LBS INCONVÉNIENTS DE LA LAITUE
 Finstant où Eg-Antenouen et Bou-Djema se Couvèrent face à face, il me sembla surprendre chez le Targui comme chez le Chaamba un très* isaillement» aussitôt réprimé de part et d'autre^ Ce ne fut» je le répète, qu'une impression toute fugitive. Elle suffit, néanmoins, pour me donner la ;résolution d'interroger d'un peu près, dès que nous serions tous deux seuls, mon guide sur notre nouveau compagnon.
Ce début de journée nous avait assez fatigués. Nous décidâmes donc de la terminer là, et même de piasser la nuit dans la grotte, afin d'attendre 3a complète décrue.
Au réveil, tandis que j'étais en train de repérer sur la carte notre itinéraire de la journée, Morhange s'approcha d,e moi^ Je remarquai son air un peu gêné« -
— Nous serons dans trois jours à Shikh-Salah, — lui dis-je. — Peut-être même après-demain soir» pour peu que nos chameaux marchent bien.
— Nous allons peut-être nous séparer avant, — articula-t-il.
— Comment cela?
— Oui, j'ai modifié légèrement mon itinéraire^ Je n'ai plus l'intention de marcher directement sur Timissao. Auparavant, je serais heureux de pousser une petite pointe à l'intérieur du massif du Hoggar.
Je fronçai lé sourcil :
— Qu'est-ce que cette nouvelle idée?
En même temps, mes yéîax cherchaient Eg- Anteouen, qu!é, la veille et quelques instants plus tôt, j'avais pu voir s'entre tenant avec Morhange. Il était en train de raccommoder placidement une de ses sandales avec du fil poissé donné par Bou-Djema. Il ne releva pas la tête.
— Voici, — expliqua Morhange, de moins en moins à l'aise» — La présence d'inscriptions analogues m'est signalée par cet homme dans plusieurs cavernes du Hoggar occidental. Ces cavernes se trouvent à proximité du chemin qu'il a à faire pour rentrer chez lui. Il doit passer par Tit, Or, de Tit à Timissao, par Silet, il y a à peine deux cents kilomètres. C'est un parcours quasi classique^, de
1. La rowt.e et les étapes de Tit à Timissao ont été en eifet repérées, dès lS8o, par le capitaine Bissuel, Les Toumteg de VOuest, itinéraires 1 «t 10,<Note de M. Leroux.)
moitié plu« court que ^seLuî que j'aiRi»^ ji iftire ^}û, <iuaiid Qou« JEiou« s9«'ions quîtbé» die Sbildi- 3^9lah à TJwJussao. Vous voyciz» p'^si «u^sjL lia pçu la raison x{ai Joie pousse ju».
— Un peu ? Très peu, — répliquai-jfi^ ^— A$4^ votre parti est-il absolument arrêté?
— Il l'est, — Jcnç fut-il réponda.
— Quand 4^oxnptez-¥ous me quitter?
— J'auriais iutérêt à le Caire aujouixil^^i mèpm^ Xa route par lamelle Elg-Auteoueu oompte pé9d* trer dans le Hoggar coupe celle que voilJL «à^eaTirpa quatre lieues d'ici. J'ai mèsnjd, à 'Çe pr^opp^, pne petite requête h tous adres^r,
> — Je vous en prie,
— Ce serait, mon couipagnton Tar^^ ^JABt perdu le $leo^ 4e nie laissier un de§ deu^ «^b^iBpiewic ide charge.
— Le chameau qui porte vos hagagcf^i^WA appartient au même titras qu^ y^^tpe jn^^rif — xépondis-je froideujient.
Nous demeurâmes xjuelques iustdijits ^^sods parler. Moirhange gardait un silepce gêné^ Moi^ j'4ta» (^n train 4'e;s;a«iiiier ma carte. IJa peu pyartwt« mais surtout yer» le Swi, hs ré^^om iriej^lové^ du Hpggar y faisai^oM;» parim te l^isti:!^ des m^o^ ta^es suppasié.e^» de ^ombre^nes, ^ |G^p jppm^ ]%reuse9 taches J4wçb^
Je dis enfin :
— Vous me donnez votre parole qu'après avoir v^ I3es tsmmimt groHeSs vous raHU^^oE tFtadç^o
j^'axlanticxe Mi
— Pourqujoi une* ieile question?
