CHAPITRE III
Temps d'hésitation ; action de l'intensité du son ; h3rperestbésie du sens de l'ouïe ou d'une oreille. — Quand un bruit frappe Toreille, l'attention s'éveille tout d'abord ; l'animal dresse la tête, tend l'oreille, en tourne Torifice dans la direc* tion du bruit ; il fait silence, écoute. C'est un temps d'hésitation : qu'est-ce ? qu'y a-t-il ?
Nous savons que, pour arriver à la conscience, le son doit avoir une durée de o',i6 à 0%i4. Cette hésitation donc vient soit d'une sensation trop insuffisante pour que la reconnaissance ait lieu, soit de ce qu'elle n'est pas connue; il y a surprise, émotion. Nous voyons l'importance de la durée d'un phénomène pour sa perception. Wundt, qui a étudié ces phases de la sensation acoustique, remarque que ce temps d'hésitation est plus long pour elle que pour les autres sens. L'intensité du son rend la réaction plus vive : un son modéré adonné une durée de réaction de 189; tandis qu'avec un son fort elle a été de l58. (Wundt, loc. cit.)
Mais si le son est dur, offensant, blessant pour l'oreille, il constate au contraire l'effet inverse ; c'est-à dire qu'il existe un retard dans la réaction motrice.
Retenons ce fait expérimental : nous avons souvent insisté sur les inconvénients de l'excès d'intensité des sons ; mais une extrême sensibilité de l'ouïe et du système nerveux réalise les mômes conditions, provoque les mêmes retards et cause les mêmes troubles de l'ouïe.
^Trop de sensation aboutit à un malaise pénible, et nuit à la
distinction précise du phénomène : un son trop fort étourdit ; mais le mot de sonorité éclatante n'est pas reconnu.
Cette incapacité de sentir, créée parTexcèsde la sensation ou de la sensibilité, est un des états les plus fréquents dans le cas de surdité. Ces sujets passent sans cesse de l'insuffisance à Texcès de sensation.
On connaît Tinhibition motrice ; n'est-ce pas là de l'inhibition psychique et sensorielle ? Ne dit-on pas : trop de lumière aveugle, et lumière aveuglante ?
Nous voulons avant tout discerner ce que nous sentons. Par contre, on n'ignore pas que les excitations vives et répétées de l'ouïe rétablissent temporairement la faculté perdue. Le retour de l'audition dans le bruit est un phénomène paradoxal, mais très fréquent. La personne incapable de converser d'ordinaire peut alors causer facilement et répondre juste en chemin de fer, en voiture, etc. Dans ce cas, l'excès d'excitation n'est pas à craindre, grâce à l'aiTaiblissement de la sensibilité du nerf, et sans doute aussi à la condition excellente de la sensibilité générale, ou, pour mieux dire, des centres nerveux du sujet, d'où une moindre excitabilité réflexe, et l'absence des troubles nerveux (vertiges, bruits, demi-syncope, troubles de la vue, etc., etc., douleur môme) qui s'observent chez l'autre catégorie de sujets.
Ne sait-on pas que les réflexes d'arrêt, les réflexes inhibitoires naissent d'une excitation blessante, anormale? C'est ainsi qu'une phrase n'apparaît à la conscience que comme une suite de bruits sans signification, et les émotifs, les affaiblis écrasés par l'action sonore n'entendent ni ne comprennent plus, c'est-à-dire sont incapables de distinguer et d'assurer la perception nette : la machine démontée ne donne plus d'images auditives précises. Ainsi une dame sourde ne reconnaît pas le mot Ararai; et répète aussitôt « dévouement»; le premier est aussi éclatant cependant que le second est sourd et doux.
L'audition même peut avoir eu lieu, bien qu'incomplète assurément, au milieu de ce trouble, car, après quelques instants de calme, le souvenir revient de quelques bribes perçues au moyen desquelles le sourd reconstitue la pensée^ sinon les mots de la phrase dite.
Les nuances de ces combinaisons sont infinies ; on conçoit que, dans certains cas, en évitant les accentuations, la force
des intonations, les forte dans Je chant, etc., tout ce qui blesse et irrite la sensibilité acoustique, en parlant d'une voix lente et monotone, on obtienne d'excellente audition, sans perte et sans orage. Quand cette atténuation voulue du mouvement sonore ne change rien à la situation, ne procure aucun bénéfice, c'est que la prédominance des états psychiques s'oppose à l'amélioration. C'est le repos, la campagne, l'isolement qu'il faut conseiller au moins temporairement ; mais le plus souvent la continuité des exercices acoustiques apaise ces ré-" voltes ; et les sons peu à peu deviennent supportables et sont perçus.
Cependant l'intensité n'est qu'une des qualités de la sensation sonore ; la hauteur du son, les sons aigus peuvent aussi être désagréables à l'oreille ; il en est de même de certains timbres ; la maladie donne à ces effets des proportions souvent sérieuses. Une de mes malades, pianiste, à lasuite d'une otite rubéolique, se trouvait presque mal en entendant une mélodie en mineure; une autre légèrement touchée par une otite avec une paralysie faciale ne pouvait supporter les cris de son bébé (sons aigus).
On sait que les sons de grattage, de crissement, de frottement, de grincement sont très désagréables, et donnent sur les den^s; le bruit de la locomotive qui s'arrête en gare, cette trépidation avec bruit sourd causent une sensation des plus redoutées de certaines personnes bien entendant cependant.. •^
Il est connu que les sons bas amples et moelleux de l'orgue ont des douceurs particulières ; les sons tremblotants, puisa-* tiles, les ronflements offensent l'ouïe ; les voix de chèvre aussi ; certaines intonations, ou accents, les sons pointus, agacent ; de même les timbres criards, etc. ; les battements donnent lieu à des discordances très pénibles, insupportables (Helmholtz).
Je ne parle ici que du phénomène sonore dégagé des associations d'idées qui peuvent l'accompagner, et y ajoutent leur influence : tons pleurards, plaintifs ; notes gaies, etc.
De toutes façons, la qualité du stimulant, la nature des sons, intensité à part, modifient évidemment ses effets.
Féré, Wundt remarquent aussi cette différence dans la réaction suivant les propriétés spéciales du son : Bloch (i883, Soc. BioL) a fait les mêmes constatations pour les sensations tactiles.
• La mémoire^ l'éducation, les sentiments modifient remar-
quablement Taudition et ses suites. L'enfant sourd, faute d'exercice de Fouie, oublie les sons, et perd peu à peu la mémoire des mots ; cela s'ajoute à la surdité.
Le sourd garde longtemps l'audition de la voix de ses proches ; une foule de conditions habituelles, simples, lui permettent de comprendre, de saisir l'idée avec quelques sons mal perçus ; de môme que nous pouvons, sans connaître à fond une langue étrangère, traduire et comprendre un sujet limité, objet de nos études habituelles.
La mère, au milieu d'autres bruits, ne se réveille qu'au cri de son enfant. L'homme fait lit des pensées plus que des mots. Celui qui entend bien ne saisit jamais tous les mots émis, il saisit cependant toute la pensée et la devine même avant la phrase terminée ; il la terminerait au besoin.
L'effort d'attention du sourd est énorme ; il peut produire la congestion et plus tard la neurasthénie par les déceptions fatales et l'épuisement.
J'ai dit .combien est vive l'excitation par les sons musicaux chez les enfants et chez les adultes sourds; chez les sourdsmuets, l'effet de leur audition est curieux ; les sons continus bien rythmés ont une puissance de pénétration sans égale ; ils semblent causer peu de fatigue et beaucoup de plaisir.
On connaît l'influence du bruit sur l'audition d'une peri^onne saine sous le rapport de l'ouïe; elle abaisse la portée, nuit à la distinction, à la reconnaissance, gêne la fonction ; elle équivaut à une diminution de l'ouïe. Wundt a constaté que le temps de réaction s'allonge quand un son s'ajoute à un autre ; leur simultanéité amène un retard dans la réponse ; ce n'est pas seulement affaire d'attention, la difficulté de la différenciation est accrue ; il est impossible de converser en voiture roulant sur le pavé. On entend mieux en se bouchant alors une ou les deux oreilles suivant la force du bruit ambiant ; il en est de même pour le son de sa propre voix. On ne distingue rien dans le brouhaha d'une assemblée ; cependant on s'accoutume à entendre dans le bruit.
Les différences de timbre et de tonalité et les autres circonstances qui accompagnent la production de sons simultanés aident à saisir le son nouveau : la vue est aussi d'un grand secours.
Aussi, quand le corps sonore ou la source sonore restent ina-
perçus, le sourd risque fort de ne pas entendre ; dès qu'il est prévenu de la présence de Tindividu ou qu'il a vu remuer ses lèvres, il est attentif et déjà plus apte pour comprendre avec un volume de voix bien moindre. Aussi est-il bon, dans ces circonstances, d'élever la voix dans le premier mot prononcé, pour éveiller l'attention auditive du sourd, lequel est ensuite capable de converser avec la même personne sur un ton plus calme et avec moins de difficulté.
L'audition à recelé. — Dans le monde, on dit de l'enfant sourd qu'il est distrait, et à l'école on punit sévèrement l'enfant insupportable, récidiviste endurci, le pauvre I — qui n'a pas obéi à la première ni à la seconde injonction ; distrait ou insubordonné, mauvais élève ; voilà ses notes; et au banc des cancres I
Très étonnés les maîtres auxquels j'ai dit : voilà des sourds (i) I
Dans ma seconde étude, j'ai pris les cinq derniers élèves des classes dans deux groupes scolaires de la ville de Paris, dont j'étais médecin inspecteur ; or, près des deux tiers de ces enfants, relégués au dernier banc de la classe, avaient une ouïe inférieure, et quelques-uns n'entendaient presque pas la parole seul à seul et de près.
Au moyen de la composition écrite, épreuve de dictée, j'ai rendu le fait très sensible ; malheureusement, c'est une recherche fort longue.
Sur cent enfants, j'en ai trouvé vingt-deux à vingt-trois mis en infériorité par une lésion otique ; ces chiffres ont été confirmés par d'autres observateurs ; les uns ont trouvé 27 pour 100 ; d'autres, 18 pour 100; Moure, 17; Weilde Stuttgart, 35 pour 100, etc. Ces chiffres ont leur éloquence. Ils n'ont ému personne.
On peut, d'après cela, admettre que l'éducation des enfants est tout à fait compromise par un affaiblissement de l'audition à l'école, où les conditions et nécessités d'ouïr sont très différentes de l'ordinaire, vu le bruit du milieu et la distance à laquelle se fait l'enseignement ou la dictée des devoirs. Heureusement, la surdité à cet âge est le plus souvent guérissable ; mais qui la découvre ?
(1) Gellé, le Sourd à l'école. Études d^olologie, t. I et II.
Influence de l'habitude, de rezercice, de l'attention. — L'éducation, Thabitade, Texercice développent les aptitudes et la finesse de l'ouïe ; elle se perfectionne ainsi pour une fin spéciale (musique, chant, auscultation, chasse, mémoire, déclamation, chiffres, etc.); mais certaines supériorités sont ataviques ou héréditaires.
D'autre part, l'habitude émousse les sensations acoustiques comme les autres ; elle éteint certaines susceptibilités, elle crée l'accoutumance. C'est ainsi qu'on observe ces faits d'inaudition de bruits constants, habituels (bruitsde la grande ville, des chemins de fer, des usines, le tic-tac du moulin). Ces bruits disparaissent à la fin totalement de la conscience malgré leur durée et leur intensité.
On voit que la conscience naît de la variété, de la succession, diBs oppositions dans les sensations; c'est beaucoup une notion de rapports ; avant tout, c'est un terrain mobile; et dès que le son est constant, identique, égal, il ne stimule plus l'attention ; l'uniformité endort, comme l'ennui, la perception.
L'inattention, d'autre part, amène l'inconscience. N'y aurait-il pas là également une sorte d'épuisement pour la sensation d'un ton, pour un mode usé d'excitation? Sans doute, c'est là un phénomène psychique, car l'excès de ces impressions bruyantes est très blessant pour l'organe, et souvent devient une cause de surdité et de lésions auriculaires (chaudronniers).
