SCÈNE XVI
GERMEUIL ; MARIE, toujours à la table.
GERMEUIL
Oui !... dans cette maison on a besoin d» quelqu'un d'honnête , d'entendu ; il faut voir si cette femme ferait bien l'affaire de nos jeunes gens; elle a passé la première jeunesse.... questionnons-ia... (Marie va pour se retirer. Germeuil l'arrête.) Demeurez, je désire vous parler un moment.
MARIE
Je suis à vos ordres, monsieur.
GERMEUIL
Comment vous nommez-vous?
MARIE
Marie.
GERMEUIL
Marie! vos manières douces et réservées me font croire que vous n'êtes pas née pour l'éUit de misère dans lequel vous êtes.
MARIE
Hélas ! monsieur, je dois le jour à d'honnêtes cultivateurs. Ils me firent donner une éducation peut-être au-dessus de mon état. Tout dan.s ma jeunesse me promettait un avenir heureux; mais il est des êtres à qui le malheur semble s'attacher, et la pauvre Marie est de ce nombre.
GERMEUIL
La mort vous a-t-elle ravi les objets de vos* affections?... aviez-vous un mari ?
MARIE ; douloureusement.
Un mari !... oui , monsieur.
I OBHMBOIii.
Et des enfants ?
MARIE
J'eus un fils., je les ai perdus , et avec eux, /^epos, fortune, (à part.) et plus encore!...
GERMEtlIL.
Allons, consolez-vous, le ciel peut envoyer quelque adoucissement à vos peines.
MARIE
O monsieur ! mes maux sont irréparables.
CERMEUIL.
Tout peut se reparer avec une conduite honorable et l'estime des honnnétes yens.
MARIE, sanglotant.
Hélas !
GERMEDIL.
Mes paroles semblent vous chagriner... seriez-vous coupable ?
MARIE, vivement.
Coupable!... non... je suis innocente, j'en prends le ciel à témoin.
GERMEUIL
Innocente!... que voulez-vous dire? vous aurait -on accusée injustement ?
MARIE , avec embarras.
Monsieur!...
GERMKLML.
Expliquez-vous.
MARIE
Excusez, mais je ne puis...
GERUEt'II..
Parlez sans crainte. Ouvrec-moi votre cœur; peut-être. ..vous gardez le sdence... alors je n'ai plus rien à vous proposer. (Sévèrement.) Cependant, vous êtes malheureuse , vous avez droit à ma pitié. Tenez, prenez cotte bourse, elle contient quelque argent, et pourra sufHre à vos premiers besoins.
MARIE , pleurant toujours.
Suis je assez humiliée !
GERMEDIL.
f tenez donc, prenez donc.
MARIE
Non, monsieur, gardez vos secours, je me relire pour vous épargner la vue d'une malheureuse !...
GERMEUIL
Où allez-vous ?
MARIE
J e l'ignore ; mais Dieu , qui lit dans les coeurs, et qui sait si j'ai mérité tous les maux qui m'ac câblent, ne m'abandonnera pas.
r.KRMEUIL, attendri.
Demeurez, demeurez, vous dis-je, je l'exige ; emporté par un mouvement involontaire, je le vois, je vous ai fait de la peine.
MARIE
De la peine , oh ! oui , beaucoup.
GERUEUIL.
Mais aussi pourquoi refuser de me confier...
MiARIS, pleurant.
A ! monsieur...
GERMEUIL
Réfléchissez : je vous le répète, je puis adoucir vos maux, et si demain vous jugez convenable de m'ouvrir votre cœur, vous connaicrez mes projets; en attendant, prenez ceci (il lui offre sa bourse.) et recevez-le, non comme une marque de pitié, mais comme un g.ige de l'iis» térêt que vous m'inspirez.
MARIE
J'obéis.
(Elle prend la hourse. héroond et Bertrand puraisscnt.) CERMEUIL.
Rentrons. Vous m'avez entendu ! demain , je l'espère, vous ne partirez pas avant de m'avoir parlé.
MARIE
Je vous le promets. ■
«sooseeobesaaoaeeeescreosMeeseeeeseseeoeeeeeeoeseeeoeeseM