— Parce que» si vous we doane? œtte pitrc^e^ ^% pour pieju natiixelleiment que s^ ciompasnie ne yoQâ «oit pas 4^$i^able, je ¥au$ ^ecoiup^gaerai. J^ n'en sfiii plus i deux ^cents kilou^tne^ près. Je aaUierai Shikb^^Salab par I^ mfi, 9Xi tie«i 4^ le rallier par l'ouest» voilà tout.
Morhange jx» regarda avec émc^ioA.
— Pourquoi faites-vous <5ela? — jparmtir'at-tt.
-^ Mon cher ami, — c'était la première fois que je donnai ce nom à Morbajo^, -^ m«i x^er ami» j*ai uu sens qui prend dans le désert une merveilleuse acuité, le sens du danger» Je vous «n ai donné un petit e^e^ple hier matin, au moment de Forage. Avec toute votre science rupestre, vous me paraissez ne pas vous faire une idé» très mette 4e ce qu'est le Hoggar, ni 4es nenccmtres qu'on y peut fair«. Ceci pp^, j*aini« Autoni Xbe pas vous laisser courir seul au-4evaat d^ i^^*taiiis risaues*
-r- J'ai jm gvAi^0 '^ flt-il ave^ s<m ad^afete naïveté.
Toujours accx^upi^ Eg^Auteoue^ -eootiunaît 4t ^rapetasser sa savate.
M n sa r chai vers lui*
-<- Tu an «otendja ce m^ je vmus 4^ dire «m îM^pitaiu^?
«^ Omî. — répondit 1^ Tarigui av»e calfue.
«-**- ^ rMConipagne. Noi^s te quitteirpns à Tlt«
OÙ tu t'arrangeras pour nous faire àrri\^r §ânS encombre. Où est l'endroit où tu as proposé au capitaine de le conduire? ^y
— Ce n'est pas moi qui le lui ai proposé, c'est lui qui me Ta demandé, — fit remarquer froidement le Targui, — Les grottes où sont les inscriptions sont à trois jours de marche, au Sud, dans la montagne. La route est d'abord assez rude., Mais ensuite elle s'infléchit, et l'on gagne sans peine Tîmissao. Il y a de bons puits, où les Touareg Taïtoq, qui aiment les Français, vont faire boir^ leurs chameaux.
— Et tu connais bien le chemin?
' Il haussa les épaules. Ses yeux eurent un soufre méprisant.
— Je l'ai fait vingt fois, — dit-il,
— Eh bien, alors, en avant.
Pendant deux heures, nous allâmes. Je n'échangeai pas une parole avec Morhange. J'avais l'intuition nette de la folie que nous étions en train de commettre en nous risquant avec cette désinvolture dans la région la moins connue, la plus dangereuse du Sahara. Tous les coups qui, depui« vingt ans, travaillent à saper l'avance française sont sortis de ce Hoggar redoutable. Mais quoi! c'était de plein gré que j'avais apporté mon adhésion à cette folle équipée. Je n'avais plus à y revenir., A quoi m'eût servi de gâter mon geste par une apparence continuelle de mauvaise humeur? Et puis, il faUait bien me l'avouer, la
tournure que commençait à prendre notre voyage n'était point pour me déplaire. J'avais, dès cet instant, la sensation que nous nous acheminions vers quelque chose d'inouï, vers quelque monstrueuse aventure. On n'est pas impunément des mois, des années, l'hôte du désert. Tôt ou tard, il prend barre sur vous, annihile le bon officier, le fonctionnaire timoré, désarçonne son souci des responsabilités. Qu'y a-t-îl derrière ces rochers mystérieux, ces solitudes mates, qui ont tenu en échec les plus illustres traqueurs de mystères?... On va, te dis-je, on va.
— Etes-vous au moins bien sûr que cette ins- . cription possède un intérêt de nature à justifier ce que nous allons tenter? — demandai-je à Morhange.
Mon compagnon tressaillit agréablement. Je compris la crainte où il était, depuis le départ, que je ne l'accompagnasse à contre-cœur. Du moment où je lui offrais l'occasion de me convaincre, ses scrupules n'existaient plus et sori triomphe lui paraissait certain.