Un usinier de mes amis se retire et s'aperçoit qu'il est 4SOurd depuis qu'il est au repos: je lui découvre deux vieilles perforations séchées des tympans, lésions ignorées de lui, datant de la première enfance, raisons de l'affaiblissement auditif dont il n'avait cure tant qu'il passa sa vie au milieu du bruit des machines ; le bruit lui avait été utile. Mais un plus grand nombre de gens souffrent d'affections douloureuses et graves des oreilles provoquées par les trépidations et le tapage assourdissant de certaines machines (chaudronniers, tôliers, etc.).
L'habitude fait encore que les sons, les voix, les bruits accoutumés sont plus facilement et plus promptement reconnus ; une oreille instruite différencie très vite et découvre des finesses ignorées pour toute autre. De même, on entend mieux quand on est prévenu que Ton va avoir à entendre^
qu'il y a lieu d'écouter ; et on comprend aussitôt si Ton sait ce que Ton doit entendre, ce que l'on va écouter.
Toutes ces nuances sont très accusées chez les sujets dont Touïe laisse à désirer. Ces phénomènes d'adaptation du isens, de Torgane périphérique aussi bien que du centre de perception, exigent un temps bien plus long en pareil cas : et à chaque voix nouvelle, à chaque direction changée dans le courant sonore, l'organe est mis en échec ; les tâtonnements sont à recommencer ; tandis que les voix habituelles sont assez bien entendues cependant.
Comptez jusqu'à lo auprès d'un demi-sourd, ou assez loin d'un bien entendant, vous remarquerez que l'attention s'éveille pour celui-ci à 2 ou à 3 ; et chez le premier parfois au n* 5, 6, 7 seulement, etc.
Il faut une somme d'excitations, pour que l'éveil ait lieu, d'autant plus répétées que l'audition est plus mauvaise. C'est ce retard dans l'éveil de l'attention auditive qui empêche certains sourds de suivre une conversation à plusieurs ; la dernière syllabe du mot est seule perçue ; l'audition d'un seul interlocuteur est plus longtemps conservée.
Un son continu est à cause de cela plus pénétrant ; ainsi le diapason donne une sensation plus facile à reconnaître que le tic-tac de la montre.
Nous pouvons ajouter que la musique, dont la pénétration dans l'oreille est si remarquable, doit cet avantage, si précieux pour l'éducation des sourds, au vague même de sa signification, à son action toute physique d'abord, l'impression consécutive restant entièrement personnelle ; tandis qu'au contraire, dans l'audition des paroles, du langage articulé, tout son a une valeur précise, une signification convenue, qu'il faut saisir immédiatement pour comprendre la phrase et con- ■naître la pensée de celui qui parle.
• Aussi les sourds entendent encore la musique, ou croient l'entendre bien, quand déjà depuis longtemps ils ont cessé de comprendre le langage articulé. Le mot devient indistinct; la valeur idéale du son manque ; et le fil de l'idée... est rompu.
Parmi les choses apprises, celles dont l'audition disparaît le plus rapidement chez le sourd, ce sont les langues étrangères ; au moins le phénomène d'incapacité est-il là très apparent. On sait en effet que les voix familiales sont mieux perçues.
et il est clair que nous entendons plus vite et que nous reconnaissons plus sûrement les sons accoutumés, les voix des amis, les bruits au milieu desquels nous vivons et notre langue maternelle. Une dame de mes clientes souffre bien plus de sa surdité en Angleterre, quoiqu'elle connaisse bien la langue anglaise.
Dans les épreuves de réaction, on constate la durée plus longue des réponses d'un inexpérimenté ; mais l'éducation se fait par la suite ; et peu à peu les réponses deviennent normales.
Exner cite, à ce propos, le cas d'un vieillard, chez lequel il existait un retard énorme dans la réponse aux excitations acoustiques, qu'il parvint à diminuer des quatre cinquièmes par les exercices continués.
D'autre part, Obersteiner, cité égaleinent par Richet (Cerveau, p. 25, loc. cit.), rapporte que les personnes incultes fournissent des réponses d'une lenteur notable en comparaison de ce que donnent les gens d'esprit cultivé ; mais après un certain temps d'exercice tout devient normal. Angell et Addison, Moore(W.) également ont montré expérimentalement que les premières excitations donnent des réponses plus tardives que les dernières.
Le rôle de l'attention dans l'audition est prépondérant, bien que la passivité de l'organe soit évidente ; par l'attention, la perception est ou n'est pas ; la conscience est occupée ailleurs : la distraction affaiblit la perception et allonge le temps de réaction. En quoi l'ouïe est le plus cérébral de nos sens.
C'est ainsi qu'un bruit qui s'ajoute à un autre bruit donne une durée de réaction bien plus grande. Ainsi Wundt a noté qu'un son modéré demande une moyenne 189 <j, sans bruit simultané ; or, pour obtenir la réaction avec le bruit simultané, il faut 3i3 <j!
On sait qu'il en est de même pour toutes les sensations (optiques, tactiles, etc.). L'attention crée en effet un état psychique particulier, la concentration des forces nerveuses ; et celle-ci équivaut à une plus grande excitabilité sensorielle et motrice (émotion).
Dans l'attention, qui est d'une si grande importance pour la perception, il n'y a pas seulement une adaptation motrice, mais un état d'éréthisme, d'excitation de la sensibilité sensorielle et générale, une sorte de dynamogénie spontanée, ou provoquée par le phénomène extérieur.
Si Ton éparpille les eflforts d'attention, si on ne lafixe point, il y a affaiblissement.
Mais dès que l'attention est absorbée par une sensation, tout disparaît, l'audition comme le reste.
Les travaux si nombreux sur les fonctions de la parole, le langage et ses maladies (Charcot, Baillet, Ribot), ont montré <iue certaines personnes sont auditives^ c'est-à-dire qu'elleâ ont la mémoire des sons plus développée, et que les sensations auditives sont pour elles la source la plus sûre et la plus habituelle de la mémoire des mots, des chiffres, etc.
D'autres sont visuelles, d'autres motrices, suivant l'ordre des courants nerveux qui prédominent chez les divers individus.
Les aptitudes musicales, pour le chant, etc., sont de même individuelles.
Lange a distingué, au point de vue de la durée de réaction, suivant l'attention du sujet, des types auditifs et des moteurs ; et il remarque que la réaction chez l'auditif, attentif à l'excitation (réflexe cérébral), est plus lente que chez le type moteur attentif à la réponse (réflexe médullaire). (Lange, 1888, Phil, siud,, IV, 479; William James, 1890, Me Principe of psychol, ; Buccola, i883, loc, cit., cités par Richet, loc. oit,, p. 25.)
Nous avons signalé, avec Wundt, ce fait que des excitations alternatives donnent lieu à des réactions bien plus rapides si elles sont régulières, périodiques, que si elles sont irrégulières, discontinues.
Il en est de même des excitations attendues, qui causent une réaction beaucoup plus vite que les imprévues (hésitation, émotion).
Orientation. — V orientation dans le champ de l'audition se fait séparément pour chaque oreille. En effet, chacune d'elles opère sur une zone séparée et opposée de l'espace (V. p. 160).
La zone silencieuse (Gellé, Beaunis), qui répond à la partie située derrière les pavillons auriculaires et l'occiput, isole nettement les deux champs auditifs latéraux, en arrière de nous. En avant, il y a également une zone de moindre portée évidente (voir fig. 46) > tandis que nous avons vu que, sur Vaxe auditif, qui est la ligne fictive menée dans le prolongement du conduit auditif au dehors, siège le maximum de la portée de l'ouïe.
Gellé. 19
Ainsi, à Topposé des rayons >isuels, les deux rayons ou axes auditifs divergent ; leur direction est droite ou gauche : c'est l'orientation latérale.
Par suite de Texistence de la zoQe silencieuse, c'est donc en arrière de la tête que les premiers signes d'un affaiblissement de la faculté d'entendre se montreront et sur l'axe auditif qu'on trouvera, par contre, les dernières sensations acoustiques. Chacun des territoires explorés peut isolément s'amoin* drir ; et la différence des portées indique l'importance de la perte.
L'orientation résulte de sensations multiples de natures très 4iverse8. Les sensations musculaires et autres (visuelles, tac^ tiles, de sensibilité générale, articulaires, etc.), qui naissent des mouvements associés effectués dans ta recherche du son et dans l'accommodation de l'oreille, complètent un ensemble de notions qui s'ajoutent aux sensations auditiveis, latérales différenciées, comparées, pour accomplir et guider l'orientation, qui est un choix^ mais aussi un acte : ainsi nous reconnaisi^ns le point de l'espace d'où vient le courant sonore.
Rôle du labyrinthe dans l'orientation. Orientation objective, ORIENTATION SUBJECTIVE PAR l'oreille. — Nous ne rcdirons point ce qui a été écrit à propos du « sens de l'espace », et dont nous avons parlé en étudiant le rôle dés canaux semicirculaires ; quelques mots seulement. Par l'éducation, l'exercice, l!babitude, au moyen des notions fournies par la sensibilité, à laquelle obéissent les actions motrices, nous possédons la connaissance de notre moi, pensant et agissant ; celle de. nos mouvements, de nos gestes, de nos attitudes et de leurs variations, de leurs successions dans le temps, et les rapports de nos membres et des parties du corps avec le milieu, les corps environnants, dans l'espace. Un son qui frappe VoreiUe nous touche dans un certain moment de ces états de conscience et les modifie ; il attire à lui l'attention, c'est-à-dire la «érie dés efforts d'adaptation nécessaires à son observation. L'état jde conscience fondamental et primordial est ce qu'on a. appelé V orientation subjective; les étals de conscience consécutifs à l'excitation sonore constituent ïorientatidn objective.
Il y a comparaison, discernement, choix, et finalement confusion sur la direction du courant sonore par rapport à nous.
LA SENSATION AUDITIVE 2<)l
Le rôle du labyrinthe est d'associer à laudition une foule de sensations perçues simultanément et de mouvements réflexes ou volontaires connexes ; ce consensus constitue Tôt* iention ; c'est-à-dire la concentration de toutes les pensées^ de toutes les sensibilités, de toute la motricité sur une sensation, ici Tauditive, sur un phénomène, le son.
Tout effort, toute tendance motrice née d'une excitation sensorielle exigent des actes musculaires généralisés inconS'^ cients, des alternatives d'activité entre les antagonistes ; des inhibitions succèdent aux mouvements effectués par des groupes musculaires variés ; les fonctions de l'équilibre sont mises en jeu ; et sous l'influence de l'attention auditive le tonus des muscles s'accroît ; il existe à ce moment une période de suractivité générale pour l'adaptation aux phéno^ mènes extérieurs sonores, à leur reconnaissance, à la recherche de leur direction.
Cette synergie est éveillée par l'excitation labyrinthique, sensorielle et motrice tout à la fois ; nous avons dit comment.
Dans l'audition, le tenseur tympanique se contracte synergiquement avec les muscles de la station et de l'équilibration ; et, parle fait de la pression exercée sur le nerf labyrinthique, l'excitation des crêtes des ampoulés des canaux semi-circulaires a lieu ; la coordination des mouvements et* des actes psychiques, des états de conscience, des volitions et des réflexes, est ainsi obtenue dans un but commun, la connaissance de la sensation auditive et de la direction du corps sonore.
. D'après Goltz, Breuer, Ewald, le hquide labyrinthique viendrait frotter, par un effet de recul, dû à l'inertie, sur les crêtes des ampoules; ce choc fournirait ainsi la notion du sens du déplacement. C'est une hypothèse brill:ante ; mais alors c'est l'acte effectué qui s'inscrit ; c'est par conséquent une sensation à la suite qui doit servir à graduer les excitations réflexes nées du labyrinthe.
. Je comprends mieux l'action directe des vibrations sur l'ensemble des nerfs labyrinthiques ; chacun d'eux répond suivant ses connexions et ses aptitudes à l'excitation du dehors, par l'action des centres avec lesquels il est en rapport ; la multiplicité des « fibres d'association » dans le cerveau explique cette diffusion des excitations.
