‹ L'aube romantiqueChapitre 36 sur 144 · LX. — D'A. de Saint-Valry · texte numérisé non relu

LX. — D'A. de Saint-Valry

Châteauneuf (15-4), ce 25 janvier 1828.

Vos Tableaux Poétiques et leurs compagnes de voyage, les Annales, nous sont enfin arrivés, mon cher Jules, et je me hâte de vous en faire tous nos remerciements et compliments. Elisa en est enchantée, elle n'a jamais tant aimé le bal que depuis que vous en avez dit tant de mal et si bien ! Pour moi, mon ami, je vous lis et relis, me persuadant parfois que je vous écoute ; il y a dans ce charmant volume de si belles rimes à des vers si doux qu'il vous rend présent comme si vous étiez là. Votre

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livre c'est vous et voilà pourquoi je l'aime. Je ne trouve rien de si déplaisant que ces vers qui ne ressemblent à rien, justement parce que leur auteur ressemble à tout le monde.

Mais votre poésie, à vous, a un cachet qui n'est qu'à elle et vos défauts mêmes sont à vous seul; on y sent à chaque instant les beaux ciels du midi, à cette fleur de bon goût, toutefois suivant la masse et suivant les mœurs d'un monde d'élite.

C'est, à mon avis, un mérite bien rare aujourd'hui ; il semble que nous fassions fi de la délicatesse à voir comme nous en mettons peu dans nos manières et dans nos écrits et l'on dirait que, libres, il nous en coûte d'être polis et délicats. Je ne connais pourtant pas d'ouvrage de littérature qui puisse se passer de délicatesse jusqu'à un certain point. Que disent à l'œil les plus beaux tableaux quand le vernis leur manque ? La différence qu'il y a, c'est que nous autres nous ne mettons pas, comme les peintres, notre vernis sur l'ouvrage après qu'il est fait, mais durant qu'il se fait et l'on peut dire que vous n'avez pas ménagé la dose. Parmi vos compositions qui sont proprement dites des Tableaux Poétiques: Ondine, l'Odalisque, la Harpe deGlorvina et surtout votre Isabeau, me paraissent d'un effet ravissant. Parmi celles d'un autre genre, j'aime surtout la Fête, puis votre première et votre dernière. Soumet ouvre la marche et votre Nina la

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termine, c'est à inerveiile. La pensée la plus chère doit toujours être à la fin. Vos vig-nettes sont de charmantes traductions qui feront beaucoup d'honneur à M. de Sennones, et Godefroy, ordinairement un peu dur, a sing-ulièrement adouci cette fois son burin. Tout est donc pour le mieux et je ne doute pas que les journaux ne s'adoucissent à votre poésie comme a fait le burin du graveur, et que le Cerbère des Débats lui-même ne finisse par vous louer comme vous le méritez. Vous savez d'avance la part que je prends à votre succès et l'ami se trouve en cela parfaitement d'accord avec le poète.

Et M"'* Dudon, comment va-t-elle^ je vous prie? Ecrivez-moi deux lignes quand vous aurez le temps. Dites à Emile que sa lettre m'a fait un sensible plaisir ; dites-lui, de plus, qu'on a intéressé M""* de Martignac (i55) en ma faveur, que M. Barataud doit parler pour moi au mari et qu'enfin c'est peut-être le moment de circonvenir le ministre et d'en obtenir ce que l'on veut. S'il voulait dire aussi son mot, le bon Emile, j'en serais bien reconnaissant. Personne de vous ne me donne des nouvelles de Gaspard de Pons et pourtant j'en ai demandé plusieurs fois. Ne saurai-je pas enfin s'il est mort ou vivant, peut-être ni l'un ni l'autre, dirait Emile, mais enfin, dites toujours.

Adieu, mon cher Jules, Elisa désire vivement

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vous connaître et vous remercie de votre aimable souvenir.

Rappelez-moi, en revanche, à celui de votre douce compagne etcroyez-moi, pour toujours, votre meilleur ami.

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