VITESSE
DE
l’association
celles formées par les mêmes mots, et ne différant que par la forme, ainsi bleu-ciel et ciel-bleu. C’est ce que Ziehen a très bien compris ; malheureusement ces cas de coïncidence sont relativement rares.
Sans m’attarder donc à relater des chiffres qui n’ont ni une valeur absolue, ni même une valeur relative, étant donnée la diversité des méthodes, des classifications et des sujets employés, je me bornerai à reproduire l’échelle décroissante des vitesses moyennes suivant la forme associative, telle que Ziehen l’a établie d’après des expériences sur des enfants de 8 à 1 4 ans :
i° Ass. verbales (les plus rapides') .
2° Ass. liomosensoriollcs.
3° Ass. tout-partie.
4° Ass. partie-tout.
5° Ass. par simple contiguïté.
6° Ass. par rapport interne (de cause, etc.) ( les moins rapides).
Enfin, les images associées de chacun de ces groupes peuvent être individuelles ou générales. Ces dernières sont en général plus rapides1. Là encore, pour pouvoir comparer ces deux formes, il faut considérer des associations dans lesquelles, chez le même individu, le même mot-inducteur a provoqué tantôt une association individuelle, tantôt une association générale. C’est ce que Ziehen a cherché à faire, en ne tenant compte que du caractère, général ou particulier, du mot-induit. Il a trouvé que, chez les enfants, le
i. Ziehen ( b , II, 49) dit ailleurs que ce sont les ass. individuelles qui sont les plus rapides. Mais cette contradiction doit provenir d’un simple lapsus calami.
l’association des idées
temps des associations à forme individuelle était de isec,20 plus long, en moyenne, et que cette durée croissait d’autant plus que la représentation était plus particulière, c’est-à-dire plus précisément localisée dans l’espace et dans le temps, comme un événement particulier à la vie du sujet. Dans ces cas, le mot-inducteur évoque toute une série d’images ; le sujet ne peut en indiquer qu’une, c’est ce qui explique peut-être la plus longue durée de l’association.
Lorsque les deux mots forment une association subor dinatrice (« pied-mon pied »), le temps d’évocation est à peu près le même, chez les enfants, que lorsque l’association est généralisatrice. Chez les adultes, cette dernière serait plus rapide.
Les associations stéréotypées se distinguent par leur grande rapidité ; il est à noter que la réciproque est vraie, et que les facteurs qui augmentent la rapidité des processus cérébraux provoquent l’apparition de cette forme associative.
Thumb et Marbe ont trouvé que, en expérimentant chez huit sujets différents avec les mêmes motsinducteurs, on obtenait un certain nombre de réponses identiques, et que plus cette identité était fréquente, plus l’association était rapide. Ainsi ils ont obtenu, par exemple, l’association :
Durée moyenne
Dix- vingt
chez 3 sujets.
. . isec,6o
Un-deux
Quatre-cinq
etc.
Beau -frère -frère
Fils-père
etc.
Le sens de l’association joue aussi un rôle, ainsi :
Père-mère chez
5 sujets
Isec,24.
Mère-père —
isec,67.
F rère-sœur —
ise«,33.
Sœur- frère, etc. —
isec,9o.
Voici la moyenne générale des durées de ces associations préférées (bevorzugte), suivant leur ordre de préférence :
Fréquence des assoc.
préférées :
1 fois.
Si au moyen de ces chiffres, on établit une courbe, comme l’ont fait Thumb et Marbe (46) on verra que plus les associations formées sont courantes (ou préférées) plus elles sont rapides. Leur temps d’association décroît d’abord très vite, puis plus lentement.
Cette loi devrait, à la vérité, être exprimée autrement, et il vaudrait mieux dire, me semble-t-il, que plus les associations sont rapides plus elles sont courantes . On n’aurait pas de peine à montrer, je suppose, que cette plus grande rapidité est elle-même expliquée par leur plus grande force associative. Il resterait donc à montrer pourquoi les mêmes couples ont acquis une même force associative chez des individus différents . Mais l’uniformité des conditions de vie et d’éducation
Durée moyenne (en secondes).
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chez les divers sujets considérés en rend suffisamment compte.
Les quelques associations médiates observées par Zieiien chez les enfants ont eu une moins longue durée (de osec,5 à osec,6) que les autres associations.
Associations complexes. — Mayer et Ortii qui, nous l’avons vu, ont attiré l’attention sur ce genre d’association, en ont mesuré la vitesse et ont trouvé, comme l’on pouvait s’y attendre, que les associations avec états de conscience intercalés étaient plus lentes que les autres, et que le temps d'association croît avec le nombre des états intercalés :
Sujets :
Ke
Ri
Re
Ri
Ass. sans état de conscience
sec
sec
sec
sec
sec
sec
intercalé
Ass. avec état intercalé.
i état intercalé
2 états intercalés. .
3 (et plus) états intercalés.
Avec état intercalé sans acte
volontaire
Avec état intercalé avec acte volontaire
L’état intercalé est affectif.
L’état intercalé n’est pas affectif
Cet étataffectifestagréable.
Cet état affectif est pénible.