Toutes les sensiljililés sensorielles ou générales donnent naissance à des ensembles de mouvements, soit locaux, soit généraux d'accommodation, de fuite, de recherche, de défense, les plus opposés et les plus variés en intensité et en vigueur, qui aboutissent en définitive à fournir les notions utiles à Torienlation.
Audition unique avec deux organes périphériques. Sensations bilatérales. — On entend au moyen des deux oreilles dont les champs d'activité sont nettement isolés et séparés, ce que Texpérience démontre ; et c'est aussi une notion que possède la conscience par le fait de l'exercice fonctionnel (orientation latérale).
Mais si on n'a qu'une sensation comme résultante, l'audition n'en est pas moins le plus souvent bilatérale; c'est la sensation dominante qui s'impose, celle qui offre Tintensité maximum dans un temps donné, ou celle pour laquelle notre oreille possède une sensibilité particulière. L'orientation se juge du môme coup.
11 n'y a place dans la conscience que pour un phénomène sensoriel à la fois. Nous pouvons cependant discerner une somme d'excitations sonores et l'isoler jusqu'à un certain point par un effort d'attention ; mais, en général, nous latéralisons du côté où la sensation est la plus vive. Les deux oreilles peuvent donner accès à des tons dissemblables ; mais leur combinaison, leur fusion en un seul phénomène se [fait dans le centre de perception, et nous connaissons une résultante, à moins que l'attention active ne se fixe tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre, ce qui permet l'unité de la sensation également.
Expérience . — Une expérience simple rend évidente l'audition bilatérale quand cependant la sensation paraît uniquement limitée à une oreille.
Adaptez aux oreilles les deux bouts d'un tube d'un mètre de long, en caoutchouc épais ; placez le diapason sur le milieu de l'anse, et rapprochez lentement le talon de Finstrument, en le glissant sur le tube, vers l'oreille droite. A un moment, on remarque que la sensation est encore bilatérale ; puis elle devient, un peu plus près de l'organe, brusquement latéralisée à droite ; il semble que l'oreille gauche ne perçoit plus rien.
lA SENSATION AUDITIVE 298
Or, pincez le tube du côté gauche, écrasez-le près de l'oreille gauche, et vous constatez à la fois l'apparition nette de la sensation du silence à gauche en même temps qu'une augmentation brusque du son perçu à droite.
Bien que droite, la sensation auditive n'est rapportée à droite, côté du maximum de sensation (maximum variable suivant une foule de conditions), que par une différenciation entre les deux sensations latérales; l'orientation latéralisée est née du rapport établi entre les deux sensations comparées.
Expérience. — Une expérience de cours rend cette latéralisation et sa promptitude évidente. Un tube de caoutchouc de plusieurs mètres de longueur est adapté par ses extrémités aux oreilles ; le milieu de l'anse du tube est marqué d'avance par un trait à l'encre ; et d'autres traits sont tracés de 1/2 en 1/2 centimètre, le tube est étalé sur une table couverte d'un tapis épais isolant . Un petit diapason la? vibrant est posé sur le trait noir médian, et la sensation est bilatérale (si les deux oreilles sont égales : signe otologique) ; mais si le talon du diapason est porté à droite, par exemple, d'un 1/2 centimètre à 1 centimètre, aussitôt la sensation devient droite ; il se produit par ce léger rapprochement un renforcement à droite suffisant pour amener une différenciation nette. Nous avons montré d'ailleurs combien la latéralisation est mobilisable sous l'influence de petites pressions 'sur le tube quand nous avons exposé l'action des tensions de l'air et du tympan sur la sensation au moyen d'un tube otoscope auquel un diapason est annexé (embouti).
Une occlusion du méat, nous l'avons dit, la produit quand le diapason vibre sur la tête ; l'adjonction d'un fragment de tube de caoutchouc au conduit l'amène aussi immédiatement, ainsi que je l'ai expliqué plus haut.
La sensation auditive est beaucoup plus intense quand elle est apportée par les deux oreilles à la fois ; c'est ainsi que Yauscultation binauriculaire, en plus de ce qu'elle isole l'observateur du milieu, accroît remarquablement l'audition. L'association des deux appareils de l'ouïe fait plus que doubler le résultat sonore (Constantin Paul).
Quand les sensations sont différentes pour chaque organe, soit en intensité, soit en hauteur, soit sous le rapport du timbre de la durée, de la vitesse de leur succession, des diffé-
^P!W«PWST^"«f^"^-
peneialions se produisent, nous comparons les deux images (éducation); nous portons un jugement, nous pouvons même choisir, et nous nous tournons du côté qui nous intéresse ; ce sont des opérations psychiques habituelles. Les accords, les dissonances, les sons résultant s et les interférences mettent en relief l'action des diverses combinaisons et associations des sons, qu'ils viennent de Taudition mono--auriculaire ou binaurîculaîre.
Mais il existe une telle unité dans la fonction des organes des sens, que la plus légère altération de Forgane périphérique nuit également aux opérations psychiques associées.
Le tableau symptomatîque des troubles de Toute, qui se présente en cas de lésions des oreilles, ne diffère pas de celui qui indique celles des centres auditifs et des centres cérébraux d'associations.
En effet, on observe dans les deux cas le retard deraudîtion^ la diminution de portée, Tincapacité de suivre les mots, de les répétw^, d'en apprécier les intervalles ou ceux des syllabes, les rythmes, la fatigue d^entendre trahie par l'abaissement rapide de l'ouïe, la sensation d'un chaos des sons, indistincts, méconnaissables, rinoompréhension, etc.
Chez l'adulte, bien portant du reste, tout cet ensemble s'accompagne de la conservation de ta parole ; et le diagnostic dès lors se pose facilement d'unelésion périphérique ; cependant un sourd peut être atteint de surdité verbale.
Mais s'il s'agit d'un enfent très jeune, peu intelligent, devenu sourd, il perd rapidement avant l'âge de huit ans la faculté du langage ; et, dans ce cas, il est difficile de reconnaître la part qui doit être faite dans rétiologie de la surcKté à la tésion otique souvent nette et aux altérations cérébrales possibles même avec celle-ci.
L'image tonale a disparu et le sens du mot est perdu ; c'est la situation même de l'individu frappé de surdité verbale. Si l'enfant parie et sait écrire, la surdité absoMe est encore un sujet de doute au point de vue de son origme.
Il y a cependant grand intérêt à connaître tout cela, ear te sourd-muet qu'on instruit doit apprendre îe son et le mot ; puis, la signification du son et du mot ; enfin I'emplt)i des sons et des mots.
Infhrence de la cinquième paire ; ouïe deultmreuse. — Dans
l SENSATION AUDITIVE
la surdité unilatérale, l'audition est droite ou gaoc^e: d'où Hen des erreurs d'oidentation possibles. Il est une causede lalé' ralisalion ou d'orientation latérale de la sensation auditive peu
Fie. 67. — Ganglion cervical aupérieur et plexus csrotidien.
V, j^anjElion de Casser du per[ Irijumeauj VII, nerf (acial ; IX, nerf gltrBsô-phflrj-nglen ; X, nerf pneumogastrique ; XI, nerf spinal ; Xll, sert gnaà hypoglosse ; G, kea deux premiers nerfa certlcanx ; Fr oerC Xacial dans l'aqueduc de Fallope; C, ganglion gèniculé du nerf facial ; S, nerf grand sympathique ; r, nerf ophlhalmiqae de WiUs ; >, serf maïUlair* Bupéricur; 3, nerf maxillaire Inférieur; 4, ganglion de Meckel ; 5, gaDglioD d'Arnold ; 6, nerf lingual ; 7. eorde du tympan ; 8, anastomose do facial et du gtosso-pharynglen; g, pltius pliaryngien ; 10, braocbe descendaule de l'hypoglosse ; //, nerf laryngé snpfricur; la, pleins laryngé; i3, nerfs cardiaques supérieurs ; 14, branche exteme du spinal ; iS, nerf de Jacobson ; t6, rameau aniiCHlaiM du pneumogastrique ; 77, Qlet carolidïen du grand sympulhiquo ; /S, artère cnrolide inlerne arec le pleins earotidicn i sa snrface ; 19, gBoglien cervical supérieur : 30, ganglion iilexiforiae du pneumogastrique ; ir, ganglion jugulaire ; 3 j, branche eiterne dn spinal, dont la brancha iLleme ta se jeter dans le plexus pharyngien.
connue, excepté des palhologistes, c'est l'exagération maladive de la sensibilité labyrinthique sous l'influence d'une aireeti<Hi «le l'oreille externe, moyenne ou interne.
. Cetorgane, après qu'il a été malade, reste pendant kmgteraps
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après la convalescence doué d'une susceptibilité extrême aux bruits et parfois pour certains d'entre eux surtout (hyperesthésie, ouïe douloureuse).
Le son est perçu plus vivement de ce côté ; il est même désagréable, douloureux s'il est quelque peu intense; on voit qu'il s'est ajouté un excès maladif de la sensibilité générale, de la 5® paire, dont l'organe auditif reçoit la sienne; et cette hyperesthésie consécutive suffit souvent pour accroître la sensibilité acoustique parallèlement ; elle peut rendre l'audition impossible, intolérable.
Il en résulte que l'orientation a lieu de ce côté, où le maximum de sensation existe. Les études de Féré surtout ont bien montré les rapports de la fonction sensorielle avec la sensibilité générale.
Ces rapports de l'acoustique avec le trijumeau sont des plus intéressants ; ils expliquent aussi certains résultats thérapeutiques, et certains faits de sémiotique.
En effet, les rapports des noyaux de l'acoustique avec ceux du trijumeau sont des plus étroits ; de là les sensations spéciales, tactiles ou autres, qu'annoncent éprouver certains individus sourds sous l'influence des sons qui frappent leur oreille, douleur, agacement des dents, occlusion des paupières.
En plus des localisations toutes particulières de leurs sensations sonores en divers points ducrâne (vertex, occiput, etc.), les nerveux surtout annoncent ressentir des commotions, des émotions, des troubles de sensibilité alors qu'ils n'ont pas conscience de la sensation acoustique ; ou même cette autre sensibilité éveillée (algie, bruit) peut la remplacer totalement, chez des personnes qui ont conservé quelque audition.
Le mal de tête, la douleur sur les dents, l'éveil d'une névralgie (chaudronniers, arthritiques) forment avec le vertige et les bleuettes un ensemble de troubles nerveux qui sont du domaine du trijumeau et de son excitation indirecte ; de même les algies réflexes, les spasmes réflexes du tenseur, etc. La sensibilité générale se montre à chaque instant associée à la sensorielle. Une névralgie odontalgique rend l'ouïe douloureuse. Toute la sphère d'innervation de la 5® paire a une influence constante sur l'ouïe et son organe, non seulement sur la sensibilité, mais sur la circulation vaso-motrice et la nutrition.
^fmi^frmm^f^mr
• Effets de l'excitation acoustique sur les centres nerveux; schéma de ^o^de nerveuse acoustique ; phase réfractaire (Richet). — L'excitation acoustique amène une perception instantanée ou à peu près ; c'est la plus rapide de toutes les perceptions. L'excitation nerveuse qui en résulte forme une véritable oscillation, ondulation nerveuse.
L'onde est tout d'abord brusque dans son ascension, et s'arrête ; puis, par le retour des excitations, les oscillations se règlent, deviennent synchrones ; à la première, la phase d'addition, succède une phase d'incapacité fonctionnelle, phase réfractaire de Richet, qui existe à l'état normal; le retour à l'équilibre est la troisième phase oscillatoire.
On a calculé la durée de la phase première, ascensionnelle ; elle est de i/ioo de seconde ; puis la seconde phase, phase réfractaire, est beaucoup plus longue; et Richet lui attribue une durée de i/io de seconde.
L'existence de cette phase réfractaire est très importante à connaître; eUe indique qu'après chaque excitation le cerveau cesse immédiatement d'être excitable à nouveau pendant un temps très appréciable (normalement i/io de seconde).
Dans certaines conditions morbides, on observe une augmentation de la durée de cette phase réfractaire. Au reste, on s'aperçoit déjà dans les expériences sur le chien, dit Richet, que la réaction motrice apparaît fort irrégulièrement si les excitations se succèdent rapidement (3 par seconde). Les secousses faibles sont celles qui ont rapporta la phase réfractaire.