- — Jamais, — répondit-il d'une voix qu'il voulait mesurée, mais sous laquelle perçait l'enthousiasme, — jamais une inscription grecque n'a été (découverte sous une latitude aussi basse. Les points extrêmes où elles ont été mentionnées appartiennent au sud de l'Algérie et de la Cyréhaïque. Mais au Hoggar! Rendez-vous donc compte, n est vrai que celle-ci est traduite en
Caractères tifiaar,^ Mais cette particularité ne diaiir no» pas rintérét de la chose : elle l'aocr^^
•~ A votre avis> qtiel est le sema de ce mot? - -— Autinéa ne peut être qtt'un nom pvopFe, -^ dit MoiikajQ^e. — A <|iii s*appliq«te4412 J'av^me ngaorer» et si,, à l'heure aetuelte» je marche vers le Sud en vou& y eatrsâjaâAt«. c'est que je compte aiir un supplément d^iaformatkms. Soa élymo* logk? Il n'y en a pas une, il y en a trente possibèes. Songez bie» que Pa^àbei tiftnar est hna de oaidrer avec Talpbabet grec^ ce qui ionaltîplie ka hypothèses, youlez-vous que je vous en aoumeifae quelques-unes?
«<^ J'allai» voQS^ en prier.
— Eh bien, >l y a d'abord 'owrC et v«tt4r '»
femme qujt est placée en foce dm vaàsstmu^ explication qui eût bien plu à GafFarel et à moi» vénéré maître BerUcmx. Ceci a'appliipiieraii aase^ aux îQgures sculptées k Tavant des Bavirea. Il y a ua nom techniqtse que je ne retrcmveraîs pas en eè moment», même si Von me dosma£k cent einciaanta GMips de bâton K
c< Il y a ensuite 'onrTfiwi% (|a'iL faudrait, rattacher Tf '«vt£ et vcuiç, éellè qui. se tient dewmt H vodç, le va«fe du tempfe,- èeUê f mB est Im fcù^ë du ^anù* taaîpe, la prêtresse par conséqxisaut Interprétar-^ tfên qui charmerait dé tooH pomt GiiOErd et BenaoL
î. H /est peut-être bonr âe TappeâJer ic$ qiie> Ub. Figarmij (itt ]^oua8 sonjy préeiaômemt 1« titne d'im très. cemaxoiuiUo.' recneiL poétique, de Mme Deïarue-Mîardrus. (Note &• *' I^aroux.)'
v>^ U y a. enssiite 'av^Cvéûi, de. Vi* ^ vl^ç, nc«/', ce qui pciut sigaâitei: <Jsux eh4?§ea : ou celles qui est le çoRtraire de jeune, ©.'est-àndiTa vieille; oa oetle qid estf V ennemie dbe. la nouvecoht^ ou Uennes^ki^ de la jeunesse,
« Il y a encore un autre sens de 'ttvT{, en èehange de, qui survient à propos pour compHqueF \q% possibilités ci-desus; il y a également quatre sens au verbe veo) q^î signifie tour à tour aïter-, couler, filer ou tisser, amonceler. XI y a de pliîs.., Et remarquez qup je n,'ai à n^a dîsçositioi^, sur la bosse d'ailleurs çonforta^lç de cç ^l^^ha^î, ni le grand dictiopnaire d'Estienne, ni les lexiqi^es de Passow, de Pape pu dç Liddçl-Scott. Ceci yniq^uement, mon cher ami, pour vous prouver cQmMen répigraph\e est sciçuce relative toujours, (subordonnée à la découy^rti? di'up, tex,te upuyq^,i|, qui contredit les, données aiitériç^rç^ qv^n(i elfë ii*est pas à la merci des h.w»eiirs (Jçs épigr9,pfeî.ste% et de Içurs çoïicç^tioAs. çartiçulièrçs de l'univei 5i "
^— C'ç^t UA pçu WPn 9.vî^» — éisr'l^, — Mg •laissez-moi m'étonner qu'avec une \nii i^vs^^ sceptique' d<çs buts que vp^a pp^^rç^îye?:, vous n'hésitîe? p^s à affronter des risqijjes, qi^î; pçi^vçnj; être assez grands.
Mofbange eint un p^ saurijce.
1. Le capîtaîne Morhan^e semble avoir oublié dans cette énamQPaUon, par enâvoit& l^taisiste, Vétyp^ologle'AvQfveQu forme dialectale dorienne de 'AvÔivïIj, 4«/ÀnÏW, /««wf. «^ qui signifierait gui est en fleur. (Note de M- Leroux.)
— Je n'interprète pas, mon ami, je collige^ De ce que je lui rapporterai, Dom Granger a la science qu'il faut pour tirer des conclusions qui échapperaient à mes faibles connaissances. J'ai voulu m'amuser un peu. Pardonnez-moi.
En cet intants la sangle d'un des chameaux de charge, sans doute insuffisamment serrée, tourna. Une partie du chargement bascula et tomba à terre.
