CONCLUSIONS
Et maintenant, quelle est l'explication des phénomènes que nous venons (fexposer? Quelle est la raison (les diverses associations sensorielles du môme genre?
Ainsi qu*on le verra plus en détail tout à Tbeure, certains auteurs l'ont i herchée dans des rapports de voisinage des centres cérébraux sensoriels, d'anastomoses entre leurs diverses libres nerveuses, dans l'ébranlement réciproque de leurs cellules propres, etc. ; quelques-uns croient les faits dus à une action réflexe ; crautres, a un trouble des idées. Nous allons npidetnent passer en revue ces dilTérentes hypothèses.
Kn 18i8, (lornaz, sans proposer ouvertement aucune explication, considét*a cependant le phénomène en question eornme un trouble visuel, une sorte d^hyperr^th^ii* dti V7I5 di'^ coiileim. Il le regardait ainsi comme
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pathologique, dû à quelque lésion oculaire, et comme devant prendre place, à Tavenir, dans les traités spéciaux, à côté des autres maladies de l'appareil visuel, et spécialement du daltonisme. Le professeur Wartmann accepta cette explication. Plus tard, le D** Marcé l'adopta aussi, et classa même l'hyperchromatopsie entre le daltonisme et l'anorlhopsie.
Le premier, avons-nous déjà dit, Perroud, en 1863, écrivit que le phénomène n'est nullement pathologique. Il le considérait comme le résultat d'une simple association d'idées et ne dépendant d'aucune lésion matérielle, ne constituant pas non plus une illusion ou une hallucination.
Chabalier reconnut aussi la nature physiologique de l'anomalie, a Le pseudochromeslhésie, dit-il dans son remarquable travail, ne dépend nullement d'une lésion matérielle, soit des milieux de l'œil, soit des centres nerveux, mais bien plutôt d'un trouble des idées. » Nous admettons, comme lui, que le phénomène est d'ordre physiologique, ainsi que le démontrent presque toutes les observations. Chabalier ne considère donc pas l'anomalie comme pathologique, mais la croit plutôt liée à un léger trouble des idées, et la regarde comme « une sorte de perversion psychique, d'illusion appartenant à la classe des illusions compatibles avec la raison, et probablement formée à la suite de certaines associations d'idéos », ce qui est aussi, nous dil-il, l'avis du médecin qu'il a observé. Mais si Cha-
KXPI.lilTIiiNS PRUPOS^.KS l»AH I.KS AI IKIHS | T)*!
Uilier admet rillusioii comme facteur de la pst^udix^hromé^thésie, — qui est, comme on sait, notre psemhphoiesth^sie d'origine oinique, — il ne croit pas pouvoir la considérer comme une hallucination.
II. Kaiser, à propos du cas qu*il avait observé dès 1871 et, plus tard, vers 1881, sur un monsieur qui colorait les mots, émet Tidée (fue ce sujet, dans son enfance, prétait des couleurs aux mots pour les mieux graver dans sa mémoire. Il admet donc qu'il s*agit là d'une association d*idées remontant à la première enfance, et en vertu de latiuelle certaines couleurs seraient unies aux mots plus ou moins volontairement ; puis, par une longue habitude, ces couleurs se présentenient plus tard t4)ut à fait spontanément. SchenkI se ratt;iche a cette explication.
Nous ne ferons que mt^ntionner Topinion que le pn>fesseur liénédikt formula a propos des expériences de Nûssbaumer, expéritMices «ju'il déconseillait comme dangereuses, comme pouvant créer une confusion des sens et amener de Thypocondrie. Héccmment, pour Texplication des faits, il s*est rattaché à Topinion d'Urbantschitsch.
Vax 1875, I.ussana écrivait que les centres sensoriels des sons et dos couleurs, dans Tencéphale humain, pourraient être voisins et quelquefois liés Tun à Tautre. A cela, nous objerltMons ipie ce n'est pas seulement deux sens qu'd faudrait supposer liés, mais tous les rentres sensoriels cérébraux ; car divers sujets ont
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présenté toutes sortes d*associations'sensorielles. Nous ne sommes pas d'ailleurs opposé à cette hypothèse.
