‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [microform]Chapitre 1 sur 54 · V* JULES RENOUARD. LIBRAIRE - ÉDITEUR · texte numérisé non relu

V* JULES RENOUARD. LIBRAIRE - ÉDITEUR

ÉTHIOU-PÉROU, DIRECTEUR -GÉRANT • — mVB DE TOURNON — C

M DGGC LXIX

AVANT-PROPOS

XONTPlilLUER, TYPOGRAPHIE DE BOEHM ET FILS.

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Ln viilgarisalion de la science a ses inconvénients, niais elle a aussi ses avantages, et parmi ces derniers, le plus grand de Ions, sans contredit, est d'empêcher les utopisles, les faiseurs de systèmes, les novateurs ambitieux ou téméraires, d'abuser de son nom, de lui attribuer avec audace des principes et des senlimenls qu'elle n*a pas, qu'elle ne peut avoir.

Fille de Dieu, est-il vrai qu'elle le renie et le blasphème aujourd'hui, qu'elle en conteste même absolument l'existence, comme on l'entend dire de toutes parts, etque, rompant à jamais avec les traditions d'un passé glorieux, elle se soit jetée sans vergogne dans les voies délétères et immondes du matérialisme ?

Cette question, que je ne me pose pas pour la première fois, puisque je l'ai déjà traitée il y a dix-huit ans (en 1850), je viens l'évoquer de nouveau dans ce livre, que j'adresse à toutes les personnes du monde qui, associées au mouvement scientifique, en suivent avec intérêt les péripéties. Or, en indiquant d'une manière si franche et si nette le mobile qui me dirige, j'explique, ce me semble, du même coup la

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forme familière et tout à fait insolite que j'ai cru devoir donner à un travail dont le fond est des plus sérieux, les efforts que j*ai tentés pour le mettre à la portée de toutes les intelligences, et pour endissimuler autant que possible la sévérité naturelle.

Du reste, si la vulgarisation des matières scientifiques, même les plus spéciales, n'était ni possible ni de bonaloi, les premiers savants de Paris se garderaient bien d'écrire pour les gens du monde dans les revues littéraires, et nous ne verrions pas si souvent les organes officiels de l'État monter à la tribune du Corps législatif ou du Sénat, pour y débattre, devant un auditoire tout aussi incompétent qu'eux-mêmes, les questions les plus controversées de la science médicale; si dans le sein de ces illustres assemblées aucune voix n'a jamais cru devoir dénoncer les inconvénients de cette vulgarisation, qui oserait contester le droit de la faire à celui qui depuis près de vingt-cinq ans n'a cessé d'enseigner la médecine pratique ou dogmatique?

Quelque reproche que l'on puisse adresser à mon livre, on ne l'accusera pas du moins de manquer d'opportunité ; écrit il y a près d'un an, et destiné tout d'abord à paraître par fragments dans l'une des grandes feuilles quotidiennes de Paris, il n'arrive en vérité ni trop tôt ni trop tard, car la question de l'athéisme, de ses dangers sociaux est à l'ordre du jour de l'opinion publique; une lutte qui promet d'êlre longue et ardente vient de s'engager entre les positivistes, les déterministes, dont les écarts, les prétentieuses aspirations compromettent la science moderne, et les gens

honnêtes de toutes les catégories intellectuelles, de tous les cultes en vigueur, qui se scandalisent de leurs discours et de leurs écrits. Partisans sincères et éclairés de la libre pensée, ces derniers ne veulent pas avec juste raison qu'elle puisse aller jusqu'à se permettre la cynique propagande des principes du mal, à préparer par l'impiété un nouveau régime de la terreur, et le toile général qu'ils crient en ce moment porte avec lui une haute signification.

Vainement les athées du xix^ siècle, plus audacieux que leurs devanciers, s'efforcent-ils de démontrer que les religions sontinuliles, qu'elles n'ont et ne peuvent a voir aucune portée sociale, n'étant en fin de compte qu'une affaire de sentiment individuel, partant variable dans ses effets, dans son influence: la majorité des croyants repousse obstinément cette opinion comme sophistique, paradoxale, dan? gereuse, et cette majorité est au nombre des sceptiques à peu prés comme cent mille est à un

C'est donc avec la conviction profonde de son utilité et de son opportunité que je lance ce travail sur la mer orageuse de la publicité, comme un solide et robuste vaisseau capable de résister à ses tempêtes, et dont la bannière éclatante, toute vieille qu'elle est (celle du théisme, base première de toute religion), sera saluée avec sympathie (j'en ai le ferme espoir) par les vrais savants et par les gens de cœur. Puisse-t-il remettre en lumière cette belle doctrine, maintenant trop oubliée, qu'enseignait, il y a déjà près de trente ans, à l'École normale, un des plus illustres professeurs de V\]ms(ixû{k: Que t athéisme est impossible y que

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pour rejeter la croyance en Dieu, il faudrait refuser indistinctement sa foi à toutes les vérités^ et que, loin que les sciences détruisent la religion, elles sont au contraire comme autant de temples où* Ion rend un culte à Dieu, qui est le centre, la source de toutes les vérités, la base au-dessous de laquelle on ne trouve plus rien. (Consii), Leçons de philosophie.)

