SCENE VIII
Les Mêmes, PIÉTRO, en costume de gentilhomme corse.
FIÉTRO.
Bas les armes !... bas les armes, vous dis-je!...
Les Corses obéissent.
BÉATRIX , TÉRÉSITA , LE MARQUIS et LÉONTIO,
ensemble.
Piétro!...
FIÉTRO.
Je ne suis plus Piétro, mais le comte de Montai tel...
TOUS
Montai te!
PIÉTRO
Oui, le comte de Montalte, qui avait juré de no reprendre son nom ct son rang que lorsque enfin il aurait obtenu pour la Corse l'affranchissement et la liberté!...
léontio.
Quoi! tu n’ea pas Piétro le fout PIÉTRO.
Non, je ne le suis pas, je ne l'ai jamais été.
MAGASIN THEATRAL
(S'adressant au Marquis.) Ah! tous m’avez cru fou! vous m'avez traité comme un insensé!...
Mais vous no saviez donc pas que sous ce cœur en apparence flétri, battait un amour ardent de la patrie! Vous ne saviez donc pas que, si je me suis soumis à cette affreuse torture de ma raison, c'est que j'avais mon but et mes espérances! Ah! vous ne comprendrez jamais ce qu'il m’en a coûté pour feindre la folie pendant dix années entières! Que de fois mon courage a été sur le point de m'échapper!... Mais celle liberté que je devais à mon apparente folie je l'employais à voir secrètement nos amis . à les encourager, à disposer nos forces, enfin à préparer le jour de la révolte!...
Il s’est fait attendre diz ans!... Mais ce jour préparé par de si longues années de souffrances et de misères, il est venu, il nous éclaire!
l’nc vive lueur blanche au dehors annonce le jour.
LE MARQUIS
Eh bien, si tu es le comte de Montalle, le chef des révoltés, qu'attends-lu donc pour te venger de moi?
CORSES
Oui, oui, à mort! à mort!...
LÉOXTIO.
Si le marquis do Casaréale périt, frappez-moi donc aussi, car j’ai pris sa défense contre vous.
CORSES
Eh bien ! qu'ils meurent teus les deux ! qu'ils meurent!
imétro, s'avançant.
Eh qui donc parmi vous osera tuer mon fils?...
TOUS
Son fils!
LÉOXTIO.
Vous, mon père!
PIÉTRO
Oui, ton père! le proscrit, le comte de Montalle, ton père enfin, l'époux de Ilégina!... Eh quoi! tu doutes, tu hésites! Mais vois donc mes yeux remplis de pleurs, mes bras tendus vers toi... oh! viens, viens, que je te presse sur mon cœur !
LÉONTIO
Mon père!
Oui, tu es un Montalte ! et si ta mère en mourant ne l'a pas appris le seoret de ta naissance, c’est qu'il pouvait le perdre, ce secret.. Et comment t'appendre que tu étais mon fils sans l’expoa
| ser à te trahir par un geste, par un regard? Je voulais fuir avec toi, mais j'avais juré d'affranchir ma patrie, et je ne pouvais déserter la cause de ces braves qui avaient placé en moi toutes leurs espérances! Alors j'invoquai Dieu! et il I exauça ma prière, car il m'inspira l'idée de feindre la folie Ipour remplir à la fois mes devoirs de père, et ceux que m'imposait le salut de la I patrie!...
LE MARQUIS
Que dit-il?
PIÉTRO
Protecteur invisible, sans cesse, je veillais sur tes jours. Condamné à mort comme meurtrier de < Castellare, c'est moi qui t’ai arraché a tes fers... i Je connaissais ton innocence, et je l'aurais pro- | clamée), mais l'heure n'était pas encore venue 1... Giaffcrri te haïssait; je l'ai disputé à sa rage. II t’a fait conduire dans la forteresse, je t'y ai suivi. Mais ces nombreux prisonniers , c’étaient nos amis que j’avais réunis â dessein; ce bourreau qui manquait, c'est moi qui l'avais éloigné! Enfin, si Giafferri avait respecté tes jours, j’aurais ménagé les siens j mais il a voulu ta mort! je l’ai tué!
LÉOXTIO.
Mon père!...
Cris au dehors : Victoire / victoire I de nouveaux Corses entrent et garnissent le foud du théâtre.
Tu l’entends , marquis de Casaréale, les Corses sont vainqueurs! Giafferri l'assassin n'est plus! A moi seul appartient le droit de disposer de ton sort.. Eh bien, si tu le veux, oublions nos vieilles haines; rallie-toi à nous tes frères, tes amis, et nous aider à consolider notre œuvre de gloire et de liberté!
BÉATR1X.
Mon ami!...
TÉRÉSITA
Mon père!...
LE MARQUIS
Comte de Montalte, et loi, Léontio, je vous dois la vie, l'honneur peut-être... Entre nous désormais oubli et réconciliation !
LÉOXTIO.
Vive la Corse 1 vive l'indépendance!
TOUS
Vive la Corse! vive l'indépendance !...