L'AIR, VÉHICULE DU SON
très-différents. Dans les ondes liquides les molécules sont alternativement soulevées et abaissées par rapport au niveau général^ mais elles n epi*ouvent aucun changement de densité ; ce changement est au contraire caractéristique dans les ondes sonores. Il y a toutefois dans ces deux phénomènes une circonstance commune importante à signaler. L'onde ne produit aucun mouvement véritable de transport; ainsi^ quand des ondes liquides se suivent^ si Ton observe un petit corps flottant^ on le voit alternativement soulevé et abaissé^ mais il conserve la même place à sa surface. De même dans les ondes sonores les molécules d'air exécutent des mouvements alternatifs dans le sens de la propagation du son^ mais le centre de ces mouvements reste invariable.
L'éducation scientifique doit nous apprendre à voir dans la nature l'invisible aussi bien que le visible; à peindre aux yeux de notre esprit ce qui échappe aux yeux du corps. Nous pouvons, avec quelque attention, nous former une idée vraie d'une onde sonore : voir mentalement les molécules d'air pressées d'abord les unes contre les autres, puis ramenées immédiatement après cette condensation, par un effet contraire de dilatation ou de raréfaction; nous nous représentons ainsi une onde sonore comme composée de deux parties : dans l'une, l'air est condensé, tandis que dans l'autre, au contraire, il est raréfié. Une condensation et une dilatation, voilà donc ce qui constitue essentiellement une onde de son. Mais, si l'air est nécessaire à la propagation du son, qu'arrivera-t- il lorsqu'un corps sonore, par exemple un timbre d'horloge, sera placé dans un espace vide d'air ? Il arrivera qu'aucun son ne pourra sortir de l'espace vide. Le marteau frappera le timbre, mais silencieusement. Le physicien Hawksbee démontra ce fait en 1705, par une expérience mémorable, devant la Société royale de Londres. II plaça une cloche sous le récipient d'une machine pneumatique, de telle sorte que le choc du battant pouvait continuer . de se produire après que l'air avait été épuisé. Tant que le récipient était plein d'air, on entendait le son de la cloche; mais on ne l'entendit plus, ou du moins il devint extrêmement faible, aussitôt qu'on .eût fait le vide. Voici un appareil qui^permet de mieux répéter l'expérience de Hawksbee. Sous le récipient B, pressé contre le plateau d'une machine pneumatique, se trouve un mouvement d'horlogerie A avec sonnerie. Le marteau est retenu par un encliquetage c. On épuise l'air aussi parfaitement que possible; puis, au moyen d'une tige g y qui traverse le sommet du récipient sans permettre à l'air extérieur de s'y intro-
dutre, oD lâche la détente d qui retient le marteau b. Le timbre a vibre silencieusement. Mais si nous laissons l'air rentrer dans le récipient; nous entendons immédiatement un son d'abord très-faible, qui devient plus fort à mesure que l'air devient plus dense.
A de grandes hauteurs dans l'atmosphère, l'inteaaite du son est notablement diminuée. Suivant les estimations de Saussure, la détonation d'un coup de pistolet au sommet du Mont- Blanc équivaut à celle d'un simple pétard ordinaire, au niveau de la plaine.
Puisqu'il est démontré qu'il n'y a pas de son daas le vide, des catastrophes épouvantables surviendraient à travers les espaces planétaires sans Fig. 41, que le plus léger bruit pût arriver jus-
qu'à la surface de la terre.
On a représenté le mouvement vibratoire de l'air comme une onde circulaire qui se propage dans tous les sens avec une égale vitesse, et va s'affaiblissant en raison de la distance. Où s'arrête, où s'éteint le son? Il semble que ce soit dans le point de l'espace où il cesse d'être perçu par le sens le plus délicat; on saitcombien cette limite varie chez les individus suivant l'organisation et les habitudes. Toutefois il n'est pas douteux que l'onde aérienne continue à se propager au loin, alors même que l'organe le plus exercé n'en a pas la sensation. Dans les lieui couverts d'uneaombreuse population, le bruit incessant entretenu dans l'air par tant de milliers de personnes établit des différences caractéristiques entre le jour et la nuit; ces bruits se croisent, se confondent, se propagent quoique d'une manière confuse, et dominent tout bruit particulier. Le silence est le compagnon des ténèbres et du désert. Pendant la nuit, rien ne diminue l'intensité du son, et l'oreille perçoit dans toute leur force le grondement de la tempête, le sifflement du vent, le mugissement des vagues, le cri perdant de l'oiseau sauvage et des bètes fauves; c'est alors aussi que naissent dans l'Âme timorée les craintes pusillanimes et les terreurs superstitieuses. Traversant par une nuit profonde les plaines de la Charente en ballon, le cours d'une rivière me paraissait aussi in-