Chez certains sourds, si les syllabes sont émises trop vite, trop rapprochées, au nombre de 2, 3 par seconde, par exemple, la sensation sonore reste indistincte ; et le mot n'est pas compris. Chez eux la phase d'inexcitabililé est plus allongée et les sons qui arrivent à ce moment passent peu clairs ou ne sont pas perçus. La durée de l'excitation est trop faible ; l'intensité faisant défaut déjà, la fonction est fortement compromise ; elle est paralysée, si le son trop fort allonge encore la période d'incapacité.
Des excitations sonores répétées; conditions de la perception sonore ; des sons discontinus ; ils forment le langage articulé; difficultés de l'audition des sons successifs. — Nous
ag8 l'audition et ses organes
avons assisté, dans les expériences de Savart, à la fonnaiion du son continu périodique, de Taudition tonale.
Au-dessus de 16 chocs par seconde, la sensation est continue; c'est-à-dire que, avec un intervalle de moins de 1/16 de seconde, les sensations de choc se fondent en une sensation continue périodique, qui prend la qualité de son musical. Après Donders, Técole de Wundt a étudié ce phénomène au moyen d'appareils de mesure les plus dé* licats.
Il résulte de ces expériences que la fusion des excitations a lieu si elles sont écartées de moins d'un 1/10 de secoitdê ; et, dès qu'il y a plus d'écart dans leur succession, elles soilt distinctes (Wundt, Exner, Mach).
Quand à la sensation continue s'ajoutent des renforcements, l'intensité varie, mais d'autres qualités du son changent (ton, timbre) et la différenciation est possible sur les tracés.
Sans entrer dans l'étude des associations sonores si bien faite par Helmholtz, et qui est du ressort des musiciens (accords, consonances, dissonances, etc.), il est intéressant de connaître comment se comportent les sons-voyelles qui se succèdent; et l'inspection des graphiques du phonographe fournit tous les éléments désirables d'une pareille recherche, toute nouvelle. Les alliances, les successions, les oppositions, les suppléances et les substitutions des lettres alpbaMliques ; les modes variables de la suecession suivant la rapidité du débit du langage, tout est là, pris sur le vif et fixé en caractères précis d'une vérité et d'une exactitude parfaites. -4, ^, z, o. M, énoncés en une à deux secondes, se voient positivement séparées par une portion de sillon vide, par un silence, dont nous n'avons pas conscience,
i4é, a;, fV, /a, io, prononcés trois fois dans une seconde (dans un douzième de seconde), s'écrivent sans aucun intervalle. La fusion est d'autant fJus habituelle que le son-voyelle successif est produit par une ourerture jrfus grande des voies buccales («a, iV), et si les deux sons-voyelles se suivent avec plus de vitesse encore comme dans roi, joie, poire^ qui donnent lieu aux deux sons o-a (= oi). On aperçoit, dans la succession rapide, les deux voyelles se succédant sans intervalle ; mais, de phis^ au point de soudure des deux séries, a et /, les périodes caractéristiques sont altérées; elles fu-
sionneni, pi'ennent un caractère mixte ; et surtout la deuxième phase laisse voir le mélange des vibrations communes ; et raltéraiion se montre pendant quelques périodes mitoyennes, eomme transition de a à i; de même dans A É, A O, vite prononcés. La vitesse de succession des sons parlés produit donc des modifications importantes des sons perçus.
Dans le passage de A à I, on peut, en certains cas, constater la IcBtenr relative du mouvement d'élévation linguale, adaptation nécessaire à la formation de, I. Après rémission de A, celle lenteur se manifeste par Finscription de la voyelle É, inlermétliaire entre A (ouvert) et I (f^rmé), entre les tracés de la voyelle A et celui de I ; certains vices de langage se trahissent ainsi sur les graphiques.
La sensibilité de Toule est d'une puissance remarquable pour saisir les moindres changements, additions, soustractions de sons au milieu d'un son continu ; du reste, l'exercice et l'éducation jouent un grand rôle dans ces opérations .de discernement.
L'intervalle qui existe entre deux sons successifs paraît d'ailleurs plus grand si le premier son est fort et le second plus faible ; et dans te cas contraire, l'effet est inverse.
Le gros bruit a sans doute accru la phase réfractaire conséetilive à l'excitation vive.
' Mach et Exner ont observé que, si les sons sont distants de o!',oo2, nous percevons une sensation continue avec rworfcrfcement, ce qui permet à l'intellect de conclure que l'excitation est discontinue en partie ; de même pour la vue, le papillotement ^paraît avec une séparation de o*,oo4 entre deux éclats lumineux (i). L'exploration de l'audition chez les personnes sourdes conduit aux mêmes résultats.
A» moyen du microphonographe, on peut étudier toutes les mianees d'excitations et de leurs successions ; on remarque -que ta rafmiité de succession des sons (syllabes bien nettes) a une action extrême sur Tauditio» précise et le discernentent des mois ; plus ^ta personne est sourde, plus l'intervalle ^ulre chaque excitation a besoin d'hêtre agrandi pour que Fauditmi et ta compréheniàoo aient lieu ; plus la suite est préd-
(i) Richet, loc* cil.
3a> l'audition ^t ses organes
pitée, plus l'audition est confuse, et plus vite elle devient nulle.
L'intervalle nécessaire entre deux excitations acoustiques pour assurer la perception est donc un point sérieux à considérer dans l'étude des conditions de l'audition.
Nous avons dit en plusieurs circonstances que l'intensité des sons jouait le même rôle perturbateur chez les sourds d'un certain ordre. Parler lentement au sourd et sur un ton monotone sont deux excellentes conditions pour qu'il obtienne des sensations suffisantes.
. Nous savons d'autre part qu'une sensibilité anormale (hyperesthésie, faiblesse irritable) cause absolument les mêmes troubles de l'ouïe, par le même mécanisme ; la phase réfractaire s'étend en proportion de l'épuisement causé par l'excitation, trop vive ici du fait du sujet excité.
Dans le cas de surdité, tout retarde : la réaction psychique (perception d'une excitation de l'ouïe quelconque), le discernement, la reconnaissance du ton, parce que l'impression initiale manque d'énergie, que l'image est peu nette et que la succession rapide des sons efface trop tôt les effets sensoriels de l'excitation qui a précédé.
Au début, dans la simple audition d'une sonorité quelle qu'elle soit, l'organe du sourd a besoin d'une somme plus grande d'excitant, d'une durée plus longue de l'excitation et d'une variation discrète de leurs qualités ; la faiblesse fonctionnelle exige ces précautions. Il lui faut plus de temps pour avoir une image auditive nette. ''
Un organe affaibli par la maladie ne possède plus la faculté de percevoir lo fois par seconde, sans confusion, ni superposition, comme l'organe sain.
Pour peu que l'état psychique soit inférieur, et il le devient chez le sourd par l'affaibUssement de l'image de l'excitant (paroles, sons, etc.) et la diminution (surtout chez l'enfant) de la mémoire auditive, la difficulté augmente ; l'incapacité s'accroît encore du manque d'exercice ; et le temps nécessaire au discernement, inévitable pour la distinction des paroles, du langage articulé, est tel que des syllabes, des mots entiers passent inaperçus dans le débit d'une phrase, tandis que les sons simples continuent à faire impression ; mais il en résulte que la compréhension des mots reste impossible^
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lA SENSATION AUDITIVE Soi
On a calcule (approximation) le temps qui s'écoule entre la perception du son et la réponse motrice (temps de]réaction), mais nous verrons qu'on a tenté la recherche de la durée du transport de l'excitation auditive d'un mot au foyer du langage^ de la mémoire des mots. On y arrive indirectement ; on pourrait sans doute l'obtenir en comparant l'effet d'excitations auditives par des mots connus, puis par des mots de langue étrangère.
Or on sait que l'audition de mots inconnus est beaucoup plus lente, exige bien plus de durée pour la réaction significative : cela rentre quelque peu dans l'influence de l'éducation et de l'habitude, dont on connaît la puissance.
Nous sommes ainsi sur le terrain sensitif, qui donne des réponses d'une grande variété et des variations considérables ; puis l'acte cérébral est plus lent que le réflexe médullaire (5o ; Brissaud) ; de plus, il y a là des effets de l'attention à ne pas négliger ; enfin l'association exige du temps, puisque plusieurs phénomènes cérébraux et psychiques se succèdent ; ce sont de véritables associations d'idées (mol, idée).
On se trouve en présence de différences individuelles énormes et de variations extrêmes chez le même individu, toutes raisons et conditions qui rendent la solution du problème bien délicate, vu la multiplicité des éléments en jeu .
Marie Walitzky (1889) ^ ^^^^ un grand nombre d'expériences, a trouvé, chez les individus sains, que la réaction à un mot était en moyenne de 3oo (moins de i/S") ; mais Tauscholdt (i883) et surtout Vintschgau (i885) ont mesuré le temps au moyen d'une opération d'arithmétique simple.
Une première recherche a établi le temps nécessité pour la répétition d'un chiffre simple (7).
Puis on a fait multiplier ce chiffre 7 par 3, par exemple ; la réponse fut en moyenne obtenue en 77 a, ce qui se rapproche beaucoup, ainsi que le remarque Richet, auquel je prends ces citations intéressantes, du chiffre obtenu dans la réaction avec discernement et choix (Wundt 70, Donders 75).
Or la simple répétition du chiffre sans travail de multiplication est bien plus courte de durée, et donne sans doute une approximation du temps nécessaire pour que l'excitation soit transmise au foyer de la mémoire des mots, au siège du
3o2 l'audition et ses organes
langage articulé. Le temps de discernement a été évalué à 1/2 dixième de seconde.
Le trille d'Helmholtz mène en réalité à la même conclusion ; il est difflcile de distinguer plus de dix syllabes à la seconde, ear les sons graves deviennent vite confus, on le sait.
Donders, Wundt, Kries, Auerbach et les physiologistes américains de notre époque ont montré que le temps de la distinction est toujours fort long.
Une succession d'excitations sonores doit donc offrir de grandes différences au point de vue de la rapidité et de la précision de la perception. C'est un fait saillant chez les sonrds.
Nous savons déjà que les sons rythmés, les sons attendus, les sods connus, les sons périodiques sont bien mieux entendus que Jes sons irréguliers, les inconnus, les nouveaux et les mots de langue étrangère.
Richet {Dict, phys,, « Cerveau », page 10), d'une série d'expériences, conclut qu'il pouvait penser ou dire dix syllabes en une seconde sans grands écarts.
Cette épreuve lui a servi à calculer le nombre de volitions par seconde et celui d'états psychiques possibles dans le même temps.
Les actes volontaires, et le discernement en est un, ne peuvent, dit-il, dépasser douze par seconde ; tout acte psychologique a un minimum de durée de 0%09 (i/io* à peu près). On sait de plus que la période réfractaire égale un dixième de seconde.
Après l'excitation, ce dixième de seconde est ainsi la limite de la puissance de perception; il faut, pour distinguer deux états de conscience, deux sensations sonores, qu'elles soient séparées par un intervalle d'un dixième de seconde au moins; plus i*approchées, elles font un son continu, ainsi que nous l'avons déjà dit (son musical).
Influence dynamogénique des excitations répétées: exercices acoustiques chez les sourds; réveil des centres auditifs; for* mation d'images acoustiques; rappel de la mémoire; éducation des sourds-muets par roreille.— Les excitations par leur répétition, qu'elles soient électriques ou sensorielles, causent ime excitabilité plus grande et rendent les réponses plus faciles à des excitations plus faibles.
: Cette influence des excîlations.répétéessur l'excitabilité ce-
LA SENSATION AUDITIVE 3o3
rébrale est notable. Pitres et Franck l'ont bien démontrée, et Richet depuis a confirmé leurs idées ; il résulte de ce fait une hyperexcitabilité remarquable. S. Exner a vu des excitations d'abord inefficaces déterminer des mouvements sous Tinfluence de stimulations répétées du muscle (i).
