étaieut-ils accompagnés de taches rouges pourprées et de petechies. Si sm-le-champ, l'on eut séparé les malades d'avec les sains et évacué cette prison infecte, ce qui est urgent de faire, l'on eût bientôt fait cesser cette dangereuse maladie, qui ne se propage encore que trop dans ce lieu d'horreur, et s'il eût été possible, dès les commencements de cet hospice, d'y établir les soins, l'ordre, la propreté, et que le service des remèdes et leurs qualités eût été sûr et toujours sous la main , l'on eût i)eut-être tiré d'affaire une bonne partie de ceux qui sont morts. Il est cependant bon de vous observer, citoyens magistrats, que par les soins et l'active vigilance de vos officiers de santé, que sur 60 qui ont été frappés de cette cruelle maladie, il n'en est mort qu'environ -20, encore il y en avait plusieurs dont la poitrine était très mauvaise. Mais j'ose espérer que, par votre vigilance et vos soins enqjressés, cet hospice prendra bientôt l'aspect qu'il doit avoir pour répondre à vos vues bienfaisantes, pour l'humanité souffrante et le bien général de la République.
Je te remets en même temps , citoyen accusateur, la manière dont je désirerais que la cuisine fût montée, la nature, l'ordre et la distribution des aliments, autant que faire se pourra et que les circonstances le permettront. Le service des salles, fait par des femmes, [est] toujours plus doux et mieux fait, surtout par des sujets que l'on choisira, afin d'éviter les fripons et les ivrognes, et ce que chacun des iiKJividus doit gagner par mois, le tout sauf ton meilleur avis.
Salut et fraternité.
Ton concitoyen ,
(Signé) : Bavard,
oflicicr de santé do y]]rt<\)\ro.
Minnio, Arcliives nalionnles, VV i^/i.
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\RRÉTE DU COMITE DE SALLT PI BMC , AliTORISANT LE MINISTRE DE L'INTE- RIEUR À FAIRE PRENDRE DIRECTEMENT DANS LES MAISONS D'EMIGRES LES OBJETS INDISPENSABLES POUR L'OOSPICE DE L'ÉvÉCHE.
6 ventôse an ii.
Le Comité de salut public, instruit des lenteurs qu'éprouve l'établissement dans le ci-devant Evéché do Paris d'une infirmerie destinée aux malades de la Conciergerie, conformément au décret du [5 pluviôse], par la difficulté de se procurer les objets nécessaires à cet établissement, autorise le Ministre de l'intérieur à donner directement et sans l'intermédiaire du Département les ordres nécessaires pour compléter cet établissement, l'autorise, en conséquence, à faire procéder à la levée des scellés dans celles des maisons d'émigrés qu'ils croient renfermer les objets nécessaires à l'infirmerie et d'y faire prendre le linge, meubles, ustensiles nécessaires, le tout sur l'état qui sera dressé par un commissaire choisi par le Ministre et en présence d'un membre du Département, qui sera tenu de se rendre sans retard sur l'invitation du Ministre de l'intérieur, à l'effet de lever les scellés et de livrer les effets qui seront reconnus pouvoir servir à l'infirmerie; autorise également le Ministre de l'intérieur à donner à tel architecte qu'il croira convenable les ordres pour faire achever dans le plus court délai les travaux de maçonnerie commencés par Giraut, architecte du Département, comme aussi à ordonnancer sur les fonds mis à la disposition du Conseil, toutes les dépenses nécessaires pour les premiers besoins de cet établissement.
(Signé): Carnot, Collot-d'Herbois , C.-A. Prieur, Satnt-Just.
A la marge se trouve cette mention : ff Envoyé l'expédition au Ministre de l'intérieur, fl
Orifjinal signé, ^rcliives nalionale"?, AF ii 8i, n" 6oi .
KXPOSK DU RÉGIME QU'IL CONVIENDRAIT D'ETABLIR À L'HOSPICE NATIONAL DU TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE DE PARIS.
3 2 ventôse an ii.
Il faut deux marmites , une grande et une petite , la grande pour faire du bon potage , et non du bouillon d'hôpital , pour les convalescents et les hommes en santé. A dhier, le potage, le bouilli, avec une entrée, soit de veau, ou de mouton, ou de volaille, si le temps et les circonstances peuvent le permettre, ou des œufs. Pour le soir, un rôti et un plat de légumes, comme épinard, chicorée, lentilles, haricots, pommes de terre, riz, dont il faut faire provision, et un peu de vin, le matin, à midi et le soir, et enfin toute autre espèce de légumes ou de fruits que l'on pourra se procurer dans chaque saison. L'on pourrait remplacer l'entrée du matin et le rôti du soir, quelquefois par du poisson , avec un plat de légumes toujours.
