‹ L'audition coloréeChapitre 10 sur 34 · Pseudophotcsthésic · texte numérisé non relu

Pseudophotcsthésic

Voyelles, diphtongues et consonnes. — L’a est d’un rouge brun assez sombre ; Ve., gris d’ardoise clair ; Te', blanc ; l’o, rouge jaune ; I’m, violet sombre en surface concave; r«, d’un brun laid ; l’o, d’un rouge jaune également laid ; Vü. noir bleu.

Parmi les diphtongues, ai est brun ; ei, gris blanchâtre ; au, brun sombre ; au, également.

La consonne & est d’une teinte brune ; p, brun sombre ; d, brun rouge clair ; t, rouge sombre ; g, violet sombre ; U, noir ; f, d’un violet désagréable ; v, brun jaune ; m, gris ; n, plus sombre ; l, jaune ; lo, grisâtre ; r, bleu sombre ; s, jaune de soufre ; œ, jaunâtre ; et jaune.

Mots. — Les mots se colorent principalement d’après les voyelles ; cependant les consonnes ont aussi une certaine influence. Ainsi Mlle est jaune d’après les lettres a eil; Luise est jaune également ; untungend est d’un violet sombre ; rohr est gris.

Chiffres et figures géométriques. — Le sujet colore les chiffres, mais l’observation n’entr<e pas dans les détails. On dit seulement que le 4 est bleu, tandis que le mot allemand fier (quatre) est gris.

La vue d’un triangle donne une sensation de gris ; le carré est brun. Pas d’autres détails.

Sons et bruits. — Les sons graves sont brun sombre ou

l’audition colorée

gris sombre ; les moyens, rougeâtres ; les plus élevés^ d’un gris brillant. Un sifflement montant par degrés donne au sujet l’idée de cornes à pointes claires.

Pour le Ijruît du tonnerre, le roulement est brun sombre ; le craquement, jaune clair ; le l)ruit de scie est d’une teinte grise ; le tictac de la montre fait apparaître des points jaune clair.

Instruments. — Le sujet semble colorer les timbres de certains instruments. Ainsi, pour lui, le son de la flûte est rouge ; celui de la trompette est d’un gris pointillé.

Odeurs, saveurs, sensations tactiles. — L’odeur de Veau de Cologne est d’un blanc transparent ; celle de la molette est d’un violet clair transparent ; celle de la rose donne une teinte rouge clair.

Une saveur douce amène un jaune clair ; une saveur amère se colore en brun.

La sensation dVeau chaude donne un brun rouge ; le contact de Veau froide, une teinte plus claire. Le mal de tète est brun ; la colique est caractérisée par des points jaune clair.

s. Pseudo-aconesthésie.

Les observateurs ne détaillent pas les impressions du sujet. Nous lisons seulement que le hruit des carrés est plus grave que celui des triangles.

Sixième observation de Bleuler et Lehmann, 1879 (1)

PSEUDOPHOTESTHÉSIE D’ORIGINE OPTIQUE, ACOUSTIQUE, OLFACTIVE ET TACTILE.

Le sujet est une jeune fille de quinze ans, sœur des deux précédentes, et troisième cousine germaine de B. Elle est musicienne comme ses sœurs.

Elle se souvient qué tout enfant, elle prêtait déjà une teinte noire aux mots mamma et papa. Depuis, sa faculté de coloration s’est bien étendue et elle colore, même en rêve, voyelles et consonnes, mots, discours et langues, chiffres et figures géométriques, odeurs et sensations tactiles, sons et bruits : elle réunit donc, moins l’une, toutes les pseudopfiotesthésies sensorielles. Les pseudo-sensations de couleurs sont tellement liées aux perceptions objectives qui les déterminent, que celles-ci ne peuvent arriver à l’intellect sans réveiller les autres.

Voyelles, diphtongues et consonnes. — L’a est noir ; l’e, d’un vert assez sombre ; Yi, blanc ; l’o, rouge jaune ; Vu,

(1) Bleuler et Lehmann. Zwangsmüssige lichtempfindungen, etc., p. 80.

l’audition colorée

vert sombre ; l’â, violet rouge ; l’o, orange rouge clair ; Vü, rose. La diphtongue ei est d’un blanc tacheté de noir ; au, est vert ; eu, d’une teinte indéfinissable.