On sait d'ailleurs, par les études de Féré, que les excitations d'autres sens agissent pareillement sûr Fouïe, et vice versa. • J'ai: pu constater l'apparition et le développement de cettç hypearexcitàbilité, ainsi que sa généralisation à tous les centres nerveux sous l'influence des exercices acoustiques auxquels je soumets les sourds scléreux et les sourds-muets depuis plu-* sieiu-s mois, au moyen du microphonographe. Le retour de l'audition, ou mieux l'apparition de la sensation acoustique, est souvent tardive ; il y a un temps plus ou moins long entre la série des excitations sonores (le microphonographe rend cette élude très précise) et le moment où le sujet déclare les percevoir. J'ai noté 4, 5, lo minutes d'attente parfois. Puis, un son d'une tonalité aiguë, par exemple, ouvre fe porte; et, dès lors, le même air, qui n'avait au début causé aucune sensation, est très bien entendu ; l'oreille est éveillée.
Les sourds-muets tout enfants (trois ans, trois ans et demi et quatre ans) ont assez vite, en quelques leçons, conquis la notion d'une excitation acoustique ; puis peu à peu j'ai vu naître la mémoire auditive, la reconnaissance des sons entendus ; puis leur répétition vocale imitée, l'audition apparaissant pour une foule de bruits du milieu ambiant.
J'ai vu, sous l'influence de cette action dynamogénique qui devient générale, les facultés intellectuelles, affectives endormies s'éveiller; puis paraître la joie, la curiosité, l'amour des mouvements, des jeux bruyants, la recherche et l'imitation des bruits; j'ai noté plus tard jusqu'à des rêves (sons sans suite marmottés la nuit). Turbulence, vivacité, animation, change-* ment curieux delà voix, des gestes, de l'expression, du caractère ; j'ai vu tout cela coïncider avec les exercices acoustiques et annoncer l'éveil d'une fonction aussi importante que celle de l'ouïe, bien longtemps encore avant la conquête du langage articulé, mais comme indices sérieux de sa venue et des
(i) Exner, Zur Keniniss der W irchselwirkung der Errag, in Central. Nerven, Ag., p. xxvin, 487.
3o4 l'audition et ses organes
tendances à s'adapter pour Taudition que les organes manifestent à tous les yeux.
Intervalles des sons successifs, — La condition essentielle d'une perception auditive consiste dans un mouvement qui se reproduit en périodes régulières et avec une certaine rapidité.
La vitesse de succession des excitations équivaut à la durée et ramène. C'est la durée des infiniment petits mouvements moléculaires qui les rend perceptibles et équivaut à l'intensité (MV). Une somme de ces excitations rapides associées donne la notion du son, mais manifeste en même temps l'état de cohésion et l'élasticité, l'état moléculaire du corps qui est l'origine du mouvement de l'air.
Nous avons dit comment la propagation, et surtout la perception, d'une semblable quantité de vibrations est possible ; nous commençons à comprendre comment elles pénètrent l'organe de l'audition ; car le tympan est tout à fait comparable à la membrane du phonographe dont les tracés nous ont montré la puissance de transmission et de reviviscence des sons.
Comment les sons si promptement perçus s'effacent-ils pour permettre la sensation du son qui succède? Qui passe l'éponge sur les graphiques du « phonographe conscient » de Guyau (i) ?
11 y a là une suite si rapide d'états de conscience qu'on ne peut concevoir la distinction de toutes les sensations.
Schopenhauerdità ce propos : « La forme de notre conscience de nous-mêmes est le temps, non l'espace... « Nous ne pouvons connaître les choses que successivement ; et dans un même moment nous n'avons conscience que d'une chose à la fois. » — « Notre intellect ne peut, en raison de la disposition unilinéaire de nos représentations, saisir une chose qu'en se dessaisissant d'une autre, d'où notre faculté d'oublier. »
C'est ce que Helmholtz a démontré dans son chapitre sur les « étouffoirs » de l'oreille.
La force delà sensation nouvelle est telle que, grâce à l'affaiblissement rapide, immédiat, de la sensation première, c'est la seconde venue qui domine et prévaut aussitôt.
(i) Guyau, ridée du temps.
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LA SENSATION AUDITIVE 3o5
L'attention interrompt seule cette succession du phénomène et peut fixer la sensation.
Noiis devons croire qu'il y a là autre chose qu'une propriété générale du système nerveux, et que la structure spéciale de l'organe de l'ouïe y entre pour une part.
L'expérience de Helmholtz faisant exécuter un trille de dix notes en une seconde permet de constater que, si les sons restent distincts dans les notes hautes, ils sont rapidement confus au contraire dans les notes basses qui ne se détachent pas nettement.
L'organe de l'audition élimine plus vite les sons élevés, et plus lentement les graves ; d'où la possibilité de leur superposition, et la confusion.
Helmholtz, qui a noté ces différences, les explique par une disposition particulière de l'organe, que rien ne peut modifier. On ne peut y voir l'influence de l'excitation plus vive de l'acoustique par les notes graves, car l'étendue extrêmement développée du clavier des notes élevées montre assez que la sensibilité du sens est plus accusée pour les aigus au contraire : nous avons suffisamment établi au reste, dans les paragraphes précédents, la complète différence qui s'observe entre les graphiques des uns et des autres.
Sans doute la durée est un élément important de la per ception des graves (amplitude des vibrations).
Audition des sons musicaux ; centre acoustiqae de la musique. Amusie. — Il existe sans doute un centre cérébral de la musique, de la mémoire des tons, qui fait partie du centre auditif.
Les images verbales et tonales s'appellent l'une l'autre , Baldwin a observé un petit enfant qui reproduisait quelques notes avant aucune imitation verbale (Baldwin, p. 4o3), mais beaucoup de personnes se remémorent lés paroles en fredonnant l'air et réciproquement ; d'autres se rappellent aux mouvements des doigts sur le piano ou sur le violon, etc.
Les reviviscences d'airs de musique sont journellement constatées sous l'influence de bruits quelconques, qui agissent sans doute comme excitant de l'organe central (obsession).
Dans son intéressante étude, Brazier (i)cite des cas d'apha-
(i) Reu, philos,, octobre 1892, p. 337.
Ghllé. 20
;3q6 l'audition et ses organes
.ilie'qui n'ont présente aucune diminution des facultés musicales. Le cas de Wernicke est classique à ce propos.
Cependant il existe des faits précis de perte de la /acuité musicale, d'amusie^ comme dit Brazier, sans altération du langage (i).
Oppenfaeim cite le cas d'un sujet qui répétait une chanson familière qu'on venait de lui chanter et n'en pouvait réciter les paroles (2).
Comme pour le langage, la reproduction musicale peut être motrice; il y a des musiciens du type moteur; mais il est clair que d'autres ont le type auditif ; on peut reconnaître un air, un chant, et être incapable de le chanter.
D'autre part, certains aphasiques ne peuvent parler les mots qu'en les chantant (Starr, Brazier).
Un malade pouvait lire verbalement la musique écrite et ne pouvait reconnaître celle qu'il entendait chanter, ni la chanter lui-même (Brazier, loc. cit., et Starr, Phys. Review^ I, 1894,
Il est certaines personnes qui entendent intérieurement des
sons musicaux mélodiques ; il existe donc un chant intérieur :
et on peut avoir l'impression intime d'un chant juste et
agréable qu'on s'essaie en vain à reproduire juste.
On doit admettre un centre cérébral de la mémoire des notes, dont la destruction cause l'amusie, dont l'arrêt de développement causerait l'oreille fausse ou non susceptible d'éducation musicale.
L'éducation joue le plus grand rôle dans le développement de ces facultés ; mais on ne peut nier certaines aptitudes héré* ditaires, aidées de l'attention et de la mémoire.
Baldvdn émet une théorie particulière; il admet que la reconnaissance des notes, même isolées, résulte de la faculté plus développée à adapter l'attention à un ton particulier.
Au point de vue des associations motrices qui facilitent la reconnaissance des sons, il faut rappeler que Féré (3) a constaté des effets dynamogéniques différents suivant les différentes notes de la gamme.
. (1) Garpenter, Brazier, Wallaxchek, cité par Baldwin.
(2) Ôppenheim [loc, cit.), Frankl, Hochwart [Deutsche Zeitsch), J. New, 1891, p. 287.
(3) Féré, Sensation et Mouvement. Paris, F. Alcan.
LA SENSATION AUDITIVE 3o7
La dynamogenèse par les excitations acoustiques est évidente pour tout le monde. Je Fai bien notée chez les sourds* muets soumis aux exercices acoustiques (i).
Au reste Féré a mesuré {loc, cit.) cette dynamogénie par Faction des sons^ comme il Ta fait pour les couleurs et les odeurs. Sans doute les excitations de Touïe agissent directement sur les centres moteurs du langage ; mais rexcitatiôn rayonne en plusieurs sens et ses effets se généralisent ainsi que je Tai observé chez la plupart des sourds-muets.
Ribût analyse la musique au point de vue de Témotion : « Quel est, dit-il, le plus émotionnel de tous les arts? la mu* sique... » aucun art n'a une puissance de pénétration plus profonde ; aucun ne peut traduire des nuances si ténues de sentiment qu'elles échappent à tout autre mode d'expression (p. io4).
L'art le plus émotionnel est le plus dépendant des conditions physiologiques; et, plus loin, la musique agit sur les animaux.. Il est vraisemblable que les sensations de sons et de mouvements (le rythme auquel les animaux sont très sensibles) agissent directement sur l'organisme.
Les impressions agréables ou pénibles que causent les sons sont indépendantes de tout jugement esthétique.
L'élément physique reste également prépondérant chez rhomme, civilisé ou non.
L'art musical peut être appelé l'art par excellence de la sensibilité parce qu'il règle ce grand phénomène, ia vibration, dans lequel se résument toutes les perceptions extérieures, parce qu'il le transporte du domaine inconscient, où il se trouvait caché, dans le domaine de la conscience (2).
La conclusion à tirer, dit encore Ribot, c'est que, tandis que certains arts éveillent d'abord des idées, celui-ci agit inversement.
Il crée des dispositions dépendantes de l'état organique et de l'activité nerveuse que nous traduisons par des termes vagues : joie, tristesse, tendresse, sérénité, tranquillité, inquiétude, etc. ; sur ce canevas l'intellect brode à sa guise suivant l'individu.
(1) Gellé, Soc, Biol., 1898.
(2) Beauquier, cité par Ribot, Psychol. des senlimenis^ p 106, Paris» F. Alcan.
3o8 L AUDITION ET SES ORGANES
Cela explique, ajoute-t-il, les effets thérapeutiques de la musique reconnus par Leuret chez les aliénés etparTarchanoff, Mortimer Granville, Buccola, Morselli, Boudet de Paris, Vigouroux, etc., etc.
L'influence heureuse de Tharmonie musicale sur le système nerveux, soit comme excitant, soit comme calmant, sédatif, est utilisée journellement. Voici une nouvelle application de la musique, à la cure des terreurs nocturnes, qui a réussi à MM. Bestchinsky et Barbaroff. {Rev, psych. N. Hartenberg, i^^'A., déc. 1897.) S'endormir aux sons de mélodies agréables, c'est le remède proposé par eux con tre les cauchemars effrayants et les mauvais rêves. Ceux-ci se produisent surtout dans la première période du sommeil, celle pendant laquelle Touïe veille encore pendant que les autres sens et sensibilités s'endorment ; les dernières impressions éprouvées à cette période seraient l'origine des cauchemars, terreurs, etc. Si l'on impressionne à ce moment l'ouïe par des sensations musicales agréables, on corrige le désordre intellectuel, l'incohérence des rêves, et l'on conduit le dormeur au sommeil profond sans mauvais rêves. C'est de la suggestion très bien entendue ; et nous avons tous pensé à lire quelque livre suggestif, avant d'éteindre la bougie, pour oublier les diverses préoccupations du jour; et pour faciliter la venue du sommeil réparateur.
Esquirol [Des Maladies mentales, i838, t. II, p. 678 et suiv.) dit expressément : « Je sais que quelques auteurs, les anciens surtout, ont écrit sur le pouvoir de la musique... J'ai dû essayer de la musique comme moyen de guérir les aliénés. Quelquefois elle a irrité jusqu'à provoquer la fureur; souvent elle a paru distraire ; mais je ne peux dire qu'elle ait contribué à guérir ; elle a été avantageuse aux convalescents. C'est un soulagement, une distraction, dont l'action est temporaire, même chez ceux qui, par leur éducation musicale, semblaient devoir en retirer le plus d'avantage. »
La faculté d'être ému par la musique peut être absolument nulle. V insensibilité totale pour la musique n'est pas rare : elle est quelquefois héréditaire ; je l'ai observée dans certaines familles.
