‹ L'aube romantiqueChapitre 71 sur 144 · CVI. — D'Emile Deschamps · texte numérisé non relu

CVI. — D'Emile Deschamps

Paris, 6 septembre 1832.

Eh bien ! mon cher Jules, vous avez couru les montagnes, pour la santé de tous les autres ; car pour vous, ce sont, je l'espère, les eaux de la Seine qu'il vous faut. Comment se trouvent votre bellesœur, votre frère, leurs enfants et Nina? Les Monts d'Or ont-ils continué cette année leur miracle de l'année dernière? Et vos trois fils? Voyez que de choses et combien nous avons à penser ; en revanche, nous n'avons plus rien à faire; que faire sans vous ? Sinon, vous désirer, vous demander, vous

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appeler ! Il est vrai que c'est ià une occupation de tous les moments.

Vous m'avez laissé sur des vers ravissants, c'est une coquetterie par trop agaçante; répondez-moi donc par le reste de la pièce. L'élégie allait commencer :

Mais vous ne savez pas ce que, pour être heureux, II suffit à mon âme

Les choses ne peuvent pas rester longtemps ainsi, ce n'est plus tenable et puis vous en avez fait bien d'autres, sans doute.

C'est comme cela que vous avez profilé de vos voyages et nous aussi qu'il nous tarde de voir sortir ces nouvelles rimes curieuses, ces vers tantôt chantants et tantôt parlés et toujours colorés à plaisir. Tenez, je voudrais que vous fussiez là ; d'abord vous seriez là ; et nous causerions poésie, de notre poésie surtout.

Soumet a été un peu souffrant et un peu à Compiègne; fort bien revenu de tout cela, il vous envoie les plus tendres vœux pour voys tous. Vous faites un vide énorme dans sa vie, vous le faites dans celle de tout le monde ; il n'y a pas de philosophe cartésien qui eut plus horreur du vide que moi.

Guiraud (aïo) est en voyage, chez M™^ de Croze, où l'on aurait bien voulu recevoir Nina comme une reine voyageuse. Nous voyons souvent Anna, parce

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qu'elle ne voit personne, la pauvre enfant et qu'elle ne veut prendre g"OÛt à rien. M'"*' Le Voyer est de retour depuis quelquesjours etpour quelques jours. Une fois elle était sortie quand je me suis présenté chez elle, et hier, elle avait une mig^raine affreuse. Je voulais pourtant parler de vous avec elle, ce sont deux grands bonheurs.

Ag-laé est dans son lit, fort souffrante depuis deux jours; c'est, je crois, du rhumatisme dans la poitrine; c'est, j'en suis sûr de la douleur bien forte. Son amitié, mon Jules, est beaucoup plus forte encore et elle vous envoie toutes ses tendresses pour vous et Nina et vous tous. Le temps est bien beau; mais il est surtout bien long-. Voilà ce qu'elle dit, c'est une grande vérité qu'elle dit là.

Me répondrez-vous une phrase charmante, en m'envoyant des vers charmants? Oui, n'est-ce pas? Et me direz-vous que vous les suivez de bien près, oh ! oui, je l'espère.

Moi, je vais tâcher, d'ici-là, de donner à Ladvocat (211) un nouveau chapitre qu'il me demande tous les matins. Après avoir été aux Invalides, je voulais aller à l'Académie, gradation naturelle ; mais non, je vais faire tout autre chose; mais c'est toujours bien ennuyeux. Le dernier numéro des Centet-Un contient un excellent article de M. de Peyronnet sur Ham, excellent, c'est le mot et il y a ici un ^rand succès. Pourquoi ne revient-il pour voir son

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procès? Le n" finit parde magnifiques vers de Victor Hug-osur A^«/>o/<?'on//(2i2). Victor est inépuisable.

Si vous saviez tout ce qu'il a fait et tout ce qu'il fait encore ! D'abord, il va demeurer à la place Royale.

La troisième édition de Slello (21 3) va son train; c'est un bien beau livre décidément, et Lamartine a fait de bien belles réponses dMX Adieux de Waller Scott, quoi qu'on en ait dit et quoique je l'aie dit (214).

Ce ne sont pas là nos plus petits poètes.

Mais vous, cher Jules, qui êtes poète aussi et grand poète et grand prosateur, quand donc ferez vous l'aumône d'un chef-d'œuvre aux Cent et Un (2 15)? Je vois que vous nous reviendrez sans armée.

Adieu, tout mon cœur à vous.

EMILE [deschamps].

C VIL — De Jules de Saint-Félix (216).

Monsieur,

Vous avez été pour moi d'une grande obligeance et je me hâte de vous en remercier. Emile Deschamps m'a conté avec quelle g-râce et quelle bonté vous avez voulu que mes vers fussent imprimés dans le livre dédié à Madame (217).

En vérité, monsieur, je suis très fier de votre poétique patronage. J'arrive de ma province,

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modeste pèlerin, et vous m'ouvrez un palais magnifique, vous puissant qui ne me connaissez pas. Voilà une hospitalité tout à fait chevaleresque et qui va merveilleusement à la cause dont vous êtes un des fidèles et brillants défenseurs. Me permettrez vous, monsieur, d'aller un jour vous dire de vive voix tout ce que m'inspirent vos sentiments et votre poésie ? J'en serais bien g-lorieux.

Des bruits de Paris sont arrivés jusqu'à moi, au fond de mon Languedoc, l'hiver dernier; j'ai appris avec quels applaudissements avaient été recueillis les vers à Mademoiselle et dès que je pus me les procurer, je criai bien haut mon bravo aussi ; mais, hélas ! de trop loin ; la poésie est une musique aérienne qui trouve des échos d'un bout du monde à l'autre et la votre, monsieur, en a un bien sonore dans mon âme.

Emile est chargé de cette lettre, Emile est mon intermédiaire charmant que nous aimons tous deux et que nous admirons. C'est une bonne pensée à moi de le choisir pour vous offrir mes remerciements les plus sincères.

Veuillez, monsieur, recevoir aussi l'expression des sentiments les plus distingués avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur.

JULES DE SAINT-FÉLIX [d'aMOREUX].

Château d'AUevert, par Brioude, i5 octobre i83a.

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Je sais, monsieur, que vous connaissez M™'' la marquise de Le Voyer, seriez-vous assez bon pour me rappeler à son bon souvenir.

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