La consonne & est brune ; t, d’un gris sombre ; h, sombre ; m, également ; l, clair transparent ; w, aussi ; r, noir ; s, gris ; ; 3 r, également.

Mots, discours et langues. — Les mots se colorent d’après leurs lettres, principalement les voyelles. Sauf ceux qui sont très longs, ils ne donnent généralement qu’une couleur, celle de la voyelle dominante. Ainsi Rudolf est^ert-, prononcé Rudôlf^ il est jaune ; le mot grec uoXuTipaYptruvr) est gris.

Les mots réunis en phrases dans la conversation ordinaire sont gris ; prononcés d’un ton de voix plus élevé, ils prennent une teinte plus claire. Les couleurs propres des différentes lettres, des voyelles surtout, se distinguent cependant parfois, dans les phrases principales.

Quant aux langues, le français est d’une teinte plus sombre que Y allemand ; Yanglais est plus clair ; Yitalien est gris clair.

Chiffres et figures géométriques. —- Les chiffres sont colorés indépendamment des lettres qui composent leurs noms. Ainsi 1 est noir, tandis que eins (un) est clair ; 8 est gris brun, acht (huit) est noir.

Le triangle donne une teinte rouge ; le carré est brun.

Sons et bruits. — Les sons graves sont d’une teinte sombre ; les sons aigus^ d’une teinte plus claire.

Le bruit du tonnerre se traduit par une image noire ; le tictac de la montre, par des points clairs.

OBSERVATIONS PRINCIPALES DES AFTEURS 7S

Odeurs et sensations tactiles. — L’odeur de Vacide phénique est d’un brun sombre ; celle de Veau de Cologne^ qu’on avait à dessein, dans ce cas particulier, teinte en violet pour l’expérience, est couleur d’argent.

U eau chaude donne une teinte plus claire que Veau froide. Le mal de tète se colore en rouge ; la colique en gris (1).

(1) Il y a ' encore, dans le travail de Bleuler et Lehmann, trois ou quatre observations assez détaillées que nous aurions pu prendre ; mais c’eût été enregistrer des faits analogues à ceux que l’on connaît déjà : les cas que nous avons rapportés suffisent, croyons-nous. Et même, nous n’avons fait de si larges emprunts aux deux jeunes observateurs de Zurich que pour donner toutes les observations qui coucernent la famille B.

Observation de Pédrono, 1882 (1)

PSEUDOPHOTESTHÉSIE d’ORIGINE ACOUSTIQUE.

Le D*’ Pédrono, de Nantes, a rencontré ce cas chez un de ses amis, professeur distingué de réthorique de cette ville, jouissant d’une santé excellente, sans antécédents morbides, et doué d’une acuité visuelle et auditive parfaite. D’autre part, le sujet est très bon musicien.

Il ne colore pas à proprement parler les voyelles et les mots, mais les sons musicaux et surtout les timbres de voix et d’instruments, à l’audition des uns et des autres : pseudophotesthésîe d’origine acoustique. Chaque fois qu’un son bien net frappe son oreille, surtout le son d’une voix humaine, à l’instant même, avant toute réflexion, le son se traduit pour lui par une couleur. L’impression est subite et spontanée ; avant de remarquer si une voix est agréable ou non, forte ou faible, il se dit ; Bon ! voix rouge, voix verte, etc., suivant sa nature.

Il extériorise l’image, laquelle semble planer au-dessus

(1) Pédrono. Jotit'nal de Médecine de l’Ouest, 1882, p. 294. — Annales dOculistique, 1882, 2* semestre, p. 224.

OBSERVATIONS PRINCIPALES DES AUTEURS

de la personne qui chante ou de l’instrument qui résonne, comme une sorte d’atmosphère mal limitée.

