PLUIES FERTILISANTES
dre ; mais si au contraire ces ressources sont employées à créer de nouveaux éléments de production^ à rétablir Téquilibre des richesses, à détruire la misère en activant et organisant le travail, à guérir enfin les maux que notre civilisation entraîne avec elle, alors certainement Timpôt devient pour les citoyens, comme la dit un jour un ministre à la tribune, le meilleur des placements. » {Extinction du paupérisme y 1844, chap. i.)
Ainsi parlait le candidat au trône de France lorsqu'il était encore sous les verrous du fort de Ham. En attendant qu'une république intelligente et forte réalise ce beau rêve, gardons toujours la comparaison très-judicieuse que nous venons de reproduire, et apprécions-en la réalité sans sortir du sujet môme qui l*a inspirée.
La pluie, en effet, verse le bien ou le mal, la fécondité ou la stérilité, l'abondance ou la misère. Elle couronne dignement le travail du cultivateur, ou bien elle le paye d'ingratitude et trompe ses plus chères espérances.
Ce n'est pas seulement par Thumidité qu'elle répand dans le sol que la pluie alimente les végétaux; elle leur apporte avec elle une certaine quantité d'ammoniaque d'où ils tirent de l'azote, gaz indispensable à leurs progrès ; elle introduit avec elle, dans la terre végétale, le détritus des animaux et des végétaux, qui se consument sans utilité pour la végétation, dans les pays où il ne pleut pas; en humectant les engrais que le cultivateur enfouit dans le «ol, elle facilite leur absorption par les plantes ; enfin, il est probable que c'est par la décomposition de l'eau qu'ils aspirent, que les végétaux se procurent une grande partie de leur hydrogène.
L'ammoniaque si volatil qui existe constamment dans l'Atmosphère est ramené sur la terre végétale par les pluies, ei suitout par les pluies d'orage qui constituent aussi un puissaoi moyen d'engrais. Un litre d'eau de pluie contient en moyenne 8 dixièmes de milligramme d'ammoniaque : c'est quatre fois el demie plus que l'eau de rivière n'en contienti et neuf fois plus que l'eau de source et de puits. La faculté que possède la terre v^étaie de fixer l'ammoniaque de l'eau qui la pénètre explique du reste comment en général les eaux de source en sont privées. Quelque minimes qu'elles soient, ces quantités d'ammoniaque finissent cependant par être considérables'* Ainsi, par exemple, le Rhin -débite à Lauterbourg 1106 mètres cubes d'eau par seconde en
1. En évaluant la quantité d'ammoniaque à 136 millièmes du poids de Tair, on calcule que l'air qui recouvre chaque hectare de terrain pesant 103 329 858 kilo- ' grammes, conUent, prêt à être déposé, 137 439 kilogrammes d^ammoniaqtiê.
moyenne; par jour il n*entratne pas moins de 17000 kilogr. d*animoniaque, c'est-à-dire plus de 6 millions de kilogrammes par an. Lia neige renferme encore plus d'ammoniaque que Teau de pluie^ parce qu'en restant h la surface du sol elle absorbe celui qui s'en dégage ; on lui trouve parfois jusqu'à 1 0 milligrammes par litre lorsqu'elle a séjourné. Le brouillard en contient en proportions plus considérables encore^ car M. Boussingault a trouvé jusqu'à 2 décigrammes de carbonate ammoniacal dans 1 litre d'eau provenant d'un fort brouillard odorant. Pour en revenir à la pluie^ il est utile d'ajouter que les premiers instants des averses sont ceux qui rendent à la terre le plus de sels volatils^ comme on le devine facilement^ puisqu'ils le puisent dans l'air; plus la pluie est longue et moins elle en renferme proportionnellement. Ainsi; un demi millimètre de hauteur d'eau a donné en moyenne 2,94 milligrammes d'ammoniaque; 1 millimètre en a donné 1,37 ; 5 millimètres 0,70; 10 millimètres 0,43; 20 millimètres 0,36 par millimètre.
Rendons-nous compte maintenant de la marche des eaux pluviales à la surface du sol. Ou le terrain est perméable ou il est imperméable. Dans le premier cas, l'eau .pénètre plus ou moins profondément et imbibe la terre comme une éponge. Dans le second, elle pénètre à peine, ne mouille que la surface, et glisse suivant les pentes en inondant tout sur son passage. Les terrains perméables toutefois ne s'imbibent pas jusqu'à une grande profondeur, car une grande partie de l'eau tombée dans les fleuves se vaporise de nouveau ou descend obliquement pour glisser suivant les pentes. Il faut plus d'une journée de pluie continuelle, dit M. Rozet, pour mouiller à 2 décimètres le sol arable cultivé de la Touraine; et après les plus grandes pluies continuées pendant plusieurs jours de suite, le sol n'est pas mouillé au delà de 1 mètre. Les réservoirs souterrains qui criblent la terre de conduits d'eau semblables à des veines ne proviennent pas des eaux pluviales qui ont traversé les terres, mais de celles qui, tombées sur les rochers, passent entre les fissures des pierres sans être absorbées.
