PUISSANCE DU VENT
muraille de 1 mètre et demi d'épaisseur, c'est-à-dire que le souffle d'air en mouvement avait une force ^le à celle d'un canon de 6. A Saint-Thomas, en 1 837, la forteresse qui défend l'entrée du port fut démolie comme si elle avait été bombardée. Des blocs de rochers ont été arrachés du fond de la mer par 10 et 12 mètres d'eau et lancées sur la plage. Ailleurs, de solides maisons, déracinées de leurs fondements, ont glissé sur le sol en fuyant devant la tempête. Sur les bords du Gange, sur les côtes des Antilles, à Charlestown, on a vu des navires échouer loin de la côte, en pleine campagne ou dans les bois. En 1 681 , un bâtiment d'Antigua fut même porté sur les falaises jusqu'à 3 mètres au-dessus des plus hautes marées et resta comme un pont entre deux pointes de rochers. En 1825, les navires qui se trouvaient dans la rade de Basse-Terre disparurent, et l'un des capitaines, heureusement échappé à la mort, raconta que son brick avait été aspiré par l'ouragan, soulevé hors de l'eau, et qu'il avait pour ainsi dire « fait naufrage dans les airs. » Des meubles fracassés et quantité de débris enlevés dans les maisons de la Guadeloupe furent transportés à Montserrat par-dessus un bras de mer de 80 kilomètres de large, etc. Dans la tempête qui sévit sur la Manche le 11 janvier 1866, on a vu, sur la digue de Cherbourg, des pierres de 2 à 300 kilogrammes, formant l'extérieur de l'enrochement, lancées par les lames par-dessus le parapet, à plus de 8 mètres de hauteur. Mise en fureur par les vents qui la bouleversaient^ la mer lançait, dit le vice-amiral La Roncière le Noury, des lames qui, frappant le fort, s'élevaient à 60 mètres de hauteur. . . . Nous développerons ces effets formidables tout à l'heure au chapitre des Cyclones.
Pour expliquer ces phénomènes, il n'y a qu'une seule difficulté, celle de savoir comment l'air a pu recevoir dans l'atmosphère une si prodigieuse vitesse ; car, cette vitesse étant donnée, les actions mécaniques les plus étonnantes en deviennent les conséquences nécessaires. C'est du gaz en mouvement qui chasse le boulet du canon, et qui lance dans les airs des quartiers de roches, lorsqu'une mine fait son explosion. On peut traverser une planche de chêne de 2 centimètres d'épaisseur avec un bout de bougie mis en place de balle dans le canon d'un fusil : la force du projectile n'est due ici qu'à sa vitesse ; c'est une. expérience que j'ai faite plusieurs fois; il faut tirer perpendiculairement à la planche, et presque à bout portant.