Voyelles, consonnes et langage. — Le sujet, avons-nous déjà dit, ne colore pas précisément les sons de la parole. En effet, les voyelles ne produisent point par elles-mêmes de sensation chromatique ; elles se colorent plutôt suivant le timbre de chaque voix; mais certaines d’entre elles produisent alors une sensation plus brillante que d’autres. Va est d’une teinte moyenne ; Ve, d’une teinte brillante ; Vi, également ; l’o, d’une teinte moyenne ; Vu, d’une nuance sombre.

Si, au lieu d’être simplement parlées, les voyelles sont chantées, le résultat est le même, à cela près que le phénomène est plus accentué. Ainsi, chantées à des hauteurs différentes de l’échelle musicale, les voyelles revêtent une teinte plus colorée, et, pour mieux dire, plus vive, à mesure que la voix s’élève vers les notes aiguës.

Les consonnes ne déterminent qu’une sensation à peine perceptible, sauf peut-être les consonnes sifflantes. Les paroles prononcées dans la conversation ordinaire ne réveillent qu’une sensation très faible, et le sujet n’en a pas habituellement conscience.

Sons et bruits. — Les sons graves sont d’une teinte sombre; les sons aigus., d’une couleur brillante. En outre, chaque note musicale produit une sensation colorée propre ; mais, entre deux notes voisines, la différence de coloration est presque insensible, et les deux nuances paraissent à peu près identiques. Le D"" Pédrono nous dit <iue, s’étant amusé à siffler pendant l’examen de son sujet,

quand la note était faible et basse, la sensation chromatique semblait résulter d’un mélange de jaune et de rouge ; puis la couleur devenait nettement rouge, quand la note croissait en hauteur et en intensité.

Les différentes notes d’un accord parfait, si elles vibrent absolument ensemble, se fondent en une seule couleur ; au contraire, dans un accord dissonant, quelques-unes des notes se détachent avec leurs couleurs propres, quoique souvent très voisines des autres couleurs. L’accord de fa majeur donne au sujet une image jaune ; celui de la mineur, une sensation de violet.

Tout bruit, quel qu’il soit, provoque une perception chromatique ; mais les couleurs sont toujours sombres, généralement grises ou brunes. Comme pour les sons musicaux, l’intensité du bruit agit sur la sensation : plus il devient intense, plus la sensation colorée s’accentue, en conservant d’ailleurs sa nuance primitive.

Timbres de voix et d’instruments. — Le sujet colore principalement les voiûo, avons-nous dit dès le début de cette observation. Pour lui, chacune se distingue par une couleur caractéristique et constante ; il remarque ainsi des voix bleues, jaunes, rouges et vertes, d’ailleurs avec une très grande variété de nuances. Ce sont les voix jaunes qui lui sont le plus agréables. Relativement à la fréquence, il rencontre souvent les voix bleues, assez souvent les jaunes et les rouges, rarement les vertes.

^iul doute qu il ne colore aussi les timbres des instruments; car nous voyons qu’une même mélodie lui semble jaune exécutée sur un saxophone ténor ou un harmonium, rouge sur une clarinette, bleue sur un piano. Et

OBSERVATIONS PRINCIPALES DES AUTEURS

nous pouvons croire que ces couleurs diverses, successivement revêtues par la mélodie, sont celles des instruments désignés.

Que le sujet voie ou non la personne qui chante ou l’instrument qui résonne, l’impression chromatique est la même, et semble perçue là où le son se produit. L’œil n’éprouve aucune sensation, car la couleur se perçoit aussi bien les yeux fermés; il en est de même si le son vient de la rue, à travers cloisons, murailles, ou tout autre obstacle quelconque. Lorsque le sujet entend un chœur formé de voix nombreuses, il lui semble qu’une foule de couleurs éclatent comme de petits points au-dessus des chanteurs ; il ne les voit pas, ces couleurs, mais il est porté à regarder, et quelquefois, regardant en effet, il s’étonne de ne pas les voir.

Observation de G. Mayerhausen, 1883 (1)

PSEUDOPHOTESTHÉSIE D’ORIGINE ACOUSTIQUE.

Ce cas concerne une dame de vingt-cinq ans, très distinguée, femme d’un médecin, et chez laquelle le sens chromatique est très développé. L’oncle de cette dame, également médecin, avait déjà constaté chez elle l’existence de ces pseudo-sensations colorées quand elle était enfant. Sa faculté d’association n’a pas changé depuis lors.