Un enfant sourd-muet avait des père et mère absolument dénués de tout sentiment musical (Celle). Earle connaissait
x '■■■•■"^■■■■■■«^^■■■■^iBl^HBBVHBVHtMP^MBHi^i^S^pmill
une famille dont tous les mâles ne distinguaient aucun son musical (i). Gradenigo cite un individu qui, sourd pour les sons du diapason, entendait les mêmes notes données par la flûte ou la trompette (2). Nous savons combien le son simple du diapason diffère des timbres complexes de la trompette et du son de la flûte (fîg. 26, 26).
J'ai observé une maîtresse de piano qui, à la suite d'une otite suppurée grippale, perdit pendant un an la notion juste des tonalités ; elle entendait 1/2, i/4 de ton au-dessous ou audessus. Ces cas sont assez fréquemment observés et cités par les auteurs. Un de mes sourds, pianiste, ne reconnaissait plus les accords ; un autre, chef d'orchestre, perdait, au bout d'un quart d'heure de répétition, la notion de ce qu'il entendait; c'était le chaos.
Voici une observation de Grant Allen (3). Il s'agit d'un jeune homme, d'un esprit très cultivé, qui avait étudié la musique dans son enfance. On s'aperçut plus tard qu'il était incapable de distinguer une note d'une autre, sauf pour des intervalles atteignant quelquefois l'octave et plus. Il n'existait pour lui ni accords, ni dissonances, ni timbre d'instruments ; ceux-ci étaient des bruits très nettement perçus, de cordes pour le •piano, de grincement pour le violon, de souffle pour l'orgue. Il était très sensible au rythme de la poésie (4).
De même, un de mes malades se plaignait de ce que les notes sonnaient comme du bois. Ailleurs ce sont des sons de tonalités différentes, souvent de timbres distincts, parfois c'est rharmonique suraiguë du son qui dominent et couvrent tout.
La voix en écho, les sons géminés sont des phénomènes bien connus des otologistes ; l'oreille est souvent aussi rendue fausse à la suite des catarrhes auriculaires ; parfois l'ouïe est fausse à droite et saine à gauche. Les traités de pathologie otique sont pleins de ces observations .
Les médecins ont noté la perte de certains tons, la surdité tonale partielle. L'exploration au moyen des diapasons constate des lacunes curieuses dans l'acuité auditive.
La perte est parfois très étendue ; il ne reste plus que quel-
(i) V. SchmidVs Jahrb., i863, C. XX, p. 246.
(2) 1890. Internai, méd, Congress, Berlin.
(3) Mind, III, 1878, Deafness,
(4) Ribot, loc, ci/., p. 348.
ques tons perçus (Moos, Helmhollz, etc.) ; tantôt Taudition estdémiéedestonalitésaiguôs,Habermann(i); BezoId(2); Bonnafont, Moos et Stecubrugge(3); Helmholtz(4) ; Schwartze(5) ; Brunner (6) ; Burnett (7) ; Toynbee ; ailleurs ce sont les graves, Moos (8) ; Knapp (9) ; Gellé, etc.; tantôt les sons moyens manquent, Wollaston( 10) ; Knapp(ii) ; Jacobson (12) ; ou des sons isolés ou en petit nombre, Magnus (i3) ; Bosenthaï (i4>; Wolf (i5); Politzer (16); Gradenigo (17); Gottstein (18); Burckart-Mérian , Urbantschilsch (19), Hartmann (20), etc.
Nous avons dit, dans notre exposé des fonctions de la cqk chlée, que certaines nécropsies tendaient à confirmer la théorie de Helmholtz.
C'est ainsi qu'Habermann a observé une surdité pour les sons aigus chez un chaudronnier à Tautopsie duquel il trouva une atrophie du nerf acoustique dans Toreille interne.
Bezold (21) a vu cette perte coïncider avec l'atrophie du premier et du deuxième tour de spire du limaçon. Moos et Steinbrugge [loc, cit.) ont vu Taudition des sons élevés perdue chez un sujet auquel on trouva un carcinome du cerveau et une atrophie du premier tour de spire de la cochlée.
J'ai vu la surdité subite totale quelques jours avant une apo?-
(1) Anh, /•. Ohrtn, XXX, p, i.
(^2) ZeiUehr. f, Ohren, XXIV, p. 267.
(3) Zeitschr. f. Ohreriy X, p. i.
. (4) Heidelb. nat. med. Verhandl, 6. déc. 1861. — Voir Moos, Klinik /l Ohren, p. 965.
(5) Arch. f. Ohreriy I, p. i36.
(6) Zeitschr, f. Ohren, III, p. 174.
(7) Jn Politzer, 2« édit, p. 48i.
(S) Virchow's Arch., 1864, XXXI, p. i25.
(9) Arch, f, Aug. u. Ohren, 1871, II, p. 276 à 817.
(10) Wollaslon PhiL Transact., 1820, p. 3o6.
lu) Itard, Tmité md. oreillesy 1821, H, p. 48. (12) Arch. /", Ohren, XXI, p. Soo.
(i3) Arch. f. Ohren, 1867, II, p. 268.
(i4) Horns, Arch., iSSg, I, p. 8.
(i5) Arch. f. Ohren, IV, p. i25, et Zei7sc/ir, /. Ohrmy XX, p. 2o3L
(lÔ) Potitzer, 2' édition.
(17) Arch. f. Ohren, XXVII, p. io5.
(18) In Politzer, 2° édition.
(19) Exercices acoustiques, trad. Egger, p. 56.
(20) Arch. f. Ohren, p. 56.
(21) Loc. cit.
LA SENSATION AUDITIVE 3ïl
plexîe mortelle ; ailleurs, à chaque période mensuelle (Gellé).
En effet les surdités, même partielles, peuvent reconnaître pour cause des lésions intracraniennes, témoins entre autres les troubles passagers de l'audition que Ton observe parfois chez les migraineux, et les cas d*amusie qui coïncident avec des accidents paralytiques.
Knobïau a donné un bon travail sur les troubles des facultés musicales dans les lésions cérébrales (i); Zwaardamaker, suivant l'âge.
D'après Munch, l'ablation de la partie postérieure du lobe temporal produit la perte de la sensation des sons graves, et celle de la partie antérieure de ce lobe, l'abolition de tons aigus (2).
D'après Baginski (3) et Corradi (4), la destruction du limaçon cause la perte des sons élevés. Mais Stéphanow n'a rien obtenu de semblable (5).
Les vivisections ne sont peut-être pas danscet ordre de recherches très significatives. L'effet dépasse les limites de la lésion.
Nous ne répéterons point ce que nous avons dit , au chapitre où il est traité des fonctions de l'appareil de conduction, de l'effet des lésions qui frappent celui-ci sur l'audition des sons musicaux, de l'action de la surtension, rendant la conduction des tons élevés plus facile, etc., ce serait nous recommencer.
Les recherches expérimentales de Burckart-Mérian, de Burnett (6) démontrent que l'augmentation de la pression intralabyrinthique, au delà d'une certaine limite, supprime le fonctionnement des osselets et de la fenêtre ronde, qui cessent plus vite de conduire les tons élevés que les graves. Corradi (7) a constaté, parcontre, l'audition plus facile des sons élevés pendant les pressions ceniripèies de Gellé ; c'est une question de proportions et de mesure.
Influence de la température sur rouie. — L'audition subit,
(1) Dissert mang., Leipsig, 1888. Deutsch, Arch* f. Klin, ned., XLIII, p. 33i. Arch, /. Psychol.,XX, et Urbantschitsch, exercices acoustiques, trad. Egger, p. 64.
(2) Ac. P, Wissench., Berlin, i88i, mai-juin i883, février 1886, et Urbantschitsch, trad.
^3) Virchow's Arch., XCIV.
(4) Arch. f. Ohren, XXVII, p. 1.
(5) Arch, f. Ohren, XXX, p. 1.
(6) Arch. f. Aug. u. Ohren, II, Abth. 2, p. 64.
(7) Arch. f. Ohren, III, p. iq8. -
3ia l'audition et ses organes
à ce point de vue, l'influence des conditions de l'innervation 'générale ; la vitalité et les phénomènes d'innervation sont les origines de la température du corps ; bien qu'il résulte des études de Mosso qu'il se fait dans la masse cérébrale des productions spontanées et irrégulières de chaleur, la température agit sur les centres nerveux ejt l'ouïe en est affectée.
C'est ainsi que la température du corps est plus basse le matin (36**,5) et plus haute le soir (37%5) ; et l'acuité auditive offre à l'observation des balancements correspondants surtout chez les faibles, les convalescents, les neurasthéniques atteints ou non de lésions otiques.
L'action d'un froid extrême engourdit les facultés et l'ouïo parallèlement (Larrey).
Les variations hygrométriques, celles de la pression atmosphérique ont sur certaines surdités une action évidente, indépendamment des effets de l'aération insuffisante de la caisse tympanique (obstruction tubaire).
Les oreilles malades supportent mal les augmentations (air comprimé) et les diminutions (ascension en ballon, en montagne) de la pression atmosphérique. Nous avons déjà répété plus haut combien l'organe de l'ouïe a de rapports avec l'état de l'atmosphère, et que cela tient à sa constitution môme la tension du milieu labyrinthique faisant équilibre à celle du milieu ambiant à l'état normal.
Les lésions auriculaires sont l'origine de vertiges, bruits subjectifs, etc., sous l'influence des températures élevées des lieux clos, ou dans les pays chauds, et dans les appartements surchauffés.
Ces troubles sont améliorés souvent par l'habitation en certains climats secs ou humides et doux, sur les lieux élevés ou dans les vallées, suivant les individualités.
Oscillations de l'acuité auditive ; épuisement acoustique; transfert d'une oreille à l'autre de la capacité acoustique chez l'hystérique hémianesthésique (Gellé). —Normalement il existe de grandes variations dans l'acuité de l'audition suivant une foule de conditions générales ou otiques, qui passent inaperçues et restent insensibles chez le bien entendant : c'est le riche qui peut subir une perte légère sans s'en ressentir.
Le pauvre s'en aperçoit, au contraire ; c'est le cas de l'individu dont les oreilles sont mauvaises ; une petite diminution
LA SENSATION AUDITIVE 3l3
peut alors équivaloir à une suppression complète de fonction. Aussi y a-t-illieu, surtout chez lui, d'observer ces phénomènes d'instabilité, ces différences de niveau, très curieux en certains cas par leur étendue (périodes menstruelles).
Chez les sujets névropathiques les oscillations offrent une courbe énorme parfois ; et à Tinspection seule du tracé de leur observation le diagnostic pourrait se poser sûrement d'une névrose.
J'ai signalé ce fait dans mes conférences à la Salpêtrière (1880-98). Urbantschitsch (i)dans son livre fait la même observation.
Ces oscillations auditives peuvent présenter un balancement alternatif d'une oreille à l'autre.
Urbantschitsch a noté ces alternances au cours de ses exercices acoustiques chez les sourds-muets et les sourds ; il a remarqué qu'elles sont fréquentes sur les oreilles même normales, ainsi que je l'ai dit. J'ai montré, le premier, qu'on peut faire naître ces alternances .
Le « transfert » de la sensibilité acoustique d'une oreille bien entendant à celle qui n'entend pas ou à peine a été découvert par Gellé, au cours des études faites dans le service du P' Charcot sur la métallothérapie à la Salpêtrière.
C'est à ce propos que je constatai que les hystériques hémianesthésiques présentaient, sous l'action des métaux et également par l'effet des courants électriques faibles, une augmentation précise de l'ouïe du côté anesthésié ; et que ce bénéfice coïncidait avec une perte égale éprouvée du côté bien entendant (portées mesurées en centimètres sur le tube interauriculaire et sur l'axe auditif), et était comme compensé par elle.
Il s'opérait donc un balancement très net de la sensibilité d'une oreille à l'autre par les électrisations.