M. le professeur Nuel, dans son article sur la physiologie de la rétine, émettait, en 1876, Tidée que les fausses sensations secondaires pourraient être dues à une irradiation nerrcuse centrale, déterminant les associations sensorielles. Par exemple, une perception acoustique est transmise [)ar le nerf propre au centre auditif : d'après l'hypothèse de l'éminent professeur, Tébranlement produit dans le centre auditif cérébral pourrait, chez certains sujets, s'irradier vers les centres voisins, lesquels, ainsi excités, percevraient chacun suivant sa modalité propre.
Deux ans plus lard, Pouchet et Tourneux, dans leur Prrcis (riiisfohHjir hiiniaiiir H (ritistogénie, émirent Thypothèse d'un trajet anormal pour certaines fibres des nerfs sensoriels. Mais, objecte à cela le D*" Pédrono, il faudrait, d'après la théorie d'Young-Helmholtz, une immense quantité de libres ainsi détournées, pour recevoir et trausmottre toutes les pseudo-sensations si variées éprouvées par les sujets. L'objection est sérituise et peut avoir une certaine valeur, à condition toutefois que la théi)rie d'Young-IIelmholtz soit d'abord la vi'aie.
D'ailleurs, la thc'orie d'Young-IIelmholtz, ou des trois énerLjics s[M'i;iliquos des libres rétiniennes, — d'après laquelle, eouimo un sait, la i)ercepti()n des couleurs sérail ('l.ib.jrée ilans ra[q)arcil sensoriel extérieur par
KXPI.lt AI lt)\S rRnpoSKKS p\|i |.|>; \| il i |(S 1S3
trois éléments chromatiquos diflérents de U rétine, et .'irrivorait ainsi toute formée au cerveau, conduite par le nerf o|)tit|iie — , ne satisfait nullement le b' Pétlrono, pas plus (|uc nous-niéme. l/observateur nantais admettrait plutôt l'existence de centres céréliraux sensoriels si<*^eant quelque part dans la substance' gii^(\ <'t e\pli(|UriMit par la i*onti((iiité des centres chromatiipie (*t acoustique les phénomènes que nous étudions. Telle «Hait déjà l'opinion de Lu<sana. Ces deux auteurs pourraient ainsi expliquer les associations des sensations chromatiques et auditivi*s; tuais, rtMlirims-noiis, resl'ails ne sont qu'une pu*ti«* de ceux «pi'on a oliservés. dominent explupier, de cette laeoii, les associalMUs multiples qu'on a parfis r<insl.'t«*M»s eiilr«' I'Mis 1rs ccMitres sensoriels iréivbraiix ? ou ne le peut iprtMi supposant ces divers ceiilie*^ li«'*s enlp' eux ilie/ certains sujets.
l).ms sini pifinier Ir.iv.iil. |»aru eu ISKI, le IK H iratoux érih'llait riiy|i>itlièse que It* eentro cliromatiipie peut être e\( ité. nuu seultMiitMit par une impression \riiant de II rélini», mhï^ |»ir «les pfirt^ptions d'autres t»rj:.m«-i tirs >ens. ■ K-^l-ce duecti'ineiit. dit-il, que la ^rii<.iti<>ii r^[ r<)ieluite au («Mitre clirom;itique, ou bien ♦»-l-i e ru pï-i-iaiit pir le rentre auditil'? nous inclinons \ers*»lti' np:iii.in, à rexem|ile île Pédrono. N'est-il pi* I \iii\^ qm» le^ iflhilf •; «h» eertaiïis seii»* s«uit reliées ;ivri il'uilie** r«'nlres plu-* «»u moins éloi^Miés p:ir des • *>ii<bu!(-ui^ ii^rveux'? Poui |Uoi donc ne pas admettre
que certaines cellules auditives seraient unies à des éléments semblables du sens chromatique? »
Ainsi, pour le D^ Baratoux, la cause du phénomène résiderait dans des anastomoses, au moyen de fibres nerveuses, entre certaines cellules des centres auditif et visuel. Si nous acceptions cette théorie des anastomoses, il faudrait alors admettre, comme nous l'avons déjà dit, que les cellules cérébrales de tous les centres sensoriels ont entre elles, — eu égard aux faits d'associations multiples qui ont été fréquemment observés — , des anastomoses qui , rudimentaires chez le commun des hommes, prendraient, chez certains sujets, un grand développement, soit spontanément, soit sous Tinfluence de l'éducation ou d'une culture intellectuelle spéciale.