C’est le son qui, chez elle, détermine la sensation chromatique : pseudophotesthésie d’origine acoustique. Et la preuve, d’après ses propres déclarations, c’est que les mots appartenant à des langues étrangères ne lui donnent une sensation colorée que d’après leur prononciation et non leur orthographe. De même, ce n’est pas la figure d’une personne ou la forme d’un objet qui lui apparaît colorée, c’est le mot lui-même prononcé et entendu ; un mot imprimé ou écrit ne lui donne semblable impression que si elle le prononce mentalement,

(1) G. Mayerhausen. K/inische inonatsblütler fùr Augenheilkunde, novembre 1882, p. 383.

OBSERVATIONS PRINCIPALES DES AUTEURS

Cette impression est absolument forcée, spontanée. Ce sont les sons de la parole, et surtout des voyelles, qui la déterminent ; pour quelques-unes, les consonnes qui les suivent immédiatement ont une certaine influence sur la couleur éveillée, et cela toujours de la même façon.

Voyelles, diphtongues et consonnes. — Rappelons encore qu’il s’agit, dans cette observation, des voyelles, diphtongues et consonnes allemandes.

L’a est ordinairement noir; mais devant l, m, n, il apparaît brun. L’e est d’une couleur d’eau légèrement verdâtre ; mais devant l, m, n, il apparaît gris jaunâtre ; s’il n’est pas suivi de ces lettres et qu’on le prononce alors lentement et clairement, il semble gris clair ; prononcé rapidement dans les mêmes conditions, il est d’un gris sale ; devant l’r, il est gris blanc. L’a (notre é français) apparaît ordinairement d’un gris jaune sale; devant l, m, n, il est d’une couleur de bois. L’^■ est blanc de chaux ; devant l, m, n, il est d’une teinte blanc de lait mélangée d’un peu de jaune; devant r, il devient gris blanc. L’o est toujours d’un beau rouge carmin ; l’ô (Veu français) est constamment couleur de saumon ; Vu (Vou français) est toujours d’un bleu foncé; Vü (Vu de notre langue) se colore comme l’^■. La diphtongue eî ou ai {a-ï-e prononcés rapidement) est toujours jaune foncé ; Veu (eu-u prononcés vite), est toujours d’un rouge jaune éclatant ; enfin au {a-ou, prononcés vite) est d’un bleu foncé, mais plus clair que Vu.

Mots. ■— Les mots se colorent d’après leurs voyelles constitutives et leurs consonnes influentes. Si un mot de plusieurs syllabes est prononcé rapidement devant le snjet, il lui apparaît avec la couleur de la syllabe la plus

accentuée; s’il est prononcé lentement, chaque syllabe garde sa couleur distincte ; il n’y a que Ve muet final des mots polysyllabiques qui ne donne pas dfimpression.

Le sujet colore les noms propres, mais simplement comme les autres mots, d’après les lettres qui les composent. Et même originairement, dans ses années d’enfance, cette personne n’avait remarqué sa faculté de coloration que pour ces noms-là. Dès cette époque, elle leur prêtait donc des couleurs, et c’est d’après cela qu’elle jugeait de leur beauté. C’est ainsi, par exemple, qu’elle aimait surtout le nom Olga, qui lui apparaît rouge noir ; Louise, qui lui semble d’un bleu blanchâtre; etc: Elle détestait, au contraire, certains noms, comme Emma, Selma, qui lui paraissent couleur de bois et noirs ; mais surtout ceux qui se terminent en et (a-i-e)., et lui apparaissent d’un jaune intense qui lui a toujours été antipathique. Le nom de Kain (Caïn, qu’on prononce Caïne en allemand) lui était déjà odieux à l’école, rien que par la couleur jaune qu’il lui donnait.

Plusieurs couleurs lui font défaut dans ce genre de pseudo-perception. Ainsi elle ne voit jamais le bleu de ciel, quoique ce soit sa couleur préférée ; de même, le vert ne lui apparaît pas du tout ; le mot grün (vert) luimême lui semble d’un blanc de lait mêlé d’un peu de jaune.