Depuis, ce phénomène curieux a été constaté et décrit par un grand nombre d'observateurs en France et à l'étranger ; et il a été démontré que le transfert existe aussi pour la vision et pour le toucher en même temps (2).
(1) Traité (Tofologie, trad. Calmette.
(2) Soc. Biologie, 1876-78, et Etudes d'otoL, t. I et II; Urbantschitsch, Exerc. acou$t,j loc, c/7. ; Vigouroux, 1880; Petit, 1879; Féré et Binet, etc.
3i4 l'audition et ses organes
Urbanlschitsch {/oc. ciL) a signalé les oscillations sur des sujets ayant une audition normale ; cependant le phénomène bien accusé est moins fréquent dans ce cas que chez les sourds. Mais il existe normalement très net, facile à constater, à la limite de l'audition du sujet.
Nous avons souvent dit combien Tattention agit énergiquement sur Taudition ; on s'est aperçu que certaines oscillations d'intensité, allant jusqulà causer des intermittences dans la sensation, très manifestes chez les enfants, les femmes, et dans Tétat pathologique, étaient dues évidemment è^ des oscillations de l'attention, et étaient par conséquent d'ordre psychique (ondes nerveuses, oscillations nerveuses (Cerveau, Richet, loc, cit,).
L'effort d'attention a pu de la sorte être approximativement mesuré (i).
L'épuisement de l'audition, ou son affaiblissement par le fait d'un excès de fonctionnement, est intéressante étudier. On l'observe facilement chez les affaibhs, les convalescents, les opérés (grandes opérations abdominales, céphaliques) et chez les neurasthéniques. L'ouïe peut devenir douloureuse alors.
Déjà les oscillations auditives dont nous venons de parler sont un signe d'abaissement de la force nerveuse générale autant que de celle de l'ouïe.
La coïncidence de lésions otiques bilatérales (grippe, fièvres graves, infections, etc.) accroît encore le phénomène.
Le choc nerveux peut suffire à produire l'inaudition subite; cette perte brusque s'observe après l'accès d'hystérie ou d'épilepsie, par la peur, après une violente secousse morale, etc.
Nous ne rappellerons pas qu'à l'excitation acoustique suc-^ cède aussitôt une phase, dite réfractaire, d'inexcitabililé, ou d'épuisement, que Richet a mesurée au point de vue de la durée (approximativement : car il existe plus d'un mode d'action d'un son sur le système nerveux acoustique).
Or cette phase est longue, et peut être anormalement durable;
(i) Hauge, Etudes psycho-physiol. (en russe), Odessa, iSgS; Miinsterberg (Beitrâge), Exp. psychol.^ t. III ; A. Binet, Introd. à la psychoL, Exp. 1894, p. 45 ; Ribot, Da r Attention ; Richet Essai de psychologie générale; Wundt, Buccola [loc. cit.)^ laLege di tempo, etc., 1881, p. 239; Féré {loc. cit.) ; Beaunis, Reu, ptiiL, XX\ , p. 869.
LA SENSATION AUDITIVE 3l5
rincapacité de comprendre la parole articulée (sons successifs)^ nous l'avons dit, peut reconnaître pour cause cette prolon* gation du temps d'inexcitabilité physiologique.
Nous avons montré expérimentalement la durée de cette incapacité fonctionnelle dans ce que nous avons publié tout d'abord sous le nom d'arrêt de l'accommodation (V. plus haut) et je reste convaincu que le spasme du tenseur joue dans ces conditions le principal rôle ; mais l'épuisement est réel souvent. On rend le phénomène de fatigue évident sur des oreilles, également saines, par Texpérience suivante :
Expérience. — Un diapason vibre avec force en face de l'oreille droite jusqu'à ce que le son reste inaperçu à droite ; à ce moment, on passe vivement le diapason à gauche près du méat et le son est entendu là; on peut conclure que cette oreille n'est pas fatiguée et a gardé toute sa vivacité d'impression.
Parfois, un repos suffit pour que le même diapason, mal entendu tout d'abord, s'entende plus distinctement ensuite.
L'expérience de Dore est analogue et plus délicate. Le symptôme épuisement est très intéressant à constater en otologie, il a surtout rapport à l'élément nerveux. Au cours d'un examen d'audition, on constate que la portée, pour la montre, par exemple, s'abaisse à chaque épreuve renouvelée ; c'est un fait significatif, Etelberg (i); Gradenigo (2) ; Gellé {Conférences de la Salpêirière, 1894-96, et Traité d otologie, 1880).
On n'a pas oublié la puissance dynamogénique des excitations sonores tant sur la fonction auditive que sur les centres nerveux, force à employer sur laquelle nous avons souvent insisté. Comment comprendre dès lors cet efifet opposé, l'épuisement produit par la même action sensorielle ? C'est qu'en réalité toute réaction dépend du sujet, de l'état de son système nerveux, de son appareil récepteur et de l'activité psychique et de la persistance de la cause.
• En physiologie générale» comme dans l'expérimentation sur lés animaux, on observe que la dynamogénie, les réflexes d'as^ sociation se réalisent par une excitation qui reste dans les limites physiologiques, tandis que l'action déprimante), les réflexes perturbateurs, d'arrêt, d'inhibition sont commandés
(1) Wiener med. Presse, 1887.
(a) Sckwartze» Manuel d* otologie, p. 4ok
3i6 l'audition et ses organes
par Témoi, ou comme une défense, par Texcès d'inlonsilé de l'excitation, qu'il soit du à Texcit an t lui-môme, ou à Timpressionnabilité maladive du patient ; c'est là une loi générale.
Ce qui met en activité l'organisme normal est une fatigue, cause un malaise, l'intolérance, et amène un épuisement chez l'individu dont les organes auditifs ou le système nerveux restent sans énergie. Toute sensation naît du conflit enlre le moi et le phénomène extérieur ; c'est un choc ; ce choc énerve le faible et stimule le fort.
A ce point de vue; comme à beaucoup d'autres, l'homme est l'être ondoyant et divers de Montaigne. Notre sensibilité, notre raison, nos modes de réaction sont fort inégaux et souvent fort opposés suivant les conditions les plus diverses et à des instants d'ailleurs très rapprochés de notre vie.
Nous avons nécessairement limité cette étude de l'épuisement auditif; cependant il est évident que l'audition subit l'influence de toutes les causes d'affaiblissement du système nerveux ; tous les excès, les grandes hémorrhagies, les diarrhées graves, la dysenterie, les maladies aiguës, infectieuses, etc., amènent à leur suite la diminution de l'acuité auditive et son altération est plus grave chez le sourd.
Certains exercices violents, comme les excès du cyclisme par exemple, agissent vivement sur le système nerveux et sur l'audition. Le coureur anglais Michaël a décrit ses sensations au cours d'une lutte de vitesse en vélocipède ; d'abord la vision s'aff*aiblit; puis il n'entend plus que la voix de son entraîneur ; après le douzième mille l'isolement est complet ; les cris de la foule ne sont qu'un murmure lointain. Cependant, il entend dans l'espace des bruits qu'il qualifie de formidables. Après 20 milles, il ne perçoit plus que le bruit de sa machine ; 5 milles plus loin, il n'entend aucun son ; du reste, il ne pense ni ne sent plus rien. Les sensations musculaires disparaissante la fin, il éprouve le sentiment de l'immo- Mité complète {Méd. intern,^2&).
Cette observation des effets de l'épuisement est, on le voit, des plus intéressantes.
Mémoire auditive. Obsession. Illusions de rouie. Hallucinations auditives. Sensations sonores subjectives. Sensations phonoptiques. — Nous savons qu'il faut au son une certaine intensité et une durée suffisante pour qu'il
LA SENSATION AUDITIVE SlJ
passe le seuil de la conscience et soit un état de conscience.
Auparavant il était un mouvement vibratoire, fait de condensations et de dilatations moléculaires parfaitement inconscientes,
La force et la durée du mouvement vibratoire font de ces éléments infimes des groupes susceptibles d'agir sur les centres nerveux et que la conscience perçoit : union synchrone, périodes.
Notre moi étant un microcosme, le domaine de l'inconscient est immense ; de temps en temps, une partie de cet inconnu devient connaissable, parce qu'elle a atteint l'intensité, la durée nécessaires et rencontre la sensibilité adéquate : le phénomène arrive à la conscience à travers une période subconsciente.
La sensation se produit ; les sensations se succèdent; puis, elles semblent oubliées ; or, à une nouvelle apparition, elles sont reconnues ; il était resté une trace de l'ébranlement ou mieux des ébranlements nerveux qui déterminent la sensation : c'est la mémoire. Nous savons que la répétition vaut la durée, qu'elle crée un état d'excitation spéciale du sens de l'ouïe et même générale, qu'elle impose la sensation qui finit par dominer dans la conscience, au point de l'obséder (obsession) parfois.
Dans le cas de surdité et même dans la surdi-mutité, ce travail dû à la répétition des excitations du sens auditif est d'abord inconscient, et il paraît de nul effet; puis, peu à peu les phénomènes surgissent, deviennent perceptibles et finalement entrent dans la conscience. Sortie des limbes, la sensation sonore prend naissance ; elle a été précédée de mouvements vibratoires inconscients, d'abord tactiles, de trépidations, puis enfin d'ébranlements indistincts mais sonores.
C'est un travail progressif, une succession d'actions nerveuses ignorées, dirigées dans le même sens et dans le même temps, qui éveillent l'attention, et concentrées, répétées deviennent conscientes et fondent la mémoire.
Toute sensation est une adaptation ; la cellule, qui a senti un son, est disposée pour vibrer désormais à l'unisson une autre fois: elle se souviendra.
Mais la sensation n'est pas simple ; sa nature est très complexe; un sifflet n'est pas seulement un objet qui donne un ton sifflant ; c'est un ton, puis une forme, puis unç couleur,
Si8 l'audition et ses organes
un poids, etc., de multiples excitations nerveuses hétérogènes correspondent à ce nom de sifflet; et la mémoire est formée de toutes ces images auditives, visuelles, motrices, etc., de ces représentations convergentes, qui s'associent et s'entr'aident au moment de la « reconnaissance ».
L'éducation, l'exercice, l'habitude ont ici une importance majeure pour assurer la conservation des impressions.
Les « auditifs » sont les individus qui possèdent une aptitude particulière, qui apprennent par Toreille et se souviennent mieux, quand ils ont entendu ; mais s'ils perdent l'ouïe, ils subissent une grave incapacité, n'ayant plus les suppléances visuelles et motrices.
Le ton, le timbre des sons, leurs harmonies, leurs intervalles, les intonations de la parole, les patois, les accents, etc., se gravent vivement dans la mémoire ; et longtemps après, ils apparaissent, spontanés ou rappelés, à la conscience; ils émergent de Tinconscient, par une cause quelconque.
Certains airs, qui ont longtemps frappé l'oreille, nous reviennent ainsi parfois en mémoire, pour ainsi dire malgré nous, et nous obsèdent ; ils renaissent au moindre bruit, puis disparaissent enfin.
Ces reviviscences succèdent en général à des excitations sonores ou très vives ou très longtemps répétées ; or, c'est certainement par le même mécanisme qu'on peut arriver .d'abord à obtenir la sensation sonore, puis à la conserver et enfin à provoquer les efforts d'adaptation pour reproduire les sons dans l'éducation des sourds-muets.
L'illusion dans la reconnaissance d'un son, d'une voix, s'explique par cette autre illusion que la mémoire garde intégralement les représentations initiales, les images entières, tandis que, ainsi que le dit Ribot, tout est estompé dans le souvenir et devient de plus en plus vague avec le temps. ' Une sensation sonore subjective peut donner l'illusion de la présence d'un grillon, par exemple, comme cela arriva à Urbantschitsch ; le sentiment d'extériorité de la cause de la sensation prenait ici sa source dans la mémoire : un mouvement de la tête lui fit comprendre qu'il portait sa sensation avec lui.
