‹ L'aube romantiqueChapitre 29 sur 144 · XLIX. — De Belmontet{iZk · texte numérisé non relu

XLIX. — De Belmontet{iZk

Château de Douais par Bousquet, 9 mai 1827.

Ce n'est pas par oubli, dig^ne chevalier des Muses, que je n'ai point été vous dire adieu; mon cher poète, on ne vous oublie jamais, ni vous, ni vos vers charmants. Pressé d'occupations sans nombre, à peine m'est-il resté le temps de faire mes paquets. Et certes, si quelque chose me fâche, c'est de n'avoir pas fini par vous mon séjour à Paris, pour en emporter une image plus riante. Vous êtes si aimable, si bon, qu'il est impossible de n'être pas content quand on vous voit et plein de reg^rets, quand on vous quitte.

J'espère du moins que votre riante et gracieuse poésie viendra nous consoler de votre éloignement. Votre beau et élégant recueil nous est promis ; vous êtes sommé par nos nobles châtelaines, de

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tenir votre promesse au plus vite. Vous les avez si bien séduites par votre poésie enchanteresse qu'elles neparlent que d'entendre vos vers. Elles font chorus avec tous ceux qui vous ont entendu. Je regrette de ne pas connaîre le plan de votre grand poème et voudrais en demander quelques fragments à votre complaisance. C'est un sujet où vous écrirez avec votre âme inspirée, c'est là que vous achèverez d'illustrer votre beau nom. Le fonds, le merveilleux delà fatalité, la grandeur de la chute, le touchant du drame, tout est majestueux, tout vous convient parfaitement; faites don à la France d'une noble composition qui lui reste. Vous le pouvez, vous avez un grand talent, de la poésie d'images, la chaleur du midi, l'enthousiasme du beau.

La veille de mon départ, mon noble ami, j'ai fait une lecture de la Fête sous Néron (i35), chez Lefèvre (i36). Il y avait Emile, Pichald, Victor, Alfred; je ne sais ce qu'ils en pensent; ils m'ont fait des observations, les unes bonnes, les autres toutes diiîérentes, à mon avis. Mais, dans tout cela, pas de hautes raisons motivées. Quelques réflexions de goût, mais toujours des opinions systématiques, chacun selon son point de vue ; quelques plaisanteries que mes auditeursjetaient de temps en temps, des allusions aux affaires du jour, les ont empêchés d'avoir ce calme grave qui doit bien écouter pour bien juger. Mon cinquième acte a eu l'effet tout

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contraire qu'il eut à ma première lecture. Que penser? A travers ce conflit de jugements, il est bien difficile de reconnaître la vérité des émotions résultant du drame.

Vous, mon ami, qui êtes franc, loyal et vrai, ditesmoi ce qu'on en dit, sans réserve, quels sont les défauts qu'on me reproche, quels conseils dois-je suivre ? Soyez assez bon pour ne me rien cacher. Ne craig-nez pas de me blesser. Je crois que la bonne et saine sévérité fait toujours du bien. Au moment de remettre l'ouvrage sur le métier, éclairez-moi, je vous prie, sur les défauts réels, pour les corriger avant la lecture à la Comédie française*

Soumet, Guiraud et les autres s'expliqueront mieux loin de moi, puisqu'ils n'auront pas peur de me désobliger.

Je compte sur votre affection, comme vous devez compter sur la mienne, si jamais vous en avez besoin. Je serai toujours prêt à tout faire pour l'intérêt de ce qui vous regarde.

Faites donc imprimer • votre recueil et qu'il vienne me donner du plaisir pour longtemps.

Adieu, cher ami, personne ne vous aime plus que moi. Rendez-m'en un peu, s'il vous plaît; mes respectueux hommages à M™^ de Rességuier.

Tout à vous,

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