LA THYROÏDE
Dans notre travail sur le « Myxœdème » (1), nous avions déjà émis l’hypothèse que les entérotoxines et les leucomaines dé origine intestinale, provenant de la putréfaction azotée microbienne, étaient transformées en substances inoffensives par la thyroïde et les parathyroïdes chez Venfant et par le thymus chez le fœtus.
Nous nous étions basé pour formuler cette hypothèse sur les faits suivants :
Rappelons-nous que Schiff, puis Horsley démontraient déjà que les animaux carnivores souffrent rapidement et beau; coup ; que les herbivores souffrent peu et lentement des suites de la thyroïdectomie, etc.
Rappelons ensuite les expériences de Rreisacher datant déjà de 1890. Cet auteur, en nourrissant des chiens thyroïdectomies, tantôt avec du lait, tantôt avec de la viande crue ou rôtie, tantôt avec du bouillon et de la viande bouillie, avait vu que les symptômes morbides étaient moins forts et la mort moins rapide avec le lait et la viande bouillie, 'tandis que les convulsions étaient très fortes et la mort plus rapide avec le bouillon et la viande rôtie.
Les sels du bouillon ajoutés au lait n’exerçaient aucune influence, ce qui laissait penser que c’étaient surtout les substances extractives de la viande, les leucomaïnes créatiniques et autres, qui exerçaient une influence sur l’intoxication.
(1) Combe, Le Myxœdème [Rev. méd. suisse, 1892).
Depuis lors, de Quervain, Rosenblatt et Lœnz ont vérifié ces faits par Texpérimentation, et en clinique Nothnagel, Ziemssen, Blum, Ewald, Combe ont montré les effets favorables de la suppression de la viande chez les myxœdémateux, chez les basedowiens et chez les goitreux.
Les expériences de Coronedi et Marchetti (1), de Luzalto(2), sont venues ensuite nous montrer que les chiens thyroïdectomiés survivent bien si, au lieu de viande, on ne leur donne que des graisses bromées.
Toutes ces considérations ont conduit deux auteurs modernes, Blum et Kishi, à formuler sur la fonction antitoxique de la thyroïde une hypothèse très voisine de la nôtre.
Pour Blum (3), la thyroïde neutralise des poisons venant du tube digestif et probablement ceux produits parla putréfaction des albumines.
Pour Kishi (4), la thyroïde est un organe sécréteur chargé de détruire une substance dangereuse pour l’organisme.
Cette substance dangereuse est la prothyréotoxine^ c’est un nucléoprotéide qui provient, d’après Kishi, de l’alimentation carnée.
Elle se forme dans l’organisme en quantité variable suivant l’espèce animale (carnivore ou herbivore) et suivant son genre de nourriture (lait, pain, viande), si l’animal est omnivore.
Dans les cellules de la thyroïde se sécrète une globuline iodée, \d,,thyroiodine, qui a un pouvoir d’attraction spécifique pour ce dangereux nucléoprotéide.
Ces deux substances liées et combinées ensemble dans le follicule forment la thyréotoxine, qui normalement se
(1) Coronedi et Marchetti, Acad. med. /lorent., 1902, t. VI.
(2) Luzatto, Riv. Venat. d. Sc. med., 1904, p. 25.
Blum, Neurol. Centralhl., t. XXI, p. 695.
(4) Kishi, Virchow’s Arck., t. GLXXVI.
TRIPLE LIGNE DE DÉFENSE
ion
scinde en deux substances absolument inoffensives, qui constituent la sécrétion interne de la thyroïde, et c’est dans cet état qu’elles pénètrent dans le sang et sont éliminées par les reins.
Lorsque, au contraire, les glandes thyroparathyroïdiennes sont insuffisantes (origine congénitale ou acquise ; chirurgicale ou expérimentale), la prothyréotoxine s’accumule dans les corps, et il se produit une auto-intoxication du système nerveux et de l’organisme tout entier.
Si l’insuffisance est parathyroïdienne, il en résulte la tétanie.
Si elle est thyroïdienne, il se produit un myxœdème.
Si la thyroïde n’est que partiellement insuffisante, il en résulte Vinfantilisme myxœdémateux.
VHYPOPHYSE.
Cette glande a été étudiée dernièrement histologiquement par Pirone (1), qui en distingue deux parties : l’une postérieure, nerveuse ; l’autre antérieure, dans laquelle on constate une sécrétion colloïde absolument analogue à celle de la thyroïde.
Guerrini (2), qui en a étudié la physiologie, démontre qu’il est loin d’être exact d’affirmer que l’hypophyse est un organe privé de fonction, car c’est au contraire un organe antitoxique important complémentaire de la thyroïde, comme Lusana, Rogerditz, Marenghi l’avaient démontré ; les lésions de l’organe thyroparathyroïdien font en effet subir des modifications à l’hypophyse. ’
D'autre part, Golgi, àlasuitedes recherches de Marenghi, prétend que les eflets de l’ablation des surrénales parlent en faveur d’une suppléance de ces dernières par l’hypophyse.
(1) PiROXE, Arch. di Fisiol., II, p. GO.
(2) Guerrini, Aj’ch, ital.de Biol., XLIII, p. 1.
FONCTIONS ANTITOXigUES DE L’ORGANISME.
;..En résumé, l’hypophyse paraît être une glande complé mentaire de la thyroïde et des surrénales dans la fonction antitoxique protectrice de l’organisme.
LES CAPSULES SURRÉNALES.
. Les travaux de Gley, d’Abelous et Langlois (1), d’Oliver et Schæfer (2), de Szymonovicz et Czybulski, ont établi que la capsule surrénale possède une sécrétion interne très importante, qui se déverse dans la veine surrénale et qui est un produit constant de l’activité de ses cellules glandulaires. , ^
La fonction attribuée à cette sécrétion paraît être à la fois nutritive, vaso-motrice et antitoxique.
Nutritive : Gourfein (3) a pu démontrer que les animaux décapsulés meurent rapidement; que ceux qui possèdent encore une dixième partie d’une capsule restent vivants pendant plusieurs semaines, tout en montrant tous les signes d’une dépression profonde et progressive de la nutrition de l'organisme : l’animal maigrit et s’affaiblit progressivement, quoiqu’il soit nourri normalement. i
Vaso-motrice., musculaire : La sécrétion surrénale élève la pression sanguine à la fois par une vaso-constriction des muscles des artérioles périphériques, comme l’ont démontré Biedl et Velich (4) et par une action tonique remarquable sur le muscle cardiaque, comme Gottlieh l’a fait voir (5).
Antitoxiciue : Charrin et Langlois (6) démontrent que, tout comme le foie, l’extrait glandulaire surrénal affaiblit l’activité, des alcaloïdes et de la nicotine en particulier.
(1) Gley, Abelüus et Langlois, Arch. de phys., 1892, p, 269.
. (2| OuvER et ScHÆFER, Bi it. med. Joiini., 189o, p. 63p.
(3j Gourfein, Revue méd. de la Suisse rom., 1896, p. 113.
(4) Biedl et Velich, Wie7i. ined. Pr., n» 86, p. 13.
(5) Gottlieb, Arch. f. exp. Path., 1896, p. 2.
(6) Charrin et Langlois, Sem, méd., 1896, p. 28, .