‹ L'Aumonerie MilitaireChapitre 21 sur 50 · LA PERSONNE DE L'AUMONIER · texte numérisé non relu

LA PERSONNE DE L'AUMONIER

Nous n'avons jamais lu, sans un profond sentiment d’'humiliation personnelle, les épîtres de saint Paul à Timothée et à Fite. Quelles recommandations ! quelles prescriptions ! quelle sévérité pour ceux qui sont chargés d'annoncer l'Evangile! ce sont des frères 15 à part(i) pour une œuvre excellehte (2). Ce sont les 710dèles du troupeau (3). Ce sont les fémoins de Christ(4), c'est-à-dire des hommes d’une espèce particulière : les hommes de Dieu (5). L’apôtre saint Paul donnait

(1) Actes xIu, 2.

(2) 1 Timothée, 1, 1.

(3) r Timothée, 1v, 12.

(4) Actes, 1, 8.

(5) : Samuel, xur, 14,

l'exemple de cette prédication. Quel amour il éprouvait pour les églises qu'il avait fondées (1)! quelle tendre sollicitude pour ses enfants en la foi (2)! Quand il était auprès C'eux il les avertissait nuit et jour avec larmes (3). Au loin, il ne cessait de les présenter au Seigneur dans ses prières(4). Il les portait toujours surson cœur devant Dieu. Quelle tâche que celle-là! « O croix de ceux qui prêchent la croix », disait Adolphe Monod !

Eh bien ! l'aumônier doit avoir plus que les qualités du pasteur !

Il est peu de tâches plus belles que celle-là, lisons-nous dans la Semaine religieuse de Genève. Celui qui l’entreprend ne saurait trop s’en convaincre. Quoi de plus noble, en effet, que d'aller représenter au milieu des horreurs de la guerre les grandes idées de paix et de charité; d’avoir à rappeler au milieu de préoccupations et d’agitations bien diverses, les pensées du ciel et du salut ; de chercher à satisfaire, dans les temps les plus précieux, les besoins les plus sacrés et les plus intimes de l'âme humaine. Que de bien on peut faire dans ces relations entre soldats, qui revêtent si tôt le caractère de la franchise et de la cordialité !

Mais plus la tâche est belle, plus elle est aussi délicate à bien remplir. Au début, les questions se posent en foule: Comment s'y prendre ? Qui rencontrera-t-on ? des cœurs bien disposés ou des esprits moqueurs ? L'œuvre à faire ne serat-elle pas bien plus ingrate selon le milieu où elle devra s'accomplir ? Ah ! quelle richesse de dons ne faudrait-il pas pour qu’elle soit digne de celui qui nous la confie et qu’elle doit

(x) Philippiens 1, 8 ; 2, Corinthiens vi, 12, (2) 2 Corinthiens xu, 15.

(3) Actes xx, 31.

(4) Romains 1, 9,-10,

seul glorifier | — Qu'il croisse et que je diminue (1) : telle est, en effet, la devise du ministère et surtout de celui qui doit être exercé au milieu des soldats auxquels il s’agit de faire sentir combien le christianisme sait aisément s’allier aux vertus nobles et viriles pour les vivifier. Comme alors la figure de Jésus est belle et douce à présenter ! Qu'il fait bon se nourrir de cet esprit qui savait si bien sympathiser à toutes les joies légitimes comme à toutes les douleurs !

Heureusement que, dans son amour, le Maître veut bien avoir égard aussi à la faiblesse de ses ouvriers. Cette dernière pensée me tranquillise au moment où je vais parler d'un ministère bien incomplet et qu'à tant d’égards je voudrais pouvoir recommencer pour le mieux remplir (2).

Nous parlerons d’abord des qualités physiques, puis

des qualités morales qu'à notre humble avis l’aumônier doit posséder.

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