‹ L'auberge de la Madone drame en cinq actesChapitre 22 sur 56 · JACOBI , TÉRÉSITA · texte numérisé non relu

JACOBI , TÉRÉSITA

TÉRÉSITA

Voui voici, triste, soucieux... Je veux savoir la cause des chagrins qui semblent vous préoc- ; cuper.... ,

JACOBI

Quoi! vous voulez...

Mon intérêt pour vous n'est-il pas naturel ?

Ma mère elle-même n’a -t elle pas toute confiance en vous?... c’est que votre rencontre fut pour mon père un grand bonheur, il y a dix mois, quand lui et Jérôme luttaient contre trois assassins armés par une de ces vendetta si communes dans la Corse.

JACOBI

Et voire père m’a trop récompensé en faisant son secrétaire d’un homme qui n’avait d’autre garantie que sa parole.

TÉnÉSITA.

Il y a des gens dont une parole vaut toutes garanties. Mon père, Corse lui-même, ne devait il point asile à un compatriote persécuté par le gouvernement génois?... car c’csf la le sujet de votre chagrin, sans doute?... Eh bien, le comte Giafferri, qui va venir ici, est aussi un gentilhomme Corse... 11 s’est mis au service de Gènes dans cette province ; et si mon père pouvait faire obtenir par lui votre grâce....

jAconi , vivement.

Oh! non, je vous eu supplie, non! qu’on ne lui parle pas de moi....

TÉRÉSITA

ftlais à propos du comte Giafferri , je voulais vous demander un service.

JACOBI

El lequel... je serais assez heureux ..

TÉRÉSITA

Peut-être est-cc contraire à la discrétion ab-

solue que mon père réclame de vous dans vos fonctions auprès de lui; mais s’il vous a fait écrire au comte en son nom, veuillez me dire s’il eu réel, comme je le soupçonne, d’après la conduite mystérieuse de mes parents , que ce seigneur ne vient ici que pour faire la demande de ma main.

jacodi , avec douleur.

Ilélas ! cela n’est que trop vrai! et je u’ai plus qu’à mourir....

TÉRÉSITA

Mourir!

JACOBI

Oui , car il est de ces malheurs qu’on n'a pas plus le droit d’empêcher qu’on n’a la force de les subir ; je voulais me taire, je voulais étouffer dans mon sein un secret qui devient un crime en se révé- 1 lant... mais je souffre tant que j’ai le droit au moins de me plaindre... Oui, signora... j’osais invoquer votre nom dans mes douleurs... Ne m’accusez pas d’avoir méconnu la distance qui nous sépare aujourd’hui , car mon audace ne serait que dans mes espérances... et l’espoir je le repousse avec effroi...

TÉRÉSITA

Jacobi !

JACOBI

Et pourtant, si un pouvoir injuste, impitoyable, ne m’avait point écrasé sous le fardeau d’un malheur qui dépasse toute force humaine, peutêtre aurais-je pu me présenter avec orgueil devant tous, même devant vous, Térésita de Casaréale; peut-être moi aussi j’aurais pu réclamer ma part de bonheur et vous disputer à ce Giafferri que je ne connais pas, mais que je hais, parce qu’il ose prétendre à votre main, parce qu’il est mon rival, et parce qu enfin je vous aime...

Il tombe à ses genoux.

TÉRÉSITA

Que dites-vous ?...

JACOBI

Oh ! pardon... pardon... le désespoir m’a arraché un aveu involontaire.... je ne vous ferai pas subir davantage ma présence... Mais si , comme vous le disiez toutàl beure, j’ai mérité votre reconnaissance par quelque service rendu au marquis de Gasaréate , prouvez-le-moi ea ne vous souvenant plus de cette rencontre et de mes aveux... je vais m’exiler de celle maison... Vous fuir , c’est dire un premier adieu à la vie... le dernier ne se fera pas attendre.

11 fait quelques pas.

TÉRÉSITA

Oh! restez, je le veux.

JACOBI

Signora !

TÉRÉSITA

Je vous en prie. Quelques souffrances que vous ayez à subir... supportez-lcs avec courage; car nul n’a été oublie dans ce grand partage de douleurs, auquel Dieu nous a tous appelés....

L’AUBERGE DE LA MADONE

Adieu, ou plutôt au revoir, car vous resterez, n'est-cc pas?... Au revoir, Jacobi, au revoir...

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