En terminant son observation, Mayerhausen nous dit que son examen a porté sur plus de deux cents mots pris dans les langues les plus différentes ; et les couleurs indiquées plus haut pour les diverses voyelles et diphtongues ont toujours été données immédiatement, sans hésitation et de la manière la plus précise.

Observation d’A. de Rochas, 1885 (1)

PSEUDOPHOTESTHÉSIE d’ORIGINE ACOUSTIQUE ET PSYCHIQUE.

Ce cas est le principal des quatre observés par cet auteur. Le sujet, âgé de cinquante-sept ans, est un ancien avocat de Paris qui vit maintenant retiré à la campagne où il s’occupe de sciences. Il aime la musique, mais n’est pas musicien. Il a beaucoup voyagé et parle plusieurs langues. Jamais il n’avait entendu parler jusqu’alors des phénomènes qu’il éprouve, et il ignorait qu’on les eût déjà étudiés sur d’autres.

Depuis son adolescence, il colore les voyelles, les diphtongues et les consonnes, les mots et les langues, les chiffres et les nombres, les sons et les œuvres musicales, les timbres de voix et d’instruments, le tout à l’audition ; en outre, il prête des couleurs aux périodes historiques : c est donc ici un cas de pseudopUotesthésie d’origine o-coustique et aussi d’origine purement psychique. Le sujet n’extériorise pas la sensation, mais voit la couleur *Î3^ns son cerveau.

d) A. de Rochas. La Nature, 1883, n" 626, p. 406.

i.’al'Dïtion colorée

Voyelles, diphtongues et consonnes. — L’a est carmin foncé ; l’é^ blanc ; ïz, noir ; i’o, jaune ; l’u, bleu d’azur.

La diphtongue ai est marron; eî, d’un blanc légèrement gris ; eu, bleu clair ; oi, d’un jaune sali de noir ; ou, couleur amadou.

Les consonnes ont une couleur gris foncé, qui se teint de la couleur de la voyelle ou de la diphtongue auxquelles elles sont unies pour former des syllabes. L’s sifflante placée à la fin d’un mot donne à la syllabe qui la précède un reflet métallique.

Mots et langues. — Les mots tirent leur couleur des lettres qui les composent. Les langues doivent leur teinte générale aux sons qui s’y présentent le plus fréquemment.

allemand, où dominent les consonnes, est gris souris pour le sujet; le français, d’un gris tournant vers le blanc ; Vanglais, d’un gris presque noir ; l’espagnol, très coloré, surtout en jaune et en carmin, offre des teintes ^ vives, papillotantes et à reflets métalliques ; l’italien est jaune, carmin et noir, avec des teintes plus douces et plus harmonieuses.

Chiffres et nombres. — Le sujet colore les chiffres et les nombres. Mais les couleurs ne lui apparaissent, comme pour les autres mots, que lorsque les chiffres sont entendus par lui ; quand il les lit, ils n’ont que la couleur de l’encre avec laquelle ils sont écrits ou imprimés. La forme du chiffre n’entre donc pour rien dans l’attribution de la couleur, dont la nature paraît, sauf pour quelques-uns, indépendante également du son perçu.

Pour ce sujet, i est noir ; 2, gris bleu ; 3, jaune ; 4, gris légèrement jaune ; 5, chocolat foncé ; Q, carmin ; 7, bleu ; 8, rouge rosé ; 9, blanc ; O, jaune.

OBSERVATIONS PRINCIPALES DES AUTEURS 85

Les nombres composés de ‘plusieurs chiffres ont pour couleurs celles des chiffres composants ; ainsi, 607 paraît carmin, jaune et bleu. Toutefois, quand le nombre est composé d’un chiffre suivi d’un ou de plusieurs zéros, la couleur du premier chiffre apparaît seule, quelquefois teintée de jaune; ainsi 10 est noir, comme 1, comme 100, comme 1000, etc., etc.; de même, 9, 90, 900, 9000, etc., sont blancs.

