‹ L'auberge des mariniers; drameChapitre 50 sur 72 · SCENE I^UEMIEUE · texte numérisé non relu

SCENE I^UEMIEUE

l,a barque comluite par Melie, apparaît au fond, à droite, longeant la rive la plus éloignée du spcctalcur;

184 l'aubergl: des mauixiers

elle aborde au-dessus du moulin. Mélie descend, vient jusqu'au pertuis, se penche, regarde à droite.

MÉLIE

Rien! Est-ce qu'elle aurait changé d'idée?... Et dire qu'elle y est venue, au bord de ce pertuis, pendant sa convalescence, et que j'étais là, et que je ne l'ai pas jetée dedans ! (Tout à coup, avec

une joie terrible.) Ah ! la V'ià ! (i^n reculant.) Oui, dé-

pêche-toi, va ! cours !...

Elle se caclie derrière un saule. Un nionient après, Irma arrive au bas du talus, la respiration sifflante ; elle suit le sentier ([ui monte au barrage.

lUM.V.

Pourvu que personne ne m'ait vue !... Allons!

(eu apercevant la balustrade, elle s'arrête, saisie...) Ail !

ce maudit pertuis ! Jamais je n'oserai toute seule... Je vais attendre Florent... « Elle te tuerait! »

(Elle s'interromi)t, prête l'oreille, regardant du côté par

où elle est venue.) Qui est-cc qui vient là-bas, en courant, dans l'oinbre des arbres ?... (.vflfoiée.) C'est elle évideiiinient! Ça ne peut être qu'elle!... (Eiie

gravit le talus et s'élance sur la passerelle, eu se cachant les yeux avec son bras pour ne pas voir le trou noir qui gronde à ses pieds. — A ce moment, Mélie bondit, la saisit à la gorge... Irma pousse un cri rauquc,) Ah! MÉLIE, ivre de fureur.

Ah! .Je te tiens!

L'AUl^.ERGE DES MARINIERS 185

IRMA, ivre (l'épouvante.

Oui, j'avoue !

MÉLIE

Et tu crois que tu en seras quitte pour avouer?

IRMA

Ah! si vous saviez tout!

MÉLIE, terrible.

J'en sais plus qu'il n'en faut pour te condamner!

IRMA

Vous voulez ■?...

MÉLIE

A l'eau ! misérable!...

IRMA

Non ! oh! non !...

MÉLIE

A l'eau, voleuse d'hommes!...

IRMA, le corps plié sur la balustrade.

Pardon ! Pardonnez-moi encore une fois!

MÉLIE, acharnée.

Non ! non ! Finissons-en ! Réglons nos comptes !

Oh ! ne me tuez pas î

MÉLIE

Je m'en gênerai !

La balustrade craque et s'abat ; Irma tombe sur les genoux, échevelée.

186 L'AUBERGE DES MAlllNIERS

IRMA, cramponnée à la passerelle.

Grâce ! Oh I grâce !

MÉLIE

As-tu fait grâce à ma fille ? (euc lui dénoue le mains.) A l'eau I coquine. A l'eau!

IRMA, criant.

A moi, Florent!

MÉLIE

Va l'attendre là, ton Florent !

Elle la pousse des poings et des genoux. Irma tombe, dis])araît presque, tout le corps suspendu. IRM.\, d'une voix déchirante.

Maman Mélie !

MI';lie, (xui s'en allait, s'arrête.

Hein ?

IRMA

Maman Mélio !

MI';lie, comme réveillée en sursaut, accourt à elle.

Attends ! Attends! Prends ma main... là ! N'aie pas peur! L'autre ici... Là! Doucement! N'aie pas

peur! Jeté tiens... Là!... (Elle l'alde à remonter sur

la passerelle.) Tu n'es pas blessée, non?

IRMA, du geste plus que des lèvres.

Non.

MÉLIE

Quel bonheur!... Va-t'en maintenant.

Elle se range pour la laisser passer.

l'auberge di:s mariniers 187

lUMA-

Oui... oui...

KUe s'éloigne, éperdue... Mélie reste en place, frissonnante ; elle s'essuie le front, avec un geste de folle qui s'achève en un signe de croix... Au moment où Irma tourne le moulin, Florent arrive au pied du talus, et aperçoit Mélie.

FLORENT, sans voix.

Elle!

En le voyant, Mélie se redresse.

MÉLIE

Toi ! Vil retrouver ta femme !

Florent recule, tôte basse.

Ridoau

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