Déjà Eg-Ânteouen était descendu de sa bête et aidait Bou-Djema à réparer le dommage.
Quand ils eurent terminé, je fis marcher mon méhari à côté de celui de Bou-Djema.
— Il faudra mieux sangler les chameaux, à la prochaine halte. Ils vont avoir à marcher en montagne.
Le guide me regarda avec étonnement. Jusquelà, j'avais jugé inutile de le tenir au courant de nos nouveaux projets. Mais je me figurais qu'Eg- Anteouen l'en aurait informé.
— Mon lieutenant, la route de la plaine blanche jusqu'à Shikh-Salah n'est pas montagneuse, — dit le Chaamba.
— Nous ne prenons plus la route de la plaine blanche. Nous allons descendre vers le Sud, par le Hoggar.
— Par le Hoggar, — murmura-t-il. — Mais ^^ Mais quoi?
• — Je ne connais pas la route.
— C'est Eg-Anteouen qui nous conduira"j^
— Eg-Anteouen!
Je regardai Bou-Djema, qui Tenait de pousser cette exclamation sourde. Ses yeux se portèrent avec un mélange de stupeur et d*eflfroi sur le ^arguî. >
Le chameau d'Eg-Anteouen cheminait une dizaine de mètres en avant» côte à côte avec celui de Morhange. Les deux hommes conversaient.
Je compris que Morhange devait entretenir Eg-Anteouen des fameuses inscriptions. Mais nous n'étions pas si en arrière qu'ils ne pussent entendre nos paroles.
De nouveau, je regardai mon; guide. Je le vis blême.
— Qu*y a-t-il, Bou-Djema# qu'y ia-t-il? — demandai- je à voix basse. r
— Pas ici, mon lieutenant» pas ici, — mS^« ioaura-t-il.
Ses dents claquaient. II ajouta, comme dani un souffle T
— Pas ici. Le soir, à la halte, lorsqu'il sera tourné vers l'Orient, en train de faire sa prière, quand le soleil disparaîtra. Alors, appelle-moi près de toi. Je te dirai... Mais pas ici. Il parle, mais il écoute. Va-t'en. Rejoins le capitaine.
— En voilà bien d'une autre, — murmurai-jé, pressant du pied le col de înon méhari pour ratjtraper Morhange.
II était environ cinq heures du soir, lorsque Eg- Anteouen, qui allait en tête, s'arrêta.
— C'est ici, — dit-il, mettant pied à terrÇj
L'endrctt ôtaît sinistre et be&a. A notre gauche, uliè fMrta9liqn« imiràille Ae gratrit <iéeoi^)ait son 'Wêffe igH^ Âfir le câçl rduge. -Cette muraflle était, de haut en bas, fendue par un couloir sirtueu^^ hsîut de miUe pieds peut-^tfre, -d'iine largeur {)iarf èis à j|)eihe suffisante po»r baisser Jmsser trois ch&^AiéâtiiK 'de frofit.
-^ €»est ici, -^ Tépita ié l^rgHÎ.
Vei«s l'Ôftest, éttAt devant nous, 'dans la luiliièrè d«L *4i;eudliatiU la )piste q>ne nou^ allions cfnitter déroulait son ruban pâle. La plaine ^blanche, Ift l^oCitè de Srhikh-SalHh, les haltes sûres, les pcfits iconnus... Et, du côté opposé, cette muraille noire Tïtïr iexièl ^auYë, ce couliïîr soniibrfe.
Je regardai Morhange.
-^ Arrêtons^nous, '"^ dît-il 8Tii\plèment» — Eg-Anteouen nous conseillé de refaire an grand ^ôîÉeplèt notre ptovisioh d^eau.
D'un commun accord, nous décidâmes dé passer tla ôuît là, -«vantée nous ehgager d£ttis«la montagne.
Il y fixait fitie «ource, darts vtnè cuvette téné»- «bfi^uise, où tombait -une 'belle ^petite cascade; ^^ilelquiës Arbu^sles, cfuelques iplarites.
Déjli, tes ehaÊieaù:K, & VetUrme, *s'ét»ient 'mii^ ♦à ttfoMer*
'Bdti^ïj ema déposait stir une lgi»o^e pierre ;»plate notre couvert de campagne, gobelets, assiettes d'étain. Une boîte de conserve ouverte par ses i^in]5 fut ^placée à côté d'un (plat de laitue <ju'il venait de cueilKr ^ur lèis ^bol^ds ^bttmides ^e la source. *Je "Voyais, «^Ux /gestfes saccadés ^vec les-
qetti^ %i 'Sisposâil Sfset la roche oes aiTçrs ^objets, combien smi ttofiûAe était grand.