Sons musicaux. — Un son très grave, et par suite sourd, commence par éveiller une sensation colorée faible, c’està-dire sombre, où la teinte rouge (chocolat, amadou) prédomine de plus en plus quand le son devient plus intense ou plus aigu. A mesure que la note s’élève, la couleur passe du rouge au jaune, puis au bleu et finalement au noir, qui n’est peut-être ici que la limite extrême du violet. C’est précisément l’ordre des couleurs du spectre, en commençant par celle qui correspond au plus petit nombre de vibrations lumineuses.

Mais si l’on énonce les notes de la gamme par leur nom, même en les chantant, c’est la voyelle du nom qui détermine la couleur ; ainsi, do paraît jaune; ré, blanc; mi, noir, etc. Si on les chante sur une voyelle terne, ou qu’on les joue sur un instrument, c’est le timbre de la voix ou de l’instrument qui intervient alors, l’acuité du son se bornant à donner un peu plus d’éclat.

Un air de musique, un opéra, présentent quelquefois nu sujet une teinte générale. Ainsi l’air ô!Haydée^ Enfants de la nohie Venise, lui paraît, d’un bout à l’autre, d’une nuance chocolat ; l’Épreuve villageoise et le Pré aux Clercs lui semblent verts.

l’audition colorée

Voix et instruments. — Les voix graves paraissent carmin foncé, tirant sur le brun chocolat, les voix aiguës sont d’un bleu cru, et les voix moyennes, jaune tendre.

La grosse caisse correspond au chocolat ; la trompette, au jaune brillant ; le hautbois, la flûte et le piano, aux divers tons du bleu ; le violon et le sifflet sont d’un noir d’autant plus accentué que le son est plus criard et plus aigu ; la guitare est d’un gris terne.

Périodes historiques. — Les différentes périodes de l’histoire paraissent au sujet d’un jaune plus ou moins brillant, suivant l’éclat qu’il attribue à leur civilisation. Ce fait est dû, pense l’observateur, à la matérialisation d’une figure de langage, et il ne la cite, ajoute-t-il, que pour montrer les propensions du sujet à assimiler aux couleurs ses diverses impressions.

Observation du D*' Lauret, 1885 (1)

PSEÜDOPHOTESTHÉSIE D’ORIGINE ACOUSTIQUE.

Ce cas est le plus remarquable des quatre observési par le D'' Lauret, de Montpellier. Il concerne un homme de • cinquante ans, ancien officier d’administration, intelligent et instruit. Ce monsieur s’occupe, en amateur^ de sciences physiques et mécaniques ; il aime également la musique, mais en ignore même les notions. Ajoutons que chez lui la vision est normale.

Il présente d’une manière très marquée une association intime des sensations auditives et visuelles, l’audition d’un son déterminant instantanément chez lui la perception d’une couleur, et même le plus ordinairement, d’une image colorée, de forme et de dimension constantes pour chaque son, mais variant avec chacun pris séparément. C’est donc un cas de pseudopîiotesthésie d'origine acoustique.

Chez ce sujet, la sensation chromatique est constamment extériorisée ; il rapporte l’image à une distance fixe d’un à deux mètres au-devant de ses yeux, et la voit tou-

(1) Lauret. Gazette hebdomadaire des sciences médicales de Montpellier, novembre 1885, n»» 46 et 47. — Gazette hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie, 25 décembre 1885, n» 52, p. 842.

l’audition colorée

jours ainsi, dans quelque position qu’il se trouve par rapport à la source sonore.

Voyelles, diphtongues et consonnes. — L’impression colorée la plus vive, on pourrait dire l’impression dominante pour le sujet, est produite par l’énoncé des voyelles, et l’image que forme chacune d’elles a non seulement une couleur propre, mais encore une forme spéciale. L’a donne un ovale à grand axe perpendiculaire d’un noir brillant ; l’e est bleu de ciel clair, sans forme précise ; l’é et l’ê sont représentés par des carrés de couleur jaune paille sale et café au lait clair ; Vi semble un gros point d’un blanc d’argent éclatant ; l’o et l’d des ronds rouge marron et rouge garance très vif ; Vu est bleu verdâtre sans, forme déterminée.