Que l'on prépare des aliments une plus grande quantité qu'il n'eu faut pour les détenus, pour qu'après le service fait, il en reste assez pour nourrir tous les individus employés au service de la maison, qui doivent tous y être nourris pour l'exactitude du service et mesure de sûreté.
La petite marmite, pour faire du bouillon léger pour les malades bien mal, ou pour les bouillons de veau, souvent très nécessaires.
Que les aliments soient ordonnés tous les matins par les ofliciers de santé à lem-s visites et que copie des ordonnances soit donnée tous les jours , tout de suite après leurs visites au chef des infirmeries , qui doit surveiller les distributions des aliments, des remèdes et boissons, conformément aux ordonnances.
Que l'officier de santé qui est à résidence , visitera tous les soirs les différentes salles pour inspectei' le service de la journée.
Que le susdit officier soit autorisé à faire établir dans le plus court délai possible, comme chose absolument urgente, une apothicairerie, leime par un garçon apothicaire en étal et jugé capable, et qui sera de même inspectée par ledit officier, objet essentiel ([ui détruii-a tous les abus qui existent dans cette partie, selon le régime d'aujourd'hui , précaution qui doit produire au moins moitié d'économie, et la ceilitude de [iouvoii- conq)ler sur le succès de nos remèdes prouvés par l'expérience, ce qui a été très douteux jusqu'à présent.
Il serait à désirer (jue le service des malades ne fût fait (jue par des fenunes, (jui meltciil loujoiiis auprès des malades, oX plus d'attention, de douceurs et de soins. Nous éviti.'iions par ce moyen d'avoir affaire à des sangsues, fripons et ivrognes, <lonl le service est aussi dur et insolent que désagréable, qu'il n'y en eût seulement (|ue quelques-uns des meilleurs sujets pour les ouvrages de peine.
Mou avis seijiil (pi'il y eût quatre l'ommes par vingt malades, et un houune de pcitif j)ar (piatrc fcnuiies, et dont le cliei iulirniicr dirigerait alternativement le ser-
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vice (le jour ol de nuit, h qui l'on allouerail, étant nourri, chacun une sonmie de [les chiffres sont restés en blanc).
Bayakd ,
oflicior do sanlé de l'Hospice iialional.
.Minutes (j p.), Arcliives nationales, F'"*Goi W i5^.
LETTRE DL SIELR RAY, ECONOME DE L'HOSPICE DE L'ÉvÊCIlÉ , AL CITOYE.N GRANDPRe', au sujet de LA DEPENSE CONSIDERABLE RESULTANT DE LA DISTRIBUTION DE VIN AUX MALADES.
29 ventôse an n.
Au citoyen, le citoyen Grandpré, chez le Ministre de l' intérieur à Paris. De l'Hospice, 99 ventôse, l'an 2' de la République, une et indivisible.
Citoyen ,
Je t'ai vainement attendu hier, ainsi que le tapissier, j'avais à te communiquer des réflexions sur les dépenses de la maison, notamment sur le vin. Les officiers de santé sont d'avis d'en donner aux malades trois fois par jour; quoique ce soit en petite quantité, cela n'empêche pas qu'en raison du nombre des malades une pièce de vin ne dure que quatre jours ou cinq. Je désire que tu me dises par écrit ce que tu en penses. Je suis sorti pour chercher un marchand qui en fournisse au meilleur compte possible, et me procurer des légumes, puisqu'en les achetant en détail on les paye beaucoup plus cher.
Presse, je te prie, l'organisation de la maison, surtout pour la nourriture des personnes qui y sont employées et au traitement.
Salut et fraternité.
(Signé) : Rav.
Minute, Archives nationales, F"" 601.
DISPOSITIONS ARRÊTÉES PAR LE MINISTRE DE L'INTERIEUR POUR L'ORGANI- SATION DE L'HOSPICE CONSACRÉ UNIQUEMENT AUX MALADES DE LA CONCIERGERIE PAR DECRET DU 5 PLUVIOSE.
Germinal an u.
Le Ministre de l'iutérieur, autorisé par un arrêté du Comité de salut public de la Convention nationale, en date du li ventôse, adonner directement et sans l'intermédiaire du Département, les ordres nécessaires pour compléter l'établissement dans le ci-devaut Evêclié de Paris d'une infirmerie destinée uniquement aux malades de la Conciergerie, conformément au décret du 5 pluviôse, chargé par un autre arrêté du Comité du salut public, en date du i5 pluviôse, de l'administration des infirmeries dos prévenus de crime de contre-révolution, ainsi que de celle des ()risons où ils sont détenus, et autorisé encore à ordonnancer les dépenses de ces établissements sur les fonds rais à la disposition du Conseil exécutif provisoire, ari'ête provisoirement l'organisation de l'hospice établi au ci-devant Evêché de la manière et ainsi qu'il suit :