XXXIII. — D'Alexandre Soumet
Toulouse, jeudi.
Vous VOUS êtes souvenu de la momie de Saint- Etienne (io3), aimable et bon Jules, vous n'avez donc pas peur des morts, comme Lénore? Il est vrai que ma course n'est pas rapide et que je n'ai pas de cheval noir ; si j'en avais un, c'est près de vous qu'il me porterait, près de Nina que je ne veux plus appeler un ange, puisque les anges n'ont pas de si beaux enfants. Demandez-lui si elle veut que je lui envoie mon épisode de l'enfant ressuscité ?
l'aube romantiquk io3
C'est un miracle de l'amour maternel et je l'ai cru
composer pour elle. La scène se passe dans l'église Sainte-Euverte, à Orléans (io4) :
Guidez-moi, dit la vierge, à son autel aimé,
Dans un cercueil où brûle un cierge parfumé
On y portait alors, la dépouille récente
D'un petit entant mort, depuis l'aube naissante.
Humble était le cortège, il ne se composait
Que d'une femme en deuil qu'un prêtre conduisait.
Des mauves d'un bleu pâle et de fleurs de murailles
De leur guirlande triste ornaient ces funérailles.
Car le printemps, si fier, au loin de ses couleurs
Dans ces murs assiégés, n'avait pas d'autres fleurs (405).
Je serais bien heureux si ce début inspire à M™* de Resség^uier l'envie de connaître le reste; mais je serai plus heureux encore si, en faisant parler une mère, je puis insérer dans mes vers quelques lignes de sa douce prose.
Aucun obstacle ne me retient loin de vous, mon cher Jules, si ce n'est une santé tout à fait perdue; ilmesemble que les bains m'ontfaitmal depuis que je les ai quittés, tout ce qu'on quitte fait mal.
Ah ! plutôt la mort dévorante
Que ces longs jours, flamme expirante,
Toujours prèle à s'évanouir.
L'on me donne, pour prolonger la mienne, des jus d'herbes, d'une amertume affreuse ; c'est cruel, si jeune, de boire à pareille coupe et il me prend quel-
Io4 l'aubb romantique
quefois l'envie de détourner la tête; mais quand je viens à songer que mes amis, que les personnes qui méritent de si heureuses destinées ont aussi leur part de souffrance, je m'apaise et je fais des vœux pour elles, du plus profond de mon cœur.
Vous souffrez, Jules, et cependant votre lettre est remplie d'aimables sentiments et de riantes images.
Adieu, mon ami, donnez à vos enfants de ma part des baisers que je rendrai de la vôtre à Gabrielle . Ce que vous me dites de M""® Amélie m'afflige ; mais on ne peut espérer pour elle d'autres biens que la fatigue et la douleur, et il faudra beaucoup de temps pour user la sienne.
Adieu. Le mot d'Aben Hamet (io6) est charmant.
Adieu Aben Hamet.
s[oumet].
Vous voyez, mon ami,, à quel point ma mauvaise écriture profane vos jolies plumes ; mais vous êtes le premier pour qui je m'en suis servi.
Que votre douleur ne vous rende pas sauvage ; l'égoïste est triste et il faut le fuir, n'est-ce pas, pour les autres.
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.Y-YA7r. — D' Alexandre Soumet.
J'avais espéré, cher Jules, aller vous porter moi-même ma réponse à votre billet si doux, si aimable et si bon. Mon voyage prolongé à Saint- Cloucl(i07) m'en a empêché. Les Enfants de France sont au Château, je ne sais si l'on a trahi le secret de mon érudition. Mais je ne suis encore que le bibliothécaire de l'innocence. Si vos jolis enfants n'avaient pas de si beaux yeux, je leur enverrais un petit ouvrage destiné aux aveugles qui m'a paru charmant, je le garde pour eux, lorsqu'ils viendront visiter Saint-Cloud : le Livre des Colombes et le Hemopligose d'Alibert; quant à vous, cher ami, nous vous aurions déjà envoyé notre premier n» sans les désertions que nous avons subies ; l'un de nos rédacteurs en chef, Lamartine, part pour aller faire le tour du monde. C'est une grande perte, sans doute; mais, comme nous ne sommes pas comme Rachel et que nous voulons être consolés, nous mettrons, si vous y consentez, votre nom à la place du sien. Nous devons avoir une réunion mardi ; je vous instruirai du résultat. Nous nous adresserons à Nina pour être bien assurés de votre constance et de [votrel ministère, après la désertion de Lamartine; car, si vous manquiez jamais à mon amitié, je n'essayerais pas de vous remplacer. Mille tendresses.
SOUMET
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L AUBE ROMANTIOUK