‹ L'auberge des mariniers; drameChapitre 24 sur 72 · IRMA, GAMARD, MONSIEUR PASQUELIN · texte numérisé non relu

IRMA, GAMARD, MONSIEUR PASQUELIN

M' PASQUELIN.

Moi?

GAMAIID.

Ohl Faites excuse, monsieur le curé : ce n'est pas à vous que j'en avais.

M"" PASQUELIN.

A la bonne heure !

IllMA, pénétrée.

Voulez-vous me permettre?...

EUe lui prend son chapeau et sa canne. M"" PASQUELIN.

Bonjour, mon enfant.

GAMAllD.

C'est à mon polisson de neveu... Figurezvous?...

M"" PASQUELIN.

Oui, je connais ses forfails, et cependant, je no

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désespère pas de vous faire trinquer ensemble.

GAM.VRD.

Oh! ça, jamais!... J'aimerais mieux ne plus boire de ma vie!

Il remonte allumer sa pipe.

M' PASOUELIX.

Xe m'en défiez pas ! .T'ai fait plus fort que ça.

lUMA.

Je suis ici pour le dire.

SCEXE III

Les Mêmes, MKLIE,ciui est enUée depuis uu moment par la porte du bureau, puis LOUISE.

MKLIE.

Et moi aussi.

M' l'ASQUICLIN.

Bonjour, madame Ithier.

LijUISF,, eiilraiil dcrriiTi^ sa n.iTi-.

Tiens! Voilà monsieur le curé qui vient chercher ses boutures.

M"^ PASQUELIN.

Oui, madame Ghesneau, je viens chercher les boutures que vous m'avez promises, c'est vrai, mais je viens aussi prendre des nouvelles...

lUMA.

De votre protégée ? Les nouvelles sont toujours bonnes, comme vous voyez.

MÉLIE

Meilleures tous les jours.

M. PASQUELIN.

Plus du tout de cauchemars ?

Plus du tout.

LOUISE

Dieu, merci !

Nous en a-t-elle fait de ces peurs avec ses façons de se dresser sur son lit en criant : « A moi 1 )) Même réveillée, elle voulait se sauver, figurcz-vous?... Une nuit, Florent, qui la veillait, a eu toutes les peines du monde à la retenir. I R yi \ .

C'est quand je rêvais de ce malheureux pertuis... — Je l'ai revu.

M"" PASQUELIN.

Vous y êtes allée?...

lUMA.

J'ai tenu à y aller... A force de chercher à en

écarter l'idée qui me revenait toutes les nuits, j'ai fini par me dire : " Si je pouvais supporter de le voir en plein jour, tel qu'il est, came guérirait peut-être. » Nous y sommes allés tous les quatre. Je l'ai encore trouvé plus sinistre qu'autrefois, avec son moulin en ruines, et je n'ai pas osé m'aventurer sur la passerelle... Tout de même, je me suis approchée assez près du bord, j'ai écouté l'eau gronder pendant un bon moment... Je n'étais pas fière, je frissonnais de la tête aux pieds... mais le fait est que je n'en ai plus rêvé depuis, — et c'est la preuve que j'attendais pour me croire guérie.

M"" P.VSQUELIN.

Vous l'êtes visiblement, et, je peux vous le dire à présent, vous revenez de loin.

IRMA

Je le sais bien, et c'est grâce à vous, monsieur le curé !

Gainard est aUé raUuiner sa pipe, qu'il fume assis sur la demi-porte ; il passe même par moments sur la berge.

M'' PASQUELIN.

C'est un peu grâce à moi, je m'en vante; mais tout le monde s'en est mêlé, madame Chesneau la première.

lUMA, qui s'appuie sur Louise et lui preml la main.

C'est vrai.

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M' PASQUELIX.

Et ce n'était pas trop de tout le monde. J'ai vu le moment où, malgi'é tout ce que sa fille avait déjà pu lui dire, cette terrible femme... (n désigne Mciie.) s'obstinait encore!...

MÉLIE, avec le même sourire.

M'avez-vous assez prise en traître ? Protiter ce que je ne pouvais pas répondre, pour me jeter dans les bras une mauvaise...

IRMA, venant à elle.

Maman Mélie !

MÉLIK, s'attendrissant.

Ah! Voilà le mot qui m'a vaincue, tenez!... (Juand je l'ai vue, avec sa mine de papier mâché, et qu'elle m'a appelée, comme autrefois...

IHMA, câline.

Maman Mélie !...'

MKI.IE.

Je ne sais pas ce qui s'est passé en moi : la honte m'a prise des cruautés que j'avais dites un moment avant, — et qu'elle entendait, la malheureuse!... (ceci en montrant le bureau.) Tout 00 qui nous avait séparées si longtemps se dissipait comme un rêve. Je me rappelais le jour où vous me l'avez amenée toute petite, et je sentais, en l'asseyant auprès de moi, que jamais je ne

Tavais tant ainiéii... (kHc serre Inna sur son cu'ur.)