L'hallucination auditive est un symptôme très fréquent des psychoses. Il en est de conscientes, c'est-à-dire dont se rendent
compte les individus qui les éprouvent ; Dickens prétendait entendre la voix de ses personnages ; et une femme tourmentée par des voix me disait qu'elle entendait ses pensées parlées à son oreille. Nous pensons avec des mots : le langage intérieur, comme Textérieur, paraît frapper l'oreille en ce cas. Ce sont là des phénomènes intéressants, hallucinatoires, d'origine psychique, mais qui peuvent avoir comme point dé départ local une affection des organes auriculaires, et surtout un bruit subjectif lié à une affection des nerfs, des organes périphériques ou des centres. Cependant le sujet qui entend une voix lui dire à l'oreille des menaces, des injures, des phrases, qui y croit, y obéit, et admet l'extériorité de la cause, est un malade atteint d'une vésanie quel que soit l'état de son audition. Le vieil adage Nihil in intellect u quod non fuit prias in sensu est retourné ; c'est l'état psychique qui domine le sens.
La connaissance du non-moi, celle de l'extériorité du phénomène causal, ou de l'origine intérieure delà sensation sonore subjective sont les éléments fondamentaux de notre sensibilité; leur perte indique un trouble mental profond.
La première douleur a synthétisé le moi ; des premières sensations naît le sentiment de la personnalité, de l'union des sensations et des actes, et du même coup l'extériorité des phé-» nomènes est apparue à la conscience. L'individu, qui est atteint d'hallucination de l'ouïe, extériorise sa sensation subjective, l'attribue à un être extérieur, à une cause en dehors de lui. Les associations de sensations et d'idées qui accompagnent toute perception, tout le travail univoque qui met en valeur un phénomène, mais sans jamais l'isoler absolument du milieu, tout ce qui s'opère dans le cerveau au moment d'une sensation objective, est oublié de ce malade ; le sentiment de la personnalité est atteint aussi ; les bases mêmes du jugement sont ébranlées ; c'est la déchéance des forces psychiques.
Cependant, éprouver en l'absence de tout phénomème extérieur les sensations qu'apporte ce phénomène d'ordinaire, c'est une chose banale, tant cela est commun chez les gens sains d'ailleurs d'esprit. C'est ce que cause la mémoire, dans le rêve, dans le rappel d'un souvenir qui émeut tout autant que le fait même. Pourquoi l'hallucination a-t-elle ici ce caractère morbide ? Pourquoi est-elle signe d'insanité ? C'est que
rien ne corrige l'erreur, et que la domination est entière de la sensation intérieure, des paroles perçues, sur le jugement de rindividu. Cette fixité de Terreur tient à la suspension du contrôle des perceptions associées ; les centres d'association sont incapables.
Audition colorée; esthésies réflexes; diffusion des excitations auditives. — L'énergie du courant sonore, qui frappe Torgane de l'ouïe, peut faire naître ailleurs des sensations subjectives diverses, algies, spasmes, ou simples esthésies réflexes ou par diffusion de l'excitation vers les foyers sensoriels voisins, au moyen des « fibres d'association » cérébrales,
Urbantschitsch (i) a bien analysé ces localisations excentriques de la sensation auditive, telles que les malades les précisent. Une de mes nerveuses disait sentir l'impression sonore à l'occiput (fait assez fréquent) ; une autre, à la gorge, à l'estomac, etc. Cela disparaît souvent parles exercices acoustiques.
L'audition simple provoque parfois encore la pâleur ou la rougeur de la face, des douleurs (algies), l'étourdissement, rémotion, le frisson, la miction, etc., effets variables suivant les individus, et plus vifs lors d'un premier examen et suivant le bruit, les états d'âme, les souvenirs, suivant les timbres, les intensités sonores, etc., etc. Souvenons-nous que l'ouïe est un peu voisine de la tactilité, et qu'à la sensation sonore s'ajoute toujours l'éveil de la sensibilité générale.
Le phénomène extérieur ne touche jamais un seul mode de sensibilité exclusivement ; c'est notre attention qui fixe son choix : il y a toujours une place pour l'inconscient, actif cependant.
Nous avons dit souvent combien l'attention — et l'appréhension en est une forme exagérée — met les centres nerveux dans un état d'hyperexcitabilité, non seulement auditive, mais générale, puisque tous les sens et toute la motricité concourent à la connaissance, à la recherche, à l'analyse, au discernement, etc., du phénomène extérieur.
Cette sensibilité surexcitée explique le rayonnement des excitations nerveuses sur les foyers sensoriels voisins, et la multiplicité des points touchés par une seule sensation sonore surtout chez un nerveux, chez un prédisposé.
(i) P/nigger's Arch. f. Phys., 1888, XIII, p. 10, et XXIV.
Dans cet état d'hyperesthésie des sens, une impression visuelle (ou autre) peut succéder aussitôt à la perception du son : c*est ce qu'on appelle Taudition colorée.
Ce sont tantôt de simples éclats de lumière (phantasmes) qui apparaissent sous l'action d'un son, d'un bruit, et plus évidents dans l'obscurité ; tantôt ce sont de véritables phénomènes colorés (chromesthésie) qui envahissent les yeux.
Le travail excellent du D*" Suarez, d'Angers (i), est l'exposé complet de la question ; faits et théories y abondent, très clairement et fort complètement classés et discutés .
Le phénomène lumineux le plus simple et le plus fréquent est l'éclair lumineux blanc qui traverse les yeux quand un bruit violent secoue les organes et le sens de l'ouïe II s'y ajoute pour certains, chez moi, une contraction de l'orbiculaire palpébral comme dans la surprise ou la crainte ; les trois phénomènes sont concomitants ; le réveil de l'élément moteur n'étonnera pas ; c'est un geste réflexe de défense.
Pour moi, la' sensation de flamme subite est d'autant plus vive que je sors la nuit d'un endroit bien éclairé. Il faut que le son ait une certaine intensité pour que les « photismes », ainsi qu'on les nomme (Blenler, Lechmann), apparaissent.
Ainsi ce sont surtout les voyelles qui les produisent, les sons syllabiques, mieux que les musicaux. La plus grande variété de couleurs s'observe dans leurs rapports avec les origines sonores. Les sons graves paraissent sombres à l'un et les aigus très clairs au contraire ; les couleurs les plus souvent perçues par ordre de fréquence sont le blanc et le gris, le rouge, le jaune, l'orangé, le bleu, le violet, enfin le noir; le vert est exceptionnel.
Les personnes qui voient ces couleurs sous l'influence des sons (voyelles, mots) peuvent souvent les faire apparaître dans le champ visuel par simple volition, par un effort psychique de mémoire (penser le mot), sans intervention d'un excitant extérieur ; et cette faculté de reviviscence existe dans certaines familles, de même que les photismes ne sont observés que dans une certaine classe de la société.
(i) Suarez de Mendoza,Z)e V Audition colorée, Paris, 1890; B. Raymond^ Gaz. pop., 1889, 74; S. V. Macé, thèse, Paris, 1860; Goubet, Audit] colorée (Internat. Congress, London, 1892, p. 10) ; Urbanstchitsch(J5a//. méd.y 1889, n« 3) ; W.-S. Colman {Ihe Lancet, i^^ janvier 1898).
Gellé. 21
L'influence supérieure des sons complexes est accusée par tout le monde.
En général, à un seul ton correspond une seule teinte ; Missbaumer cependant a noté jusqu'à quatorze teintes pour un seul son musical et y croit voir Tanalogue des quatorze tons qu'il y trouve...
En réalité, un son faible ne donne pas lieu au photisme ; et le timbre de chaque instrument se caractérise par une teinte spéciale ; la tonalité a également une action sérieuse sur les teintes, qui varient suivant la hauteur des sons ; mais toujours le timbre a plus d'effet.
Les sons combinés donneraient lieu à des couleurs associées, à une teinte résultante (Nuel, Dici. phys,^ p. 955).
Les observations sont très curieuses, mais très diverses ; par exemple : le mot « Et » est bleu pour X et rose pour Y ou est brun pour le premier sujet et blanc pour l'autre, etc. Aucune règle ne préside à la genèse de ces sensations qui sont le plus souvent identiques chez la même personne pour la même voyelle, mais non absolument. Il faut se rappeler en effet que la lettre alphabétique couvre des sons très différents, ainsi que nous Tavons dit, et que les phonogrammes le montrent.
La teinte de la voyelle colore le mot ; parfois le mot, la phrase, le discours même sont revêtus d'une teinte uniforme ; les voyelles ouvertes ont plus de couleur (sons plus intenses).
Les sensations « phonoptiques » sont-elles très répandues ? Suarez en a étudié assez rapidement un certain nombre. Beaucoup de ces personnes, capables d'éprouver à volonté les sensations visuelles par le fait d'excitations auditives, se rappellent avoir déjà dans l'enfance éprouvé ces phénomènes. Cependant on conçoit qu'il se fait une certaine éducation, par l'exercice qui concentre l'attention de ce côté, et que les tendances se systématisent. Peu à peu l'habitude se crée, développant la faculté d'observer et d'éprouver les nuances, les teintes ; mais aussi l'aptitude à en faire naître. C'est ainsi que dans un concert un sujet a pu voir toutes les couleurs de l'arc-en-ciel se succéder.
Quant aux localisations de ces esthésies, il faut savoir combien il est difficile d'obtenir une réponse nette à ce sujet ; à tel point que la suggestion y peut jouer un grand rèle : l'imagination fait le reste. En général, les individus extério-
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risent leurs sensations colorées ; et à ce propos, il est à noter que les sensations subjectives de l'ouïe ne semblent point être jamais Forigine d'esthésies visuelles ou autres, et les hallucinations auditives non plus.
La théorie de Taudition colorée est encore à trouver. Nous avons cependant au cours de cet article rappelé la complexité de la sensation, à laquelle toutes les sensibilités contribuent pour une part, une d'elles restant supérieure.
Cet éréthisme, dû à Tattention active, rend bien facile la compréhension des associations sensorielles anormales, puisqu'elles existent physiologiquement. Il n*y a dans ces pseudesthésies, dans ces pbonopsies, dans ces photismes, qu'une intensité en plus peut-être, qui place le phénomène subjectif dans la conscience et le met en évidence; c*est, je crois Topinion d'Urbantschitsch {loc. cit.).
Quelques-uns ont pensé qu'il y avait là une disposition natureUe de l'esprit (état psychique prédisposant); ce qui expliquerait la multiplicité des conditions qui semblent amener la genèse de ces sensations subjectives extra-auditives, nées de l'audition. Et comme Suarez a noté la fréquence de ces réactions visuelles par les excitations de l'ouïe chez les membres d'une même famille, cela tendrait à confirmer l'existence d'une prédisposition primordiale héréditaire, d'une excitabilité particulière chez les individus.
En résumé :
Des multiples connexions des organes de l'ouïe et des foyers de l'audition il résulte que la sensation auditive ou l'excitation de l'oreille peuvent être le point de départ :
1^ De réflexes d'adaptation, de défense uni et binauriculaires, et aussi des autres organes des sens (orientation);
2« D'une volition, ou excitation motrice volontaire (attention), ou d'une inertie ou inhibition (résolution) ;
3° D'images acoustiques simples ou associées conventionnelles (musique, paroles) ou de l'éveil d'images visuelles (audition colorée) ;
4° Du rappel d'images auditives, ou représentations (mémoire) ou de leur perte (amnésie, amusie) ;
50 D'excitation auditive (éducation), ou d'algies ou d'anesthésies diverses (douleurs) ;
6* D'hallucinations (audition intérieure, souvenirs, créations harmoniques) ;
7° De pensés, idées, mots (langage intérieur) ou d'obnubilations (incapacité, trouble mental) ;
8® D'excitations motrices, d'adaptation à la reproduction du son (éducation, langage extérieur, écriture, ou perte de cette faculté, amnésie, aphasie) ;
9** De troubles vaso-moteurs locaux et généraux, tels que la pâleur, la rougeur, le frisson, la salivation, les sueurs ; une hémorragie, un flux ; la sclérose otique comme ultime effet ;
10° Un arrêt ou un trouble des fonctions du cœur (palpitations, syncope) ; des poumons (arrêt de respiration, angoisse) ; de l'équilibration (rotation, chute à terre sans perte de connaissance) ;
1 1® Enfin, au point de vue affectif, d'émotions, de plaisirs, de ^ douleur, d'antipathie, de sympathie.