Ces auteurs ont aussi remarqué que, lorsque l’évocation est accompagnée d’un effort volontaire, le
temps est plus long. Il en est de même lorsque l’état intercalé est de nature affective. Dans ce dernier cas, V association est plus rapide lorsqu elle est accompagnée d'un sentiment de plaisir que lorsqu’elle est accompagnée d’un sentiment désagréable. Mais, ainsi qu’on peut le voir d’après les chiffres très nets du tableau ci-dessus, le temps d’association simple est encore plus court que lorsque l’évocation est accompagnée d’un sentiment, même agréable.
tZiEiiEN (b, II, 4o) a cherché quelle était la durée des associations dont le second terme est un sentiment, comme violet-beau, mais sans arriver à un résultat certain. C’est là une question intéressante qui mérite d’être approfondie.
Associations actives. — En 1888, Cattell avait trouvé que le temps des associations faites dans un champ « limité par la volonté » était notablement
Iplus court 'que le temps des associations libres. Cette durée s’allonge proportionnellement à la liberté de réponse laissée au sujet. Voici le genre des questions posées : à quel pays appartient telle ville ; de quelle saison est tel mois ; additionner deux nombres; ou, au contraire : indiquez une ville de tel pays ; un mois de telle saison ; un écrivain de telle langue, etc. Les résultats ont été les suivants (en millièmes de seconde) :
Sujets : B G. Sujets : B- G.
Ville-pays. . . . 348 462
Mois-saison. . 4i5 3io
Ecrivain-langue. . 4 1 7 35o
Addition. . . . 221 336
Pays-ville. . . . 4oo 346
Saison-mois. . . 56 1 435
Langue-écrivain. . 663 519
Ces résultats sont faciles à comprendre : grâce à la
question préliminaire, les centres correspondants à bertaines classes d’objets sont subexcités, et le motinducteur trouve déjà un terrain bien préparé à révocation. On comprend aussi que la durée soit plus courte dans le premier de ces cas où la force nerveuse se canalise dans une seule direction que dans le second, où non seulement il peut y avoir hésitation (ainsi lorsqu’on dit : citez une ville d’Italie) sur le choix de la réponse, mais encore où le terme prédéterminé correspond à une classe d’objets moins restreinte.
Par contre, il faut reconnaître que d’autres cas, que Cattell considère avec les précédents, en sont en réalité bien différents. Ainsi, pour reprendre un exemple de Cattell, lorsqu’on dit au sujet d’indiquer le mois qui suit avril, ou le mois qui précède octobre, je doute qu’il s’agisse là d’un simple cas d’association, même active. Il me semble que le phénomène est plus complexe; ce serait là un de ces càs dont j’ai parlé plus haut sous le nom d’association à relation prédéterminée, lorsque la relation dans laquelle l’induit et l’inducteur doivent se trouver est elle-même prévue. Dans le cas particulier, il s’agirait de relations de succession immédiate et d’antériorité immédiate ; celles-ci correspondent probablement à des sentiments définis. Mais il est difficile de comprendre comment ces sentiments agissent par association. Peut-on dire vraiment que l’idée du mois de mai était associée à un sentiment de succession immédiate ? Mais, si c’est le cas, on peut en dire autant de chaque mois1, et pourquoi alors le sujet répond-il mai
1. Puisque notre expérience nous a appris que chaque mois succède à un giutre mois,
au lieu de n’importe quel autre mois ? S’il répond mai, c’est que cette succession est définie par rapport à avril. Or, l’association n’explique guère comment un tel processus peut s’effectuer.
Münsterberg (I, 95 et ss.) a fait un grand nombre de mensurations de telles « réactions de jugement ». Voici quelques-uns des chiffres obtenus suivant la limitation de la question posée :
Sujets :
Association libre (ordinaire) 845 a g48 a
Ass. polyvoque (un petit nombre de réponses
possibles) 970 1 io3
Ass. bivoque (2 réponses possibles).. . . 906 1079
— univoque (1 réponse possible). . . . 808 889
Münsterberg considère ces résultats, et d’autres encore, comme condamnant la théorie de l’aperception de Wundt, et comme montrant que de telles réactions logiques, actives, reposent uniquement sur l'association. Mais, sans accepter la doctrine del’aperception, on peut douter que tous les phénomènes d'associations prédéterminées soient, jusqu’ici, explicables entièrement par le mécanisme associatif, et s’il ne faut pas supposer quelque autre mode de l'énergie cérébrale pour rendre compte de la façon dont le sentiment d’un rapport agit dans le sens désiré.
Il y aurait là toute une question à reprendre, non dans un but de polémique, mais pour elle-même et sans parti pris.
Ziehen (b, II, 4o), Külpe (436) et d’autres ont aussi remarqué la plus grande rapidité des associations actives. Trautscholdt, en i883 (246), avait
l’association des idées
déjà cherché à mesurer la durée des associations prédéterminées de subordination.
§ 4. — La vitesse associative dans divers états physiologiques.
Une même association est loin d’avoir toujours la même durée : celle-ci varie chez des individus différents, elle dépend du tempérament, du type intellectuel, etc. Elle varie aussi chez un même individu, suivant les divers états physiologiques qu’il traverse (âge, fatigue, etc.). Passons en revue l’influence de quelques-uns de ces facteurs :
L’age. — Pour étudier rigoureusement l’influence de l’âge, il faut comparer, cela va sans dire, des réactions obtenues à divers âges chez un même individu, et au moyen du même mot-inducteur. Zieiien a reconnu ainsi que le temps d’association diminue avec l’âge. Ses observations ont été prises sur dei enfants en 1896 et en 1900. Voici quelques résultats qui montreront que cette différence est assez notable :
MOT INDUCTEUR