Parmi les diphtongues, celles qui se prononcent comme les voyelles donnent aussi les mêmes images colorées : par exemple, è et ai., ô et au-, eu, qui diffère assez peu de Ye muet, est aussi couleur bleu de ciel clair ; ou donne un cercle aplati aux pôles et marron foncé. Les diphtongues composées participent de l’image de chaque élément composant : o^■ =: oua donne un cercle marron foncé dans sa moitié gauche, noir brillant dans celle de droite ; oî — oa donne la même forme, dont la première moitié est rouge ; oï, un cercle rouge sur lequel vient se fixer un point brillant ; ei, une lame ainsi disposée, ^ dont la moi¬

tié gauche est jaune et la pointe blanc d’argent ; ié, l’image précédente renversée de droite à gauche pour la forme et la couleur. Remarque curieuse, pour ces dernières diphtongues à deux sons successifs, les teintes propres des voyelles composantes ne se fondent pas vers le milieu de la figure, mais se succèdent très nettement : la figure

OBSERVATIONS PRINCIPALES DES AUTEURS

apparaît par la partie gauche correspondant à la première voyelle énoncée, et s’achève à peu près instantanément, se complétant ainsi avant que la première partie apparue ait eu le temps de s’effacer.

Les consonnes n’ont aucune influence sur la couleur des voyelles, sauf l’m et Yn placées à la fin d’un mot, et qui modifient alors la teinte de la voyelle précédente ; mais placées au commencement des syllabes, les consonnes m et n n’ont plus aucune action.

Mots et discours. — Il suit de ce qui précède qu’un mot de plusieurs syllabes, prononcé isolément et nettement, donne au sujet les sensations successives des voyelles comprises dans ce mot.

Mais il n’en est plus de même si les mots se succèdent rapidement de manière à former des phrases, en d’autres termes, dans la conversation. Ici, un nouvel élément intervient, le timbre de la voix qui parle, dont la teinte l’emporte sur celle des voyelles ; et la seule sensation, ou du moins la sensation dominante, se réduit à cette coloration uniforme donnée par le timbre de la voix.

Sons et bruits. — La hauteur des sons n’est pas sans influence sur la production de l’image ; mais cette influence ne se traduisant, d’une note à l’autre, que par. une transition insensible, l’effet n’en devient évident que pour les degrés très éloignés de l’échelle musicale. Les sons gravies sont, en général, sombres ; les sons aigus^ clairs et presque blancs. Deux morceaux de musique,

1 un mineur et l’autre majeur^ exécutés dans les mêmes limites de l’échelle musicale, n’ont pas tout à fait la même teinte, le mineur paraissant plus sombre que le majeur.

l’audition colorée

Les &/’w^^s donnent généralement des sensations colorées confuses, obscures, sauf ceux qui se rapprochent des sons musicaux. Le Iruit des vagues déferlant sur une plage donne les sensations colorées de Vou et de Vi, sensations qui restent distinctes.

Voix et instruments — Les voîoo de basse paraissent au §ujet marron foncé dans le grave et passent, en s’élevant, au marron clair. Les barytons varient du marron au jaune. Les ténors sont d’un jaune un peu foncé ou jaune serin. Les contralto dans le grave donnent la sensation de marron clair, comme les barytons ; les voix de mezzo soprano passent au jaune clair, et celles de soprano au jaune blanc absolu pour les notes les plus élevées.

Il se passe pour les paroles chantées une chose analogue à ce qui a lieu pour la conversation : les couleurs propres des mots disparaissent, et la seule impression persistante est uniquement celle de la teinte donnée par le timbre, à moins que, par un effort spécial, le sujet ne porte son attention sur les couleurs propres des syllabes, qui se détachent alors sur le fond uniforme du timbre.