A. de Rochas se rattache aussi à cette explication des faits, par les communications entre les cellules cérébrales alTectées à l'ouïe et à la vision. Puis il ajoute : « Il semblerait même que certains excitants, — et il cite la relation connue de Théophile Gautier, à la suite d'une absorption de haschich — , pourraient arriver à établir, entre ces deux genres de cellules, des relations qui n'existent point à l'état ordinaire. »
Ch. Féré croit que la « rision coloriée », — il semble entendre par là les diverses sortes de pseudopholesthosie — , est en rapport avec une tonalité particulière (lu système nerveux, tonalité qui peut être obtenue par des excitations ou des représentations diverses. »>
K.xrMt Aiut-N»^ rin»iMish>> i'\ii |.^s \iiKtns l'iT
Il rcjflle les lhrt)rios qui ;ulineUt*ul l'existeiioe «le libres allant du nerf acoustique au eentrc optitiue, ou iranastonioses entre les deux centres rêrébraux.
Le proresseur l'rbautschitsili, se basant sur de nombreuses rx^/^ritMices, Ci»nsi(lt*rc les fausses sensatifMis secondaires coiiinie drs phénoniiMics réflexes >ens(>rifls dus à ilos excitations, soit d*un sens, soil > rs brancbi'S srn>iliv(^s «lu trijunn^au. c On peut, dit-il, les fauv apparaître trt's facilement : Si ou fait regarder des sujets vu expriienct» sur une surface blant:lie ou ^rise, lr;:t''remenl ondul»'*», rt qu'on fasse vibrer des diapas »ns devant Irurs ureillrs. la plupart des personnes Voient apparaître, au b»ut dt* peu de temps, des lij;n«*s ou «lt»s larlirs crises, liientôt après, elles v«iirnl les taches se colorer I«» plus souvent en jaune ou i*n rou^f. et parfois elles ubsiM'vent en même ttMuiis toutes les couleurs du spectre s*)us forme d'arc-enciel. Souvent une r.mleur se transforme |h»u à peu en une autre. »
Cles expêiitMu es sont l-ul iitléressanles sans aucun di)Ute. Mii<. à nntre avis, les [i|it''n*)n)ènes produits de la horle tiill'-renl sen.-idjIetniMil des pseu<lo-sensations que nous av-ms «It'criles. I)'ab<>r<l, ■! ins les expériences ci-tlessus, les couleurs se(id»leiit \h*\\\u\^ tthjrrtiinnrièi^
quiiique a l.iU\, et /Wi 91 ti*- **»/7'" fl'ilInM'tn tl'niètiiiit*\
l'ima^iii ttioii. h fiti^ne i«*s yeiix, tm la l>i)nne voluntt* iles sîij'l-; aidant au>'^i, peul-êlre. I*o concours de i'.qq»ueil NÏ^uel e>l aliMihuin'nt nêce>saire, de même
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que celui de Tappareil auditif; tandis que dans les vérital)les faits de pseudopholesthésie, ni Vun ni Taulre n'est nécessaire, soit pour exciter, soit pour percevoir secondairement, puisqu'il suffit d'une simple évocation mentale pour les faire naître, et qu'il n'est besoin d'aucun appareil sensoriel pour les recevoir : en effet, les pseudo-sensations s'observent cliez les aveugles comme chez les voyants, dans Tobscurilé comme en plein jour, les yeux ouverts ou fermés indistinctement; l'apparition de l'image colorée est subite; la teinte, nette et unique pour chaque son, mais diverse pour des sons diflérents, est déterminée par les sons des voyelles encore mieux que par les sons musicaux, provoquée aussi parfois par la vue de la lettre sans aucune excitation sonore, etc., etc.; toutes choses que nous ne trouvons pas dans les expériences du savant professeur viennois, et qui accusent des dilïérences capitales entre les deux genres de faits.
