‹ L'AtharvanChapitre 8 sur 12 · APE · texte numérisé non relu

APE

THERAPEUTIQUE ANTIVENENIFERE

Le serpent est, dans l’Inde, un des plus précieux auxiliaires de la mort, et, encore maintenart, malgré

le déboisement, le percement des routes et voies fer-

rées, la création des villes, des ouvrages d'art, les sta-

tistiques maintiennent le nombre des victimes an- à de nuelles aux environs de 50.000. Aussi, aux temps primitifs, on se demande quel effrayant ravage devait

faire le reptile au sein des immenses, des impéné- , tralbiles forêts ! Par contre-coup, de quel prodigieux respect étaient entourés ceux qui, grâce à leurs charmes curatifs, mettaient à l'abri du venin, Aussi le sorcier, soucieux de la réputation, avait-il un attirail thérapeutique des plus complexes pour lutter contre lintoxication venimeuse. Il commençait. avant toute

chose, par adresser une supplique au dieu des serpents, Takshaka : ensuite, il faisait boire de l’eau au blessé, lavait avec cette même eau la morsure qui, sur

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le champ, était tamponnée avec une macération de krmuka : nous nous trouvons ici en présence d’une plante inconnue,

En. outre, le magicien faisait avaler au blessé, par

petites gorgées, une à chaque stance, un mélange de laït, d'orge, d'eau et de sampata, pilonné par deux fièches empoisonnées, pointes en l’air, Dans ce méange, il faisait infuser des baïes de madana (san doute stramoine), ce qui provoquait des vomissements abondants. Pendant toute l'opération l'atharvan chantait : |

« Le venin du serpent à raies obliques, du noir, de la vipère cornue, le venin du scorpion, la plante que voici l'a aboli. La plante que voici est née de la liqueur, dégouttante de liqueur, liquoreuse, douce liqueur: elle est le remède de la morsure et la mort des insectes malfaisants. De la plaie mordue et de la plaie sucée 7, nouis faisons, par incantation, sortir ton venin; de la petite mouche, à la morsure inquiète, impuissant est le venin !

« À toi, l’oblique, aux articulations obliques, qui tords et renids oblique le visage des hommes, ce visage, Ô dieu des brahmanes, comme un roseau, détors-le.

« Impuissant est le serpent qui se traîne à mes pieds, car je me suis emparé de son venin et lui-même je l'ai broyé. Les petites fourmis le mangent, les paonnes le déchirent. Allez, répétez-touis : impuissant est le venin du scorpion... ( »

L’hymne terminé, l’atharvan cautérisait la plaie avec un tison qu'il jetait ensuite, en théorie, sur le

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: . ” ! s - ee reptile (car sûrement ce dernier n’avait pas eu la

patience d’attendre). Il récitait encore :

-« Va-t-en, tu es l'impie; oui, tu es l’impie.. Et toi,

venin, retourne au serpent. Tue-le !. » | Un autre procédé consistait à enduire la morsure et

la région plantaire avec du tandi (plante inconnue de

nous) et du sampata; puis le malade était vigoureuse-

ment frictionné de haut en bas. De prime abord, l’on-.

guent peut paraître drôlement placé sur la plante des pieds; cependant, dans l’esprit du sorcier, la partie du venin qui n’a pas été neutralisée sur place, à da morsure, et qui est passée dans la circulation générale sera portée, par suite du massage de haut en bas, vers les pieds, pour être annihilée par les vertus curatives de la préparation précitée et préalablement appliquée dans cette région plantaire |

D’autres procédés fort nombreux et entqurés d’un galimatias intraduisible et d’une mise en scène des plus complexes, montrent à quel point le sorcier était anxieux pour garder son prestige aux yeux d’une clientèle justement inquiète.

Peut-être est-il regrettable de n’avoir pas encore pu iäentifier ces mystérieuses Rrmuka et tandi qui semblaient produire une action nettement favorable contre le venin : nous aurions pu trouver ainsi une arme supplémentaire dans la lutte contre ce fléau, les procédés les plus modernes commençant, à grand’peme, à échapper aux tâtonnements.

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