Le régime des cours d'eau est bien difiTérent, suivant qu'ils coulent sur des terrains perméables ou sur des terrains imperméables. La Seine et la Saône, par exemple, ont un cours lent et tranquille; leurs eaux montent lentement et descendent plus lentement encore; car les terrains de leurs bassins sont perméables dans presque toute leur étendue. La Loire au contraire est un fleuve essentiellement torrentiel dans toute sa partie supérieure où les terrains imperméa-
blés par nature ou par position l'emportent beaucoup sur les terrains perméables. Toute la réj;ion nord-ouest de la France présente une liomogénéilé de climat remarquable; le bassin de la Seine en particulier est soumis tout entier aux mêmes inlluences atmospbérîques sous le rapport de la pluie. II en résulte que le niveau de tous les cours d'eau monte et baisse aux luèmes époques et que, suivant l'expression de M. Bclgrand, on peut pi-évoir une crue d'un ruisseau du jMorvan au moyen d'observations faites sur un ruisseau de Normandie. La Loire, lu Saône, la Meuse, la Seine entrent toujours en crue en mt^uie temps jiendant la saison liumide. Pendant la saison sèciic les pluies sont ])lus locales, et les crues qu'elles produisent sur un bassin peuvent manquer enlièrcment sur un autre.
l'our mesurer la liauleur des eaux, on a coutume de placer aux piles des ])onts des écbdles métriques i^raduées de bas en haut.
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Le point de départ ou zéro de ces échelles se place, en France, au niieau des eaux prises à l'épiHpio des plus grandes sécheresses coniuics : c'est ce que l'on nomme l'éliageou niveau des plus basses eaux; d'été, (^c piiinl n'est ])as rigoureusement fi\é, et il n'est jias très-rare qu .'i Paris par exemple les basses eaux desceudcnl au-dessous. L'étiaiie ionne la base de l'échelle du pont de la Tournelle; au Pont-lloyal, le zéro se trouve 60 centimètre audessus.
La hauteur moyenne di' la Suine à Paris est de 1^,'M; celte hauteur s'élè\c en moyenne, en hiver à 2"' ,01, au printemps à 1"',r>l, en été à 0"',G5, et en automne à O^jS'î. Les plus basses eaux de la Seine depuis un siècle ont été celles du IS seplenibrc 1803 : 21» centimètres au-dessous de l'étiage. Les plus hautes ont été celles de ISO-> : 7"', '!.■>, et de 1836 : G"',W. Son volume d'eau est en moyenne de '2ïiO mètres cubes par seconde;
à Tétiage^ il est réduit à 75 ; il s'est élevé à 1 400 à la plus grande crue connue^ celle de 1 61 5^ à 8™^4 de hauteur. Les inondations de la Seine étaient assez fréquentes pendant les siècles passés. La cause principale de leur diminution graduelle constatée vient de ce que le fleuve est aujourd'hui beaucoup mieux tenu qu'autrefois et que les débris qui Tencombraient ont disparu. Les ponts sont plus larges^ et tandis qu'autrefois leurs arches étroites formaient de véritables barrages après les gelées^ aujourd'hui les débâcles s'opèrent sans dangers. A cette cause mécanique s'en ajoute une météorologique, c'est qu'actuellement le nord-ouest de la France est un peu plus sec qu'aux siècles précédents. De 1857 à 1866 la Seine est descendue tous les ans au-dessous de l'étiage.
Les inondations n'ont jamais d'autre origine que les pluies du ciel trop promptement écoulées dès qu'elles tombent, ou les fontes des neiges et des glaces lorsqu'elles sont à la fois très-abondantes et subites. L'eau qui tombe sur le bassin d'un fleuve étant forcée de s'écouler par lui à la mer, le fait déborder lorsqu'elle dépasse son lit. Le bassin de la Seine, par exemple, mesure 44 000 kilomètres carrés de superficie, et reçoit annuellement 28 milliards de mètres cubes de pluie. En enlevant 50 '/o pour l'évaporation, il reste 14 milliards de mètres cubes qui approvisionnent tous les cours d'eau de ce bassin pendant un an, et dont l'écoulement disproportionné amène les inondations.
On s'imagine en général que la masse d'eau qui tombe en pluies chaque année est insuflisante pour alimenter les vastes cours d'eau que nous offrent les divers bassins physiques qui partagent le globe. Nous savons dans plusieurs localités combien il tombe d'eau par an : en tenant compte de l'étendue de la contrée ainsi arrosée, on trouve beaucoup plus d'eau qu'il n'en faudrait pour alimenter les rivières. Du reste, l'évaporation des terrains humectés doit renvoyer immédiatement dans l'Atmosphère la majeure partie de l'eau qui tombe, et qui en général pénètre peu dans la terre quand celle-ci n'est pas très-sablonneuse ou caillouteuse. Cette masse d'eau, dont le poids mathématique confond Fimagination, reste donc toujours ballottée entre le sol et les hauteurs aériennes, tombant sans cesse en pluie pour remonter sans cesse en vapeur, retombant et remontant indéfiniment.
Admettons, ce qui reste sans doute au-dessous de la vérité, que l'ensemble des pluies annuelles sur toute la surface de la Terre formerait, autour du globe, une couche de 50 centimètres d'épaisseur, si les infiltrations d^un côté, si l'évaporation de Tautre ne