C'est sur terre comme au ciel, où il y a plus de

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joie pour le pécheur qui se repent que pour le juste qui persévère. N'est-ce pas, Louise ?...

Louise, qui est restée songeuse pendant toute la scène, répond comme quelqu'un qui n'a pas entendu.

LOUISE

Oui... Oui...

M'" PASQUELIN.

Qu'est-ce qu'elle a?

MÉLIE

Elle a qu'elle s'ennuie de son mari.

M'' PASQUELIN.

Il est encore en voyage?

LOUISE

Ne m'en parlez pas ! Il ne fait que ça depuis quelque temps. Pas plus tôt revenu, le voilà reparti.

Il ne faut pas t'en plaindre. Ça prouve que les affaires vont.

LOUISE

N'empêche qu'il n'était jamais resté huit jours de suite à Paris.

GAMARD, revenu à la porte.

C'est à Paris qu'il est?

LOUISE

Oui, et moi, j'ai dans l'idée qu'il est malade.

î\rouvcm('iil (rirnin.

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MÉLIE

Allons bon !...

M"- PASQUELIN.

Voyons! Il vous écrit, n'est-ce pas?

LOUISE

Deux mots en courant. Et rien depuis dimanche.

M' PASQUELIN.

C'est peut-être qu'il va revenir.

Mélie approuve.

LOUISE

Il m'avertirait... Non : il est malade, je le

sens!...

GAMARD

Laissez donc! La maladie qu'il a n'est pas bien grave...

LOUISE

Gomment ça?...

GAMARD

Moi qui vous parle, je l'ai évue bien des fois, toutes les fois, autant dire, que j'ai débarqué à Bercy...

MÉLIE

Qu'est-ce que tu nous chantes là?...

GAMARD

Je chante ce qui se chante :

<( Un marinier s'était épris » D'un' joli' dam' de Paris...

IRMA

Hein ?

MÉLIE, avec un sursaut.

Plaît-il ?

M"" PASQUELIN, doucement.

Gamard!

GAMARD, chantant. « La dame...

LOUISE

Vous osez dire que Florent?...

GAMARD

Pardon ! Je dis ; en tout bien tout honneur...

LOUISE

Taisez-vous! Tenez...

Elle passe.

GAMARD

Alors, si on n'a plus le droit, même en tout bien...

MÉLIE

Tu vaste taire, n'est-ce pas?... A-t-on jamais vu?... Te iigures-tu que tout le monde est comme toi?...

GAMARD

Ah! Madame Ithier! Permettez!

IMKLIE.

Rien du tout ! Je te permets d'aller à ton ouvrage, où tu devrais être il y a longtemps !

GAM.Vlll).

C'est bon... On y va... (sur la porte.) En v'ià des histoires pour une chanson !

MKLIE, allant et venant.

Vieux pas grand'chose ! Pourvu qu'il boive et qu'il parle sans savoir ce qu'il dit !

GAMARD, apparaissant à la fenêtre.

Ce n'est pas parce que je bois queje ne sais pas ce que je dis.

MÉLIK

Encore!... Ah ! Tu ne veux pas te taire?

Elle prend une bouteille qu'elle va lui laneer. M'' PASQUELIN, l'arrèle.

Madame Ithier!

LOUISE

Maman!...

Gamard a disparu.

MÉLIE, frappant la bouteille sur la table.

Un propre à rien ! Oui vient chez nous se saouler, à crédit!

M' PASQUELIN.

Ah ! Vous voilà encore partie avec vos colères!

M É LIE

Eh! Qu'est-ce que vous voulez? C'est plus fort que moi 1 Quand une fois ça me monte, je ne sais pas ce queje ferais!...

M"" PASQUELIN.

Raison de plus pour y prendre garde!

MKLIE.

C'est vrai ! Mais il n'y a donc pas de quoi enrager, non plus, d'entendre dire des choses pareilles?... Si aussi bien Louise était jalouse, et que Florent lui ait jamais donné le moindre sujet de l'être...

M"" PASQUELIN.

Heureusement, ils sont aussi raisonnables l'un que l'autre.

MÉLIE

Heureusement !

M' PASQUELIN.

Il n'y a que vous qui ne l'êtes pas.

MÉLIE

Je vais tâcher de l'être; car enfin, c'est mal...

M"" PASQUELIN.

Eh bien! En attendant, venez me donner mes boutures.

LOUISE

Au fait...

MÉLIE, à Irma.

Viens-tu avec nous jusqu'au ])Out du verger?

IRMA

Non, merci, je suis un peu lasse aujourd'hui, et puis, s'il arrivait quelque client...

M'' PASQUELIN.

Alors, au revoir, mon enfant.

IllMA.

Au revoir, monsieur le curé !

Louise, Mélie ot M'' Pasiiuclin sorlunt par le bureau à droite.

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