Qu'au seul mot de religion que je viens de répéler, el qui leur est anlipalliiqne, les modernes continuateurs des Lamellrie, des Helvélius, des d'Holbach et tous les êtres déclassés ou pervers qui révent la reprise prochaine de l'œuvre sanglante de Marat, ne se croient pas dispensés de me prendre au sérieux, et se bornent à me signaler comme un jésuite, un clérical, un bigot\ A la fois historique, philosophique el médical , mon livre est sans doute aussi mon acte de foi religieuse, rexpression de mes croyances les plus chères; mais cet acte, celle expression, personne ne me les a dictés ou commandés; leur caractère libre, spontané, volontaire, ne peut pas être suspecté un seul instant, et c'est là surtout ce que j'ai à cœur de bien établir dans cet avant-propos, afin de donner plus de force à la thèse que je viens soutenir sur l'existence de Dieu et sur l'immortalité de l'àme, thèse qu'aucun culte, qu'aucune secte, quels qu'ils soient, ne penseront à contredire.

» Aujourd'hui on con-^idèrp comme tels, quiconque emploie dans se> discours ou dans ses écrits les mots de Dieu, de Providence, de cause finale, etc. ; tandis qu'on qualifie d'illustres, déminent-;, de sublimes. de> hommes sans mérite avéré ou reconnu, par ce seul motif (pi'ils sont matérialistes et athées.

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En rappelant ainsi la tîiclique à laquelle recourent d'habitude les athées pour en finir plus vite avec les œuvres qui les gênent, et en reproduisant les qualifications dont ils aiment à gratifier leurs auteurs, je ne voudrais pas du reste qu'on pût supposer que j'en approuve l'esprit; loin de là! Avec la franchise qui me caractérise, je tiens au contraire à ce que l'on sache bien que, ami de la controverse en ma qualité devrai libre penseur Je la respecte partout oh je la rencontre, parce que je la crois utile à la vérité, et que conséquemment je ne m'associe en rien aux sentiments haineux des novateurs envers l'épiscopat catholique. Loin de là, j'estime qu'il s'honore à cette heure aux yeux du monde, en opposant son influence, avec l'unité qui le dislingue, au système effrayant de la négalionv de Dieu et de l'irresponsabilité humaine, que l'on s'efforce d'introniser parmi nous, afin d'arriver en même lemps au règne de la force brutale, et à la suppression peu rassurante du code pénal. Je ne suis (personne ne l'ignore) ni le familier du clergé catholique, ni son mandataire, ni son organe scientifique, je ne tiens à lui par aucun lien secret; mai^ en bon citoyen je m'unis de tout cœur à son énergique opposition contre le matérialisme. Loïmophobe* par nature (je l'ai suffisamment prouvé, je crois, dans le cours de ma carrière), je me plais à proclamer en toute occasion que, parmi les nombreuses pestes dont Thumanilé doit se garder avec soin, aucune n'est pluseffroya-

• Loïfuophobe, celui qui a horreur de la peste.

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ble que Vathèisme, qui s'altaqne à la fois à la vie morale et à la vie physique des peuples; accorder mon faible appui et mes vives sympathies à quiconque s'efforce d'arrêter un pareil fléau, me semble donc une bonne action que je dois me hâter d'accomplir sans regarder en arrière.

Du reste, si j'étais yVs«t7^ ou clérical, ce serait, à coup sûr, parce qu'il me plairait de l'être, et, dans ce cas, je ne verrais pas plus de difficulté à le déclarer ici que n'en voient les positivistes eux-mêmes à professer publiquement leur athéisme. Le premier devoir d'un homme libre, qu'il décline^ ou non toute parenté avec les brutes en général et les singes en particulier, n'est-il pas d'avoir le courage de ses opinions, de respecter l'antagonisme, le droit de libre examen, et de se garder avec soin des palinodies? Quant à moi, j'eus toujoursces dernières en singulière aversion, et ne possédant aucune des qualités qui font les renégats, je soutiens depuis longtemps, avec un philosophe célèbre : qu'on s'honore toujours en confessant sa foi et ses croyances avec franchise, en déclarant nettement ce que l'on regarde comme une vérité importante, alors même qu'on n'est pas certain d'une approbation et quand même on ne saurait éviter certains

ennuis.

Tels sont mes sentiments, ceux de ma vie entière ; je

les ai toujours professés à titre onéreux ; je me félicite de

pouvoir les formuler encore une fois ici en face des athées

du xixe siècle, et j'espère bien ne m'en départir jamais !

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