Le D^ Pdul Raymond adopte la théorie des relations entre les centres sensoriels. « Chez certains sujets, dit-il, la clinique montre qu'il y a une sorte de connexion entre les diiïérents centres des impressions sensorielles. On doit donc admettre que, chez les sujets (|ui i)résentent l'audition colorée, il existe des conducteurs nerveux qui unissent intimement le centre de l'audition au centre de la perception des couleurs.»
Que les centres sensoriels soient reliés entre eux par des libies aiiastoinotiiiues, ou ébranlés par
r.Xn.h \IIi»NS l»Mnl»»»>,r.Ks I'\K I.» s \l ll.lll^ l*Jîl
irradiation^ un point nous parait iliMuontré par les faits tic pseuJopholChthésio et surtout par lo cas de Tabbé F., -- chez »jui. on s'en souvient, une pseudosensation secondaire de roiujp était neulraliscV par une |»erception objt»ctive de nrt — : c'est Inexistence d'un centre cln*omati(pie cérébral, pouvant élaborer tout seul la sensalion colorée, soit «pic l'excitation vienne fie ra|>pareil récepteur normal conduite par le nerf optique, soit «prelle vienne d'un centre sensoriel voisin, par irradiation, par anastomose, ou par un mécanisme spécial encore inconnu.
Nous avons dit, au fur et à mesure (pi'elles se présentaient à notre examen dans leur ordre rhronoloj;*.que, ce que nous pensons des diverses théories émises par les observateurs. Kn somtni», elles ne nous sati>font (pi'incomplrlrment. Pour le momi^nt, et jusqu'à ce qu'il surfisse une explication meilleure, nous préférons admettre ipie les pln^noménes de pseudophotesthésio dépend«Mit : t uitôt d'une association d'idées t|;itant de la ji»unesse, <li''veloppée d'une manière c«»nseienlo ou inconsciente, et «lans cet ordre nous rangeons les liils de cnh^ration des jours «le la ^emallle, «les êpo.pies tic riii-loire, *'lc., etc.; lant<'»t d'un trav«ul ct'*ri'*bral ou p<yrlii<pii^ spécial dont la nature in!ime ifMis éi h i|>pe, etquiaurait uni- certaine an.do^iie
a\ec VtlItt^i'Hi d Uis K»s ims do it^»*whiph'tlr\thr>ii' irttriijiw nlttêtfih\ et avec VUtiUHnnulmn dtUis ceux où la pseudosen>iti«>n •*t'«-»ndm«* i»sl ê\<Mllt*'i' par l'exeitation nor-
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maie d'un appareil sensoriel autre que celui de la vue.
Quelles que soient la cause et la nature de la pseudophotcathéaie, elle se manifeste comme une sorte d'anomalie de la vision, et à ce titre, s'impose à raltention de l'oculiste. En eiïet, au point de vue pratique, il n'est pas dit qu'il ne nous soit pas nécessaire de tenir compte, dans nos examens, des phénomènes de cette sorte chez les marins, les militaires et les employés de chemins de fer, qui doivent apprécier, de loin, la couleur de disques mdicateurs. Chez certains d'entre eux, telle couleur perçue objectivement pourrait être influencée, et même complètement dénaturée par une fausse sensation chromatique née de bruits ou de sons divers inhérents à ces professions ; ce qui pourrait amener des confusions aussi regrettables, aussi dangereuses que celles qui i)euvent résulter du daltonisme.