A fiai mottt'eiA ^41 s'était *p«nché vers imoi pour me tendre unie assiette, fl me nSisigna û*nxt geste le lugethre -conidkr ^énëbreia. où nous allions nous etS&ËLCier.
— - Blùd-tehKh^nfl — nmmrara-t-îl.
*— Que «dit-îl? — d!emanda MoAaaige, qtti avift surpris sem gei^e,
— ©lad^el-Kfcottf • Voici le pay^ âe la pear.^ C?est ainsi que 3es ÀTaibes appeïterft ie Hoggar.
Bou-Djema ëtaît •r'evenu ^asseoir à l'écart, -nous laissant à neutre ftiw. Accroupi, il He mh à manger quelques feuilles de laitue, qu'il avait réservées pour hii.
tJg-Anteouen ^êtait immobile.
Totît à .cotip, le Targui sel^^ra. Le soleil à TGuest n^était phis qiPun tison Touge* Nou3 vîmes «J^ 'Ânteoti^n ^^lapprocher de la forttarne, étendre à 'terre son ^btn'nous bleu, i5*agen©mller.
— Je ne croyais pas les Touareg ^si TespectueuK de la tradition musulmane, — dit Morhange.
-— Moi non plus, — ^dis-^e pensivement.
Mais j'avais ^utre ^hos^e à ^f aire, en cette ^nii- ^ùte, qù*à ni'étonner.
— Boiî-Djema, — appelài-je.
^n 'mSme temps, je Tegarflai ^Eg-Anteouen
Absorbé dans sa prière, ^tourné "vers l'Ouest, î
ne m'accordait visiblement aucune attention. î
têtâit "Cn tfaîn de se prosterner, lorsque, à voii
";i^us forte, je icrîai denouveati.
JQ4 L' ATLANTIDE
— Bou-Ujema, viens avec moi vers mon mëEàfl, l'ai quelque chose à prendre dans la fonte.
Lentement» posément, toujours agenouillé* Eg* ^nteouen murmurait sa prière.
Bou-Djema» lui, n'avait pas bougé.
Seul» un gémissement sourd me répondit.
Morhange et moi avioi;is immédiatement sauté [iftir nos pieds et couru auprès du guide. Eg-Anijteouen y parvint en même temps que nous.
Yeux clos, extrémités déjà froides, le Chaamba Jrâlait entre les bras de Morhange. J'avais saisi mne de ses mains. E^-Anteouen avait pris l'autre* Chacun avec nos moyens, nous nous efforcions de idevîner, de comprendre...
Soudain, Eg-Antouen sursauta. Il venait d'apercevoir la pauvre gamelle bosselée que l'Arake tenait, une minute plus tôt entre ses genoux, e|~ «qui, maintenant, gisait à terre, renversée.
Il s'en saisit, écarta, les examinant rapidement Tune après l'autre, les quelques feuilles de laitue qui y restaient encore, et poussa une rauque exclax^ation.
— Bon, — murmura Morhange, — au tour de celui-là maintenant, va-t-îl devenir fou!
L'œil fixé sur Eg-Anteouen, je le vis sans mot dire se précipiter vers la pierre où était disposé notre couvert; une seconde après, il était de nouveau à nos côtés, tenant le plat de laitue auquel nous n'avions pas encore touché.
Il prit alors dans la gamelle de Bou-Djema une feuille verte et charnue, large et pâle, et la rappro-
'çksi d'une autre feuille qu'il venait de saisir dans notre plat, à nous.
-^ Afahlehlél — dit-il simplement.
Un frisson me secoua, ainsi que Morhange — c'était donc là l'afahlehlé, le fale$iez des Arabes sahariens, la terrible plante qui avait frappé de mort, plus vite et plus sûrement que les armes touareg, une partie de la mission Flatters.
Eg-Anteouen était maintenant debout. Sa haute silhouette se profilait en noir sur le ciel devenu tout à coup d'un lilas très pâle. Il nouft regardait.
Et, comme nous nous empressions auprès du ^Milheureux guide :
— Afahlehlé, — répéta le Targui en secouant la tête.
^Bo«-Djema mourut an noUtoii de la nuit, sans javoir reprit connaissance.
trîTAPITRE Y.n