La clarinette produit une impression de jaune sale, foncé dans le grave, clair dans les notes aiguës. La flûte est aussi d’un jaune sale dans la première octave inférieure ; puis le timbre change subitement et devient bleu clair, pour passer au bleu blanchâtre, et enfin au blanc dans les notes élevées. Le hautbois donne la sensation d un jaune plus franc que celui de la clarinette, et tirant sur le jaune de chrome. La basse et la contrebasse, soit en cuivre, soit à cordes, sonnent marron très foncé dans les notes graves. Le violoncelle, marron rougeâtre dans le grave, passe au rouge franc sur la première corde. Le

OBSERVATIONS PRINCIPALES DES AUTEURS 91

violon, grenat sur la quatrième corde, passe à l’orangé, au jaune, puis au jaune clair, presque blanc, sur les notes aiguës de la chanterelle. Pour le piano, si l’on passe avec une vitesse modérée, du grave à l’aigu, la teinte, d’abord marron foncé, passe par les nuances rouge sombre, rouge franc, orangé, jaune, bleu clair, bleu blanchâtre, et blanc.

Pendant l’exécution d’un morceau de piano, le sujet perçoit une teinte générale souvent très variable (à moins que le morceau joué ne demande qu’une portion très peu étendue du clavier), teinte interrompue, pendant les phrases accentuées, par des lueurs plus vives mais fugitives. Si les deux mains jouent aux extrémités opposées du clavier, c’est comme un papillotement continuel de lueurs blanches et marron ; mais les deux teintes ne fusionnent pas.

Dans une exécution orchestrale, le sujet voit scintiller une multitude de lueurs colorées correspondant .aux impressions des divers instruments qui sont successivement le plus en relief ; l’ensemble de ces fusées colorées lui paraît plus ou moins harmonieux, plus ou moins criard, absolument comme l’ensemble sonore.

Observation du Paul Raymond, 1889 (1)

PSEUTOPHOTESTHÉSIE D’ORIGINE ACOUSTIQUE.

Le sujet, âgé de trente ans, est un homme d’un bon tempérament, d’une forte constitution, qui n’a jamais été rhalade. Il est arthritique et nerveux. Très impressionnable, s’emportant à la moindre contrariété, il a des alternatives d’excitation et de dépression. Intelligent et très travailleur, il a fait de véritables excès de travail. Il parle plusieurs langues.

Aussi loin que remontent ses souvenirs, ce monsieur se rappelle avoir éprouvé les mêmes pseudo-sensations chromatiques. Ce sont principalement les sons des voyelles qui les déterminent ; pseudopTiotesthésîe d’origine acoustique. Les sons musicaux ne donnent rien.

Voyelles, diphtongues et consonnes. — L’a lui paraît noir ; Ve, gris ; jaune ; l’o, blanc ; et Vu, bleu. La coloration d’une voyelle surmontée d’un accent diffère de celle de la même lettre sans accent ; ainsi \’é est d’un gris plus blanc que l’e.

(1) P. Raymond. Gazette des hôpitaux, 2 juillet 1889, n» 74. p. 680.

OBSERVATIONS PRINCIPALES DES AUTEURS

Comme dans quelques autres observations, les diphtongues tirent leur couleur des deux voyelles accouplées ; ainsi eu, formé d’un e gris clair et d’un u bleu, apparaît d'un gris bleuâtre; ei est perçu comme jaune clair, etc.

Les consonnes paraissent toutes, indifféremment, d’un gris clair ; mais la sensation colorée qu’elles éveillent est à peine marquée.

Mots et langues. — Les syllabes et les mots prennent les couleurs des voyelles qui les composent. Pour le mot Hippocrate, par exemple, le sujet perçoit successivement des sensations de jaune, de blanc, de noir et de gris ; il voit ainsi défiler, devant ses yeux, une véritable gamme de couleurs.

Quant aux langues, Vanglais lui paraît gris, l’allemand, noir ; l’italien, jaune ; l’espagnol, bleu ; mais^ dans chacune de ces langues, comme dans le français, chaque mot porte avec lui sa coloration propre, selon les voyelles qui le composent. La coloration de la langue étrangère est, pour ainsi dire, une sorte de résultante qui n’a aucune influence sur les couleurs des mots pris séparément.

Le sujet n’est aucunement gêné par ses sensations chromatiques. Il en fait, pour ainsi dire, abstraction quand on lui parle. Il faut, pour qu’il perçoive la pseudo-sensation de couleur, qu’il arrête son attention sur ce point.

Observation du Grüber, 1889 (1)

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